X

Papier et pâte à papier

 

Références     Web Site    

 

 

LES RISQUES PROFESSIONNELS ET LES MOYENS DE PRÉVENTION




Le tableau 72.6 donne un aperçu des risques auxquels on peut être exposé à chaque étape de la fabrication de pâte et de papier. Bien que ces risques soient propres à tel ou tel processus, ils peuvent toucher également des employés d’autres secteurs, en fonction des conditions atmosphériques et de la proximité des sources d’exposition, et selon que les travailleurs exécutent une ou plusieurs tâches (entre autres, contrôle de la qualité, tâches générales, entretien, etc.).


Tableau 72.6 Risques pour la sécurité et la santé dus à la production de pâte
et de papier, selon la phase de fabrication


Tableau en cours de préparation ...


Le degré d’exposition aux risques énumérés au tableau 72.6 peut dépendre du niveau d’automatisation de l’usine. Autrefois, la fabrication de pâte et de papier était un processus semi-automatisé qui demandait beaucoup d’opérations manuelles. Les opérateurs étaient souvent assis devant un tableau de commande ouvert situé près de la machine pour pouvoir surveiller les effets de leurs interventions. On ouvrait à la main les soupapes placées au sommet et au bas du lessiveur et, pendant le remplissage, les gaz qu’il contenait étaient déplacés par les copeaux reçus (voir figure 72.11). Pour déterminer la quantité des produits chimiques, l’opérateur faisait appel à son expérience au lieu d’effectuer des prélèvements, et ses interventions dépendaient donc de ses compétences et de ses connaissances. Cette manière de procéder était parfois source d’erreurs. Ainsi, une chloration excessive de la pâte exposait les travailleurs situés en aval à une augmentation de la proportion d’agents de blanchiment. La plupart des usines modernes sont dotées de pompes et de soupapes électroniques qui peuvent être commandées à distance. Le contrôle des procédés dans des limites de tolérance étroites a exigé de recourir à des ordinateurs et à des moyens techniques sophistiqués. Les salles de commande sont installées à l’écart pour isoler l’électronique de la fabrication de pâte et de papier. En conséquence, les opérateurs travaillent habituellement dans des pièces climatisées qui les protègent du bruit, des vibrations, des températures excessives, de l’humidité et des produits chimiques que l’on retrouve en principe dans les ateliers de production. D’autres améliorations apportées au cadre de travail sont décrites ci-après.


Figure 72.11 Ouverture du couvercle d'un lessiveur en discontinu à commande manuelle



Certains risques, tels que les points de pincement, les sols glissants, les équipements mobiles et le travail en hauteur sont courants dans tous les secteurs de la fabrication de pâte et de papier. Il est essentiel d’installer des dispositifs de protection autour des transporteurs et des pièces mobiles, des systèmes de nettoyage rapide pour les fuites, des sols qui permettent l’écoulement des liquides et des rambardes sur les passerelles le long de la chaîne de production ou en hauteur. Il faut respecter les consignes de verrouillage, lors de l’entretien des transporteurs de copeaux, des machines à papier et de celles comportant des parties mobiles. Les véhicules utilisés pour le stockage des copeaux, sur les quais et dans les zones d’expédition, dans les entrepôts ou à d’autres fins, doivent être équipés d’un dispositif antiretournement, d’une cabine offrant une bonne visibilité et d’un avertisseur sonore; les voies réservées aux véhicules et aux piétons doivent être marquées et signalées d’une façon claire.

Le bruit et la chaleur constituent aussi des risques omniprésents. Parmi les moyens de prévention technique auxquels on peut recourir, le principal consiste — comme on l’a expliqué ci-dessus — à isoler l’opérateur, en général pendant les opérations de préparation du bois, de fabrication de la pâte, de blanchiment et de mise en feuilles. Les véhicules servant à entasser les copeaux et à d’autres tâches extérieures peuvent aussi être équipés de cabines fermées et climatisées. Lorsqu’ils ne bénéficient pas de ce genre d’abri, les travailleurs doivent habituellement porter une protection auditive. Les personnes travaillant à la chaleur ou en plein air et les préposés à l’entretien des cuves doivent savoir reconnaître les symptômes d’hyperthermie; leurs horaires de travail seront aménagés pour permettre des périodes d’acclimatation et de repos. Le froid peut provoquer des engelures chez les personnes travaillant à l’extérieur. Il peut aussi entraîner la formation de brouillard à proximité des tas de copeaux, qui demeurent tièdes, et donc nuire à la visibilité.

