
L’IMPRIMERIE ET L’ÉDITION

Les procédés d’impression: généralités
L’invention de l’imprimerie remonte au XIe siècle et se situe en Chine. Vers 1450, Gutenberg créa les caractères mobiles et inventa la presse à imprimer; il mit ainsi au point l’impression typographique, généralisée depuis dans le monde entier. A partir de cette époque, l’imprimerie a connu un essor considérable, passant de la simple impression de mots sur une feuille de papier à celle de textes et d’autres motifs graphiques sur papier ou sur d’autres matériaux (supports). Au XXe siècle, l’emballage de toutes sortes de produits de grande consommation a fourni à l’imprimerie un débouché supplémentaire. Les imprimés, les emballages et les brochures publicitaires ainsi que les produits ennoblis par les procédés connexes d’apprêt (papiers couchés ou glacés, couvertures plastifiées) font aujourd’hui partie de la vie quotidienne.
L’impression de mots et d’illustrations sur du papier ou sur d’autres supports évolue dans des directions que l’on ne pouvait imaginer il y a quelques années seulement. Les industries graphiques mettent en œuvre aujourd’hui une très vaste gamme de procédés allant des anciennes méthodes traditionnelles aux technologies les plus récentes faisant appel aux ordinateurs. L’imprimerie englobe désormais toutes les techniques, depuis les caractères en plomb utilisés sur des presses à plat jusqu’aux rotatives modernes à bobines et aux machines d’impression directe (voir figure 85.1). Pour certaines applications, ces différentes techniques sont utilisées en parallèle.
Figure 85.1 Finition après impression: la bande continue est découpée
en feuilles puis façonnée pour obtenir le produit fini

Il existe quatre grands procédés d’impression qui comportent chacun des risques pour la sécurité, la santé et l’environnement.
1. La typographie (impression en relief) . Utilisé depuis de très nombreuses années pour les travaux de ville et l’édition, ce procédé consiste à créer des formes imprimantes qui acceptent l’encre sur leurs parties saillantes. L’encre déposée est ensuite transférée par pression sur le papier ou tout autre support apte à la recevoir. Il existe plusieurs méthodes de composition, en particulier l’assemblage de caractères mobiles à la main ou sur des machines telles que la linotype qui moulent des lignes complètes justifiées. Ces procédés conviennent aux travaux d’impression simples à faible tirage. Pour des tirages plus importants, il est préférable d’employer des clichés en métal, en plastique ou en caoutchouc. En cas d’emploi de clichés en caoutchouc ou en un autre matériau souple, le procédé est souvent appelé flexographie. Les encres utilisées en typographie sont à base de solvants ou d’eau. Certaines encres plus récentes, destinées au séchage par ultraviolet ou basées sur des systèmes physico-chimiques, sont mises au point.
2. L’héliogravure (procédé en creux). Dans ce procédé, la forme imprimanteest gravée en creux dans une plaque ou un cylindre. La forme est placée ensuite dans un bac rempli d’encre.Une racle élimine de la surface de la forme l’encre excédentaire déposée hors des alvéoles. La plaque ou le cylindre sont ensuite pressés contre le papier ou tout autre support. Ce procédé convient tout particulièrement aux imprimés à fort tirage, tels que les magazines et les emballages. Les encres sont généralement à base de solvants, le plus courant étant le toluène. L’utilisation d’encres à base d’huile de soja et d’eau se répand avec un certain succès, mais cette nouvelle technologie ne convient pas pour toutes les applications.
