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Papier et pâte à papier

 

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LES ACCIDENTS ET LES MALADIES NON MALIGNES




  Les accidents


Les statistiques sur le nombre global d’accidents dans cette industrie sont peu nombreuses. Comparé à d’autres secteurs manufacturiers, le taux d’accident enregistré en Finlande en 1990 était inférieur à la moyenne; au Canada, celui constaté entre 1990 et 1994 était du même ordre que dans les autres branches; en 1988, aux Etats-Unis, il dépassait légèrement la moyenne; en Suède et en Allemagne, il était supérieur de 25 et 70% (BIT, 1992; Workers’ Compensation Board of British Colombia, 1995).

Les risques les plus fréquents d’accidents graves et mortels dans le secteur des pâtes et papiers sont liés au matériel de fabrication proprement dit ainsi qu’au poids et aux dimensions extrêmes des balles et des rouleaux. Une étude réalisée en 1993 par le gouvernement américain sur les accidents du travail mortels survenus entre 1979 et 1984 dans des fabriques de pâte, de papier et de carton (US Department of Commerce, 1993) montre que 28% des victimes étaient restées prises entre des rouleaux ou des machines (en des points de pincement ou de cisaillement) et que 18% avaient été écrasées par des objets qui étaient tombés ou avaient basculé, notamment des rouleaux et des balles. Plusieurs décès avaient été provoqués par une électrocution, par l’inhalation de sulfure d’hydrogène ou d’autres gaz toxiques, ou par des brûlures graves d’origine thermique ou chimique, et un seul cas par un épuisement dû à la chaleur. Le nombre d’accidents graves attribuables aux machines à papier serait en recul grâce à l’installation de nouveaux équipements dans certains pays. Dans le secteur de la transformation, le travail est devenu répétitif et monotone et les machines sont plus rapides et plus puissantes qu’autrefois. Bien que l’on ne possède pas de données précises sur ce secteur, on s’attend à une augmentation du nombre de lésions par hypersollicitation liées à ce type de travail.





  Les maladies non malignes


Les problèmes de santé les mieux documentés qui touchent les travailleurs des fabriques de pâte sont les troubles respiratoires aigus et chroniques (Torén, Hagberg et Westberg, 1996). Une fuite ou un autre dysfonctionnement peut exposer les travailleurs à des concentrations extrêmement élevées de chlore, de dioxyde de chlore ou de dioxyde de soufre. Ils peuvent présenter alors de graves lésions pulmonaires, avec une forte inflammation des voies respiratoires et des écoulements dans les poumons, qui rendent une hospitalisation nécessaire. L’étendue des atteintes dépend de la durée de l’exposition, de son intensité et du gaz en cause. Chez les personnes ayant survécu à une exposition aiguë, un rétablissement complet est possible. Cependant, lorsque l’exposition est moins forte (dans le cas d’incidents qui résultent aussi habituellement d’un dysfonctionnement ou d’un déversement), le contact avec du chlore ou du dioxyde de chlore peut déclencher de l’asthme. De nombreux rapports et des études épidémiologiques signalent des cas d’asthme provoqués par un irritant et l’on a des preuves, aujourd’hui, que les troubles peuvent persister pendant de longues années après l’épisode accidentel. Des travailleurs exposés de façon similaire, mais qui ne développent pas d’asthme, peuvent constater une aggravation persistante de certains symptômes: irritation des muqueuses nasales, toux, respiration sifflante et baisse du débit expiratoire. Les sujets les plus exposés à ce genre de risque sont les préposés à l’entretien, ceux qui travaillent dans les installations de blanchiment et les travailleurs du bâtiment en poste dans les fabriques de pâte. L’absorption d’une importante quantité de dioxyde de chlore provoque aussi une irritation des yeux et donne l’impression de voir un halo autour des sources lumineuses.

Des études de mortalité montrent une augmentation des risques de décès par maladies respiratoires chez les travailleurs des fabriques de pâte ayant été exposés au dioxyde de soufre et aux poussières de papier (Jäppinen et Tola, 1990; Thoren, Järvholm et Morgan, 1989). De même, les symptômes respiratoires sont plus fréquents dans les fabriques de pâte au bisulfite chez les travailleurs exposés de façon chronique à de faibles quantités de dioxyde de soufre (Skalpe, 1964), alors que dans les usines de pâte classiques, on ne constate habituellement pas d’aggravation de l’obstruction des voies respiratoires. Une irritation du système respiratoire est également signalée par les personnes affectées à la récupération de la térébenthine — opération fréquente dans les fabriques de pâte — et qui, de ce fait, sont exposées à d’importantes concentrations de terpènes. On associe aussi les poussières de papier ouaté à l’aggravation de l’asthme et de la broncho-pneumopathie chronique obstructive (Torén, Hagberg et Westberg, 1996).

