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Santé : Risques

 

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LES PROBLÈMES DE SANTÉ ET LES TYPES DE MALADIES




L’interprétation des données relatives à la santé dans l’imprimerie, les laboratoires photographiques professionnels et la reprographie est malaisée, car les procédés mis en œuvre sont complexes et évoluent continuellement, parfois de façon spectaculaire. Si l’automatisation a considérablement réduit les risques liés au travail manuel, le volume de travail par personne s’est en revanche considérablement accru. Les risques cutanés occupent une place importante dans les industries considérées, bien que les données d’hygiène industrielle disponibles ne permettent pas de bien cerner le problème. Les effets moins graves et réversibles (céphalées, irritation du nez et des yeux, par exemple) sont insuffisamment répertoriés et pris en compte dans les publications. En dépit de ces insuffisances, des études épidémiologiques, des enquêtes de santé et des études de cas fournissent une quantité considérable d’informations relatives à l’état de santé des travailleurs dans ces industries.



  L’imprimerie



Les agents et les risques d’exposition

Il existe aujourd’hui cinq grandes catégories de procédés d’impression: la flexographie, l’héliogravure, la typographie, l’offset et la sérigraphie. Le type de risque d’exposition inhérent à chacun de ces procédés est lié aux encres utilisées et à la probabilité d’une inhalation (brouillards d’encre, vapeurs de solvants, etc.) ou d’un contact avec la peau, tant au cours du processus d’impression proprement dit que lors de la maintenance. Il convient de rappeler que les encres sont composées de pigments organiques ou inorganiques, d’un véhicule gras ou à base de solvants (le liant) et d’adjuvants divers. Le tableau 85.1 décrit certaines caractéristiques des différents procédés d’impression.


Tableau 85.1 Exemples de risques potentiels dans l'imprimerie


Tableau en cours de préparation ...


La mortalité et les risques d’affections chroniques

Il existe de nombreuses études épidémiologiques et études de cas dans l’imprimerie. Toutefois, les expositions sont rarement quantifiées dans la littérature plus ancienne, qui fait cependant état de la présence, dans des salles de rotatives typographiques, de particules de noir de carbone d’une taille respirable, portant à leur surface des hydrocarbures aromatiques polycycliques potentiellement cancérogènes (benzo(a) pyrène). Des études effectuées sur des animaux ont établi que ce produit adhère fermement à la surface des particules de noir de carbone, de sorte qu’il est difficilement libéré dans les poumons et autres tissus. Ce manque de «biodisponibilité» complique l’évaluation des risques de cancer. Plusieurs études épidémiologiques de cohortes, impliquant un suivi de populations dans le temps, mais pas toutes, ont conclu qu’il existait des taux plus élevés de cancer du poumon chez les imprimeurs (voir tableau 85.2). Une analyse plus détaillée, portant sur plus de 100 cas de cancer de ce type et 300 témoins choisis dans un groupe de plus de 9 000 travailleurs de l’imprimerie de Manchester, en Angleterre (Leon, Thomas et Hutchings, 1994), a conclu à une corrélation directe entre la durée du travail et la fréquence de cancer du poumon chez les imprimeurs travaillant sur rotatives typographiques. Le nombre de fumeurs parmi ces travailleurs n’étant pas connu, il a été difficile d’établir la part imputable à l’activité professionnelle. Cette étude suggère toutefois que le travail sur rotative typographique peut avoir entraîné un risque de cancer du poumon au cours des précédentes décennies. D’anciennes machines comme les rotatives typographiques subsistent sans doute encore dans certaines régions du monde et pourraient fournir ainsi l’occasion de procéder à des évaluations préventives et à la mise en place de moyens de lutte adaptés en cas de besoin.


Tableau 85.2 Etudes de cohortes portant sur les risques de mortalité dans l'imprimerie


Tableau en cours de préparation ...


