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LES BOVINS, LES OVINS ET LES CAPRINS


Certains animaux transforment leur fourrage riche en fibres (plus de 18%) en nourriture comestible pour l’être humain. Ils le doivent à leur appareil digestif à quatre estomacs, y compris le plus grand d’entre eux, le rumen (d’où ils tirent leur nom de ruminants ) (Gillespie, 1997). On trouve au tableau 70.16 les différentes espèces de ruminants qui ont été domestiquées, avec leurs utilisations.


Tableau 70.16 Types de ruminants domestiqués comme animaux d’élevage

 
  Type de ruminants Utilisations  
       
  Bisons Viande  
  Bovins Viande, lait, trait  
  Buffles Viande, trait  
  Camélidés (lama, alpaga, dromadaire et chameau) Viande, lait, poils, trait  
  Caprins Viande, lait, angora (mohair)  
  Ovins Viande, laine  
  Rennes Viande, lait, trait  
  Yaks Viande, lait, laine  
       
       

  Les modes de production


L’élevage des ruminants prend des formes très contrastées allant des exploitations intensives à forte production telles que les grands élevages de bovins qui, au Texas, se pratiquent sur de vastes ranches de 2 000 km2, aux pacages collectifs empruntés au Kenya ou en République-Unie de Tanzanie par des pasteurs nomades. Ailleurs, les bœufs servent à la traction animale pour les travaux de la ferme et, notamment, les labours. Dans les régions humides, c’est aux buffles que l’on demande le même service (Ker, 1995). La tendance actuelle est de privilégier les grands élevages intensifs à forte productivité (Gillespie, 1997).

La production bovine intensive à grande échelle comporte un certain nombre d’opérations liées les unes aux autres. Il y a d’abord l’ensemble constitué par le troupeau de vaches, avec leurs veaux. Chaque année, les vaches fécondées par les taureaux ou par insémination artificielle mettent bas des veaux qui, après sevrage, sont vendus comme animaux d’embouche destinés à l’abattage. Les veaux mâles sont châtrés en vue de l’abattage; on appelle bouvillons ou châtrons les jeunes bovins ainsi castrés. Les reproducteurs de pure race, destinés à perpétuer le troupeau, sont parfois des animaux extrêmement dangereux: c’est le cas notamment des taureaux.

Les moutons sont élevés en troupeaux sur des parcours ou à la ferme. Sur les parcours, il n’est pas rare que les troupeaux soient constitués de 1 000 à 1 500 brebis. A la ferme, la production ovine est généralement modeste et ne constitue le plus souvent qu’une activité secondaire. Les moutons sont élevés soit pour la laine, soit pour la viande. On pratique l’ablation de la queue des agnelles et la plupart des agneaux mâles sont castrés. Certaines exploitations se spécialisent dans l’élevage des béliers de pure race destinés à la reproduction.

Les chèvres sont élevées sur des parcours ou à la ferme pour leur toison, leur lait et leur viande. Certaines petites exploitations élèvent des boucs de pure race pour la reproduction. Il existe de nombreuses races de chèvres, spécialisées pour chacun des produits énumérés ci-dessus. Les chèvres sont décornées et la plupart des mâles castrés. Les chèvres broutent les jeunes pousses, les brindilles et les feuilles des plantes arbustives, ce qui permet de les employer au débroussaillement.

Au nombre des autres activités liées à l’élevage des bovins, des ovins et des caprins figurent l’affouragement (ou la conduite sur pâturages), la lutte contre les maladies et les parasites, la tonte des poils et de la toison. La traite et l’élimination des déchets sont étudiées dans d’autres articles de ce chapitre.

Il existe deux modes d’alimentation principaux des bovins, des ovins et des caprins: le pâturage et l’affouragement (foin ou ensilages). Le pâturage est le moyen le plus économique d’engraisser les animaux. Ceux-ci peuvent paître sur les pâturages, les terrains en friche ou se nourrir de résidus de récoltes tels que les tiges de maïs qui restent en place après la récolte. Une fois coupé, le foin est stocké soit en vrac, soit en balles gerbées. Pour l’affouragement, on prélève le foin sur la meule pour le donner aux animaux, aux champs ou dans les râteliers selon le cas. Certaines cultures et, notamment, le maïs, sont récoltées pour être ensilées. Les ensilages sont le plus souvent déposés dans le râtelier par des moyens mécaniques.

