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L’APICULTURE, L’ÉLEVAGE D’INSECTES ET LA SÉRICICULTURE




Il existe dans le monde plus d’un million d’espèces d’insectes dont la masse totale est supérieure à celle de tous les autres animaux terrestres réunis. Des insectes tels que les criquets, les sauterelles, les criquets pèlerins, les termites, les larves de scarabée, les guêpes, les abeilles et les chenilles comptent parmi les 500 espèces qui font partie du régime alimentaire régulier de certains peuples du monde. En règle générale, l’être humain n’élève pas les insectes pour les consommer; il les chasse ou les prélève dans la nature.

L’homme n’utilise pas seulement les insectes comme source de nourriture, mais également pour la pollinisation, la lutte biologique contre les ravageurs et comme source de fibres. Les différents usages sont liés aux quatre stades du cycle vital de l’insecte: l’œuf, la larve, la nymphe et l’insecte parfait. Parmi les exemples d’utilisations commerciales des insectes, il faut citer l’apiculture (près de 1 milliard de tonnes de miel produites chaque année, sans compter la pollinisation des cultures fruitières et autres), l’élevage des insectes (plus de 500 espèces, y compris celles utilisées pour la lutte biologique contre les insectes), la production de gomme-laque (36 000 tonnes par an) et la production de soie (180 000 tonnes par an).



  L’apiculture


Les apiculteurs élèvent l’abeille dans des ruchers, ensemble de ruches abritant des colonies d’abeilles. On doit à l’abeille la pollinisation des fleurs, le miel et la cire. Les abeilles contribuent de façon notoire à la pollinisation, puisqu’elles font plus de 46 430 voyages par abeille et par kilogramme de miel produit. Au cours de chaque voyage, l’abeille butine 500 fleurs en 25 minutes. C’est le nectar des fleurs qui est la source du miel des abeilles. L’abeille se sert de l’enzyme invertase pour transformer le saccharose du nectar en glucose et en fructose puis, l’eau s’étant évaporée, en miel. On élève aussi des frelons et des abeilles charpentières pour polliniser respectivement les plants de tomate et la luzerne.


La colonie d’abeilles qui forme la population des ruches artificielles se rassemble autour d’une seule reine. Les apiculteurs mettent en place une colonie d’environ 10 000 abeilles dans le corps de ruche, appelé chambre à couvain. Un corps de ruche contient 10 rayons comportant des cellules pouvant servir soit à la ponte des œufs, soit à emmagasiner le miel. La reine pond environ 1 500 œufs par jour. L’apiculteur ajoute alors une hausse (placée au-dessus de la chambre à couvain), qui deviendra le magasin à miel permettant aux abeilles de passer l’hiver. On estime que la colonie, qui continue à se multiplier, est mature lorsqu’elle atteint quelque 60 000 abeilles. L’apiculteur place une «grille à reine» — un panneau plat à travers lequel la reine, qui est plus grosse, ne peut pas pénétrer — au-dessus de la première hausse, de manière à empêcher la reine de pondre des œufs dans les hausses supplémentaires qui seront empilées dessus. Ces hausses supplémentaires sont destinées à ne recueillir que du miel, à l’exclusion des œufs.

L’apiculteur transporte les ruches dans un endroit favorable, au moment de la floraison. Une colonie d’abeilles peut butiner sur une superficie de 48 hectares, un hectare pouvant faire vivre environ deux ruches. Le miel est récolté en été; il est prélevé à partir des hausses qui peuvent être empilées jusqu’à un maximum de sept, le plus souvent trois, à mesure que la colonie s’accroît et que les abeilles remplissent les rayons de miel. Les hausses mobiles et leurs rayons chargés de miel sont emportés à distance en vue de procéder à l’extraction. Un couteau biseauté, chauffé, appelé couteau à désoperculer, sert à trancher les opercules, couvercles de cire que les abeilles ont placés sur les rayons à l’intérieur des cadres. Le miel est alors extrait à l’aide d’une centrifugeuse, recueilli, tamisé puis mis en maturation et enfin conditionné en pots en vue de la vente (Vivian, 1986).

A la fin de la saison, l’apiculteur fait ses préparatifs pour l’hivernage; il enveloppe les ruches de toile cirée pour protéger les colonies du vent froid et absorber la chaleur solaire. Il donne en outre aux abeilles du sirop de sucre additionné d’un peu de sel pour la consommation d’hiver. Au printemps, il découvre les ruches pour permettre aux abeilles de commencer la production. S’il y a surpopulation dans la ruche, la colonie se dote d’une nouvelle reine au moyen d’une alimentation spéciale, la gelée royale, tandis que l’essaim dit primaire (réunissant environ la moitié de la colonie) quitte la ruche pour aller élire domicile ailleurs. L’apiculteur peut, s’il le désire, recueillir cet essaim pour en faire une nouvelle colonie.