Une autre catégorie de travailleurs étudiée de façon approfondie est celle des héliograveurs. Leur exposition aux solvants organiques (térébenthine, toluène, etc.), aux pigments, aux colorants, à l’hydroquinone, aux chromates et aux cyanates s’est trouvée notablement réduite au cours des dernières décennies du fait de l’introduction de l’informatique, de l’automatisation des procédés et de l’apparition de nouveaux matériaux. Le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) a conclu que l’exposition professionnelle aux produits utilisés dans l’imprimerie est susceptible d’être cancérogène (CIRC, 1996). Il importe toutefois de préciser que le CIRC fonde ses conclusions sur des données anciennes qui, dans la plupart des cas, diffèrent considérablement des conditions actuelles d’exposition. Les cas de mélanome malin signalés à ce jour laissent penser que les risques sont environ deux fois plus importants que ceux auxquels on s’attendait (Dubrow, 1986). Certains spécialistes affirment que le contact de l’hydroquinone avec la peau pourrait être à l’origine de mélanomes (Nielsen, Henriksen et Olsen, 1996), mais cette thèse n’a pas été confirmée par les études menées dans une usine de fabrication d’hydroquinone où une exposition importante à cette substance a été constatée (Pifer et coll., 1995). Il convient néanmoins d’encourager les pratiques visant à réduire le plus possible les contacts de la peau avec des solvants, en particulier ceux employés pour le nettoyage des plaques.



  Les procédés photographiques



Les expositions et les agents

Le traitement photographique des films et des papiers en noir-blanc ou couleur peut se faire manuellement ou en recourant à des installations entièrement automatisées. Le procédé choisi, les produits chimiques mis en œuvre, les conditions de travail (ventilation, hygiène et équipements de protection individuelle) et la charge de travail représentent autant de facteurs susceptibles d’influer sur les types d’exposition et les problèmes de santé potentiels liés à l’environnement professionnel. Les tâches (celles liées au développement, notamment) qui présentent les plus grands risques d’exposition aux principaux produits chimiques utilisés en photographie — tels que le formaldéhyde, l’ammoniaque, l’hydroquinone, l’acide acétique et les révélateurs chromogènes — sont répertoriées au tableau 85.3. Les différentes étapes du traitement photographique sont représentées schématiquement à la figure 85.2.


Tableau 85.3 Etapes du traitement photographique comportant des risques d'exposition à des produits chimiques


Tableau en cours de préparation ...


Figure 85.2 Récapitulation schématique des opérations de traitement photographique



Dans les lignes de traitement à grand débit, de conception plus récente, certaines des étapes en question ont été combinées et automatisées de façon à limiter les risques d’inhalation et de contact avec la peau. La teneur des produits photographiques en formaldéhyde, utilisé pendant des décennies comme stabilisant des images couleur, diminue progressivement. Selon les conditions ambiantes, ses concentrations mesurées dans l’air peuvent aller d’un niveau non détectable dans la zone des opérateurs jusqu’à 0,2 ppm environ au niveau des orifices d’évacuation des sécheurs. Des risques d’exposition peuvent également se présenter pendant le nettoyage du matériel, la préparation du liquide de stabilisation ou son chargement dans la machine et lors du déchargement des développeuses, ainsi qu’en cas de déversements accidentels.

Il convient de noter que si la plupart des études relatives à la santé des travailleurs employés dans les laboratoires photographiques visent en priorité les expositions aux produits chimiques, il ne faut pas ignorer pour autant les risques pour la santé liés à d’autres aspects des conditions de travail, en particulier l’éclairage réduit, la manutention des produits consommables et les contraintes posturales.


L’étude de la mortalité

La seule étude épidémiologique sur la mortalité des employés des laboratoires photographiques conclut à l’absence de risque accru dans ce secteur (Friedlander, Hearne et Newman, 1982). Etablie à partir du suivi de 9 laboratoires aux Etats-Unis, cette étude a été mise à jour pour couvrir 15 années supplémentaires (Pifer, 1995). Elle porte sur plus de 2 000 personnes qui étaient en activité au début de l’année 1964, dont plus de 70% occupaient leur poste depuis 15 ans au moins. Le groupe a été suivi pendant 31 ans, c’est-à-dire jusqu’en 1994. De nombreuses substances, en particulier le tétrachlorure de carbone, la n-butylamine et l’isopropylamine, auxquelles ces personnes furent exposées au début de leur carrière, ne sont plus employées dans les laboratoires photographiques depuis plus de 30 ans. En revanche, une grande partie des produits utilisés dans les laboratoires modernes, tels l’acide acétique, le formaldéhyde et le dioxyde de soufre, l’étaient déjà au cours des précédentes décennies et à des concentrations bien supérieures. Avec 677 décès sur 2 061 personnes au cours de la période de suivi de 31 ans, le rapport comparatif de mortalité, ou rapport standardisé de mortalité (Standardized Mortality Ratio (SMR)), ne représentait que 78% de celui escompté. Aucune des causes de décès ne s’est trouvée considérablement accrue. Les 464 opérateurs pris en compte dans l’étude présentaient également une mortalité réduite, tant par rapport à l’ensemble de la population (SMR, 0,73) qu’à d’autres travailleurs rémunérés à l’heure (SMR, 0,83); on n’a pas non plus enregistré de progression d’une cause particulière de décès dans le groupe considéré. Compte tenu des données épidémiologiques dont on dispose, il ne semble pas que le travail en laboratoire photographique présente un risque de mortalité accrue, même en cas d’exposition aux concentrations importantes qui étaient vraisemblablement monnaie courante dans les années cinquante et soixante.