La lutte contre les maladies et les parasites des bovins, des ovins et des caprins fait partie intégrante de l’élevage et suppose nécessairement le contact avec l’animal. En sont des aspects importants les visites régulières du troupeau par le vétérinaire, de même que l’observation des signes vitaux. Il est aussi essentiel de pratiquer les vaccinations en temps opportun et d’isoler les animaux malades. Contre les ectoparasites des bovins (notamment les mouches, poux, sarcoptes, acariens et tiques), on emploie des produits chimiques. Les pesticides sont appliqués par pulvérisation ou pose de boutons d’oreilles antiparasitaires imprégnés d’insecticide. Dans le cas de l’hypoderme qui pond ses œufs sur le poil des bovins, on peut en éliminer les larves (varrons) qui creusent des sillons sous la peau par l’application de pesticides systémiques sous forme de pulvérisations, bains antiparasitaires ou additifs alimentaires. Contre les endoparasites, y compris les nématodes et les cestodes, on utilise des médicaments et des antibiotiques qui peuvent être administrés sous forme de potions. L’hygiène des étables contribue elle aussi à la lutte contre les maladies infectieuses et les parasitoses (Gillespie, 1997).

La tonte contribue à la propreté et au bien-être des animaux; elle est aussi pratiquée pour préparer les plus beaux spécimens aux concours agricoles. On peut tondre les animaux vivants pour en retirer un produit, qu’il s’agisse de la toison du mouton ou de celle des chèvres (angora). Le tondeur saisit l’animal placé dans un enclos et le tire à part avant de le coucher sur le dos et de l’immobiliser entre ses genoux. Il se sert de simples ciseaux, de tondeuses à main mécaniques ou électriques. Avant la tonte, les moutons sont marqués et débarrassés des jarres (poils de garde agglomérés à de la matière fécale), opération appelée décroûtage. Les toisons, parées à la main selon la qualité et la longueur de la laine, sont ensuite comprimées en balles en vue de l’expédition au moyen d’une presse à main ou d’une presse hydraulique.

Les moyens mis en œuvre pour l’élevage des bovins, des ovins et des caprins sont généralement classés en deux catégories: le régime du pâturage et celui de la stabulation permanente. Cette dernière englobe tout ce qui touche à la stabulation, les parcs d’engraissage, les étables, les enclos (pour la garde, le tri et le rassemblement des troupeaux), les barrières, ainsi que les goulottes de travail et de chargement. Quant au régime du pâturage, il comprend le pâturage proprement dit ainsi que les terrains de parcours et la trans-humance. Les installations destinées à l’alimentation du bétail incluent les moyens de stockage (silos verticaux et horizontaux), les appareils servant à broyer et à mélanger les aliments, les meules de foin, l’équipement de manutention (y compris les vis et les élévateurs), les mangeoires et râteliers, les abreuvoirs et blocs de minéraux et de sel. La protection contre le soleil est assurée par des abris, des arbres ou un treillage en position haute. On peut citer encore, entre autres installations, les gratte-dos pour la lutte contre les parasites, les nourrisseurs destinés aux veaux et aux agneaux à l’exclusion des animaux adultes, les nourrisseurs automatiques, l’étable des veaux, les portes aménagées pour empêcher les animaux de sortir et les stalles pour l’isolement des animaux malades. Les pâturages peuvent être clôturés, au moyen de barbelés ou de clôtures électriques. Pour les enclos destinés aux chèvres, on peut être amené à utiliser du grillage. Quant aux animaux élevés en liberté, ils doivent être gardés pour les empêcher de divaguer; les chèvres peuvent être attachées, à condition que ce soit à l’ombre. Pour lutter contre les parasites, les grands troupeaux de moutons sont soumis à des bains antiparasitaires (Gillespie, 1997).



  Les risques


On trouve au tableau 70.17 divers autres aspects de l’élevage des bovins, des ovins et des caprins avec, chaque fois, les risques correspondants. Lors d’une enquête conduite aux Etats-Unis (Myers, 1993) parmi les agriculteurs, on a pu constater que les soins aux animaux représentaient 26% des arrêts de travail pour accidents. Comme le montre la figure 70.5, le pourcentage était plus élevé que pour toute autre activité agricole. Il est vraisemblable que l’on obtiendrait des chiffres comparables dans d’autres pays industriels. Toutefois, dans les pays où les animaux de trait sont nombreux, les taux devraient être plus élevés. Les blessures occasionnées par les bovins se produisent généralement dans les bâtiments de ferme ou à proximité. Les bovins peuvent blesser en donnant des coups de pied, en piétinant les éleveurs, ou en les écrasant contre une surface dure telle que la palissade d’un enclos. Ceux-ci peuvent s’infliger eux-mêmes des blessures en tombant lorsqu’ils s’occupent de bovins, d’ovins ou de caprins. Ce sont les taureaux qui sont à l’origine des blessures les plus graves. Les victimes sont le plus souvent des membres de la famille et, plus rarement, des travailleurs agricoles. On risque plus d’être blessé lorsqu’on est fatigué parce qu’on est alors moins vigilant (Fretz, 1989).


