
LA SÉCURITÉ DE LA PRODUCTION, DU TRANSPORT ET DE LA DISTRIBUTION D’ÉNERGIE ÉLECTRIQUE : UN EXEMPLE AMÉRICAIN
La production, le transport et la distribution
La fourniture d’énergie électrique comporte trois étapes: la production, le transport et la distribution. Chacune d’elles se caractérise par des processus, des activités et des risques qui ne sont pas nécessairement les mêmes.
La majorité de l’électricité est produite à des tensions de 13 200 à 24 000 V. Les risques liés à la production d’énergie électrique comprennent les explosions et les brûlures résultant de défaillances imprévues des équipements. Des accidents peuvent également survenir lorsqu’on ne respecte pas les procédures appropriées de verrouillage et de signalisation. Ces procédures sont mises en place pour assurer la maîtrise des sources d’énergie. Avant d’intervenir sur une installation ou un circuit où une mise sous tension, un démarrage ou un dégagement d’énergie stockée pourraient se produire de manière inopinée et occasionner un accident, il est nécessaire que l’installation ou le circuit soient isolés de la source d’énergie ou rendus inopérants. L’absence d’une isolation adéquate de la source d’énergie (notamment par verrouillage en position ouverte, signalisation, vérification d’absence de tension, mises à la terre et en court circuit) peut provoquer de graves lésions et même la mort.
L’électricité produite est transportée à distance par des lignes partant des postes de transformation situés dans l’enceinte des centrales. Ces lignes peuvent être aériennes, suspendues à des pylônes, ou souterraines. Elles fonctionnent sous des tensions élevées et transportent d’importantes quantités d’énergie électrique sur des distances considérables. A la sortie de la centrale, des transformateurs élèvent la tension à des valeurs allant de 138 000 à 765 000 V. Dans la zone d’exploitation, d’autres postes abaissent la tension transportée jusqu’à des valeurs comprises entre 34 500 et 138 000 V. Cette énergie est ensuite acheminée par des lignes jusqu’aux réseaux de distribution de la zone de desserte locale. Les principaux dangers, pendant ces opérations de transport, sont de nature électrique. Le non-respect des distances de sécurité ou la non-utilisation des équipements de protection (gants, manchettes en caoutchouc, etc.) peuvent être la cause d’accidents graves, voire mortels. Les chutes risquant de se produire pendant les travaux sur des lignes aériennes et lorsqu’on se trouve agrippé à un poteau ou installé dans une nacelle peuvent également occasionner des accidents lourds de conséquences.
Le réseau de distribution relie le réseau de transport aux installations des clients. Les postes de distribution ramènent la tension de l’électricité transportée à des valeurs allant de 2 400 à 19 920 V. Un transformateur de distribution permet de réduire encore la tension. Les risques liés aux travaux sur les réseaux de distribution sont également de nature électrique, avec toutefois le danger supplémentaire que comporte le fait de travailler dans des espaces confinés dans le cas d’un réseau de distribution enterré.
Les postes de transport et de distribution sont des installations où la tension, le nombre de phases ou d’autres caractéristiques de l’énergie électrique sont modifiés pendant la phase finale du processus de distribution. Les électrocutions sont le principal risque rencontré dans ces postes. Elles se produisent généralement parce que l’on n’a pas respecté les consignes (distances de sécurité par rapport aux équipements électriques sous tension, etc.) ou que l’on a négligé d’utiliser des équipements de protection individuelle adéquats, notamment des manchettes et des gants isolants en caoutchouc.
Les risques rencontrés dans la production, le transport et la distribution
La norme sur la production, le transport et la distribution d’énergie électrique (Electric Power Generation, Transmission and Distribution Standard) appelée également norme sur l’entretien des installations électriques (Electric Maintenance Standard), portant le code 29 CFR 1910.269, a été promulguée par l’Administration de la sécurité et de la santé au travail (Occupational Safety and Health Administration (OSHA)), aux Etats-Unis, le 31 janvier 1994. Elle s’applique à tous les travailleurs des services publics affectés à l’exploitation et à l’entretien des installations de production, de transport et de distribution de l’énergie électrique ainsi que des équipements annexes. Ses dispositions s’appliquent également au personnel des entreprises extérieures chargées de travaux sur les lignes ou de l’élagage des arbres à proximité, ainsi qu’aux producteurs d’énergie indépendants. D’autres pays ont une réglementation similaire.
