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Santé : Risques

 

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LES PROBLÈMES DE SÉCURITÉ ET DE SANTÉ


La sidérurgie est une «industrie lourde». En plus des risques inhérents au gigantisme des usines, aux équipements imposants et aux mouvements de quantités massives de matériaux, les travailleurs sont exposés à la chaleur du métal et du laitier en fusion dont la température peut atteindre 1 800 °C, à des substances toxiques et corrosives, à des polluants véhiculés par l’air, ainsi qu’au bruit. Sous la pression conjuguée des syndicats, des réglementations nationales et de la nécessité d’obtenir des gains de productivité, la sidérurgie a fait de grands progrès en modernisant les équipements et en améliorant les procédés qui offrent désormais une plus grande sécurité et permettent une meilleure maîtrise des risques. Les accidents mortels et ceux entraînant un arrêt de travail ont nettement régressé, même s’ils constituent encore un problème important (BIT, 1992). La fabrication de l’acier demeure néanmoins une activité dangereuse dans laquelle les risques potentiels ne peuvent pas toujours être éliminés à la source. Pour la direction chargée d’une aciérie, la marche au jour le jour représente un défi formidable qui nécessite une recherche continue, une surveillance permanente, un encadrement responsable et une actualisation de l’enseignement et de la formation des personnels à tous les niveaux.


  Les risques physiques



Les problèmes ergonomiques

Les troubles musculo-squelettiques sont monnaie courante. Malgré la mécanisation et les dispositifs auxiliaires, la manipulation à la main d’objets de grandes dimensions, lourds ou volumineux, ne peut être évitée. Il faut veiller en permanence au maintien de l’ordre et de la propreté pour réduire le nombre des glissades et des chutes. Les travailleurs qui risquent le plus de souffrir de lombalgies ou de problèmes au niveau des membres supérieurs sont les maçons chargés de la pose des briques réfractaires. La prise en compte de l’ergonomie dans la conception des équipements et de leurs commandes (cabines des pontonniers, par exemple), fondée sur l’étude des aptitudes physiques et mentales requises, et combinée à des mesures comme la rotation des postes et le travail en équipe, représente une évolution récente visant à accroître la sécurité, le bien-être et le rendement des travailleurs des aciéries.


Le bruit

La fabrication de l’acier reste l’une des industries les plus bruyantes, même si les programmes de protection de l’ouïe ont permis de réduire les risques de troubles de l’audition. Au nombre des principales sources de bruit, on trouve les extracteurs de fumées, les circuits de vide utilisant des éjecteurs de vapeur, les transformateurs électriques, les arcs des fours, les laminoirs et les grands ventilateurs. Après dix à quinze ans d’exposition tout au plus, la moitié au moins des travailleurs souffriront de troubles de l’audition. Les programmes de protection de l’ouïe, dont une description détaillée est donnée au chapitre no 11, «Les systèmes sensoriels», de la présente Encyclopédie , prévoient des évaluations périodiques des niveaux sonores et de l’ouïe, des mesures de prévention technique et de maintenance des équipements, le port d’un équipement de protection individuelle et l’éducation et la formation des personnels.

Quand elles ne sont pas imputables au bruit, les pertes auditives peuvent être dues à des brûlures tympaniques provoquées par des particules de laitier, de calamine ou de métal en fusion, à des perforations du tympan consécutives à une impulsion sonore intense ou à un traumatisme causé par la chute ou le mouvement d’objets. Une étude des demandes de réparation présentées par des travailleurs canadiens de l’acier a révélé que la moitié de ceux qui avaient subi des lésions auditives de nature professionnelle souffraient également d’acouphènes (McShane, Hyde et Alberti, 1988).


Les vibrations

Les vibrations potentiellement dangereuses sont liées à des mouvements mécaniques périodiques, le plus souvent en l’absence d’un équilibre convenable des machines, à des machines installées directement sur le sol de l’atelier et à l’utilisation d’outillages portatifs tels que les perceuses, marteaux pneumatiques, scies et meuleuses. Un certain nombre d’études menées auprès de pontonniers (Bongers et coll., 1988) attribuent aux vibrations subies par l’ensemble du corps les tassements des disques intervertébraux, les lombalgies et la dégénérescence de la colonne vertébrale.

