
LES MOYENS DE PRÉVENTION TECHNIQUE
La fabrication des pneumatiques et autres produits en caoutchouc expose les travailleurs à de très nombreux produits chimiques: poudres, solides, huiles et polymères entrant dans la composition des mélanges, poudres anticollantes, brouillards, fumées et vapeurs résultant du chauffage et de la cuisson des composés, solvants servant à la fabrication des dissolutions et des adjuvants. Les effets de la plupart de ces produits sur la santé sont méconnus mais on sait que, à des degrés d’exposition courants, ils présentent un caractère plus souvent chronique qu’aigu. De façon générale, les moyens de prévention technique ont pour objet de réduire globalement la quantité de poussières et les émanations de vapeurs du caoutchouc chauffé ou de fumées de cuisson auxquelles les travailleurs sont exposés. Lorsque les produits chimiques, les solvants ou les agents en cause (comme le bruit) sont connus pour être nocifs, il est plus facile d’orienter les mesures de prévention et, dans bien des cas, d’éliminer les sources d’exposition.
La suppression ou le remplacement des matières dangereuses sont, sans doute, les meilleurs moyens de prévention technique pour limiter les risques dans l’industrie du caoutchouc. On a interdit, par exemple, la β-naphthylamine, impureté présente dans un antioxydant, après avoir découvert, dans les années cinquante, qu’elle provoquait le cancer de la vessie. Le benzène, solvant autrefois très répandu, a été remplacé également, dans les années cinquante toujours, par le solvant naphta, ou l’essence minérale (white spirit) dont la teneur en benzène a été régulièrement abaissée (de 4-7% à moins de 0,1% du mélange). L’heptane, employé comme substitut de l’hexane, donne des résultats aussi bons, sinon meilleurs, que ce produit. Pour le gainage des tuyaux à vulcaniser, on recourt aujourd’hui à d’autres matières que le plomb. On met au point des mélanges de caoutchouc qui limitent les risques de dermites pendant la manipulation et la formation de nitrosamines pendant la cuisson. Quant aux talcs anticollants, le choix se porte désormais sur ceux qui contiennent le moins possible d’amiante et de silice.
La préparation du mélange de caoutchouc
Un système de ventilation par aspiration localisée est nécessaire pour capter les poussières, les brouillards et les fumées qui se dégagent pendant la préparation, le malaxage et la finition du caoutchouc par des opérations de polissage et de meulage (voir figure 80.11). De bonnes méthodes de travail et une ventilation adéquate permettent habituellement d’abaisser le niveau d’exposition aux poussières bien au-dessous de 2 mg/m3. L’entretien régulier des filtres, des hottes et des pièces mécaniques fait partie des mesures de prévention technique de base. On trouve des modèles de hottes dans les manuels consacrés aux systèmes de ventilation de la Conférence américaine des hygiénistes gouvernementaux du travail (American Conference of Governmental Industrial Hygienists (ACGIH)) et de l’Association britannique de recherche sur le caoutchouc et les plastiques (Rubber and Plastics Research Association of Great Britain) (ACGIH, 1995).
Figure 80.11 Une hotte aspire les fumées dégagées au détringlage des durites dans une usine de caoutchouc en Italie

Les produits chimiques incorporés dans le mélange sont généralement transférés de conteneurs dans de petits sacs sur une bascule, puis déposés sur une bande transporteuse qui alimente le malaxeur, ou sur un mélangeur. Les poussières sont aspirées par un caisson à fentes situé derrière la bascule (voir figure 80.12) et, parfois aussi, au bord des bacs de stockage. A cette étape, il est possible de réduire encore les dégagements de poussières en remplaçant les poudres par des produits composés de particules plus grosses ou par des granulés, en regroupant les ingrédients dans un seul sac (souvent thermosoudé) et en transférant automatiquement les produits de leur conditionnement de stockage jusqu’au sac intermédiaire ou directement jusqu’au malaxeur. Les habitudes de travail jouent aussi un rôle important en ce qui concerne l’exposition aux poussières.