Tableau 70.17 Activités des éleveurs et risques correspondants


Tableau en cours de préparation ...


Figure 70.5 Estimations de la fréquence des accidents ayant entraîné un arrêt
de travail par activité agricole aux Etats-Unis, 1993



Les animaux d’élevage ont des comportements qui peuvent être cause d’accidents. L’instinct grégaire est particulièrement fort chez les bovins ou les ovins, l’isolement ou le surpeuplement pouvant provoquer chez eux des comportements inhabituels. Comportement défensif habituel chez les animaux, les réactions réflexes sont parfaitement prévisibles, tout comme l’est celle de la défense du territoire. L’animal que l’on retire de son milieu habituel pour l’enfermer dans un espace clos réagit instinctivement en se débattant dans l’intention de fuir. Les animaux chargés à bord de moyens de transport et dont on restreint les mouvements en les faisant passer par des goulottes ont une réaction réflexe d’agitation.

Les endroits dangereux ne manquent pas dans les élevages de bovins, d’ovins et de caprins: sols glissants, fosses à lisier, parcs à bestiaux, accumulation de poussières aux points d’affouragement, dans les silos, près des nourrisseurs automatiques et dans les bâtiments destinés à la stabulation. Ces derniers peuvent comporter des fosses à fumier susceptibles de dégager des gaz mortels (Gillespie, 1997).

Les coups de chaleur et les attaques sont des risques possibles que le travail énergique, l’épuisement, les fortes chaleurs, l’humidité de l’air, la déshydratation par manque d’eau potable viennent encore aggraver.

L’inhalation de poussières expose les éleveurs aux maladies respiratoires. L’une des plus fréquentes est le syndrome toxique dû aux poussières organiques. Ce syndrome peut être consécutif à l’exposition à de fortes concentrations de poussières d’origine organique contaminées par des micro-organismes. Environ 30 à 40% des travailleurs agricoles exposés aux poussières organiques présentent ce syndrome, décrit dans le tableau 70.18 qui établit aussi la liste d’autres troubles respiratoires (National Institute for Occupational Safety and Health (NIOSH), 1994).


Tableau 70.18 Maladies respiratoires observées dans les élevages


Les travailleurs agricoles chargés de couper les crins des animaux ou de tondre les moutons encourent divers risques. La tonte peut occasionner des coupures et des abrasions. Il faut compter également avec les dangers que présentent les sabots et les cornes des animaux. Les glissades et les chutes peuvent se produire à tout moment lorsqu’on s’occupe des animaux. Comme l’énergie qui actionne les tondeuses est parfois transmise par des courroies, les carters de protection ne doivent pas être enlevés. Il y a également risque d’électrocution. Enfin, le tondeur peut prendre de mauvaises postures, affectant surtout le dos, lorsqu’il saisit les moutons. En immobilisant l’animal entre ses genoux, il peut se blesser au dos, des mouvements de torsion accompagnant souvent la tonte. Quant à la tonte manuelle, elle donne souvent lieu à de la ténosynovite.

La lutte contre les insectes présents sur les bovins, les ovins ou les caprins par pulvérisation ou poudrage de pesticide peut présenter un risque pour les travailleurs agricoles. Les traitements antiparasitaires du mouton consistent à immerger l’animal dans un bain de pesticide; là encore, le seul fait de manier les animaux, ou le simple contact avec la solution ou la laine contaminée peuvent exposer au pesticide (Gillespie, 1997).

Les zoonoses les plus répandues sont la rage, la brucellose, la tuberculose bovine, la trichinose, la salmonellose, la leptospirose, la teigne, l’infection à taenia , l’infection à orthopoxvirus (orf), la fièvre Q et la fièvre pourprée. Parmi les maladies que l’on peut contracter en travaillant au contact des poils et de la toison des animaux, il faut citer le tétanos, la salmonellose qui peut être transmise lors du marquage et de l’élimination des jarres, la leptospirose, le charbon et les maladies parasitaires.

