
LES EFFETS SUR LA SANTÉ ET LES TYPES DE MALADIES

Les problèmes de sécurité et de santé dans l’industrie forestière et dans l’industrie du bois sont examinés respectivement aux chapitres no 68 «La foresterie» et no 71 «L’industrie du bois» de l’Encyclopédie. Le présent article concerne le bois tel qu’il provient de la scierie et tel qu’il est utilisé en menuiserie et pour la fabrication de meubles ou autres articles. Ces activités se pratiquent principalement dans de petites entreprises. La plupart des personnes qui y travaillent en tant qu’entrepreneurs ne sont en général pas classées dans la catégorie des employés. Beaucoup d’autres sont des particuliers qui font du bricolage à domicile où ils ont un atelier. Cela signifie qu’une forte proportion d’entre eux n’ont pas une formation suffisante et ne sont qu’à peine supervisés, ou pas du tout; en outre, souvent, leurs machines ne sont pas munies de protecteurs adéquats et ils ne possèdent pas d’équipement de protection.
Ahman et coll. (1995), Ahman, Holmstrom et Ingelman-Sundberg (1995) et Ahman et coll. (1996) se sont intéressés à l’exposition des enseignants d’arts industriels et du travail du bois en Suède. Par comparaison avec un groupe témoin non exposé, ces enseignants se plaignaient de certains effets et problèmes nasaux marqués (mais la plupart du temps réversibles) qui croissaient au fur et à mesure de la semaine avec le nombre de cours donnés et qui s’atténuaient les fins de semaine, alors que les concentrations de poussières auxquelles ils étaient exposés restaient inférieures à la limite de 2 mg/m3 fixée par le gouvernement. A titre d’information, dans plusieurs établissements des Pays-Bas, les niveaux de poussières dépassaient régulièrement cette limite et, pendant les opérations de ponçage dans une fabrique de meubles, presque toutes les expositions dépassaient la limite locale de 5 mg/m3 (Scheeper, Kromhout et Boleij, 1995).
Les accidents corporels
Les accidents corporels sont le problème le plus courant dans les industries du bois et du travail du bois. Ils sont plus fréquents chez les jeunes travailleurs inexpérimentés et sont la plupart du temps relativement bénins. Par contre, ils entraînent parfois une invalidité de longue durée, voire la perte d’une extrémité. Les cas les plus fréquents sont les échardes, éventuellement infectées, les lacérations, les entailles et les amputations résultant d’une mauvaise utilisation ou d’une protection insuffisante des machines à bois (Ma, Wang et Chou, 1991), les entorses et les foulures dues à l’emploi d’une méthode inadaptée pour lever des charges lourdes ou à une position inappropriée pendant le travail (Nestor, Bobick et Pizatella, 1990), les microtraumatismes répétés aux mains ou aux épaules et les lésions oculaires. La plupart, voire la totalité, de ces problèmes peuvent être évités grâce à une formation adéquate, une utilisation judicieuse des protecteurs ou autres dispositifs de sécurité des machines et par le port d’équipements de protection individuelle tels que gants et lunettes. En ce qui concerne les échardes, il est recommandé de les extraire et de désinfecter la plaie sans tarder. Quant aux autres blessures, les premiers soins permettent de réduire les risques d’incapacité.
Les poussières de bois
On est exposé à des poussières de bois partout où l’on scie, taille, rabote, toupille ou ponce du bois. Les effets varient selon l’intensité et la durée de l’exposition et selon la grosseur des particules. Celles qui atteignent les yeux peuvent causer une irritation et les effets des poussières de bois accumulées dans les replis cutanés peuvent être aggravés par la transpiration et par le contact avec des produits chimiques, ce qui cause parfois une irritation parfois avec surinfection. Ces effets peuvent toutefois être réduits grâce au dépoussiérage, au port de masques et de vêtements protecteurs et à l’adoption de bonnes pratiques d’hygiène personnelle.
Les voies rhino-pharyngiennes et respiratoires
Les poussières de bois s’accumulant dans les voies nasales peuvent affecter l’épuration mucociliaire et réduire la sensibilité olfactive (Andersen, Solgaard et Andersen, 1976; Ahman et coll., 1996). Elles peuvent causer de l’irritation, des éternuements fréquents, des saignements de nez et une infection des sinus (Imbus, 1994).