3. L’offset (impression à plat sans relief ni creux) . Ce procédé, inventé peu après 1900, repose sur le principe bien connu de répulsion entre la graisse et l’eau. L’emploi de plaques polymétalliques permet de créer deux types d’états de surface: des zones qui retiennent l’eau et d’autres qui la repoussent, mais qui acceptent l’encre grasse. La zone qui retient l’encre porte l’image, tandis que la zone hydrophile devient le fond ou la zone non imprimante. Ainsi, l’encre adhère uniquement à certaines zones définies pour être transférée ultérieurement sur le papier ou un autre support. Dans de nombreux cas, cette étape implique le report ou décalque (en anglais «offset») de l’encre sur une surface intermédiaire garnie de caoutchouc, le blanchet, qui est ensuite pressée contre le papier ou le support. Ce procédé indirect est largement employé pour l’impression de nombreux imprimés et emballages. Il importe de noter que les procédés d’impression indirects n’impliquent pas tous l’emploi d’une forme planographique. En effet, selon les impératifs du principe choisi, d’autres procédés d’impression peuvent également utiliser des éléments empruntés à l’offset. Les encres dont on se sert en offset sont généralement à base de solvants (c’est-à-dire non aqueuses), mais le développement d’encres sans solvants progresse rapidement.
4. La sérigraphie (impression à l’aide d’un écran ou pochoir). La sérigraphie utilise un pochoir posé sur un écran à maillage fin. L’encre est appliquée sur le pochoir puis pressée à l’aide d’une raclette. Elle traverse ainsi l’écran pour venir se déposer sur le papier ou tout autre support placé au-dessous. La sérigraphie est souvent employée pour des travaux d’impression relativement simples, de faible volume, pour lesquels elle peut être avantageuse en termes de coût. On l’emploie volontiers pour les textiles, les affiches, les présentoirs et les papiers peints. Les encres de sérigraphie sont à base de solvants ou d’eau, ce choix dépendant fortement du support à imprimer. La couche appliquée étant souvent plus épaisse, les encres sont généralement plus visqueuses que celles utilisées pour d’autres procédés d’impression.
La préparation du document à imprimer
La préparation d’un document pour l’impression comprend le montage des différents éléments à reproduire, à savoir les textes, photographies, illustrations et dessins. Ces éléments doivent être entièrement finalisés, car aucune modification ne pourra leur être apportée après la confection des plaques. C’est à ce stade que l’on applique les principes des arts graphiques pour assurer la réussite esthétique du produit final.
Cette étape préparatoire est généralement considérée comme moins dangereuse pour la sécurité et la santé que les phases suivantes d’impression proprement dite. La création des originaux et des maquettes est susceptible d’entraîner une fatigue physique considérable et de présenter des risques pour la santé liés à l’emploi de pigments, de dissolution de caoutchouc, d’adhésifs ou d’autres substances appliquées sous forme de spray. Le recours à l’ordinateur a heureusement permis d’éliminer une bonne partie de ces substances. La question est examinée dans l’article «Les arts graphiques» du chapitre no 96, «Les arts, les loisirs et les spectacles». Les risques potentiels liés au travail sur écrans et ordinateurs sont traités ailleurs dans l’Encyclopédie, notamment dans le chapitre no 52, «Les terminaux à écran de visualisation». Une bonne ergonomie des postes de travail permet de réduire ces risques.
La confection des clichés
Les plaques ou cylindres utilisés avec les techniques modernes d’impression sont fabriqués soit par procédé photographique, soit par montage informatisé. La confection des plaques commence souvent par l’emploi d’un banc de reproduction destiné à créer une image qui pourra ensuite être transférée sur une plaque par des moyens photochimiques (photogravure). C’est à ce stade qu’il convient de séparer les couleurs et de définir les éléments déterminants pour la qualité de l’impression (comme la trame des illustrations). Comparé au matériel photographique courant, celui qui sert à la confection des clichés est plus sophistiqué. La production d’imprimés de qualité nécessite en effet un niveau exceptionnel de netteté, de sélection fidèle des couleurs et de précision de repérage. L’arrivée de l’ordinateur a éliminé une grande partie des travaux de montage et de retouche manuels des images.
Les risques potentiels liés aux opérations de photogravure sont comparables à ceux de l’industrie photographique, étudiés plus loin dans le présent chapitre. Il importe de limiter les risques d’exposition aux produits chimiques pendant la confection des clichés.