Figure 80.12 Un poste de pesée avec son caisson à fentes horizontales de ventilation par aspiration localisée

Le malaxeur Banbury doit être équipé d’une hotte pour aspirer les poussières au moment du remplissage et pour absorber les fumées et les vapeurs d’huile dégagées par le caoutchouc chauffé en cours de malaxage. L’action des hottes les mieux conçues est souvent perturbée par l’air provenant des ventilateurs mobiles qu’on installe pour rafraîchir les travailleurs. Le transport des sacs entre les palettes et la bande d’alimentation peut être assuré par un dispositif mécanique.
Les mélangeurs sont munis d’une hotte aspirante qui capte les particules d’huile, les vapeurs et les fumées produites par le caoutchouc. Sans encoffrement supplémentaire, ces hottes absorbent moins efficacement les poussières lorsque le mélange est préparé sur le malaxeur ou que celui-ci est saupoudré d’une substance antiadhésive (voir figure 80.13). En outre, elles sont sensibles aux courants d’air créés par les ventilateurs mobiles ou par le mauvais réglage du système de ventilation générale. Il existe des installations de type soufflage-aspiration, qui envoient devant le conducteur un rideau d’air dirigé vers la hotte. Les mélangeurs sont souvent surélevés pour mettre hors de portée du conducteur le point rentrant entre les cylindres, et dotés d’un câble ou d’une barre frontale qui arrête la machine en cas d’urgence. Le port de gants épais permet en outre de retirer les doigts si la main se fait accidentellement pincer par la machine.
Figure 80.13 Un rideau installé au bord de la hotte au-dessus d'un malaxeur limite la dispersion des poussières

Pour empêcher que les feuilles de caoutchouc n’adhèrent les unes aux autres à la sortie du mélangeur ou de la calandre, le poudrage est maintenant souvent remplacé par l’immersion dans une solution aqueuse (voir figure 80.14). Moins salissante, cette méthode réduit aussi sensiblement l’exposition aux poussières.
Figure 80.14 A la sortie d'un malaxeur Banbury, la bande de caoutchouc est immergée dans un bain aqueux où elle est imprégnée de produit anticollant

Les poussières et les fumées sont aspirées dans des conduites jusqu’à des collecteurs à sac ou à cartouche. Dans les grandes installations, l’air est parfois recyclé. Dans ce cas, il faut prévoir un dispositif de détection des fuites pour s’assurer que des polluants ne sont pas recyclés. Le recyclage de l’air est déconseillé lorsque des ingrédients tels que les colles animales dégagent des odeurs. Les poussières de caoutchouc brûlant facilement, il est important de protéger les conduites et les collecteurs de poussières contre les incendies et les explosions. Les résidus de soufre et les poussières explosives comme l’amidon de maïs exigent aussi des précautions particulières contre l’incendie.
La transformation du caoutchouc
On installe souvent une hotte en tête des extrudeuses pour aspirer les fumées et les vapeurs produites par la matière chaude qui sort de la filière et que l’on peut ensuite plonger dans un bac de refroidissement pour arrêter les dégagements. Des hottes sont également placées en de nombreux autres points d’émission des installations tels que les meules, les bacs d’immersion et les équipements de laboratoire, où l’on peut facilement collecter les contaminants de l’air à la source.
Le nombre et la configuration physique des postes de confection des pneumatiques et autres produits les rendent généralement impropres à une ventilation par aspiration localisée. Le stockage des solvants, autant que possible dans des récipients fermés, ainsi que des méthodes de travail sûres et une bonne aération des locaux aident à maintenir un faible niveau d’exposition. Pour limiter les contacts avec la peau, on utilise des gants ou des outils pour appliquer les produits.