La phase de préparation du bois et les premières étapes de la fabrication de pâte présentent des risques qui sont propres au bois, aux extraits de bois et aux micro-organismes associés. Les moyens de prévention dépendent de l’opération en cause; on pourra construire des cabines pour les opérateurs, encoffrer les scies et les convoyeurs et prévoir un système de ventilation, enfermer les tas de copeaux ou réduire les stocks. Très polluante, l’utilisation d’air comprimé pour nettoyer les poussières de bois doit être évitée.

La fabrication de pâte chimique peut exposer les travailleurs à des produits chimiques pendant le lessivage et à des sous-produits gazeux au cours de la cuisson, y compris à des composés de soufre réduit (pâte kraft) et oxydés (pâte au bisulfite), ainsi qu’à des composés organiques volatils. La formation de gaz est fonction de plusieurs facteurs: l’essence de bois utilisée; la quantité de bois transformée; la quantité et la concentration de liqueur blanche employée; le temps nécessaire pour la fabrication de la pâte; et la température maximale atteinte. En plus des soupapes automatiques placées au-dessous des lessiveurs et des salles de commande, il faut mentionner les dispositifs de ventilation avec aspiration à la source installés à la sortie des lessiveurs en continu et des réservoirs de décharge, qui permettent une ventilation variable selon les gaz rejetés; le maintien d’une pression négative dans les chaudières de récupération et les cuves contenant du sulfite et du dioxyde de soufre pour éviter les fuites de gaz; la présence d’une enceinte ventilée complètement ou partiellement fermée au-dessus des piles laveuses et des lessiveurs; des systèmes de contrôle continu des gaz qui déclenchent une alarme en cas de fuite; des plans et une formation pour les interventions en cas d’urgence. Les employés appelés à prélever des échantillons et à faire des tests doivent savoir qu’ils peuvent être exposés à des acides et à des matières caustiques au cours de l’opération et pendant l’élimination des déchets, et que des réactions secondaires peuvent se produire, comme la production de sulfure d’hydrogène (H2S) si de la liqueur noire provenant de la pâte kraft entre en contact avec des acides (par exemple, dans les égouts).


Dans les zones de récupération des produits chimiques, on peut trouver des substances acides et alcalines, et leurs sous-produits, à des températures dépassant 800 °C. Le personnel peut être amené, de par ses responsabilités, à entrer directement en contact avec ces produits, d’où la nécessité d’une tenue ultrarésistante. Ainsi, certains travailleurs chargés de ratisser les éclaboussures de salin qui s’accumulent au pied des chaudières risquent des brûlures d’origine chimique ou thermique. D’autres peuvent être exposés à des poussières lorsqu’on ajoute du sulfate de sodium à de la liqueur noire concentrée, et que la moindre ouverture ou fuite peut laisser passer des gaz de soufre réduit qui sont nocifs (voire mortels). Une explosion d’eau de salin est toujours à craindre autour de la chaudière de récupération. Des fuites d’eau le long des canalisations de la chaudière ont provoqué des explosions mortelles. Les chaudières de récupération doivent être arrêtées au moindre signe de fuite et il convient de prendre des précautions particulières pour en retirer le salin. Le chargement de la chaux et d’autres substances caustiques doit se faire au moyen de convoyeurs, de monte-charges et de cuves fermés et ventilés.

Dans les usines de blanchiment, les agents de blanchiment ainsi que des organochlorés et d’autres sous-produits peuvent atteindre le personnel exécutant. Les différents facteurs intervenant dans le procédé de production, comme la concentration du produit, la teneur en lignine, la température et la consistance de la pâte font l’objet d’un contrôle constant sous la forme de prélèvement d’échantillons et de tests en laboratoire. Vu le danger que présentent nombre d’agents de blanchiment utilisés, il convient d’installer des dispositifs de surveillance continue, de remettre à tous les employés un appareil de protection respiratoire de secours et de former les opérateurs de machines aux interventions d’urgence. La méthode habituelle de prévention consiste à placer une hotte de ventilation avec aspiration localisée au-dessus de chaque colonne de blanchiment et des cuves de lavage.

Dans la salle des machines d’une fabrique de pâte ou de papier, le personnel peut être exposé aux substances chimiques qui s’écoulent de la cuve de blanchiment, aux additifs utilisés pour la fabrication du papier et aux produits chimiques présents dans les eaux usées. A l’extrémité sèche des machines et dans la zone de finition, il peut se trouver exposé à des poussières (de cellulose, de matières de charge ou de produits d’enduisage) ainsi qu’aux gaz d’échappement des véhicules. Pour le nettoyage effectué entre les diverses étapes de la production, il arrive qu’on utilise des solvants, des acides et des alcalis. Plusieurs moyens de prévention technique sont alors envisageables: encoffrement total du séchoir des feuilles; encoffrement avec ventilation des zones où les additifs sont déchargés, pesés et mélangés; emploi d’additifs liquides de préférence aux additifs pulvérulents; utilisation d’encres et de colorants à base d’eau plutôt qu’à base de solvant; et abandon de l’air comprimé pour nettoyer les rognures et déchets de papier.