Une fois que l’image a été créée, le cliché est fabriqué à l’aide de procédés photomécaniques dont les principaux peuvent être classés comme suit:
Les méthodes manuelles . On peut graver la plaque en creux à l’aide d’outils à main, de pointes sèches et de burins. Une autre solution consiste à créer des zones hydrophobes sur une plaque offset à l’aide de crayons gras (il s’agit généralement d’une méthode utilisée pour les petits tirages ou pour des travaux spéciaux).
Les méthodes mécaniques . Le relief est créé dans la plaque au moyen de roulettes, de berceaux et d’autres types d’équipements mécaniques. D’autres appareils peuvent être utilisés pour produire des zones hydrophobes sur les plaques.
Les méthodes électrochimiques . On emploie des procédés galvaniques pour déposer des couches métalliques sur les plaques ou les cylindres.
Les méthodes électroniques. Les plaques et les cylindres sont gravés sur des bancs à commande électronique.
Les méthodes électrostatiques . On recourt à la xérographie ou à des méthodes similaires pour obtenir sur une plaque ou un cylindre soit un motif en creux, soit des éléments d’image hydrophobes.
Les méthodes photomécaniques. Elles permettent de reporter sur la plaque ou sur le cylindre des images photographiques au moyen d’une couche photosensible déposée sur le métal. Le report photomécanique est le mode le plus courant de fabrication des plaques. Dans bien des cas, deux ou plusieurs méthodes peuvent être associées pour fabriquer un cliché.
Compte tenu de la diversité des procédés applicables, la réalisation des clichés présente une grande variété de risques pour la sécurité et la santé. Les méthodes mécaniques, moins utilisées aujourd’hui, ont longtemps été la cause de problèmes de sécurité spécifiques, essentiellement liés à l’usage d’outils à main et à la multitude d’équipements mécaniques dans les ateliers. Les risques pour les mains et les dispositifs de protection correspondants sont caractéristiques de la réalisation des clichés par des procédés mécaniques qui impliquent souvent l’emploi d’huiles et de solvants susceptibles d’être inflammables ou toxiques.
Dans de nombreux ateliers, des méthodes relativement anciennes côtoient encore souvent des équipements modernes, de sorte que les risques peuvent être disséminés. Si la forme imprimante se compose de lignes de caractères, on a affaire à une linotype, autrefois courante dans la plupart des ateliers d’imprimerie, qui permet de composer des lignes complètes de texte (lignes-blocs) en fondant du plomb dans des matrices de caractères. La nécessité de maintenir le plomb en fusion dans un creuset situé dans l’atelier entraîne de sérieux risques pour la santé. Le plomb, traité au chapitre no 63 de l’Encyclopédie , «Les métaux: propriétés chimiques et toxicité», peut pénétrer dans l’organisme par inhalation de ses composés ou, à l’occasion de la manipulation des caractères en plomb ou à base de plomb, par contamination cutanée susceptible d’entraîner une absorption de ce métal et, par voie de conséquence, une légère intoxication chronique qui se manifeste essentiellement par des troubles du système nerveux et des reins.
Pour créer une image sur une plaque ou un cylindre, d’autres méthodes de fabrication des clichés reposent sur des procédés chimiques bien connus en galvanoplastie et en gravure. Ces procédés mettent en œuvre divers produits chimiques, en particulier des acides et des métaux (zinc, chrome, cuivre et aluminium) ainsi que des résines organiques de synthèse destinées à former certaines des couches supérieures de la plaque elle-même. Plusieurs procédés chimiques font appel aujourd’hui à des solvants dérivés du pétrole. Il importe évidemment de prendre en compte les risques pour la santé liés à l’utilisation de ces produits. Une bonne ventilation est essentielle dans les locaux où ces produits chimiques sont mis en œuvre, ainsi que le port d’un équipement de protection individuelle approprié. Il convient également de tenir compte des effets potentiels sur l’environnement des produits corrosifs et des métaux lourds. Le stockage et le mélange de ces produits chimiques comportent également des risques pour la santé qui peuvent être importants en cas de déversements accidentels.
