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Elevage

 

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LA PRODUCTION LAITIÈRE



Le producteur laitier est un éleveur spécialisé s’employant à améliorer la santé, la nutrition et le cycle de reproduction d’un troupeau de vaches dans des conditions optimales pour aboutir à la production laitière la plus élevée possible. Ce sont avant tout la taille de l’exploitation et du troupeau, la main-d’œuvre disponible, la configuration des lieux et le degré de mécanisation qui déterminent l’importance des risques encourus. L’exploitation laitière peut prendre la forme d’une petite entreprise familiale ayant à peine une vingtaine de vaches ou bien être une véritable entreprise dans laquelle trois équipes d’employés se relaient pour assurer l’affouragement et la traite de milliers de vaches. Dans les régions du monde où le climat est suffisamment doux, le bétail peut séjourner dans des hangars ouverts ne comportant qu’une toiture et un nombre minimal de cloisons. Au contraire, dans d’autres régions, les étables doivent être bien fermées pour protéger contre le froid, non seulement les animaux, mais aussi le matériel d’abreuvement et de traite. Compte tenu de ces spécificités, on comprend que les risques auxquels sont confrontés les producteurs laitiers sont très différents d’une exploitation à l’autre. Pourtant, il en est un certain nombre qui restent quasiment les mêmes pour la plupart des travailleurs de cette branche d’activité.



  Les risques et les précautions


Le bruit

Le bruit est évidemment lié au degré de mécanisation. Les niveaux sonores dans l’élevage laitier sont bien souvent excessifs et peuvent atteindre 90 à 100 dBA, voire plus. Ils sont liés à l’emploi, à l’extérieur des granges, d’engins mécaniques (tracteurs et scies à chaîne, par exemple). A l’intérieur des étables, les hache-paille, les petits épandeurs à fumier et les pompes des installations de traite avec transfert sont également bruyants. Là encore, les niveaux sonores peuvent dépasser des seuils généralement considérés comme nocifs. Selon les données disponibles, bien qu’il ait été peu étudié, le déficit auditif imputable au bruit, constaté chez les producteurs laitiers, offre un tableau convaincant, surtout en ce qui concerne les fréquences élevées. Ce déficit, qui peut être important, s’observe beaucoup plus souvent chez les agriculteurs tous âges confondus que chez les sujets n’appartenant pas au monde agricole. Plusieurs études font état d’une perte d’audition plus marquée de l’oreille gauche, peut-être parce que les agriculteurs passent une bonne partie de leur temps l’oreille gauche tournée vers le moteur et son échappement lorsqu’ils tractent un outil avec leur tracteur. Pour prévenir ce risque, on peut s’efforcer d’atténuer ou d’assourdir le bruit et de mettre en place un programme de conservation de l’audition. Le port de protecteurs d’oreilles (casque ou bouchons d’oreilles) peut réduire sensiblement le risque de déficit auditif auquel sera exposée la prochaine génération.


Les produits chimiques

Le producteur laitier travaille au contact de produits chimiques, communs à tous les types d’agriculture, ainsi qu’avec d’autres substances propres à l’industrie laitière, telles que celles utilisées pour le nettoyage du lactoduc à alimentation par dépression. Pour des raisons d’hygiène, ce système doit être nettoyé très soigneusement avant et après chaque emploi. Pour cela, on se sert le plus souvent d’une solution savonneuse alcaline très concentrée (hydroxyde de sodium à 35%), puis d’une solution acide (acide phosphorique à 22,5%, par exemple). Ces produits chimiques sont à l’origine d’accidents et de brûlures de la peau assez graves en cas de renversement accidentel. Les éclaboussures peuvent endommager la cornée ou la conjonctive en l’absence de protection oculaire. Le risque d’ingestion accidentelle n’est pas exclu — surtout chez les jeunes enfants — lorsqu’on laisse, même très peu de temps, ces substances sans surveillance dans un récipient après les avoir pompées. Pour prévenir ces accidents toujours tragiques, on peut utiliser un système de chasse automatique, entièrement fermé; à défaut, il convient d’interdire aux personnes non autorisées de s’en approcher. Les récipients destinés au dosage devraient être clairement étiquetés, réservés à ce seul usage, soigneusement rincés après chaque utilisation et, en aucun cas, laissés sans surveillance.

Comme dans les autres secteurs de l’élevage, le personnel des exploitations laitières peut être exposé à divers produits pharmaceutiques: antibiotiques, progestatifs, inhibiteurs de la prostaglandine et hormones. Les engrais, herbicides et insecticides sont aussi utilisés dans l’industrie laitière de certains pays à des degrés divers. Même si les quantités employées sont en principe moins importantes que dans les autres secteurs de l’agriculture, il y a lieu de s’entourer des mêmes précautions lors des opérations de dosage, d’application et de stockage. Le strict respect des techniques d’application, ainsi que le port de vêtements de protection, revêtent la même importance pour le producteur laitier que pour toute autre personne appelée à manipuler ces composés.


