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Santé : Risques

 

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LES EFFETS SUR LA SANTÉ ET LES PROBLÈMES D’ENVIRONNEMENT


  Les problèmes de santé et les types de maladies



Les travailleurs de l’industrie du vêtement sont susceptibles d’être atteints des maladies professionnelles suivantes: troubles musculo-squelettiques; asthme; dermites d’irritation et de contact; symptômes d’irritation des yeux, du nez et de la gorge; cancer du poumon, du rhinopharynx et de la vessie; déficit auditif dû au bruit. De plus, comme certains des procédés utilisés entraînent une exposition à des vapeurs de matières plastiques traitées à la chaleur, à des poussières et à des vapeurs de métal (en particulier de plomb), à des poussières de cuir et de laine et à des solvants dangereux tels que le diméthylformamide, on observe aussi, chez les travailleurs de la confection, les maladies causées par ces substances. L’exposition aux champs électromagnétiques produits par les moteurs des machines à coudre présente des risques qui suscitent une préoccupation croissante. On a constaté des liens entre l’emploi des femmes enceintes dans l’industrie du vêtement et des effets sur le système reproducteur.

Le tableau 87.1 donne quelques exemples de maladies professionnelles observées dans l’industrie du vêtement.


Tableau 87.1 Exemples de maladies professionnelles observées chez les travailleurs de l'industrie du vêtement

 
  Affection   Facteur déclenchant  
         
  Troubles musculo-squelettiques  
  Syndrome du canal carpien, tendinite de l’avant-bras, ténosynovite sténosante (maladie de Quervain), épicondylite, ténosynovite bicipitale, déchirure et tendinite du sus-épineux, syndrome du trapèze, radiculopathie cervicale, syndrome lombaire, sciatalgie, hernie discale, ostéo-arthrite des genoux   •   Force

•   Répétition

•   Levage de charges

•   Postures contraignantes Posture assise prolongée

 
  Asthme   •   Formaldéhyde

•   Autres traitements des tissus Matières plastiques soumises à l’action de la chaleur

•   Poussières

 
  Cancers  
  Cancer de la vessie

Cancer du poumon ou du rhinopharynx

  Colorants

Formaldéhyde

 
  Déficit auditif   Bruit  
  Dermatoses  
  Dermite d’irritation et de contact   Formaldéhyde, colorants textiles  
  Saturnisme   Plomb  
         
         

Troubles musculo-squelettiques. La fabrication de vêtements exige d’exécuter des tâches monotones et extrêmement répétitives à une cadence ultrarapide, souvent dans des postures contraignantes et éprouvantes pour les articulations. Les travailleurs sont dès lors exposés aux affections musculo-squelettiques touchant la nuque, les membres supérieurs, le dos et les membres inférieurs (Andersen et Gaardboe, 1993; Schibye et coll., 1995). Il n’est pas rare qu’ils développent des troubles musculo-squelettiques (TMS) multiples et souffrent d’affections des tissus mous (tendinites) et de syndromes canalaires concomitants, comme celui du canal carpien (Punnett et coll., 1985; Schibye et coll., 1995).

Les opérateurs sur machine à coudre et les couseurs à la main (confectionneurs de modèles et finisseurs) effectuent un travail qui appelle des mouvements répétitifs des mains et des poignets, le plus généralement dans des positions forcées pour les doigts, les poignets, les coudes, les épaules et la nuque. Ils sont donc sujets au syndrome du canal carpien, aux kystes ganglionnaires, aux tendinites de l’avant-bras, à l’épicondylite, aux affections des épaules, y compris les ténosynovites bicipitales et les tendinites du sus-épineux, aux déchirures du sus-épineux et aux lésions cervicales. De plus, l’utilisation des machines à coudre exige habituellement de rester longtemps assis (souvent sur des sièges sans dossier et à des postes de travail qui obligent à pencher le buste), de soulever des objets par intermittence et d’actionner des pédales de manière répétitive. De ce fait, les opérateurs sur machine à coudre risquent de développer des TMS de la région lombaire et des membres inférieurs.