Les risques directement visés par la norme OSHA sont les risques électriques susceptibles d’occasionner une électrocution ou des lésions à la suite d’un choc électrique. Un contact accidentel avec un courant électrique délivré sous haute tension entraîne fréquemment la mort ou de graves lésions, comme des brûlures au second ou au troisième degré, des lésions nécessitant l’amputation d’un membre, ainsi que des atteintes des organes internes et des dommages neurologiques.
La norme traite également des risques de lésions associées à quatre autres types d’accidents: le heurt par ou contre un objet; les chutes d’une échelle, d’un échafaudage, d’un poteau ou de tout autre endroit élevé; le happement par une machine ou le coincement entre deux parties d’une machine à la suite de sa mise en route intempestive pendant des travaux d’entretien courants; et les expositions à des températures très élevées en cas de dégagement accidentel de vapeur à haute pression au cours de travaux sur des chaudières. L’Eastern Research Group (ERG), qui avait préparé l’étude d’impact économique pour le projet de réglementation de l’OSHA, a déclaré que les accidents en rapport avec les lignes de transport et de distribution ont été plus nombreux que ceux survenus à des postes électriques ou dans des installations de production d’énergie électrique. Il a précisé que, dans le secteur des lignes de transport et de distribution, les victimes de la majorité des accidents mortels et des accidents graves étaient des personnes — travailleurs qualifiés, apprentis ou contremaîtres — qui travaillaient sur ces lignes. Dans les postes électriques et les installations de production d’énergie électrique, ce sont les électriciens et les équipes de maintenance générale qui sont le plus fréquemment victimes d’accidents.
La réduction du nombre des accidents
L’OSHA a estimé que, aux Etats-Unis, il survient en moyenne chaque année 12 976 accidents entraînant un arrêt de travail parmi le personnel affecté à la production, au transport et à la distribution de l’énergie électrique, ainsi que 86 décès. Elle a calculé que, si les dispositions de la norme de 1994 citée plus haut et des autres normes auxquelles elle se réfère étaient respectées, 1 633 accidents avec arrêt et 61 décès pourraient être prévenus chaque année. Le nombre d’accidents ainsi évités se répartit en deux catégories. C’est dans les entreprises publiques de production d’électricité, qui comptabilisent environ 80% des décès, que la plus grande amélioration est attendue. Les sous-traitants des entreprises publiques, y compris les fournisseurs d’électricité et les entreprises chargées de l’élagage à proximité des lignes, ainsi que les sociétés privées productrices d’électricité, représentent les 20% restants. L’OSHA considère par ailleurs que ce sont les entreprises publiques de production d’électricité qui devraient connaître la plus forte réduction du nombre d’accidents avec arrêt. La seconde catégorie a trait aux normes existantes auxquelles il est fait référence dans la norme 1910.269. Ainsi, selon l’OSHA toujours, l’employeur devrait assurer les services médicaux et de premiers soins prévus dans la norme 1910.151.
Les travaux d’excavation doivent être conformes à la section P du groupe de normes 1926; les équipements de protection individuelle à la section I du groupe de normes 1910; les dispositifs individuels antichute à la section E du groupe de normes 1926; et les échelles à la section D du groupe de normes 1910. Ce sont là quelques exemples des normes de l’OSHA auxquelles il est fait référence dans la norme de 1994 sur la production, le transport et la distribution d’énergie électrique. L’OSHA considère que ces textes contribueront à une meilleure reconnaissance des normes de sécurité applicables et que, associés à une bonne formation des employés et à leur sensibilisation aux risques existants, ils devraient permettre d’éviter en plus, chaque année, 2 décès et 1 310 accidents avec arrêt.