Les risques ergonomiques

En dépit du caractère incomplet des données disponibles sur la prévalence des troubles musculo-squelettiques déclarés, il va de soi que le producteur laitier est plus sujet que d’autres à l’arthrite de la hanche et du genou et, probablement, aux dorsalgies. Il ne fait par ailleurs aucun doute que les problèmes liés à l’ergonomie sont nombreux dans cette activité. L’agriculteur est couramment amené à soulever des poids de plus de 40 kg, venant s’ajouter à un poids corporel personnel parfois important. La conduite des tracteurs expose à une contrainte vibratoire constante. Parmi toutes les activités, la traite des vaches semble poser un problème ergonomique particulier. L’agriculteur doit parfois se baisser et s’accroupir quatre à six fois de suite pour traire une seule vache et doit répéter ces mêmes mouvements deux fois par jour pour chaque vache, et cela pendant des décennies. Le transport du matériel de traite d’une stalle à l’autre impose une charge ergonomique supplémentaire aux extrémités supérieures. Dans les pays où la traite est moins mécanisée, la charge ergonomique, bien que différente, n’en exige pas moins des efforts répétés considérables. L’installation d’une salle de traite spécialement conçue, comme on le fait déjà dans certains pays, permet de remédier à cette situation. Dans la fosse centrale de la salle de traite, l’agriculteur peut en effet rester debout, en contrebas, pour traire plusieurs vaches simultanément. Il n’a plus à s’accroupir et à se pencher, ni à transporter son matériel de stalle en stalle. Pour régler ce dernier problème, certains pays scandinaves ont mis au point des systèmes de glissière en position haute. Ces dispositifs présentent l’avantage de supporter le poids du matériel de traite lors des déplacements d’une stalle à l’autre, mais aussi d’offrir au trayeur un siège relativement confortable. En dépit de ces aménagements possibles, les problèmes ergonomiques spécifiques à la production laitière restent mal connus et sont loin d’être résolus.


Les poussières

Un problème étroitement lié aux précédents est celui des poussières d’origine organique. De composition complexe, souvent allergéniques et omniprésentes dans les exploitations, les poussières renferment souvent de fortes concentrations d’endotoxines ainsi que des bêta-glucanes, de l’histamine et d’autres substances biologiquement actives (Olenchock et coll., 1990). Lors de certains travaux, on relève des niveaux de poussières dépassant 50 mg/m3 pour les poussières totales et 5 mg/m3 pour les poussières respirables. C’est le cas, par exemple, lors du déchargement de fourrages ou de litières contaminés par des microbes dans un espace fermé (grange, grenier à foin, silo ou conteneur de céréales). L’exposition à de tels niveaux de poussières peut entraîner des affections aiguës comme le syndrome toxique dû aux poussières organiques ou la pneumopathie par hypersensibilité (maladie du poumon de fermier). L’exposition chronique peut également jouer un rôle dans l’asthme, la maladie du poumon de fermier et la bronchite chronique qui semblent deux fois plus fréquents que dans les catégories de population n’appartenant pas au monde agricole (Rylander et Jacobs, 1994). Les taux de prévalence de certaines de ces affections sont plus élevés lorsque les aliments pour animaux ont une forte teneur en humidité, ainsi que dans les régions où la rigueur du climat oblige à tenir les granges plus hermétiquement fermées. Divers travaux agricoles tels que le séchage du foin et l’affouragement des animaux à la main, sans compter la nature des litières, peuvent être d’importants déterminants des niveaux de poussières et des facteurs étiologiques non négligeables des maladies associées. Les agriculteurs disposent souvent d’un certain nombre de techniques pour réduire le plus possible et la prolifération et l’aérosoli-sation des populations microbiennes. Ils peuvent utiliser de la sciure, des journaux et d’autres matériaux de substitution pour les litières, au lieu de paille en bottes. S’ils optent pour la paille, ils doivent ajouter de l’eau à la surface de coupe de la balle pour réduire la quantité de poussières dégagées par le hache-paille. Les silos verticaux peuvent être recouverts de feuilles de plastique ou de bâches au-dessus de la dernière couche d’aliments de façon que la quantité de poussières dégagées soit réduite au minimum chaque fois que la bâche est retirée. On peut aussi arroser ou aérer modérément les lieux qui s’empoussièrent régulièrement. Enfin, les agriculteurs devraient anticiper les risques d’exposition aux poussières et se protéger en conséquence.


Les allergènes

Les allergènes peuvent constituer un problème de santé des plus préoccupants pour certains producteurs laitiers. Les principaux sont ceux que l’on trouve dans les granges et, notamment, les squames d’animaux et les acariens qui vivent dans les aliments stockés dans les granges. Une étude consacrée au problème des acariens en dehors des étables et des granges a aussi mis en évidence la présence de populations relativement nombreuses de ce type dans les habitations des éleveurs (van Hage-Hamsten et coll., 1985). L’allergie aux acariens et, souvent, à diverses espèces d’acariens, a été confirmée dans plusieurs régions du monde. La réactivité aux acariens, aux squames des bovins et à d’autres allergènes de moindre importance se traduit par diverses manifestations allergiques (Marx et coll., 1993). Parmi ces manifestations, on peut citer une irritation nasale et oculaire d’installation immédiate, la dermite allergique de contact et, beaucoup plus grave, l’asthme professionnel d’origine allergique de survenue instantanée ou différée (jusqu’à douze heures) et qui peut toucher des individus sans antécédents asthmatiques connus. Il s’agit là d’un sujet de préoccupation grave, car le producteur laitier est amené à fournir un travail intense et quotidien, sa vie durant, dans les granges et les étables. Ces contacts constamment renouvelés avec l’allergène risquent d’aggraver progressivement cette forme d’asthme dont souffrent certains agriculteurs. La prévention consiste avant tout à éviter la poussière; chez le producteur laitier comme dans la plupart des cas, c’est malheureusement une chose bien difficile. Les traitements appliqués (injections, stéroïdes ou autres anti-inflammatoires, soulagement symptomatique par broncho-dilatateurs) ont donné des résultats mitigés.





 

 

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