Les coupeurs, qui doivent soulever et porter des rouleaux de tissu et actionner des machines de coupe à la main ou commandées par ordinateur, risquent également de présenter des troubles musculo-squelettiques au niveau de la nuque, des épaules, des coudes, de l’avant-bras ou du poignet et de la région lombaire. Les presseurs sont exposés aux tendinites, aux affections apparentées de l’épaule, du coude et de l’avant-bras et sont susceptibles de souffrir de syndromes canalaires connexes.

Outre les facteurs ergonomiques et biomécaniques, les systèmes de production aux pièces et les facteurs liés à l’organisation du travail décrits plus en détail dans l’article précédent peuvent également favoriser l’apparition de troubles musculo-squelettiques chez les travailleurs du vêtement. Une étude pertinente a établi que la fréquence des cas d’incapacité grave augmentait en fonction de la durée de l’emploi rémunéré aux pièces (Brisson et coll., 1989). Par conséquent, la prévention des TMS peut exiger non seulement des aménagements ergonomiques du poste de travail, mais aussi un examen des questions liées à l’organisation du travail, en particulier du mode de rémunération.


Risques chimiques. Les tissus traités à la résine dont on se sert pour les vêtements infroissables peuvent dégager du formaldéhyde. L’exposition à ce produit est particulièrement forte pendant la coupe, car c’est lorsque les rouleaux de tissu sont déroulés pour la première fois qu’ils dégagent le plus de gaz; lors du repassage, car la chaleur favorise les émissions du gaz contenu dans les résidus de résine; dans les zones de production où l’on manipule de grandes quantités de tissu; dans les entrepôts et les locaux des détaillants. De nombreux ateliers sont mal ventilés et ne permettent pas de régler la température ambiante. Or, le dégagement de gaz augmente avec l’élévation de la température et une ventilation insuffisante peut favoriser l’accumulation de concentrations plus importantes de formaldéhyde. Le formaldéhyde est largement reconnu pour être un irritant des yeux, des voies nasales, de la gorge et des voies respiratoires supérieures et inférieures.

Il peut être une cause d’asthme professionnel par ses effets irritants ou par sensibilisation allergique (Friedman-Jimenez et coll., 1994; Ng et coll., 1994). L’exposition au formaldéhyde a été associée dans un certain nombre d’études au développement de cancers du poumon ou du rhinopharynx (Alderson, 1986). Elle peut par ailleurs entraîner des dermites allergiques de contact et des dermites d’irritation. Les travailleurs du vêtement développent parfois une dermite chronique des mains et des bras ressemblant à un eczéma, probablement liée à une sensibilisation au formaldéhyde. L’action irritante de celui-ci et ses autres effets non allergiques sur la santé peuvent être réduits au minimum par la mise en place de systèmes de ventilation appropriés et par l’emploi d’autres substances lorsque cela est possible. Une sensibilisation allergique peut cependant se manifester à de très faibles taux d’exposition et, lorsqu’un travailleur en est affecté, il peut être inopportun de continuer à l’exposer à ce risque.

Les travailleurs occupés dans l’industrie des produits textiles finis peuvent être exposés à des solvants organiques comme le perchloroéthylène, le trichloroéthylène et le 1,1,1-trichloroéthane qui sont fréquemment utilisés dans les ateliers de finissage pour supprimer les taches. Ces solvants peuvent entraîner, entre autres, une dépression du système nerveux central, des neuropathies périphériques, des dermatoses et, plus rarement, des intoxications hépatiques. Le diméthylformamide (DMF) est un solvant particulièrement dangereux qui a été employé pour imperméabiliser certains tissus. Son utilisation à cet effet a provoqué de très nombreux cas d’hépatite professionnelle chez les travailleurs exposés (Redlich et coll., 1988). Il faudrait donc éviter d’utiliser le DMF en raison de sa toxicité pour le foie et de son association avec le cancer des testicules établie dans deux milieux professionnels distincts. De même, l’emploi du benzène, encore utilisé dans certaines branches de l’industrie du vêtement, devrait être interdit.