Certains procédés de clichage employés pour reporter des images sur une plaque ou un cylindre peuvent aussi présenter des dangers. Les plus courants donnent naissance à des résidus métalliques susceptibles de constituer un problème pour les opérateurs. Les techniques plus récentes utilisent une tête laser pour graver l’image dans le matériau de la plaque. Même si cette technique permet d’éliminer certaines étapes du processus de confection des clichés, le faisceau laser constitue un risque pour les yeux et la peau. Le laser est parfois aussi employé pour ramollir des matériaux comme le plastique, ce qui évite de les faire chauffer jusqu’à leur vaporisation; il permet alors d’éviter les problèmes liés aux vapeurs et aux fumées sur le lieu de travail.
Dans la plupart des cas, la confection des clichés ne représente qu’une étape relativement courte dans le cycle de fabrication complet d’un imprimé. Les risques sont d’ailleurs limités du fait du nombre réduit de personnes participant à cette opération et des quantités peu importantes de produits chimiques mis en œuvre. Au fur et à mesure de l’évolution technologique, le nombre des étapes nécessaires au report de l’image sur une plaque diminue, ce qui réduit encore les risques potentiels pour les travailleurs et l’environnement.
La fabrication des encres
Selon le procédé choisi, on emploie différents types d’encres et de vernis. Les encres sont essentiellement composées d’un véhicule ou liant et de pigments ou de colorants et de résines.
Le véhicule permet de maintenir les pigments et autres composants en suspension jusqu’à ce que l’encre soit sèche. Les véhicules dont on se sert le plus souvent en imprimerie sont des alcools, des esters (acétates), des cétones et l’eau. Les encres destinées à l’héliogravure ont généralement une forte teneur en toluène. Les encres plus récentes peuvent contenir de l’huile de soja époxydée et d’autres produits chimiques moins dangereux, car non volatils.
Parmi les autres composants des encres classiques figure le liant résine qui sert à fixer les pigments sur le support d’impression après séchage du solvant. Des résines organiques, dont certaines sont naturelles et d’autres synthétiques (en particulier les résines acryliques) entrent couramment dans la composition des encres.
Les pigments donnent les couleurs. Leurs bases proviennent de différents produits chimiques, y compris des métaux lourds et des matières organiques.
Les encres à séchage par rayonnement ultraviolet (UV) sont à base d’acrylates et ne contiennent pas de véhicule. Réduites le plus souvent à un simple système résine/pigment, elles ne sèchent pas en l’absence d’UV. Les acrylates qui entrent dans leur composition sont des sensibilisants potentiels de la peau et des voies respiratoires.
La fabrication des encres comporte de nombreux risques pour la sécurité et la santé. Elles contiennent des solvants inflammables et exigent l’installation d’un système efficace de protection contre l’incendie dans tous les locaux affectés à cette fabrication, avec têtes automatiques de pulvérisation (sprinklers) et extincteurs portatifs en parfait état de fonctionnement. Les travailleurs doivent connaître ces équipements. Les installations électriques doivent être de type antidéflagrant ou à sécurité intrinsèque. L’élimination des charges d’électricité statique revêt une importance cruciale, car de nombreux solvants sont susceptibles de générer des charges statiques lorsqu’ils s’écoulent dans des tuyaux souples en plastique ou qu’ils se trouvent en suspension dans l’air. Il est fortement recommandé de maintenir un taux d’humidité suffisant et de prévoir une mise à la terre ou à la masse pour dissiper l’électricité statique.
Les installations de mélangeage, depuis les petits mélangeurs jusqu’aux cuves de grande capacité, peuvent présenter de nombreux dangers de nature mécanique. La protection doit être assurée par mise sous capot ou par d’autres moyens. En cas de dépose des capots lors des opérations de maintenance, il est indispensable de verrouiller les organes de commande en position d’arrêt.