La production de papier dans les usines de recyclage dégage en général plus de poussières que la fabrication de papier classique avec de la pâte neuve. Du début des opérations (collecte et tri du papier) à la fin (production du papier), on peut entrer en contact avec des micro-organismes, mais le risque d’exposition à des produits chimiques est moins important que dans une usine classique.


Les fabriques de pâte et de papier emploient beaucoup de personnel pour entretenir leur équipement: menuisiers, électriciens, mécaniciens d’instruments, calorifugeurs, machinistes, maçons, mécaniciens, installateurs, peintres, plombiers, frigoristes, ferblantiers et soudeurs. En plus des risques propres à leur métier (voir chapitres no 82, «La transformation et le travail des métaux», et no 103, «Guide des professions»), ces personnes peuvent être exposées à tous ceux qui sont inhérents au processus de fabrication. Etant donné que les opérations en usine sont de plus en plus automatisées et encoffrées, les travailleurs chargés de l’entretien, du nettoyage et du contrôle de la qualité sont de plus en plus menacés. La fermeture d’une installation pour le nettoyage des cuves et des machines est particulièrement délicate. Selon le mode d’organisation de l’usine, ces tâches peuvent être exécutées par le personnel d’entretien ou de production interne, mais il arrive fréquemment qu’elles soient confiées à des sous-traitants, dont les services de sécurité et de santé au travail risquent d’être moins développés.

En dehors des étapes de fabrication proprement dites, le fonctionnement d’une usine de pâte et de papier entraîne quelques risques importants pour le personnel chargé de l’entretien. La fabrication de la pâte, la récupération des matériaux et l’exploitation des chaudières produisant énormément de chaleur, on s’est beaucoup servi d’amiante pour isoler les tuyaux et les cuves. On utilise souvent de l’acier inoxydable pendant toutes les étapes de confection de la pâte, de récupération des matériaux et de blanchiment ainsi que, dans une certaine mesure, pour la fabrication du papier. On sait que le soudage de ce métal libère des vapeurs de chrome et de nickel. Pendant les fermetures pour entretien, il arrive que l’on pulvérise une substance à base de chrome sur le sol et les parois des chaudières de récupération pour les protéger de la corrosion au moment de leur remise en route. Pour les contrôles de la qualité effectués le long de la chaîne de production, on se sert fréquemment d’indicateurs à infrarouges et à radio-isotopes. Bien que ces indicateurs soient habituellement blindés, les mécaniciens qui en assurent l’entretien peuvent être exposés à des rayonnements.

Le personnel affecté à d’autres opérations de l’usine peut aussi être exposé à des risques particuliers. Là, les travailleurs chargés des chaudières électriques, manipulent de l’écorce, des déchets de bois et de boue en provenance du système de traitement des effluents. Dans les usines plus anciennes, des travailleurs retirent les cendres du fond des chaudières qu’ils obturent ensuite grâce à un mélange d’amiante et de ciment autour de la grille. Avec les chaudières modernes, cette opération est automatique. Lorsque les matériaux dont on alimente les chaudières sont trop humides, les employés risquent d’être exposés à des projections résultant d’une combustion incomplète. Les travailleurs affectés au traitement de l’eau peuvent se trouver en contact avec des produits chimiques comme le chlore, l’hydrazine et diverses résines. Le générateur de ClO2, produit extrêmement réactif, est habituellement installé dans un secteur à accès réglementé, et l’opérateur, qui demeure dans une salle de commande à l’écart, ne se déplace que pour prélever des échantillons et nettoyer le filtre à sulfate. Le chlorate de sodium (oxydant puissant) utilisé pour produire du ClO2 peut devenir extrêmement inflammable si on le laisse se répandre et sécher sur une matière organique ou combustible. Il importe de noyer d’eau le moindre déversement avant de commencer tout travail d’entretien, puis de nettoyer consciencieusement tous les équipements. Il convient aussi de laisser les vêtements humides tels quels et de les tenir à l’écart des vêtements de ville tant qu’on ne les a pas nettoyés.


|  Algérie mon beau pays   |

Top