Les vibrations transmises à l’ensemble du corps sont responsables de divers symptômes (mal des transports, étourdissements, perte d’acuité visuelle) susceptibles d’être la source d’accidents. Les vibrations mains-bras ont été corrélées au syndrome du canal carpien, aux déformations articulaires dégénératives et au phénomène de Raynaud dans les extrémités des doigts («maladie des doigts morts») qui peuvent entraîner une incapacité permanente. Une étude portant sur des ébarbeurs et des meuleurs a montré qu’ils ont deux fois plus de risques de développer une contracture de Dupuytren qu’un groupe de travailleurs de référence (Thomas et Clarke, 1992).


L’exposition à la chaleur

L’exposition à la chaleur est un problème qui intéresse l’ensemble de la sidérurgie, mais qui est particulièrement aigu dans les usines situées dans les pays chauds. Des recherches ont montré que, contrairement à ce que l’on pensait, les expositions les plus intenses se produisent pendant le forgeage, quand les travailleurs surveillent en permanence l’acier incandescent, et non pendant la fusion où les températures sont plus élevées, mais où elles sont intermittentes et où leurs effets sont limités par l’échauffement intense de la peau exposée et par le port de protections oculaires (Lydahl et Philipson, 1984). L’absorption d’une quantité suffisante de liquide, une bonne ventilation, l’emploi d’écrans d’isolation thermique, le port de vêtements de protection, des pauses appropriées ou le travail à un poste plus au frais réduisent les dangers de stress thermique.


Les lasers

Utilisés pour des applications très variées dans la fabrication de l’acier, les lasers peuvent causer des lésions rétiniennes à des niveaux de puissance très inférieurs à ceux qui ont des effets sur la peau. Les opérateurs de lasers peuvent être protégés par une focalisation minutieuse du faisceau et le port de lunettes, mais d’autres personnes peuvent être exposées directement en traversant le faisceau sans le savoir ou, indirectement, si le faisceau est réfléchi vers elles par inadvertance.


Les radionucléides

De nombreux appareils de mesure font appel à des nucléides radioactifs. Les expositions peuvent généralement être limitées par une signalisation et un blindage adéquat, mais il subsiste un danger bien plus important: la présence, par accident ou négligence, de matières radioactives dans les ferrailles à recycler. Pour éviter de les inclure dans la charge des fours, de nombreuses aciéries contrôlent toutes les ferrailles au moyen de détecteurs de rayonnement.



  Les polluants en suspension dans l’air


Selon le procédé mis en œuvre, les matières utilisées et l’efficacité de la surveillance continue et des mesures de lutte contre la pollution, les travailleurs des aciéries peuvent être exposés à de multiples polluants dont les effets indésirables dépendent de l’état physique et des affinités des polluants en cause, de l’intensité et de la durée de l’exposition, du niveau déjà accumulé dans l’organisme et de la sensibilité du sujet. Certains effets sont immédiats, tandis que d’autres ne se manifestent qu’après plusieurs années, voire des décennies. La modification des procédés et des équipements, jointe à l’amélioration des mesures visant à maintenir les expositions au-dessous des niveaux dangereux ont permis de réduire les risques pour les travailleurs. Ces changements ont parfois aussi donné lieu à de nouvelles combinaisons de polluants, et les dangers d’accidents, d’incendies et d’explosions n’ont pas disparu.


Les poussières et les fumées

Les émissions de fumées et de matières particulaires constituent un problème potentiel d’importance majeure pour les personnes qui travaillent avec des métaux en fusion, qui fabriquent ou manipulent du coke, qui chargent les hauts-fourneaux ou en soutirent la fonte. Elles représentent également une gêne pour les travailleurs affectés à l’entretien du matériel, au nettoyage des gaines et à la casse des réfractaires. Leurs répercussions sur la santé dépendent de la taille des particules, de la proportion de celles qui peuvent être inhalées ainsi que des métaux et aérosols éventuellement adsorbés à leur surface. Il a été établi que l’exposition à des poussières et à des fumées irritantes risque d’augmenter la prédisposition des travailleurs des aciéries à des crises d’asthme (constriction réversible des bronchioles) qui, à la longue, peuvent devenir permanentes (Johnson et coll., 1985).


relativement commune parmi les travailleurs chargés de l’entretien des hauts-fourneaux et des fours de fonderies, l’exposition à la silice, avec pour conséquence la silicose, a pu être réduite grâce à l’emploi de matériaux de substitution pour le garnissage des fours et à l’automation qui a permis de diminuer le nombre des personnes affectées à ces travaux.