Risques physiques; champs électromagnétiques. Selon des rapports de dates plus récentes, l’utilisation d’une machine à coudre peut exposer à des champs électromagnétiques dont les effets sur la santé ne sont pas encore bien compris et font l’objet de débats. Cependant, une étude de cas fondée sur trois ensembles distincts de données recueillies dans deux pays (Etats-Unis et Finlande) a mis en évidence un lien marqué entre l’exposition professionnelle à des champs électromagnétiques et la maladie d’Alzheimer parmi les opérateurs sur machine à coudre et d’autres personnes reconnues comme ayant été exposées à un niveau moyen ou élevé (Sobel et coll., 1995). Une autre étude de cas menée en Espagne sur le travail effectué par des femmes enceintes et la leucémie lymphoblastique aiguë (LLA) a établi l’existence d’un risque accru de LLA chez les enfants de femmes ayant travaillé à domicile pendant leur grossesse et s’étant servi, pour la plupart, de machines à coudre. Les auteurs de cette étude ont incriminé dans un premier temps l’exposition des femmes enceintes aux poussières organiques et aux fibres synthétiques, mais ont expliqué par la suite que l’exposition aux champs magnétiques pouvait constituer un agent étiologique (Infante-Rivard et coll., 1991) (voir chapitre no 49, «Les rayonnements non ionisants», pour un examen plus détaillé de la question).

Autres maladies et risques professionnels. Un certain nombre d’études ont établi que les travailleurs de l’industrie du vêtement étaient particulièrement sujets à l’asthme (Friedman-Jimenez et coll., 1994; Ng et coll., 1994). Outre le risque potentiellement accru de cancer du poumon et du rhinopharynx dû à l’exposition au formaldéhyde, il a été constaté que les travailleurs étaient aussi davantage sujets au cancer de la vessie (Alderson, 1986). Des cas de saturnisme ont été observés parmi les préposés à la production de boutons métalliques. Le personnel des entrepôts ou de la distribution peut être exposé aux maladies liées à l’exposition aux gaz d’échappement des moteurs diesel.

Dans le monde entier, l’industrie du vêtement, de par la proportion élevée de femmes et d’enfants qu’elle occupe et la prédominance de la sous-traitance et du travail à domicile, est un domaine largement ouvert à l’exploitation de la main-d’œuvre. Le harcèlement sexuel, les relations sexuelles non consensuelles et leurs dangers pour la santé sont un grave problème à l’échelle mondiale. Les enfants et les adolescents qui travaillent sont particulièrement vulnérables aux effets sur la santé des produits toxiques et des carences ergonomiques de leurs postes et sont souvent victimes d’accidents du travail. Enfin, deux études ont établi des liens entre le travail des femmes enceintes dans cette industrie et les effets sur le système reproducteur, qui méritent d’être approfondies (Eskenazi et coll., 1993; Decoufle et coll., 1993).



  Les problèmes d’environnement et de santé publique


En général, l’industrie du vêtement et des autres produits textiles finis n’entraîne qu’une contamination relativement faible de l’environnement par des émissions dans l’air, le sol ou l’eau. Des dégagements gazeux de formaldéhyde peuvent cependant persister jusqu’au stade de la vente au détail et entraîner l’apparition de symptômes allergiques, d’irritations et de problèmes respiratoires chez les vendeurs comme chez les clients. De plus, certains procédés spéciaux utilisés dans cette industrie, tels que le caoutchoutage et la fabrication de garnitures à base de plomb, peuvent constituer des menaces sérieuses pour l’environnement.


Ces dernières années, on a vu se développer une «éco-industrie» en réaction à l’inquiétude croissante que suscitait la possibilité d’effets nocifs de l’exposition au formaldéhyde et à d’autres substances utilisées pour traiter les tissus. Celle-ci préconise que les vêtements et autres produits textiles finis soient confectionnés en tissus d’origine naturelle plutôt qu’en fibres synthétiques. En règle générale, les textiles naturels ne sont pas traités avec des produits conférant l’infroissabilité ou d’autres agents de finissage.

Les locaux surpeuplés et les conditions de travail souvent sordides prévalant dans l’industrie du vêtement créent un contexte idéal pour la transmission des maladies infectieuses. En particulier, la tuberculose y est un problème de santé publique fréquent parmi les travailleurs.

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