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Papier et pâte à papier

 

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LE CANCER




Le personnel du secteur des pâtes et papiers peut être exposé à de nombreuses substances désignées par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) comme étant des cancérogènes connus, probables ou possibles. L’amiante, réputé provoquer des cancers des poumons et des mésothéliomes, sert à isoler les tuyaux et les chaudières. Le talc, abondamment utilisé comme additif du papier, peut lui aussi être contaminé par de l’amiante. D’autres additifs du papier, dont les teintures à base de benzidine, le formaldéhyde et l’épichlorohydrine, sont des cancérogènes pro-bables pour l’être humain. On sait que le chrome hexavalent et les composés du nickel, produits par le soudage d’acier inoxydable, sont à l’origine de cancers du poumon et du nez. Le CIRC a rangé les poussières de bois parmi les cancérogènes connus, surtout à cause du nombre de cancers des voies nasales survenus chez les travailleurs exposés aux poussières de bois dur (CIRC, 1995). Les gaz d’échappement des moteurs diesel, l’hydrazine, le styrène, les huiles minérales, les chlorophénols et les dioxines, ainsi que les rayonnements ionisants figurent parmi les autres cancérogènes probables ou possibles qu’on retrouve dans les fabriques de pâtes et de papiers.

Il existe peu d’études épidémiologiques spécifiques à ce secteur et les résultats sont de toute façon rarement cohérents. Le plus souvent, les risques y sont réunis dans une large catégorie professionnelle appelée «pâtes et papiers» et, même dans les classifications plus détaillées, les travailleurs sont regroupés selon le mode de fabrication de la pâte et par type d’atelier. Les trois études de cohortes réalisées jusqu’à présent portent chacune sur moins de 4 000 individus. Plusieurs grandes études de ce type étaient en cours au moment de la rédaction de cette Encyclopédie ; le CIRC coordonnait une étude internationale multicentrique sur plus de 150 000 travailleurs du secteur pour mieux analyser les risques qui lui sont propres. Le présent article passe en revue les connaissances fournies par les études réalisées à ce jour. Pour plus de renseignements, on consultera les publications du CIRC (1981, 1987 et 1995) et les travaux de Torén, Persson et Wingren (1996). Les données concernant les cancers du poumon, de l’estomac et du sang sont résumées dans le tableau 72.7.


Tableau 72.7 Résumé des études portant sur le cancer du poumon, le cancer de l’estomac,
le lymphome et la leucémie chez les travailleurs du secteur des pâtes et papiers


Tableau en cours de préparation ...



  Les cancers de l’appareil respiratoire



Le personnel d’entretien des fabriques de pâte et de papier est plus exposé aux cancers du poumon et aux mésothéliomes malins, sans doute à cause de son contact avec l’amiante. Une étude réalisée en Suède a montré que le risque de mésothéliome pleural serait multiplié par trois dans cette industrie (Malker et coll., 1985). Après une analyse plus fine des résultats, les auteurs de l’étude ont découvert que 71% des sujets avaient été exposés à l’amiante et que la majorité d’entre eux avaient effectué des travaux d’entretien. On observe aussi une augmentation des risques de cancer du poumon chez le personnel d’entretien de la branche dans des travaux réalisés en Suède et en Finlande (Torén, Sällsten et Järvholm, 1991; Jäppinen et coll., 1987).

D’après ces mêmes auteurs, les risques de cancer du poumon sont deux fois plus élevés dans les fabriques de papier et de carton. Après avoir limité leur enquête aux seuls travailleurs des usines de pâte exposés à des composés du chlore, les chercheurs ont conclu à un triplement du risque de cancer.

Les autres études menées dans le secteur des pâtes et papiers qui mettent en évidence un accroissement des risques de cancer du poumon sont peu nombreuses. Une étude canadienne a montré une augmentation des risques chez les travailleurs en contact avec des poussières de papier (Siemiatycki et coll., 1986), et des études américaines et suédoises ont fait ressortir la même tendance parmi les travailleurs de fabriques de papier (Milham et Demers, 1984; Thoren, Järvholm et Morgan, 1989).



  Les cancers de l’appareil gastro-intestinal


De nombreuses études concluent à une augmentation des risques de cancer de l’estomac, mais comme ces risques ne sont pas clairement associés à un secteur précis, il n’a pas été possible de préciser le facteur causal. La situation socio-économique et les habitudes alimentaires constituent aussi des facteurs de risque et peuvent être source de confusion; ces facteurs n’ont été pris en compte dans aucune des études passées en revue.


Le lien entre le cancer de l’estomac et le travail dans une usine de pâtes et papiers a été établi pour la première fois dans une étude faite aux Etats-Unis, dans les années soixante-dix (Milham et Demers, 1984). On a constaté que les risques étaient encore plus élevés, au point de presque doubler, lorsqu’on examinait séparément les travailleurs d’usines de pâte au bisulfite. La même tendance a été observée lors d’une étude ultérieure réalisée dans les fabriques de pâte au bisulfite et de pâte mécanique de défibreur aux Etats-Unis (Robinson, Waxweiler et Fowler, 1986). Des risques d’ampleur analogue ont été mis en évidence au terme d’une étude effectuée en Suède dans une région ne produisant que de la pâte au bisulfite (Wingren et coll., 1991). On a constaté un accroissement de la mortalité par cancer de l’estomac dans des fabriques de papier, de carton et de pâte dans les Etats du New Hampshire et de Washington, aux Etats-Unis (Schwartz, 1988; Milham, 1976).