Compte tenu des grandes quantités de produits mises en œuvre, leur manipulation comporte également des risques. Chaque fois que la chose est faisable, les composants seront acheminés vers les points de mélangeage en conduits fermés; toutefois, dans certains cas, ils devront être transportés manuellement dans des sacs, des fûts ou d’autres récipients, ce qui implique des risques de lombalgies, de hernie et d’autres troubles liés à des efforts excessifs. Le personnel devrait être familiarisé avec les méthodes correctes de soulèvement et recourir si possible à des engins de manutention mécanique.
Les opérations de manutention présentent également des risques de déversements accidentels et d’incidents liés à la nature même des produits chimiques transportés. Il convient donc de mettre en place des mesures destinées à faire face à des situations d’urgence et de prendre toutes précautions utiles pour éviter les déversements accidentels et les contacts entre substances incompatibles.
La nature des produits chimiques mis en œuvre et la nécessité d’en stocker d’importantes quantités peuvent entraîner des risques d’intoxication pour le personnel; chaque composant — qu’il s’agisse du véhicule, de la résine ou du pigment — devra faire l’objet d’une évaluation de ces risques. Des prélèvements et des analyses permettront de déterminer si les expositions peuvent être considérées comme admissibles. Une ventilation efficace devrait être mise en place et l’opportunité d’un équipement de protection individuelle devrait être examinée. Des dispositions seront prises pour faire face aux situations d’urgence; des douches de secours, des fontaines d’irrigation oculaire, des trousses d’urgence et une surveillance médicale seront prévues pour parer aux lésions de la peau, des yeux, des voies respiratoires et d’autres organes. Les effets répertoriés à ce jour peuvent aller d’une simple dermatose résultant de l’exposition de la peau à des solvants, jusqu’à des lésions organiques plus durables imputables à l’exposition à des pigments à base de métaux lourds (comme le chromate de plomb) présents dans certaines encres. Compte tenu des nombreux ingrédients entrant dans la composition des encres et des vernis, le spectre de toxicité possible est étendu. Avec l’apparition de nouvelles technologies, celle des encres par séchage UV, par exemple, le danger pourrait changer de nature, les risques liés aux solvants habituels évoluant vers une sensibilisation due à des contacts répétés avec la peau. Il importe d’identifier avec soin les risques associés aux produits chimiques entrant dans la fabrication des encres et des vernis, de préférence avant leur mélangeage sur place.
Etant donné que de nombreuses encres contiennent des substances potentiellement dangereuses pour l’environnement, il faut éviter les pollutions au cours du processus de fabrication. De plus, les sous-produits (en particulier les agents de nettoyage et les résidus) devront être gérés avec précaution afin de réduire leur impact sur l’environnement.
Compte tenu de la grande importance accordée au niveau mondial au respect de l’environnement, des fabricants ont lancé sur le marché des encres plus «écologiques» à base d’eau et contenant des résines et des pigments moins toxiques. Cette évolution devrait contribuer à la réduction des risques liés à la fabrication des encres.
L’impression
L’impression ou, plus précisément, le tirage, consiste à encrer la plaque, puis à transférer l’encre sur le support. Dans l’offset, on utilise des presses à trois ou à quatre cylindres. L’image est d’abord reportée d’une feuille (forme imprimante) enroulée autour d’un cylindre porte-plaques sur un cylindre intermédiaire revêtu d’un blanchet en caoutchouc avant d’être déposée sur le support porté par un cylindre de contre-pression. Les presses à quatre cylindres — qui impriment en un seul passage les deux côtés du papier et sont dites aussi «presses blanchet contre blanchet» — sont faites de deux groupes à trois cylindres ayant perdu leur cylindre de contre-pression. Elles sont utilisées généralement sur les rotatives à bobines, les machines à trois cylindres étant réservées aux presses à feuilles.