Les piqûres d’abeille exposent les apiculteurs à deux risques, au demeurant liés. L’un est l’envenimation par piqûre, l’autre est la réaction d’hypersensibilité au venin et, dans quelques cas, le choc anaphylactique. Ce sont les sujets de sexe masculin, de 40 ans et au-delà, qui risquent le plus de faire des réactions mortelles. Si l’on estime que le nombre des personnes allergiques au venin représente 2% environ de la population générale, les réactions systémiques chez les apiculteurs et leurs proches sont estimées à 8,9%. L’incidence des réactions varie en raison inverse du nombre de piqûres reçues. Les réactions anaphylactiques au venin de bourdon sont rares, excepté chez ceux qui élèvent ces insectes, le risque étant plus grand s’ils ont été sensibilisés au venin d’abeille (les bourdons sont en fait de grosses abeilles sauvages, à ne pas confondre avec les «faux bourdons», abeilles mâles dépourvues de dard).

En cas de piqûre d’abeille, l’apiculteur devra retirer le dard (sans appuyer sur le sac à venin) et laver l’endroit de la piqûre. On appliquera de la glace ou une pâte faite de bicarbonate de soude additionnée d’eau. Au moindre signe de réaction systémique, la victime sera conduite d’urgence chez un médecin ou à l’hôpital. En cas de réaction anaphylactique, on administre de l’épinéphrine par voie sous-cutanée à la première apparition des symptômes. Pour sa sécurité, l’apiculteur enfumera la ruche pour neutraliser les réactions de protection des abeilles et portera un capuchon protecteur avec voile, des gants à manchette ou une combinaison. Etant donné que les abeilles sont attirées par l’humidité de la sueur, les apiculteurs s’abstiendront de porter des montres-bracelets ou des ceintures, qui retiennent la sueur. Au moment de l’extraction du miel, l’apiculteur veillera à ne pas se couper le pouce ou les doigts avec le couteau à désoperculer.





  L’élevage d’insectes en masse


Plus de 500 espèces d’arthropodes sont élevées en laboratoire, dont des fourmis, des scarabées, des acariens, des mouches, des mites, des araignées et des tiques. Ces arthropodes sont principalement employés pour la lutte biologique contre d’autres espèces animales. Il y a 2 000 ans déjà, on trouvait sur les marchés chinois des nids de fourmis Decophylla que l’on plaçait dans les plantations de citrus pour lutter contre les ravageurs. A ce jour, on a identifié dans le monde plus de 5 000 espèces d’insectes susceptibles de contribuer à la lutte biologique contre les ravageurs des cultures, dont 300 qui sont régulièrement utilisées avec succès dans 60 pays. Les vecteurs de maladies sont devenus, eux aussi, la cible de la lutte biologique. Par exemple, le moustique carnivore d’Asie du Sud-Est, Toxorhynchites spp., également appelé moustique «tox», a des larves qui se nourrissent de celles du moustique tigre, Aedes spp., responsable de la transmission aux humains de maladies telles que la dengue (O’Toole, 1995).


Des élevages de masse ont été créés pour élever des insectes stériles qui servent à la lutte non chimique contre les ravageurs. Il existe en Egypte une installation de ce type qui élève chaque semaine 1 milliard (environ 7 tonnes) de mouches méditerranéennes des fruits. Cet élevage comporte deux cycles principaux. Le premier est celui de la transformation des aliments ou cycle d’incubation larvaire; le second celui de la propagation ou de la production des œufs. La technique des insectes stériles a été utilisée pour la première fois pour éliminer les larves de Callitroga americana , qui parasitaient les bovins (myase). On procède à la stérilisation en irradiant les nymphes juste avant que l’adulte émerge du cocon soit aux rayons X, soit aux rayons gamma. Cette technique consiste à prendre des quantités massives d’insectes stériles ainsi élevés et à les lâcher dans les régions infestées où les mâles stériles s’accoupleront avec les femelles sauvages, fécondes. En rompant ainsi le cycle vital de l’insecte, on a pu réduire dans des proportions spectaculaires le taux de fécondité de ces ravageurs. Cette technique est employée avec Callitroga americana , la spongieuse (Lymantria dispar.(L)), l’anthonome du cotonnier et la mouche méditerranéenne des fruits (Kok, Lomaliza et Shivhare, 1988).

Une installation d’élevage d’insectes stériles comporte généralement un système à sas d’air destiné à empêcher l’entrée des insectes indésirables et la sortie des insectes féconds. Les différentes tâches comprennent le nettoyage et le balayage, l’empilage des œufs, le lavage des plateaux, la préparation du régime alimentaire, l’inoculation (en plaçant les œufs dans du gel d’agar), la coloration des nymphes, la surveillance de l’émergence, le conditionnement, la quarantaine, l’irradiation, le tri et la pesée. Dans la salle aux nymphes, de la vermiculite est mélangée à de l’eau et placée sur des plateaux. Les plateaux sont empilés et la poussière de vermiculite recueillie avec une balayette. Les nymphes sont séparées de la vermiculite par tamisage. Les nymphes retenues pour la technique des insectes stériles sont transportées sur des clayettes empilées les unes sur les autres jusqu’à la chambre d’irradiation, située dans une zone ou un local différent, où elles sont irradiées et rendues stériles (Froehlich, 1995; Kiefer, 1996).