Le contact avec des micro-organismes, surtout autour des tas de copeaux et de déchets, des écorceuses et des essoreuses de boues, augmente les risques de pneumopathie par hypersensibilité. Les exemples sont limités à des cas isolés d’alvéolite allergique extrinsèque, laquelle peut entraîner des lésions cicatricielles chroniques dans les poumons. La bagassose, pneumopathie par hypersensibilité associée au contact de micro-organismes thermophyles et de la bagasse (sous-produit de la canne à sucre), demeure un danger dans les usines où l’on utilise les fibres de bagasse.

Les autres éléments nocifs pour le système respiratoire que l’on rencontre couramment dans l’industrie des pâtes et papiers sont notamment les fumées produites lors des opérations de soudage d’acier inoxydable et l’amiante (voir, notamment, «L’amiante» dans le chapitre no 62 («Les composés minéraux et les produits chimiques à usage agricole»), «Le nickel» et «Le chrome» dans le chapitre no 63 («Les métaux: propriétés chimiques et toxicité»), dans la présente Encyclopédie. Le personnel d’entretien est le plus exposé à ces risques.

Les composés de soufre réduit (dont le sulfure d’hydrogène, les disulfures de diméthyle et les mercaptans), irritants oculaires puissants, peuvent engendrer des céphalées et des nausées chez certains travailleurs. Le seuil olfactif de ces composés est très bas (de l’ordre de la ppb) chez les individus qui n’ont encore jamais été exposés; en revanche, il est beaucoup plus élevé chez ceux qui travaillent depuis longtemps dans l’industrie. Des concentrations de l’ordre de 50 à 200 ppm produisent une fatigue olfactive qui rend incapable de détecter l’odeur pourtant caractéristique «d’œuf pourri». Une concentration plus forte entraîne une perte de conscience et une paralysie respiratoire pouvant évoluer vers la mort. Des décès provoqués par un contact avec des composés de soufre réduit dans des espaces confinés sont survenus dans plusieurs fabriques de pâte.

La mortalité par maladies cardio-vasculaires serait plus élevée chez les travailleurs des fabriques de pâtes et de papiers et, si l’on en croit certaines preuves dose-réponse, elle pourrait être liée à l’exposition à des composés de soufre réduit (Jäppinen, 1987; Jäppinen et Tola, 1990). Toutefois, cette augmentation pourrait aussi résulter de l’exposition au bruit et du travail posté, facteurs qui ont été associés à une augmentation des risques de cardiopathie ischémique dans d’autres branches.

Parmi les problèmes cutanés que l’on retrouve chez les travailleurs du secteur, il faut mentionner les brûlures aiguës d’origine chimique ou thermique et la dermite de contact (irritante et allergique). Dans les fabriques de pâte kraft, il arrive fréquemment qu’ils soient victimes de brûlures cutanées dues à des alcalis après un contact avec de la liqueur chaude ou des boues d’hydroxyde de calcium produites pendant la phase de récupération. La dermite de contact est plus répandue dans les fabriques de papier et les installations de transformation, car beaucoup d’additifs, d’agents de démoussage, de biocides, d’encres et de colles utilisés dans la fabrication du papier et des sous-produits ont sur la peau un effet irritant et sensibilisant marqué. La dermite peut résulter d’une exposition à ces produits chimiques mêmes ou de la manipulation de papier ou de sous-produits venant d’être traités.

Le bruit constitue une nuisance importante dans tous les secteurs de l’industrie des pâtes et papiers. D’après le ministère du Travail des Etats-Unis, le niveau de bruit dépasse 85 dBA dans plus de 75% des usines du secteur du papier et des produits dérivés, contre 49% dans les entreprises manufacturières en général, et plus de 40% des travailleurs sont exposés régulièrement à des niveaux sonores supérieurs à 85 dBA (US Department of Commerce, 1983). Souvent, les niveaux sonores autour des machines à papier, des déchiqueteuses et des chaudières de récupération dépassent largement 90 dBA. Les opérations de façonnage sont aussi extrêmement bruyantes. Pour protéger les personnes qui travaillent près des machines à papier, on installe des salles de commande fermées. Pour ce qui est des opérations de façonnage, pendant lesquelles l’opérateur se tient en général à proximité de la machine, on recourt rarement à ce type de mesure. Toutefois, lorsqu’on le fait, on constate une diminution de l’exposition non seulement aux poussières de papier mais aussi au bruit.

Il peut arriver que les températures dans les ateliers des machines à papier dépassent 60 °C. Cependant, on ne trouve aucune étude concernant les effets de la chaleur sur cette catégorie de travailleurs dans les publications scientifiques existantes.


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