Même si le papier est l’un des supports d’impression les plus courants, il n’est pas le seul; de nombreuses étiquettes fantaisie sont imprimées sur film de polyester, métallisé sous vide, au moyen de techniques d’impression conventionnelles. Les plastiques laminés peuvent être introduits dans la presse sous forme de feuilles ou contrecollés sur une bande continue qui est ensuite découpée en fonction des spécifications d’emballage.
Comme l’impression se fait souvent en couleurs, on a recours à des configurations comprenant plusieurs groupes de cylindres en ligne. Ces machines sont équipées de dispositifs optoélectroniques destinés à assurer un repérage précis des couleurs et à maintenir le positionnement correct du pli, ainsi que de dispositifs de contrôle sophistiqués dont la fonction est de régler la vitesse et la tension du support dans des limites fixées.
Les risques liés à la conduite des presses sont similaires en partie à ceux inhérents à la fabrication des encres; le danger d’incendie est particulièrement important et il est nécessaire de prévoir des sprinklers automatiques et d’autres moyens de lutte contre le feu. Certains dispositifs peuvent être montés directement sur les presses, en complément des extincteurs portatifs dont la présence est impérative. Les installations électriques doivent satisfaire aux exigences réglementaires (protection antidéflagrante ou sécurité intrinsèque). La lutte contre l’électricité statique est également importante, en particulier en présence de solvants comme l’alcool isopropylique et sur les presses à bobines. Outre l’électricité statique susceptible d’être générée par la circulation de liquides inflammables dans des tuyaux en plastique ou au contact de l’air, il faut tenir compte du fait que la plupart des films en plastique et des bandes de papier produisent aussi des charges électrostatiques très importantes lors de leur passage sur des cylindres métalliques. Le maintien d’un certain degré d’humidité et la mise à la terre ou à la masse seront complétés par des dispositifs antistatiques placés sur les rotatives.
La manipulation et le stockage des supports d’impression (bobines, etc.) et des encres posent également des problèmes. Il convient de limiter le plus possible les manutentions manuelles et de dispenser des informations et une formation appropriées. Il ne faut pas sous-estimer les dangers d’ordre mécanique liés au mouvement rapide des éléments de machine (la vitesse linéaire de défilement du support d’impression peut dépasser 7 m/s) et aux nombreux angles rentrants des cylindres, etc. Il est impératif de doter les machines de carters de protection, de dispositifs d’arrêt d’urgence, de commandes par impulsions et d’alarmes sonores, ainsi que de systèmes de signalisation et de verrouillage en position d’arrêt pendant les opérations de réglage, de réparation et de maintenance.
Compte tenu du grand nombre de pièces en rotation et des vitesses couramment utilisées en impression, le bruit constitue souvent un problème important, en particulier lorsque plusieurs rotatives tournent simultanément, comme dans les imprimeries de journaux. Si les niveaux sonores dépassent les limites admissibles, il faut mettre en place des programmes de conservation de l’audition comportant également des mesures techniques de lutte contre le bruit.
Bien que le séchage de l’encre s’opère souvent à l’air à proximité de la presse, il est recommandé de prévoir des sécheurs, généralement en forme de tunnels, de façon à réduire l’exposition des opérateurs aux solvants volatils.
Aux vitesses élevées, il se forme parfois des brouillards d’encre. Les vapeurs de solvant dégagées pendant le séchage et les particules d’encre en suspension dans l’air présentent un risque d’inhalation de produits chimiques potentiellement toxiques. En outre, les travaux de routine liés au tirage, comme le remplissage des bacs et des encriers ou le nettoyage des cylindres, peuvent impliquer un contact avec les encres et les solvants de nettoyage.