A l’ouverture, les presses de cuisson et les vulcanisateurs dégagent d’importantes quantités de fumées brûlantes. Le plus gros des émanations visibles se compose de brouillard d’huile, mais les rejets renferment aussi beaucoup d’autres composés organiques. La méthode de prévention la plus courante est la ventilation par dilution, souvent associée à l’installation d’une hotte ou d’une enceinte munie de rideaux sur chaque vulcanisateur ou groupe de presses. Lorsque l’air extrait n’est pas remplacé par un apport d’air neuf en quantité suffisante, le système de ventilation et les hottes des bâtiments ou des ateliers adjacents peuvent être perturbés. Les opérateurs devraient se placer à l’extérieur de la hotte ou de l’enceinte. Si le travail sous la hotte ne peut être évité, un ventilateur à flux d’air vertical peut être installé au-dessus du poste de travail. Sinon, de l’air d’appoint devrait arriver près de la hotte, mais sans être pour autant dirigé vers l’intérieur. Au Royaume-Uni, la limite fixée pour l’exposition aux fumées de cuisson du caoutchouc est de 0,6 mg/m3 de matière soluble dans le cyclohexane, limite qu’il est normalement possible de respecter avec de bonnes méthodes de travail et une ventilation efficace.
La fabrication et l’application de dissolutions de caoutchouc exigent des moyens de prévention particuliers pour réduire les risques liés aux solvants. Les solvants provenant des malaxeurs fermés sont récupérés à la sortie, tandis qu’un système de ventilation par dilution chasse les vapeurs accumulées dans la zone de travail. C’est lorsqu’il pénètre dans un malaxeur pour le nettoyer que le travailleur court le plus de danger. Une bonne ventilation générale, combinée à des systèmes d’aspiration efficaces au niveau des sources de pollution et à des entrées d’air correctement orientées, suffit en principe, avec le capotage des cuves, à limiter l’exposition pendant le caoutchoutage des tissus. Quand les émanations produites par les étuves ne sont pas aspirées directement, l’air est remis en circulation dans l’étuve avant d’être évacué. Les systèmes de récupération des solvants par adsorption sur charbon constituent la méthode d’assainissement de l’air la plus courante. Les solvants récupérés sont réinjectés dans le circuit. En ce qui concerne la prévention des incendies, la norme précise que la concentration de vapeurs inflammables dans le four doit demeurer inférieure à 25% de la LIE (limite inférieure d’explosivité), à moins qu’une surveillance continue associée à des dispositifs automatiques permette de ne pas dépasser 50% de la LIE (National Fire Protection Association (NFPA)) (1995).
L’automatisation des processus et des équipements permet souvent de réduire l’exposition aux polluants atmosphériques et aux agents physiques en éloignant les travailleurs des machines, en confinant la source ou en réduisant l’émission des nuisances. L’automatisation des processus et des tâches de manutention présente aussi l’avantage important de rendre le travail physiquement moins pénible pour les travailleurs.
La lutte contre le bruit
Les tresseuses et les ponceuses, les extracteurs d’air, les fuites d’air comprimé et de vapeur, entre autres, sont d’importantes sources de bruit. En ce qui concerne les machines, la pause d’un capot apporte une solution efficace au problème. Il existe en outre des silencieux très performants pour les orifices d’évacuation, qui peuvent également être raccordés à une conduite commune avec ventilation déportée. Enfin, on peut généralement réduire les sifflements provenant des fuites par un meilleur entretien, en encoffrant les machines ou en améliorant leur conception, et en suivant de bonnes pratiques pour limiter l’ensemble des bruits.
Les méthodes de travail
Pour prévenir les risques de dermite et d’allergie au caoutchouc, il faut éviter que substances chimiques et mélanges frais de caoutchouc n’entrent en contact avec la peau. Lorsque les mesures de prévention technique ne suffisent pas, le port de gants montant jusqu’au coude ou de gants ordinaires avec une chemise à manches longues est recommandé pour éviter tout contact cutané avec les poudres utilisées et les plaques de caoutchouc. Les vêtements de travail devraient être tenus à l’écart des vêtements de ville, et il est conseillé de prendre une douche avant de repasser ces derniers pour éliminer de la peau les contaminants résiduels.
Il est aussi parfois nécessaire de porter d’autres équipements de protection, comme un casque antibruit ou un appareil de protection respiratoire. Cependant, la pratique veut que l’on donne toujours la priorité à d’autres solutions, notamment collectives et techniques, pour limiter les risques d’exposition sur le lieu de travail.
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