
LES PROBLÈMES DE SANTÉ ET LES TYPES DE MALADIES
Menés isolément les uns des autres dans plusieurs régions de l’ancien et du nouveau monde, les premiers efforts de domestication des animaux remontent à plus de 10 000 ans. La chasse et la cueillette avaient jusque-là constitué les principaux moyens de subsistance des populations humaines. En se rendant maître des processus de production et de reproduction des animaux et des végétaux, l’être humain a bouleversé la structure des sociétés humaines et leurs relations avec le milieu naturel. Le passage à l’agriculture s’est accompagné d’une forte augmentation du travail et d’un allongement du temps consacré à l’acquisition de la nourriture. Les petites familles nucléaires, adaptées au nomadisme de la chasse et aux groupes de cueillette, se sont transformées en grandes unités sociales élargies, pouvant assumer les lourdes charges de travail d’une production alimentaire sédentarisée.
En domestiquant les animaux, l’être humain s’est davantage exposé aux risques d’accidents et de maladies d’origine animale. L’installation de populations humaines nombreuses et sédentarisées à proximité des animaux ne pouvait manquer de faciliter la transmission des maladies entre l’animal et l’humain et la formation de grands troupeaux exigeant de multiples soins. Un peu partout dans le monde, l’élevage s’accompagne de risques variables d’accidents et de maladies. C’est ainsi que les 50 millions d’habitants qui pratiquent l’agriculture sur brûlis dans les zones équatoriales s’exposent à des problèmes différents de ceux des 35 millions de pasteurs qui nomadisent à travers la Scandinavie et l’Asie centrale, ou les 48 millions de producteurs pratiquant une agriculture plus industrialisée.
Dans cet article sont examinés les types de lésions, de maladies infectieuses, de maladies respiratoires et de maladies de la peau liés aux activités d’élevage. Les différentes zones géographiques et les diverses localisations des affections n’ont pas pu être traitées avec la même abondance d’informations étant donné que la recherche s’est surtout concentrée sur les pays industriels dans lesquels prédomine l’élevage intensif.
Aperçu
Les problèmes de santé humaine et les types de maladies liés à la production animale peuvent être classés selon la nature du contact entre les animaux et les humains (voir tableau 70.4). Il peut s’agir d’un contact physique direct, ou d’un contact par l’intermédiaire d’un agent organique ou inorganique. Les problèmes de santé qui en résultent peuvent tous être reliés à l’un ou l’autre des divers aspects de la production animale.
Tableau 70.4 Types de problèmes de santé humaine liés à la production animale
| Problèmes de santé occasionnés par un contact physique direct | ||
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Dermite de contact allergique Rhinite allergique Morsures, coups de pied, écrasements Envenimation et risque d’hypersensibilité Asthme Ecorchures Blessures traumatiques |
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| Problèmes de santé occasionnés par des agents organiques | ||
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Intoxication par des produits agrochimiques
Antibiorésistance Bronchite chronique Dermite de contact Allergies par exposition à des aliments contenant des résidus de médicaments Maladies transmises par les aliments Maladie du poumon de fermier Pneumopathie par hypersensibilité Irritation des muqueuses Asthme professionnel Syndrome toxique dû aux poussières organiques Allergies par exposition à des produits pharmaceutiques Zoonoses |
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| Problèmes de santé occasionnés par des agents physiques | ||
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Déficit auditif
Accidents dus aux machines Dégagement de méthane et effet de serre Troubles musculo-squelettiques Stress |
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Le contact humain direct avec les animaux d’élevage va du heurt brutal avec de grands animaux tels que le buffle de Chine au contact cutané, ignoré de la victime, avec les poils microscopiques d’une espèce japonaise de lymantridés. Les problèmes de santé correspondants vont donc de l’irritation passagère aux coups violents et invalidants. Parmi les problèmes qui peuvent se poser, on doit citer les traumatismes infligés par les grands animaux, l’hypersensibilité au venin ou les toxicoses par morsures et piqûres d’arthropodes venimeux, ainsi que les dermites de contact ou les dermites allergiques de contact.
