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Santé : Risques

 

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L’INDUSTRIE DE LA FOURRURE


Dans de nombreux pays, les fourrures sont encore préservées suivant des méthodes rudimentaires et très anciennes. Habituellement, une fois les peaux écharnées et nettoyées, la fourrure est imbibée d’huile animale pour être conservée et assouplie. Elle est parfois aussi battue et malaxée pour faire mieux pénétrer l’huile.

Dans l’industrie moderne, des éleveurs, des trappeurs ou des chasseurs fournissent les peaux. A ce stade, après que les carcasses ont été écorchées, les restes de chair et les tissus graisseux éliminés, elles sont étirées puis séchées à l’air libre. Elles sont classées en fonction de divers critères, notamment leur état général, leur longueur, la boucle et la forme. Les peaux subissent plusieurs traitements de préservation, appelés l’apprêt (voir figure 88.3). Elles peuvent également être teintes. Une fois apprêtées et teintes par lots, elles sont transportées d’un site d’opération à un autre sur des chariots poussés à la main.


Figure 88.3 Opérations de préparation des fourrures




  L’apprêt des fourrures


Dans un premier temps, les peaux sont triées, estampées et découpées avec des couteaux ou des ciseaux. On les fait ensuite tremper pendant plusieurs heures dans des cuves ou des tonneaux remplis d’eau salée pour les assouplir à nouveau (voir figure 88.4). Ces récipients sont souvent équipés de palettes rotatives pour améliorer le trempage. On utilise parfois de l’acide formique, de l’acide lactique ou de l’acide sulfurique pour le trempage. Elles sont alors placées dans des tambours rotatifs pour enlever l’excédent d’eau.


Figure 88.4 Trempage au cours des opérations d'apprêt



Les écharneurs séparent ensuite la fourrure du dessous de la peau avec des machines à lames de rasoir circulaires (voir figure 88.5). Les peaux peuvent également être retournées et découpées à la main avec des couteaux. Cette opération consiste à détacher du dessous de la peau les tissus conjonctifs mous. Le but est d’éliminer dans toute la mesure possible les tissus qui ne contribuent pas à fixer la fourrure, cela afin d’alléger et d’assouplir la peau.


Figure 88.5 Echarnage de peaux d'ovins à la machine



Les peaux sont alors prêtes pour le tannage et plongées dans des cuves ou des bassins munis de palettes et contenant une solution d’alun. D’ordinaire, cette solution est légèrement acidifiée avec de l’acide chlorhydrique ou de l’acide sulfurique. Le traitement à l’alun peut être effectué dans une solution d’eau ou d’huile. L’excédent de liquide est retiré et les peaux sont disposées dans des chambres de séchage pour fixer le collagène de la peau.

Les peaux tannées sont alors traitées avec une solution d’huile dans un foulon ou dans un appareil analogue pour faire pénétrer l’huile dans la peau. Elles sont nettoyées dans des tambours rotatifs contenant de la sciure qui absorbe l’humidité et l’excédent d’huile.

La fourrure se compose de deux éléments: le jarre (les poils raides et longs) et la bourre (les poils plus souples). Selon le type de fourrure et le produit final souhaité, les poils peuvent être ôtés, complètement ou en partie, à la machine ou à la main. Certaines peaux doivent également être tondues ou découpées avec des couteaux (voir figure 88.6).


Figure 88.6 Tonte de peaux de castor canadien



Elles peuvent aussi être drayées avec des couteaux à lame cintrée, puis poncées mécaniquement, séchées et finies. Le finissage comprend parfois le dégraissage, l’étirage, le nettoyage, le ponçage, le brossage et le lustrage avec des laques et des résines.



  La teinture


Autrefois, la teinture des fourrures était mal considérée. Aujourd’hui, on y a fréquemment recours dans la préparation des fourrures, pendant ou après le tannage. Le procédé habituel consiste à traiter les peaux avec une solution alcaline faible (carbonate de sodium, par exemple) pour enlever les impuretés et les résidus d’huile. Les peaux sont ensuite plongées dans une solution caustique (comme du sulfate ferrique), puis trempées dans la teinture jusqu’à obtention de la couleur souhaitée. Elles sont alors rincées et séchées à plusieurs reprises dans un tambour rotatif contenant de la sciure.

De nombreux autres produits chimiques sont utilisés pour la teinture, notamment l’ammoniaque, le chlorure d’ammonium, le formaldéhyde, le peroxyde d’hydrogène, l’acétate de plomb ou le nitrate de plomb, l’acide oxalique, le perborate de sodium, les teintures à la p -phénylènediamine ou à la benzidine et bien d’autres.



  La confection de vêtements de fourrure


Avant d’en faire des vêtements, les peaux doivent être découpées puis étirées. On y pratique des incisions rapprochées, en diagonale ou en V, puis elles sont étirées jusqu’à la longueur et à la largeur nécessaires. Elles sont ensuite assemblées (voir figure 88.7). Cette opération requiert un niveau élevé de qualification et beaucoup d’expérience. Les fourrures sont alors humidifiées, étendues et fixées sur des tables suivant un patron tracé à la craie, mises à sécher et cousues ensemble. Enfin, le vêtement est doublé et soumis à d’autres opérations de finissage.