L’exposition à la poussière dans les fabriques de meubles (Whitehead, Ashikaga et Vacek, 1981) et les scieries (Hessel et coll., 1995) entraîne chez les travailleurs une diminution du volume expiratoire maximum seconde (VEMS1) et de la capacité vitale expiratoire forcée (CVF), après ajustement pour l’âge, la taille et le tabagisme. Elle provoque un accroissement important de la dyspnée et du sifflement respiratoire accompagné d’une sensation d’oppression; elle est en outre une cause de bronchite ou d’asthme. On ne possède toutefois aucune preuve convaincante que l’exposition aux poussières de bois puisse être la cause d’autres maladies pulmonaires de type non cancéreux (Imbus, 1994). Selon une étude prospective de suivi de six ans sur 350 000 Américains de sexe masculin, les 11 541 personnes qui ont déclaré avoir travaillé dans un des secteurs de l’industrie du bois présentaient un risque relatif de mortalité par maladies respiratoires bénignes moins élevé que chez les travailleurs non exposés aux poussières de bois (Demers et coll., 1996).
Les allergies et l’asthme
Certaines essences, et principalement le teck, le mansonia et le pin de Monterey, contiennent des éléments chimiques causant des irritations (voir tableau 86.1 pour une liste détaillée des essences, de leur origine géographique et de leurs effets sur la santé). Certaines essences peuvent causer une dermite de contact allergique (pin Douglas, cèdre de l’Ouest, peuplier, palissandre, teck, acajou africain et autres bois «exotiques»). Le cèdre de l’Ouest, le palissandre, l’acajou et d’autres essences exotiques causent également l’asthme (Imbus, 1994).
Le cancer
Un nombre anormalement élevé de cas de cancer du nez a été signalé chez les travailleurs du bois australiens, canadiens, danois, finlandais, français, italiens, néerlandais, britanniques et américains (Imbus, 1994). Une analyse collective de 12 études de cohorte cas-témoins, effectuées dans 7 pays, a confirmé la présence d’un risque élevé de cancer du rhino-pharynx chez les travailleurs du bois (Demers et coll., 1995). La cause n’en est pas connue mais, selon des études britanniques et américaines, les risques de cancer du nez chez les travailleurs de fabriques de meubles ont diminué depuis la seconde guerre mondiale, probablement en raison de l’évolution des procédés de fabrication (Imbus, 1994). Aucun risque excédentaire de cancer du nez et des sinus n’a été observé chez les 45 399 travailleurs exposés aux poussières de bois parmi les 362 823 hommes qui ont participé à l’étude sur la prévention du cancer réalisée par la Société américaine de recherche sur le cancer (American Cancer Society) sur six ans. Au contraire, les chercheurs signalent un nombre de cas peu élevé. Ils ont toutefois constaté un accroissement particulièrement marqué de la mortalité due au cancer du poumon chez les travailleurs du bois ayant été exposés à l’amiante ou au formaldéhyde, ce qui porte à croire que l’exposition à ces cancérogènes connus a été la cause de l’augmentation des risques observée (Stellman et coll., 1998).
L’exposition aux matières chimiques
Le bois peut contenir des contaminants biologiques. Ainsi, les moisissures et les champignons qui poussent souvent sur l’écorce des arbres peuvent causer des réactions allergiques. L’inhalation des spores fongiques que l’on trouve sur l’érable, le séquoia et le phellodendre peut causer une coniosporose, une séquoiose ou une subérose (Imbus, 1994).
Souvent, le bois contient en outre des produits chimiques industriels appliqués pendant les opérations de transformation tels que des adhésifs, des solvants, des liants à base de résine, des insecticides et fongicides, des enduits hydrofuges, des peintures et des pigments, des laques et des vernis. La plupart de ces produits sont volatils et peuvent être libérés dans l’air ambiant pendant le traitement, le séchage ou l’incinération du bois; ils se retrouvent également dans les poussières de bois. Les plus importants sont le toluène, le méthanol, le xylène, le méthyléthylcétone, l’alcool n-butylique, le 1,1,1-trichloroéthane et le dichlorométhane (EPA, 1995), qui sont en majorité des cancérogènes connus ou présumés.
Conclusion
Les risques pour la santé dans l’industrie du bois et dans celle du travail du bois peuvent être limités grâce à des moyens de prévention technique (le choix d’un bon emplacement et de bons systèmes protecteurs pour les machines, l’installation de systèmes d’aspiration pour réduire les concentrations de poussières de bois et les émissions de nature chimique, par exemple) et le port d’un équipement de protection individuelle (gants, lunettes, masques), ainsi que par des inspections régulières pour s’assurer que l’équipement est entretenu et utilisé comme il convient. La meilleure forme de prévention est probablement de veiller à une éducation et une formation appropriées des travailleurs et de leur encadrement.
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