L’amiante

Autrefois très répandu comme matériau d’isolation thermique et phonique, l’amiante ne se rencontre plus guère que dans les travaux d’entretien et de rénovation qui conduisent à perturber l’ordonnance de matériaux contenant de l’amiante et donc à libérer des fibres d’amiante dans l’air. Parmi les effets à long terme de l’exposition à l’amiante, décrits en détail en particulier dans le chapitre no 10 «L’appareil respiratoire», de la présente Encyclopédie , on trouve l’asbestose, le mésothéliome et d’autres cancers. Une enquête réalisée sur un échantillon de 900 travailleurs de l’acier a établi que 20 d’entre eux, soit près de 2%, souffraient d’un syndrome respiratoire restrictif caractéristique de l’asbestose (Kronenberg et coll., 1991).


Les métaux lourds

Les émissions résultant de la fabrication de l’acier peuvent contenir des métaux lourds (plomb, chrome, zinc, nickel, manganèse, etc.) sous forme de fumées, de particules et d’adsorbats sur des particules de poussières inertes. Ces métaux sont souvent présents dans la ferraille, mais peuvent aussi être introduits en tant que tels dans la fabrication d’aciers spéciaux. Des recherches menées sur des travailleurs élaborant des alliages au manganèse ont montré une altération des capacités physiques et mentales et d’autres symptômes de manganisme à des niveaux d’exposition notablement inférieurs à ceux couramment autorisés dans la plupart des pays (Wennberg et coll., 1991). Une exposition de courte durée à des niveaux élevés de zinc ou d’autres métaux vaporisés peut causer la «fièvre des fondeurs» qui se caractérise par de la fièvre, des frissons, des nausées, des difficultés respiratoires et de la fatigue. Les autres effets toxiques dus aux métaux lourds sont étudiés en particulier dans le chapitre no 63, «Les métaux: propriétés chimiques et toxicité», de la présente Encyclopédie.


Les brouillards acides

Les brouillards acides qui se dégagent des bacs de décapage risquent de causer des irritations de la peau, des yeux et des voies respiratoires. Une étude a établi une corrélation entre l’exposition aux brouillards d’acides chlorhydrique et sulfurique provenant des bains de décapage et une incidence presque doublée de cancer du larynx (Steenland et coll., 1988).


Les composés soufrés

En sidérurgie, la principale source des émissions contenant du soufre résulte de l’emploi de combustibles fossiles et de laitier de haut-fourneau à forte teneur en soufre. Le sulfure d’hydrogène dégage une odeur d’œuf pourri caractéristique et les effets à court terme d’une exposition à des niveaux relativement faibles se traduisent par une sécheresse et une irritation des voies nasales et respiratoires supérieures, de la toux, un souffle court et une pneumonie. Des expositions de plus longue durée à de faibles concentrations risquent d’entraîner une irritation des yeux tandis que, à un niveau élevé, elles peuvent causer des lésions oculaires permanentes. En cas de concentrations importantes, les personnes peuvent perdre temporairement l’odorat, ce qui les conduit à penser qu’elles ne sont plus exposées.


Les brouillards d’huile

Les brouillards d’huile générés dans le laminage à froid peuvent provoquer des irritations de la peau, des muqueuses et des voies respiratoires supérieures, des nausées, des vomissements et des céphalées. Une étude a rapporté des cas de pneumonie lipoïdique chez des travailleurs de laminoirs ayant subi des expositions prolongées (Cullen et coll., 1981).


Les hydrocarbures aromatiques polycycliques

La plupart des procédés de combustion dégagent des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP); dans la sidérurgie, la cokéfaction en est la principale source. La combustion partielle du charbon pour produire du coke s’accompagne de l’extraction par distillation d’un grand nombre de composés volatils comme ceux du brai de houille, au nombre desquels on trouve des HAP. Ceux-ci peuvent se présenter sous forme de vapeurs, d’aérosols ou de fines particules. Des expositions brèves sont susceptibles de causer des irritations de la peau et des muqueuses, des vertiges, des céphalées et des nausées, tandis que les expositions prolongées ont été corrélées à l’apparition de cancers. Des études ont montré que les travailleurs des fours à coke avaient un taux de mortalité par cancer du poumon deux fois supérieur à celui du reste de la population. Les personnes qui encourent les plus grands risques sont celles qui sont soumises à une exposition importante aux fractions volatiles du brai, celles qui travaillent en haut des fours à coke et celles qui ont subi les durées d’exposition les plus longues (Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), 1984; Costantino, Redmond et Bearden, 1995). Dans certains pays, des mesures de prévention technique ont permis de réduire le nombre des personnes à risque.