Figure 88.7 Assemblage de peaux à la machine




  Les risques et leur prévention


Les accidents

Certaines machines utilisées pour le traitement des peaux peuvent être très dangereuses si elles ne sont pas équipées de bons dispositifs de sécurité. En particulier, tous les tambours doivent être pourvus d’une ouverture verrouillable et les centrifugeuses utilisées pour l’essorage doivent également être munies de couvercles verrouillables eux aussi; les machines servant à couper et à tondre les fourrures doivent être complètement enfermées, à l’exception des orifices d’alimentation et de sortie.

Les bassins doivent être couverts ou entourés d’une barrière protectrice de façon à empêcher toute chute accidentelle. Les chutes sur les sols humides et glissants peuvent être évitées grâce à l’emploi d’un revêtement de sol étanche, bien drainé et fréquemment nettoyé. Les cuves servant aux opérations de teinture seront entourées de canaux d’écoulement. Le nombre d’accidents causés par les outils à main peut être diminué si les poignées de ces outils sont bien conçues et si les instruments sont convenablement entretenus. Dans le secteur de la confection des vêtements de fourrure, les machines à coudre doivent être munies des mêmes dispositifs de protection que celles dont on se sert dans l’industrie du vêtement, notamment pour ce qui est des mécanismes de transmission et des aiguilles.



  Les risques pour la santé




L’utilisation, dans l’industrie de la fourrure, d’une très grande proportion de peaux provenant d’animaux élevés en captivité a considérablement réduit le risque de transmission de maladies des animaux aux travailleurs. Toutefois, le charbon peut atteindre les travailleurs qui manipulent les carcasses, les peaux, les cuirs ou les poils d’animaux infectés; toutes les personnes qui sont susceptibles d’effectuer ce travail devraient donc être vaccinées. Le personnel doit être informé de ce risque et recevoir pour consigne de signaler immédiatement tout symptôme suspect.

Des affections cutanées peuvent être provoquées par de nombreuses substances chimiques utilisées pour le traitement des fourrures, notamment les alcalis, les acides, l’alun, les chromates, les décolorants, les huiles, le sel et les composants employés pour la teinture, c’est-à-dire divers types de colorants et de mordants.

L’ouverture des ballots de fourrures qui ont été traitées au moyen de produits protecteurs pulvérulents dans les pays d’origine, le foulonnage, l’ébourrage, le pelanage et le tondage sont autant d’opérations qui peuvent produire des poussières irritantes. Dans les ateliers de teinture et les officines de préparation, où des sels de plomb, de cuivre et de chrome et, parfois, des teintures cancérogènes sont pesés et préparés, il y a aussi des risques d’inhalation de poussières toxiques. Des émanations nocives peuvent se dégager des solvants utilisés pour le dégraissage et des produits chimiques fumigènes. Certains de ces produits chimiques ou la poussière issue de l’une ou de plusieurs sortes de fourrure manipulées peuvent aussi entraîner une sensibilisation par contact (allergie).

La principale protection contre les poussières et les vapeurs nocives consiste à mettre en place un système de ventilation par aspiration localisée; une bonne aération générale est d’ailleurs indispensable pour l’ensemble des opérations et un entretien soigneux des locaux est essentiel pour enlever la poussière. De plus, un équipement de protection respiratoire individuelle peut être nécessaire pour certains travaux de courte durée ou lors d’opérations qui dégagent une poussière abondante. Il convient de se soucier tout particulièrement des risques qui existent dans les espaces réduits, à savoir les cuves ou les bacs utilisés pour le trempage, le lavage, le tannage et la teinture.

Le port de vêtements de protection appropriés est nécessaire pour la plupart des opérations de traitement des fourrures. Des gants de caoutchouc, des bottes et des tabliers sont indispensables lorsqu’on procède à des opérations d’humidification et pour se protéger contre les acides, les alcalis et les autres produits chimiques corrosifs, tels que les teintures et mordants qui emplissent les bassins. Des installations sanitaires convenables, comprenant des douches, devraient être aménagées. Le personnel ne devrait pas se servir de produits décapants ou de savons fortement alcalins pour se laver les mains.


La manutention manuelle, en particulier le déplacement de chariots, le chargement et le déchargement des peaux (surtout si elles sont mouillées) pose parfois des problèmes ergonomiques que l’automatisation peut contribuer à résoudre. De même, les mouvements répétitifs dans la confection de vêtements de fourrure sont susceptibles de déclencher ce type de problèmes.

Les personnes travaillant dans les séchoirs peuvent contracter des maladies liées à la contrainte thermique. Entre autres mesures de prévention, on mentionnera un système approprié d’extraction de l’air chaud et d’apport d’air frais permettant de limiter le temps d’exposition à la chaleur, des points d’eau potable facilement accessibles ainsi qu’une formation au diagnostic des symptômes associés à la contrainte thermique et une formation aux premiers soins.

Nombre de machines, en particulier celles utilisées pour le peignage, le tondage et le lustrage, et les tambours sont bruyants.

Une visite médicale préalable à l’embauche peut permettre de prévenir les dermatoses en assignant aux personnes hypersensibles des tâches mieux adaptées. Une surveillance médicale est souhaitable; en outre, des trousses de premiers secours convenablement approvisionnées et confiées à un personnel expérimenté sont essentielles. Une stricte application des règles d’hygiène, de ventilation et de surveillance de la température est nécessaire dans les nombreux petits ateliers où s’effectue une grande partie de la confection des articles de fourrure.


  Source : Adapté de la 3e édition de l'Encyclopaedia of Occupational Health and Safety. L'auteur remercie Gary Meisel et Tom Cunningham (United Food and Commercial Workers Union) qui ont révisé et adapté le présent article.


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