Un certain nombre d’agents organiques empruntent différentes voies de transmission pour passer des animaux d’élevage aux humains, occasionnant ainsi toute une série de problèmes de santé. Les plus importants d’entre eux, à l’échelle mondiale, sont les zoonoses. On en a répertorié plus de 150 dans le monde, dont 40 environ qui peuvent avoir des conséquences préoccupantes pour la santé humaine (Donham, 1985). L’importance des zoonoses dépend de facteurs régionaux tels que les pratiques agricoles, l’environnement et la situation sociale et économique de la région. Les conséquences sanitaires des zoonoses vont des symptômes pseudo-grippaux relativement bénins accompagnant la brucellose aux ravages de la tuberculose, en passant par les maladies potentiellement mortelles dues aux souches d’Escherichia coli ou encore à la rage.
D’autres agents organiques sont responsables de maladies respiratoires. Les systèmes d’élevage intensif en stabulation permanente (élevage en batterie) créent des environnements confinés où les poussières, y compris des microbes et leurs sous-produits, se concentrent et s’aérosolisent avec les gaz respirés par les agriculteurs. Aux Etats-Unis, environ 33% des travailleurs dans les élevages porcins industriels sont atteints du syndrome toxique dû aux poussières d’origine organique (Thorne et coll., 1996). Des problèmes analogues se posent dans les étables où des poussières contenant des endotoxines ou d’autres agents biologiquement actifs de l’environnement entraînent des cas de bronchite, d’asthme professionnel et d’inflammation des muqueuses. Si ces problèmes se posent surtout dans les pays développés où prédomine l’agriculture industrialisée, l’exportation de plus en plus importante des technologies d’élevage en stabulation permanente dans des régions en développement telles que l’Asie du Sud-Est et l’Amérique centrale accroît les risques encourus par les agriculteurs de ces régions.
A l’origine des problèmes de santé imputables à des agents physiques figurent en tête l’outillage et les machines agricoles directement ou indirectement utilisés dans les exploitations pour la production animale. Dans les pays développés, les tracteurs sont la première cause d’accidents dans les exploitations agricoles. Il faut y ajouter des taux élevés de perte d’audition imputable au machinisme agricole et au bruit lié à la production animale en stabulation permanente, ainsi que des troubles musculo-squelettiques dus à des mouvements répétés. L’importance croissante des agents physiques comme facteurs de risque pour la santé humaine dans les activités d’élevage s’explique par l’industrialisation de l’agriculture qui se caractérise par l’utilisation de technologies à forte intensité de capital assurant l’interface entre l’humain et son milieu pour produire des aliments.
Les accidents
Les contacts directs avec les animaux d’élevage sont une des premières causes d’accidents dans de nombreux pays industriels. Aux Etats-Unis, selon le réseau national de surveillance des accidents traumatiques chez les agriculteurs (National Traumatic Injury Surveillance of Farmers) (Myers, 1993), les animaux d’élevage sont la principale source d’accidents, les bovins, les porcins et les ovins étant à l’origine de 18% de la totalité de ceux qui surviennent dans les exploitations agricoles et occasionnant le taux le plus élevé de journées de travail perdues. Ces chiffres confirment ceux d’une enquête menée en 1980-81 par le Conseil national de la sécurité (National Safety Council (NSC), 1982).