Les maladies pulmonaires

La littérature ne mentionne qu’un très faible nombre de cas de problèmes pulmonaires chez les travailleurs des laboratoires photographiques. Deux études (Kipen et Lerman, 1986; Hodgson et Parkinson, 1986) décrivent au total quatre réponses pulmonaires potentielles aux expositions considérées; toutefois, aucune ne fournit de données quantitatives d’exposition sur le lieu de travail permettant d’évaluer les observations faites. La seule étude épidémiologique traitant de ce sujet (Friedlander, Hearne et Newman, 1982) ne fait état d’aucune augmentation des arrêts de travail de longue durée liés à des problèmes pulmonaires; il faut cependant noter que seuls les arrêts de travail de plus de 8 jours consécutifs étaient pris en compte dans cette étude. Chez certaines personnes sensibles, il semble que des symptômes respiratoires puissent être déclenchés ou aggravés par l’exposition à des concentrations élevées d’acide acétique, de dioxyde de soufre et d’autres produits utilisés dans les laboratoires photographiques en cas de ventilation insuffisante ou d’erreurs commises au cours des mélanges et provoquant le dégagement de produits en concentrations indésirables. Seuls de rares cas de maladies pulmonaires ont été signalés (Hodgson et Parkinson, 1986).


Les effets aigus et subchroniques

Depuis le début de l’utilisation des produits chimiques dans la photographie en couleur à la fin des années trente, on a recensé des cas de dermite de contact et de dermite allergique parmi les employés des laboratoires photographiques. Un grand nombre de ces maladies cutanées sont survenues au cours des premiers mois d’exposition. Le port de gants et l’amélioration des méthodes de manipulation ont permis de réduire notablement le nombre de ces affections. Les projections dans les yeux de certains produits chimiques employés en laboratoire photographique peuvent occasionner des lésions de la cornée. Une formation aux pratiques de lavage des yeux (rinçage abondant à l’eau fraîche pendant au moins 15 minutes, suivi d’un examen médical) et le port de lunettes de protection sont particulièrement importants, d’autant plus que le personnel travaille souvent de façon isolée et dans la pénombre.

Les machines de développement de grand débit, à forte productivité, posent certains problèmes ergonomiques. Le montage et le démontage des grands rouleaux de papier photographique peuvent occasionner des lésions au niveau du dos, des épaules et de la nuque. D’un poids pouvant aller de 13,6 à 22,7 kg, ces rouleaux deviennent peu commodes à manipuler, d’autant plus qu’il est difficile d’accéder aux machines lorsqu’elles sont installées dans des locaux exigus.

Une bonne formation du personnel, l’aménagement d’un espace libre suffisant pour l’accès aux rouleaux ainsi que la prise en compte des facteurs humains dans la conception générale des laboratoires devraient permettre d’éviter ce type de lésions.


La prévention et les méthodes de dépistage précoce des troubles pathologiques

La prévention des dermatoses, des irritations des voies respiratoires, des troubles à caractère aigu et des problèmes de nature ergonomique suppose évidemment que l’on ait pris connaissance des risques qui sont à leur origine. Il est possible d’améliorer considérablement la prévention par une information adéquate du personnel (étiquetage, fiches de données de sécurité (FDS) des produits, équipements de protection et mesures d’hygiène, notamment), par des inspections régulières des ateliers et par une information de la maîtrise. L’identification précoce des troubles éventuels peut être facilitée par le recours à un personnel médical assurant le suivi des travailleurs, doublé d’évaluations périodiques ciblées proposées à des volontaires et visant les symptômes attendus au niveau des voies respiratoires et des membres supérieurs au moyen de questionnaires, et par l’observation directe des zones exposées de la peau en vue de détecter d’éventuels signes de dermatose d’origine professionnelle.