Les autres produits chimiques

On trouve plus de 1 000 produits chimiques en sidérurgie; ils peuvent être présents sous forme de matières premières ou de polluants dans la ferraille et le combustible, d’additifs dans des procédés spéciaux, de matériaux réfractaires, de fluides hydrauliques ou de solvants utilisés pour l’exploitation et l’entretien. La cokéfaction génère des sous-produits tels que goudrons, benzène et ammoniac; d’autres se forment à divers stades de l’élaboration de l’acier. Tous peuvent être potentiellement toxiques selon la nature des produits, le type, le niveau et la durée des expositions, ou encore selon leur réactivité vis-à-vis d’autres produits chimiques et la prédisposition des travailleurs exposés. De fortes expositions accidentelles à des fumées contenant du dioxyde de soufre et des oxydes d’azote sont à l’origine de cas de pneumonie chimique; cette maladie peut également être provoquée par du vanadium et d’autres éléments d’alliage. Le monoxyde de carbone dégagé dans tous les procédés de combustion peut être dangereux en cas d’insuffisances dans la maintenance des matériels et dans les contrôles. Le benzène, tout comme le toluène et le xylène, également présents dans le gaz de four à coke, provoque des troubles de l’appareil respiratoire et du système nerveux en cas d’exposition intense. Des expositions prolongées au benzène peuvent entraîner des altérations de la moelle osseuse, des aplasies médullaires et des leucémies.



  Le stress


Le travail dans la sidérurgie provoque des niveaux élevés de stress. A l’exposition à la chaleur rayonnante et au bruit s’ajoute la nécessité d’une vigilance de tous les instants pour éviter les accidents et les expositions potentiellement dangereuses. Du fait que de nombreux procédés se déroulent en continu, le travail posté est inévitable; son impact sur le bien-être des personnels et sur le soutien que l’entourage peut apporter, et qui joue un rôle si important, fait l’objet de commentaires détaillés dans le chapitre no 34, «Les facteurs psychosociaux et organisationnels», de la présente Encyclopédie . Il ne faut pas oublier non plus les facteurs potentiels de stress que constituent les craintes de perte d’emploi due à l’automatisation et aux évolutions des procédés, aux délocalisations et aux réductions d’effectifs.



  Les programmes de prévention


La protection des travailleurs de la sidérurgie contre les sources de toxicité potentielle suppose l’affectation de ressources suffisantes à un programme suivi, cohérent et global qui devrait inclure les éléments ci-après:

•   l’évaluation de toutes les matières premières et de tous les combustibles mis en œuvre et, si possible, le remplacement des produits dont on sait qu’ils sont dangereux par des produits qui le sont moins;
•   des mesures efficaces pour le stockage et la manutention sans danger des matières premières, produits, sous-produits et déchets;
•   une surveillance continue des conditions de travail, de la qualité de l’air ambiant, avec un monitorage biologique si nécessaire et un contrôle médical périodique en vue de détecter des effets plus subtils sur la santé et de vérifier l’aptitude des travailleurs à leur poste de travail;
•   la mise au point de mesures de prévention technique pour limiter les expositions potentielles (par exemple, confinement des installations, systèmes de ventilation forcée et d’extraction appropriés), complétées par le port d’équipements de protection individuelle (masques, gants, lunettes de sécurité, dispositifs de protection de l’ouïe, appareils de protection respiratoire, etc.) quand les moyens de prévention technique ne suffisent pas;

•   l’application des principes d’ergonomie à la conception des matériels, des dispositifs de commande, des machines et des outils, l’analyse des postes de travail en vue d’établir la liste des mesures propres à prévenir les blessures et à améliorer le bien-être des travailleurs;
•   la mise à la disposition des travailleurs et des agents de maîtrise d’informations à jour sur les dangers potentiels en tant que partie intégrante des programmes d’éducation et de formation permanentes;
•   la constitution et le maintien de systèmes efficaces de stockage et de recherche des données pertinentes en matière de sécurité et de santé, ainsi que de systèmes d’analyse et de diffusion des conclusions des rapports d’inspection et autres intéressant la sécurité et la santé au travail.


  Source : Adapté, partiellement, d'un article non publié de Simon Pickvance.


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