Les travailleurs en contact avec les insectes, y compris avec les vers à soie, peuvent faire des réactions allergiques aux allergènes des arthropodes (squamules, poils, autres parties du corps). Les premiers symptômes sont des démangeaisons oculaires et une irritation nasale, suivies d’épisodes intermittents de sifflement res-piratoire, de toux et d’essoufflement. Ultérieurement, des accès d’asthme sont déclenchés par réexposition à l’allergène. Les entomologistes et autres catégories de personnel qui travaillent dans les élevages d’insectes stériles sont exposés à divers produits inflammables, potentiellement dangereux. Il s’agit, dans les laboratoires d’entomologie, de l’alcool isopropylique, de l’éthanol et du xylène; dans la salle de préparation des aliments, on se sert de l’alcool isopropylique en solution aqueuse pour stériliser murs et plafonds au moyen d’un pulvérisateur. La poussière de vermiculite pose des problèmes respiratoires, d’autant plus que certaines vermiculites sont contaminées par l’amiante. Dans ces installations, les unités de climatisation de l’air, éventuellement très sonores, peuvent être nocives pour l’ouïe des travailleurs. L’installation de systèmes de ventilation par extraction et le port de protections respiratoires individuelles sont utiles pour remédier à l’exposition aux allergènes et aux poussières en suspension dans l’air. Autant que possible, on utilisera des matériaux non pulvérulents. La climatisation et le changement fréquent des filtres peuvent contribuer à réduire les concentrations d’épines et de poils d’arthropodes en suspension dans l’air. Les rayons X ou les rayons gamma (rayonnement ionisant) risquent quant à eux d’endommager le matériel génétique. Il y aura lieu de se protéger contre les rayons X ou les rayons gamma et leurs sources dans les locaux d’irradiation (Froehlich, 1995; Kiefer, 1996).





  La sériciculture


La vermiculture se pratiquait déjà anciennement dans certains pays. Les vers, et notamment le ver de farine (larve plutôt que ver proprement dit) du ténébrion, sont élevés par milliards pour l’alimentation des animaux de laboratoire et des animaux de compagnie. Les vers servent aussi au compostage.


On appelle sériciculture la production de cocons de vers à soie, laquelle comporte le nourrissage des vers à soie et la formation des cocons. La culture du bombyx du mûrier remonte en Chine à 3000 avant J.-C. Les sériciculteurs ont domestiqué le bombyx dont il ne reste plus de populations sauvages. Les vers à soie se nourrissent exclusivement des feuilles du mûrier blanc. Historiquement, par conséquent, la production de la soie a toujours été sous la dépendance de la feuillaison du mûrier. Cependant, on a mis au point des aliments artificiels du ver à soie qui permettent de continuer la production tout au long de l’année. Les vers à soie sont élevés sur des tables d’élevage (claies) parfois montées sur crémaillère. Etant donné que les vers doivent être nourris pendant environ 42 jours à température constante de 25 °C, un chauffage d’appoint s’impose parfois. La soie est une sécrétion, ou bave, du ver à soie qui se solidifie au contact de l’air. Le ver à soie sécrète environ 2 km de soie pour former son cocon au cours de sa transformation en chrysalide (Johnson, 1982). Une fois les cocons constitués, ils sont soumis à l’étouffage à l’air chaud pour tuer la chrysalide, puis expédiés à la filature. A la filature, la soie est dévidée puis filée.

Neuf pour cent des sériciculteurs font de l’asthme par réaction aux squamules du bombyx, encore que, dans la plupart des cas, la pathologie soit attribuée à l’inhalation des excréments de vers à soie. En outre, le contact de la peau avec les poils de la chenille peut entraîner une dermite irritante de contact primitive. Le contact avec la soie grège peut également entraîner des réactions cutanées d’origine allergique. En sériciculture, les traitements d’hyposensibilisation (à l’égard des squamules et des excréments) donnent une amélioration dans 79,4% des cas. Les corticostéroïdes peuvent inverser les effets des antigènes inhalés. Quant aux lésions cutanées, elles peuvent réagir à des applications topiques de lotions et de crèmes aux corticostéroïdes. Les antihistaminiques administrés par voie orale améliorent les symptômes de démangeaison et les sensations de brûlure. Des cas d’intoxication au monoxyde de carbone ont été observés dans les magnaneries où l’on est obligé de chauffer les locaux au charbon de bois pour maintenir la chaleur voulue. Pour éviter ces expositions au monoxyde de carbone, on préférera les radiateurs électriques aux feux de charbon de bois et aux poêles à pétrole.


  Source : Une partie des informations relatives à l'industrie de la soie a été empruntée à l'article de J. Kubota sur le sujet, tel que publié dans la 3e édition de l'Encyclopaedia of Occupational Health and Safety.


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