Toutes les études régionales conduites aux Etats-Unis concordent pour désigner les animaux d’élevage comme première cause d’accidents dans le secteur du travail agricole. Des rapports plus anciens faisant état d’examens médicaux pratiqués sur des agriculteurs dans les hôpitaux de New York entre 1929 et 1948 montrent que les animaux d’élevage sont incriminés dans 17% des cas d’accidents, immédiatement après les machines agricoles (Calandruccio et Powers, 1949). La tendance ne s’inverse pas, une étude signalant qu’au moins un tiers des accidents dont sont victimes les éleveurs de vaches laitières dans le Vermont (Waller, 1992) sont imputables aux animaux d’élevage, lesquels sont aussi responsables de 19% des accidents recensés sur un échantillon aléatoire d’agriculteurs dans l’Alabama (Zhou et Roseman, 1995) et de 24% chez ceux de l’Iowa (Iowa Department of Public Health, 1995). L’une des rares études consacrées aux facteurs de risque d’accidents spécifiques dus à des animaux d’élevage permet de constater que ces accidents pourraient être liés à l’organisation de la production et à certaines caractéristiques propres au milieu de l’élevage (Layde et coll., 1996).
Les indications fournies par d’autres secteurs de l’agriculture industrialisée font apparaître des schémas similaires. Des recherches australiennes ont établi que les éleveurs venaient au second rang dans le pays pour les accidents professionnels mortels (Erlich et coll., 1993). Une étude des comptes rendus d’accidents et des admissions aux urgences concernant les agriculteurs britanniques de l’ouest du pays de Galles (Cameron et Bishop, 1992) a révélé que les animaux d’élevage constituaient la première cause d’accidents, soit 35% de ceux qui surviennent dans les exploitations. Au Danemark, une étude portant sur 257 accidents constatés chez des agriculteurs hospitalisés a montré que les animaux d’élevage venaient au second rang des causes d’hospitalisation et que 36% des accidents traités leur étaient imputables (Carstensen, Lauritsen et Rasmussen, 1995). Des recherches doivent être effectuées dans le contexte des activités de surveillance sanitaire pour remédier à l’absence de données systématiques sur les accidents causés par les animaux d’élevage dans les pays en développement.
La prévention des accidents imputables aux animaux d’élevage passe par la compréhension du comportement animal et le développement de bons réflexes pour prévenir ces dangers. Pour se prémunir contre les accidents, il est en particulier indispensable de comprendre les facteurs qui se répercutent sur le comportement des animaux: alimentation, variations du milieu, relations sociales (dans le cas, par exemple, d’animaux isolés du troupeau), instincts nourriciers et protecteurs des femelles, changement d’habitudes territoriales et modifications du régime alimentaire. La prévention des accidents passe aussi par l’installation et l’entretien de dispositifs pour assurer la captivité des animaux, tels que barrières, enclos, stalles ou cages. Les enfants étant particulièrement exposés, il faut veiller à leur attribuer des espaces de jeux surveillés, à l’écart des secteurs où sont gardés les animaux.
Les maladies infectieuses
Les zoonoses peuvent être classées selon leur mode de transmission, lequel est à son tour lié au type d’agriculture, d’organisation sociale et d’écosystème. Il existe quatre grandes voies de transmission:
1. un hôte vertébré unique direct; 2. un hôte vertébré multiple cyclique; 3. une combinaison hôte-vertébré et invertébré; 4. un hôte intermédiaire inanimé.
De façon générale, les zoonoses se caractérisent comme suit: elles ne sont pas mortelles, ne sont que rarement diagnostiquées et présentent un caractère sporadique plutôt qu’épidémique; elles «miment» les autres maladies et l’être humain en est l’hôte final. Les zoonoses primitives sont ventilées par région au tableau 70.5.