Dispositions générales
La norme américaine de 1994 sur la production, le transport et la distribution d’énergie électrique adopte une approche globale dans la maîtrise des risques. Elle est axée sur la performance, en ce sens que l’employeur a la possibilité de mettre en œuvre d’autres programmes s’il est en mesure de démontrer qu’ils offrent un niveau de sécurité équivalent à celui qui est visé par la norme. Les dispositions générales de la norme portent sur les points suivants: besoins de formation; maîtrise des énergies dangereuses (verrouillage et signalisation) aux étapes de la production, du transport et de la distribution d’énergie électrique; procédures d’accès aux espaces confinés et procédures pour travailler en sécurité dans les installations souterraines; travaux effectués sur des éléments découverts sous tension ou à proximité; travaux sur les lignes aériennes; mises à la terre; élagage des arbres à proximité des lignes; procédures à suivre par le personnel travaillant dans les postes électriques; outils isolants et outillage électrique portable; échelles; et équipements de protection individuelle. La norme aborde tous les aspects de l’exploitation et de la maintenance des installations et des équipements de production, de transport et de distribution d’énergie électrique.
Quelques dispositions primordiales
Certaines des dispositions les plus importantes de la norme sont celles qui prévoient pour le personnel une formation aux secours d’urgence, des séances d’information sur les tâches à exécuter ainsi qu’une formation aux pratiques de travail conformes à la sécurité et aux procédures d’urgence, y compris le sauvetage de personnes dans des trous de visite ou au sommet des poteaux. Il existe également des prescriptions particulières en matière de protection individuelle et de vêtements de protection pour les interventions sur des équipements sous tension et pour l’entrée dans des structures souterraines, ainsi que pour le contrôle des sources d’énergie dangereuses. Autre aspect important, les employeurs doivent certifier que leur personnel possède une formation appropriée et maîtrise les pratiques de travail spécifiées dans la norme. Quelques-uns de ces éléments sont examinés plus en détail ci-après.
L’OSHA demande que le personnel effectuant des travaux sur des lignes aériennes ou des installations ou matériels connexes soumis à des tensions de 50 V ou davantage soit formé aux premiers soins et à la réanimation cardio-pulmonaire. Pour toute équipe travaillant sur le terrain et comprenant plusieurs personnes, deux au moins doivent avoir reçu une telle formation. Sur les lieux de travail fixes comme les centrales, il faut que le nombre d’employés possédant cette formation soit suffisant pour qu’une personne ayant reçu une décharge électrique puisse être secourue en quatre minutes au plus.
Le chef d’une équipe doit organiser une réunion d’information avec le personnel concerné avant le début de chaque tâche. L’information doit porter sur les risques liés au travail, les méthodes de travail, les précautions particulières à prendre, les moyens de contrôle des sources d’énergie et les équipements de protection individuelle. Pour les tâches répétitives, on devra prévoir une réunion d’information avant le début de la première tâche de chaque journée ou de chaque prise de poste de travail. En cas de changement important, il faut organiser une séance supplémentaire. L’examen des tâches nécessite une planification des travaux, ce qui contribue à réduire le nombre des accidents.
L’OSHA demande également à l’employeur de certifier que chaque membre de son personnel a reçu la formation nécessaire pour acquérir la qualification et les compétences requises. Cette attestation sera délivrée lorsque l’employé aura démontré qu’il maîtrise les pratiques de travail; elle sera maintenue pendant toute la durée de l’emploi. Mais la formation à elle seule est insuffisante; la preuve doit être fournie que l’employé est compétent, ce qui se fait habituellement en vérifiant qu’il possède les connaissances requises. On s’assure de cette manière que les interventions sur des installations sous tension seront effectuées par des personnes qualifiées.
Il existe également des prescriptions concernant l’habillement des travailleurs susceptibles d’être exposés à des flammes ou à des arcs électriques. L’employeur doit veiller à ce que tout travailleur exposé à ces risques ne porte pas de vêtements susceptibles d’aggraver les conséquences d’un accident éventuel. Les vêtements faits d’acétate, de Nylon, de polyester, de rayonne ou constitués d’un mélange de ces matières sont interdits, à moins que l’employeur puisse apporter la preuve que le tissu a été traité de manière satisfaisante. Le personnel peut choisir des vêtements de coton, de laine ou en tissu ignifugé, mais il appartient à l’employeur de déterminer, en fonction de l’exposition, si des fibres naturelles comme le coton ou la laine sont acceptables, étant donné que ces matières peuvent s’enflammer dans certaines conditions. Cette disposition de la norme a soulevé de nombreuses controverses dans l’industrie; il n’en reste pas moins que l’interdiction des matières synthétiques est un facteur important de la prévention des accidents dans la production, le transport et la distribution d’énergie électrique.
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