L’échantillon étudié était selon toute vraisemblance composé de travailleurs d’usines de papier et de pâte au bisulfite comme au sulfate. En Suède, des chercheurs ont noté un triplement de la mortalité due au cancer de l’estomac dans un groupe de sujets travaillant à la fabrication de papier et de pâte au bisulfite (Wingren, Kling et Axelson, 1985). La plupart des études effectuées dans l’industrie — mais pas toutes — font apparaître un nombre excessif de cancers de l’estomac.

A cause du petit nombre de cas étudiés, les études sur les autres cancers gastro-intestinaux ne sont, dans l’ensemble, pas concluantes. Une étude menée en Finlande (Jäppinen et coll., 1987) chez des travailleurs des fabriques de pâte au sulfate et de carton et une autre réalisée aux Etats-Unis (Solet et coll., 1989) dans des usines de pâtes et de papiers ont fait apparaître un risque accru de cancer du côlon. Un lien a été établi entre l’incidence de cancers du système biliaire constatée en Suède entre 1961 et 1979, et les données relatives à la profession recueillies dans le cadre du recensement national de 1960 (Malker et coll., 1986). On a observé une hausse de l’incidence des cancers de la vésicule biliaire chez les employés masculins des papeteries. D’après certaines études, les risques de cancer du pancréas seraient plus élevés chez le personnel des papeteries et des fabriques de pâte au bisulfite (Milham et Demers, 1984; Henneberger, Ferris et Monson, 1989), ainsi que dans la catégorie des travailleurs des usines de pâtes et de papiers (Pickle et Gottlieb, 1980; Wingren et coll., 1991). Ces observations n’ont toutefois pas été confirmées dans d’autres études.



  Les cancers du sang



La question des lymphomes dont sont victimes les travailleurs de l’industrie des pâtes et papiers a été soulevée une première fois dans une étude américaine datant des années soixante qui a fait apparaître un quadruplement des risques de maladie de Hodgkin (Milham et Hesser, 1967). Une étude ultérieure, portant sur les taux de mortalité recensés parmi le personnel travaillant dans le même secteur dans l’Etat de Washington, aux Etats-Unis, entre 1950 et 1971, a conclu à un doublement des risques de maladie de Hodgkin et de myélome multiple (Milham, 1976). Une autre étude, menée auprès de travailleurs syndiqués des Etats-Unis et du Canada (Milham et Demers, 1984), a mis en évidence un quasi-triplement des risques de lymphosarcome et de réticulosarcome dans les usines de pâte au bisulfite, et un quadruplement des risques de maladie de Hodgkin dans celles au sulfate. D’après une étude de cohorte américaine, les travailleurs des fabriques de pâte au sulfate sont deux fois plus sujets au lymphosarcome et au réticulosarcome (Robinson, Waxweiler et Fowler, 1986).

De nombreuses études sur l’incidence des lymphomes malins ont conclu à une augmentation des risques (Wingren et coll., 1991; Persson et coll., 1993). Etant donné que cette tendance est observée dans les fabriques de pâtes employant du sulfate comme du bisulfite, on peut en déduire l’existence d’une source d’exposition commune. Dans les services de tri du bois et dans ceux qui le transforment en copeaux, le degré d’exposition est à peu près le même. Le personnel est en contact avec des poussières de bois, des terpènes et d’autres composés extractibles du bois. En outre, dans les deux cas, le blanchiment de la pâte se fait au chlore, procédé qui peut dégager des substances organochlorées, y compris de petites quantités de dioxines.

Par rapport aux lymphomes, le profil des leucémies recensées présente moins de régularité, et les risques évalués sont inférieurs.



  Les autres cancers



Aux Etats-Unis, parmi des travailleurs de papeteries présumés exposés à du formaldéhyde, quatre cas de cancer de l’appareil urinaire ont été recensés après une période de latence de trente ans, alors qu’un seul cas était attendu (Robinson, Waxweiler et Fowler, 1986). Toutes ces personnes avaient travaillé dans des ateliers de séchage du papier.

Lors d’une étude de cas réalisée dans l’Etat du Massachusetts, aux Etats-Unis, la présence de tumeurs du système nerveux central chez l’enfant a été associée à l’emploi (sans autre précision) de l’un des parents dans une usine de pâtes et de papiers (Kwa et Fine, 1980). Les auteurs ont attribué ce phénomène au hasard. Pourtant, trois études ultérieures ont aussi fait apparaître une augmentation des risques (Johnson et coll., 1987; Nasca et coll., 1988; Kuijten et coll., 1992). Des chercheurs en Suède et en Finlande ont observé un doublement, sinon un triplement des risques de tumeur du cerveau, dans le secteur des pâtes et papiers.


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