Tableau 70.5 Zoonoses primitives par régions du monde
| Nom commun | Source principale | Région | ||
| Brucellose | Caprins, ovins, bovins, porcs | Etats-Unis, Europe, région méditerranéenne | ||
| Charbon | Mammifères | Amérique latine, Asie occidentale et Asie du Sud-Est, Méditerranée orientale | ||
| Encéphalite transmise par les arthropodes | Oiseaux, ovins, rongeurs | Afrique, Amérique latine, Australie, Etats-Unis, Europe centrale, Extrême-Orient, Russie | ||
| Fièvre Q | Bovins, caprins, ovins | Monde entier | ||
| Hydatidose | Chiens, ruminants, porcs, carnivores sauvages | Afrique australe et orientale, Méditerranée orientale, Nouvelle-Zélande, régions australes de l’Amérique du Sud, Sibérie, sud de l’Australie | ||
| Leptospirose | Rongeurs, bovins, porcs, carnivores sauvages, chevaux | Monde entier et, plus particulièrement, Caraïbes | ||
| Rage | Chiens, chats, carnivores sauvages, chauves-souris | Monde entier | ||
| Salmonellose | Oiseaux, mammifères | Monde entier, particulièrement prévalente dans les régions où l’agriculture est mécanisée et où l’on utilise beaucoup les antibiotiques | ||
| Trichinose | Porcs, carnivores sauvages, animaux arctiques | Amérique du Nord, Argentine, Brésil, Europe centrale, Chili, Espagne | ||
| Tuberculose | Bovins, chiens, caprins | Monde entier et, plus particulièrement, pays en développement | ||
Faute de données épidémiologiques et compte tenu des erreurs de diagnostic, on ne connaît guère la prévalence des zoonoses dans les populations humaines. Même dans des pays industriels comme les Etats-Unis, il arrive que certaines, telles que la leptospirose, soient confondues avec la grippe. De nombreuses zoonoses présentent des symptômes non spécifiques qui rendent leur diagnostic difficile.
La prévention des zoonoses combine un ensemble de mesures: éradication de la maladie, vaccination des humains et des animaux, assainissement du milieu de travail, désinfection et protection des plaies ouvertes, techniques appropriées de manutention et de préparation des aliments (pasteurisation du lait, cuisson suffisante de la viande, etc.), port d’équipements de protection individuelle (par exemple, de bottes dans les rizières) et recours prudent aux antibiotiques pour maîtriser la croissance des souches résistantes. Les techniques de lutte et les comportements préventifs devraient viser les modes de transmission, les pathogènes et leurs hôtes et cibler spécifiquement les quatre voies de transmission.
Les maladies respiratoires
Compte tenu de la diversité et de l’importance de l’exposition aux animaux d’élevage, les maladies respiratoires pourraient bien constituer un problème de santé majeur du secteur de la production animale. Les études conduites dans les régions développées montrent que 25% des éleveurs souffrent d’une forme ou d’une autre de maladie respiratoire (Thorne et coll., 1996). Les activités agricoles les plus fréquemment associées aux problèmes de ce type sont la production et la manutention de céréales, le travail dans les bâtiments de stabulation et l’élevage laitier.
Les maladies respiratoires des agriculteurs peuvent résulter d’expositions diverses: poussières, gaz, produits chimiques utilisés en agriculture et agents infectieux. S’agissant des poussières, on établit une distinction selon qu’elles sont composées essentiellement de matières organiques ou de minéraux. La poussière des champs est la première source de poussières d’origine minérale. Les travail-leurs agricoles sont principalement exposés à des poussières d’origine organique et les maladies respiratoires dont ils souffrent résultent surtout d’épisodes d’exposition brefs et répétés à des poussières contenant de nombreux microbes.
Le syndrome toxique dû aux poussières d’origine organique est la maladie aiguë de type pseudo-grippal que l’on observe à la suite de courtes périodes d’exposition répétée à de fortes concentrations de poussières (Donham, 1986). Ce syndrome s’apparente beaucoup à la forme aiguë de la maladie du poumon de fermier, mais ne s’accompagne pas du risque d’affection pulmonaire associé à cette dernière. La bronchite dont peuvent être atteints les agriculteurs se présente sous deux formes: chronique et aiguë (Rylander, 1994). L’asthme, défini comme l’obstruction réversible des voies respiratoires accompagnée d’inflammation de ces mêmes voies, peut avoir aussi pour origine l’exposition à des poussières en milieu agricole. Dans la plupart des cas, ce type d’asthme est lié à l’inflammation chronique des voies respiratoires plutôt qu’à une allergie spécifique.