Le formaldéhyde est un sensibilisant potentiel des voies respiratoires et un irritant puissant suspecté d’être cancérogène; il importe dès lors de procéder à une étude des postes de travail afin d’identifier ceux où l’on utilise du formaldéhyde (inventaire chimique, examen des FDS), de mesurer et d’évaluer les concentrations dans l’air (si nécessaire pour chaque produit utilisé), de déceler les risques de fuites ou de déversements accidentels et d’estimer la quantité de produit susceptible de s’échapper ainsi que la concentration qui pourrait être atteinte dans le scénario le plus défavorable. Il conviendra enfin d’établir un plan d’intervention en cas d’urgence, de l’afficher de façon bien visible et d’organiser des exercices périodiques. Un spécialiste de la sécurité et de la santé au travail devrait être consulté lors de l’élaboration du plan d’intervention.



 La reprographie



Les expositions et les agents

Les photocopieurs modernes émettent, lorsqu’ils sont en service, de très faibles niveaux de rayonnements ultraviolets (UV) à travers leur glace (diffuseur) et, éventuellement, de l’ozone en concentrations peu élevées; ils ne font que peu de bruit. Pour reproduire en noir sur papier ou sur calque, ils consomment du toner, essentiellement composé de noir de carbone. Les risques éventuels auxquels les opérateurs se trouvent exposés au quotidien se résument donc à ceux inhérents aux rayonnements UV, à l’ozone, au bruit et, le cas échéant, au toner. Sur les machines plus anciennes, le toner pouvait poser problème au moment de la recharge; aujourd’hui, l’utilisation de cartouches étanches réduit considérablement les risques pour l’appareil respiratoire et la peau.

Le degré d’exposition aux rayonnements UV à travers la glace du photocopieur est très faible: l’éclair dure 250 ms environ, ce qui, pour une machine fonctionnant en continu, correspond à quelque 4 200 éclairs par heure (valeur susceptible de varier d’un appareil à l’autre). La longueur d’onde des rayonnements émis à travers la glace se situe entre 380 et 396 nm environ. Les éclairs ne produisent en général aucun rayonnement UV de type B. Les plus forts rayonnements de type A mesurés au niveau de la glace ont une énergie d’environ 1,65 µJ/cm2 par éclair, ce qui signifie que l’exposition pendant 8 heures à un rayonnement dont le spectre est proche des UV émis par un photocopieur fonctionnant en continu pour produire quelque 33 000 copies par jour représente à peine 0,05 J/cm2 à la surface de la glace. Or, cette valeur correspond à une fraction seulement de la valeur limite recommandée par la Conférence américaine des hygiénistes gouvernementaux du travail (American Conference of Governmental Industrial Hygienists (ACGIH)); elle ne semble présenter dès lors aucun risque appréciable pour la santé, même dans des conditions d’utilisation aussi extrêmes.

Il faut cependant noter que certains sujets peuvent encourir un risque en cas d’exposition aux rayonnements UV; ce sont en particulier ceux qui souffrent d’une photosensibilisation, qui font usage de produits ou de médicaments photosensibilisants ou qui présentent des altérations de la pupille. A titre préventif général, il leur est conseillé de réduire leur exposition aux UV.


Les effets aigus

La littérature ne mentionne que peu d’effets aigus associés de manière significative avec la photocopie. Des photocopieurs anciens, mal entretenus, ont pu émettre des concentrations d’ozone détectables en cas de fonctionnement dans des locaux mal ventilés. Même si des symptômes d’irritation des yeux et des voies respiratoires supérieures ont pu être signalés chez certaines personnes travaillant dans ces conditions, les exigences minimales préconisées par les constructeurs en matière d’espace et de ventilation ainsi que les progrès technologiques accomplis dans le domaine de la photocopie ont pratiquement permis d’éliminer le problème posé par les émissions d’ozone.


L’étude de la mortalité

Aucune étude ne semble mentionner des cas d’affections chroniques ou graves résultant de l’utilisation prolongée de photocopieurs.


La prévention et le dépistage précoce

Dans la mesure où les conditions d’utilisation préconisées par le constructeur sont respectées, la photocopie ne devrait pas présenter de risque. Toutefois, les personnes qui constatent une aggravation des symptômes susceptibles d’être attribués à l’utilisation intense de photocopieurs devraient consulter un médecin.


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