Il est donc indiqué de procéder à des prélèvements et de prévoir une ventilation appropriée ainsi que des équipements de protection individuelle. Les nouvelles encres et les nouveaux vernis présentent des avantages sous l’angle technique, mais ne sont pas pour autant dépourvus de risques. Ainsi, les encres à séchage UV sont des sensibilisants potentiels en cas de contact avec la peau et représentent indirectement un risque d’exposition à de dangereux niveaux de rayonnements UV.
Les émissions générées par les travaux d’impression, auxquelles s’ajoutent les effluents de nettoyage et les résidus d’encres, constituent autant de menaces pour l’environnement. Il peut être né-cessaire de capter, de détruire ou de récupérer les vapeurs de solvants dégagées par les encres après l’impression. Il importe de mettre en œuvre une gestion minutieuse des déchets afin de réduire le plus possible leur impact sur l’environnement. Des travaux de recherche sont effectués pour élaborer de nouveaux solvants mieux adaptés au nettoyage, ce qui devrait permettre de réduire les émissions et les risques d’exposition. Une analyse approfondie des techniques de nettoyage pratiquées devrait permettre de déterminer s’il existe d’autres possibilités que les solvants et, notamment, des produits à base d’eau ou d’huiles végétales répondant aux exigences spécifiques de l’imprimerie. Toutefois, les produits de nettoyage à base d’eau peuvent être contaminés par des encres contenant des solvants et nécessiter de ce fait une gestion attentive, aussi bien dans les ateliers d’impression que lors de leur élimination.
Les opérations de finition
Une fois imprimé, le support exige généralement quelques opérations de finition avant d’être conditionné en vue de son utilisation finale. Certains imprimés peuvent être acheminés directement de la presse à des machines qui procèdent à leur emballage, collage et étiquetage. Dans d’autres cas, de nombreuses opérations de pliure, de refente (si nécessaire), de rognage et de mise au format sont nécessaires avant l’assemblage final des livres ou autres imprimés.
Les dangers pour la sécurité et la santé inhérents aux opérations de finition sont essentiellement d’origine mécanique. Ils visent surtout la mise au format par découpe qui comporte des risques de coupures au niveau des doigts, des mains, des poignets et des avant-bras. Il importe d’équiper les machines de dispositifs de protection formant partie intégrante de celles-ci. Les opérateurs devront également veiller à manier avec prudence les couteaux et les lames. Les massicots de grande dimension nécessitent le même degré d’attention pour ce qui est des dispositifs de protection et de la formation des opérateurs.
Les opérations de finition exigent de fréquentes manipulations des produits, aussi bien des produits semi-finis à traiter que des imprimés conditionnés et prêts à l’expédition. Il est indiqué de recourir autant que possible à des engins mécaniques tels que chariots élévateurs, appareils de levage et auxiliaires de manutention. Si le levage et la manutention doivent s’effectuer à la main, il convient de former les opérateurs aux méthodes de travail correctes.
Une analyse des opérations de finition montre qu’elles peuvent occasionner des contraintes excessives; il pourra s’avérer nécessaire d’aménager certains postes de travail pour les ramener à un niveau tolérable. Le recours à une forme ou l’autre d’automatisation pourra souvent alléger le travail; il subsistera néanmoins toujours des tâches de manutention manuelle susceptibles d’entraîner des contraintes excessives. La rotation des postes permettra parfois d’en réduire la fréquence et l’intensité.
L’avenir de l’imprimerie
L’impression de textes et d’illustrations sur papier ou tout autre support sera toujours une nécessité. Toutefois, l’imprimerie de demain impliquera un transfert plus direct des données de l’ordinateur à la presse ainsi qu’une édition électronique, dans laquelle le texte et les images viendront impressionner des supports électromagnétiques ou autres. Comme l’édition électronique ne peut être visualisée et lue qu’au moyen d’un équipement électronique, les textes imprimés et la littérature passeront progressivement du support imprimé au support électronique. Cette évolution réduira certes une large part des risques mécaniques liés à l’impression, mais elle pourrait bien accroître le nombre des problèmes de nature ergonomique.
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