Un second type d’exposition, très commun, est l’exposition quotidienne à un niveau moindre de poussières d’origine organique. Dans les cas ordinaires, le volume total de poussières est compris entre 2 et 9 mg/m3, les numérations microbiennes entre 103 et 105 organismes/m3 et la concentration d’endotoxines entre 50 et 900 EU/m3 (Endoxin Unit). Les travailleurs les plus exposés sont ceux des porcheries industrielles, des étables à vaches laitières ou des bâtiments d’élevage de poulets, les symptômes les plus fréquemment observés étant les deux formes de bronchite (aiguë et chronique), un syndrome rappelant l’asthme et l’irritation des muqueuses.
Les gaz jouent un rôle important dans le déclenchement des troubles pulmonaires en milieu rural. Ainsi, l’ammoniac est souvent à l’origine de problèmes respiratoires chez les travailleurs des porcheries industrielles et chez ceux des élevages de poulets. L’exposition à l’ammoniac anhydre, employé comme engrais, a des effets à la fois aigus et chroniques sur l’appareil respiratoire. Dans les fermes de production laitière et les porcheries industrielles, les fosses à lisier peuvent dégager du sulfure d’hydrogène pouvant causer des intoxications aiguës souvent mortelles. Le risque est le même en cas d’inhalation d’insecticides pulvérisés.
On peut prévenir les maladies respiratoires en captant les poussières et autres agents pathogènes à la source. Dans les bâtiments de stabulation, un système de ventilation bien conçu et de fréquents nettoyages évitent l’accumulation de poussières. Ces précautions ne suffisent parfois pas et il faut alors les compléter par le port d’un masque antipoussières, bien choisi et correctement utilisé. On peut aussi envisager des solutions de rechange à la claustration et recourir, par exemple, à des modes d’exploitation qui privilégient le pâturage et la semi-liberté, solutions qui peuvent être tout aussi profitables que la stabulation, surtout si l’on prend en compte les dépenses de santé liées au travail.
Les troubles cutanés
Les principaux troubles cutanés peuvent être des dermites de contact, d’origine infectieuse, provoquées par le soleil ou consécutives à des piqûres d’insectes. D’après les estimations, les travail-leurs de l’agriculture sont les plus exposés à certaines dermatoses d’origine professionnelle (Mathias, 1989). On manque certes de données sur les taux de prévalence, surtout dans les pays en développement, mais des études ont montré qu’aux Etats-Unis ce type de pathologie représente, dans certaines régions, jusqu’à 70% de l’ensemble des maladies professionnelles touchant les travailleurs de l’agriculture (Hogan et Lane, 1986).
Il existe trois types de dermites de contact: la dermite de contact par irritation, la dermite de contact allergique et la dermite de photocontact. La première est la plus fréquente, la deuxième est moins répandue et la troisième reste rare (Zuehlke, Mutel et Donham, 1980). Les engrais, végétaux et pesticides constituent les sources de dermite de contact les plus fréquemment observées dans les exploitations. On notera en particulier la dermite de contact provoquée par les aliments pour animaux, ces aliments contenant des additifs (des antibiotiques, par exemple) qui peuvent causer en outre des dermites de contact allergique.
Dans les pays en développement, les agriculteurs au teint clair sont particulièrement sujets à des affections cutanées chroniques dues au soleil, notamment les rides, les kératoses actiniques (lésions squameuses non cancéreuses) et le cancer de la peau. Les deux formes de cancer cutané les plus fréquentes sont le carcinome basosquameux et le carcinome basocellulaire. Des travaux épidémiologiques conduits au Canada ont montré que les agriculteurs sont davantage exposés au carcinome basosquameux que le reste de la population (Hogan et Lane, 1986). Les carcinomes basosquameux se produisent souvent par dégénérescence des kératoses actiniques. Environ deux carcinomes basosquameux sur cent donnent des métastases; ils affectent surtout les lèvres. Les carcinomes basocellulaires sont plus fréquents et concernent la face et les oreilles. Bien que localement destructifs, les carcinomes basocellulaires ne métastasent que rarement.