Les excréments et l’urine des animaux peuvent également constituer un mécanisme d’infection des travailleurs agricoles. Les bovins sont un des réservoirs de la cryptosporidiose, maladie transmissible des bovins à l’humain par voie oro-fécale. Les veaux atteints de diarrhée peuvent en être porteurs. La schistosomiase (bilharziose) se rencontre chez les bovins, les buffles et autres animaux en diverses régions du monde. Le cycle vital de ce trématode part des œufs excrétés dans l’urine et les excréments, œufs qui se transforment en larves et parasitent des mollusques, puis en cercaires qui adhèrent à la peau et y pénètrent. C’est en travaillant les pieds dans une eau infestée que le travailleur agricole risque d’être contaminé.

Certaines zoonoses sont des maladies virales transmises par des arthropodes. Les principaux vecteurs de ces maladies sont les moustiques, les tiques et les phlébotomes. Parmi ces maladies figurent les encéphalites à arbovirus véhiculées par les tiques et le lait de brebis, la babésiose (piroplasmose) transmise par les tiques des bovins et la fièvre hémorragique de Crimée (du Congo) (fièvre hémorragique d’Asie centrale) due aux moustiques et aux tiques des bovins, des moutons et des chèvres (en tant qu’hôtes amplificateurs) au cours des épizooties (Benenson, 1990; Mullan et Murthy, 1991).



  Les mesures préventives


Outre les accidents, les principaux risques professionnels liés à l’élevage des ruminants sont les problèmes respiratoires et les zoonoses (voir l’encadré intitulé «Liste des règles de sécurité à observer par les éleveurs», p. 18).

Les marches d’escalier doivent être en bon état et les sols réguliers pour éviter les chutes. Les tôles ou carters de protection des courroies de transmission, des vis mécaniques, des presses hydrauliques et des dispositifs d’affûtage des peignes des tondeuses ne doivent pas être enlevés. L’installation électrique doit être régulièrement vérifiée. Les granges et les étables où l’on utilise des moteurs à combustion interne doivent être convenablement ventilées.

S’agissant du comportement des animaux et de la conduite à tenir à leur égard, l’apprentissage, mais aussi l’expérience permettent d’éviter bien des accidents. Il est donc essentiel de savoir établir la distinction entre les aspects innés et acquis du comportement animal. Les bâtiments devraient être aménagés de sorte que les travailleurs agricoles n’aient pas à pénétrer avec les animaux dans des locaux exigus ou entièrement fermés. L’éclairage doit être diffus, des lumières trop fortes pouvant effaroucher les animaux et les porter à ruer ou à se débattre. Il faut aussi savoir que les bruits intempestifs ou les mouvements brusques peuvent effrayer les bovins qui risquent alors de projeter les personnes se trouvant là contre la paroi ou la palissade; même des vêtements mis à sécher sur des clôtures et flottant au vent suffisent parfois à les effrayer. Pour ne pas surprendre les animaux, il faut s’en approcher par devant. Il convient d’éviter les contrastes trop marqués dans les bâtiments de stabulation, des peintures trop vives pouvant ralentir ou arrêter la marche des bovins. Les ombres portées sur le sol sont également à éviter, les animaux risquant en effet de refuser de les franchir (Gillespie, 1997).

Il existe plus d’une façon d’atténuer les risques d’exposition aux poussières d’origine organique. Les travailleurs doivent être avertis des risques que comporte l’inhalation de ce type de poussières et, s’ils sont appelés à consulter pour gêne respiratoire, ils doivent informer le médecin de toute exposition récente à la poussière. En luttant contre le gaspillage des aliments pour animaux, on réduit déjà sensiblement les niveaux d’exposition aux spores de champignons. Pour éliminer ce type de risque, les détritus en voie de putréfaction devraient être déblayés avec des engins mécaniques. Il serait aussi utile d’installer des systèmes de ventilation par extraction dans les locaux et de les arroser fréquemment pour faire tomber les poussières et réduire les niveaux d’exposition. Le port de masques appropriés s’impose si on ne peut éviter d’être exposé à des poussières d’origine organique (NIOSH, 1994).

La prévention des zoonoses passe par l’hygiène des installations de stabulation, la vaccination des animaux et l’isolement des animaux malades. Il convient de prendre des précautions spéciales pour traiter ces derniers et il est indispensable, en particulier, de porter des gants de caoutchouc afin d’éviter toute exposition en cas de coupures aux mains. Un travailleur qui ne se sent pas bien après avoir été en contact avec une bête malade doit consulter un médecin (Gillespie, 1997).


  Source : Les passages relatifs à la tonte des animaux sont tirés de l'article de J.F. Copplestone sur le sujet, tel que publié dans la 3e édition de l'Encyclopaedia of Occupational Health and Safety.


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