Parmi les dermatoses d’origine infectieuse les plus fréquentes chez les éleveurs, on trouve les dermatomycoses (notamment, la teigne des bovins), la dermite pustuleuse contagieuse (Ecthyma contagiosum) et la pseudovaccine (nodule des trayeurs). Les dermatomycoses sont des infections superficielles de la peau qui se présentent comme des lésions squameuses rouges, consécutives à des contacts avec des bovins infectés, notamment les vaches laitières. Une étude entreprise en Inde, où les bovins errent librement, a montré que 5% des ruraux souffrent de dermatophytoses (Chatterjee et coll., 1980). L’Ecthyma contagiosum , par contre, est due à un poxvirus généralement transmis par les ovins ou les caprins infectés. Des lésions caractéristiques se forment sur le dos de la main ou sur les doigts et disparaissent généralement au bout de six semaines en laissant quelques cicatrices. Les nodules des trayeurs résultent d’une infection due au poxvirus de la variole bovine, par contact avec les pis ou les trayons infectés des vaches laitières. Présentant un aspect similaire à celui de l’Ecthyma contagiosum , ces lésions s’en distinguent parce qu’elles sont généralement plus nombreuses.
Les dermatoses provoquées par les insectes sont avant tout le résultat de morsures et de piqûres. Les éleveurs contractent fréquemment des infections dues aux acariens qui parasitent le bétail ou contaminent les céréales. Parmi ces réactions cutanées figurent la gale et les irritations qui résultent de piqûres d’aoûtats; elles se traduisent par des irritations et des rougeurs qui disparaissent généralement spontanément. Plus graves sont les morsures et les piqûres d’insectes tels que les abeilles, les guêpes, les frelons ou les fourmis qui peuvent donner des réactions anaphylactiques. Le choc anaphylactique est une réaction d’hypersensibilité rare qui se produit lorsqu’une surproduction de substances chimiques émises par les leucocytes déclenche une contraction des voies respiratoires pouvant conduire à l’arrêt cardiaque.
Il existe de nombreux moyens de se prémunir contre ces différentes affections ou réactions cutanées. La dermite de contact peut être évitée en limitant l’exposition au milieu hostile par le port de vêtements protecteurs et de gants et par une hygiène individuelle rigoureuse. A noter qu’on attire moins les insectes en portant des vêtements de couleur claire (on s’abstiendra de porter des imprimés à fleurs) et en évitant de se parfumer et on réduit considérablement le risque de cancer de la peau si on s’astreint à porter des vêtements couvrant bien, notamment, un chapeau à large bord. L’emploi de crèmes solaires n’est pas inutile, mais n’est pas un gage de protection absolue.
Conclusion
L’accroissement du cheptel mondial a suivi la courbe de la démographie. On compte environ 4 milliards de bovins, de porcs, d’ovins, de caprins, de chevaux, de buffles et de chameaux dans le monde (Durning et Brough, 1992). En revanche, on connaît mal les problèmes de santé humaine liés à l’élevage dans des régions en développement telles que l’Inde et la Chine où le cheptel déjà important est appelé à connaître un développement considérable. Cependant, il est inévitable que bon nombre des problèmes de santé observés dans les élevages d’Amérique du Nord et d’Europe accompagnent l’industrialisation de l’élevage dans les autres parties du monde. On peut s’attendre également à ce que les services de santé de ces pays ne puissent faire face aux conséquences de cette industrialisation sur la sécurité et la santé.
L’émergence d’un élevage industrialisé à l’échelle mondiale, avec son cortège de répercussions sur la santé humaine, ira de pair avec des transformations radicales d’ordre social, économique et politique, comparables à celles qui avaient suivi la domestication des animaux il y a plus de 10 000 ans. La prévention des problèmes de santé humaine passera par une bonne compréhension et un traitement approprié de ces nouvelles formes d’adaptation de l’être humain à son milieu dans le contexte d’une plus juste perception de la place de la production animale.
La santé au travail: risques liés aux arthropodes
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