X

Elevage

 

Références     Web Site    

 

 

LES PROBLÈMES DE SANTÉ ET LES TYPES DE MALADIES


Menés isolément les uns des autres dans plusieurs régions de l’ancien et du nouveau monde, les premiers efforts de domestication des animaux remontent à plus de 10 000 ans. La chasse et la cueillette avaient jusque-là constitué les principaux moyens de subsistance des populations humaines. En se rendant maître des processus de production et de reproduction des animaux et des végétaux, l’être humain a bouleversé la structure des sociétés humaines et leurs relations avec le milieu naturel. Le passage à l’agriculture s’est accompagné d’une forte augmentation du travail et d’un allongement du temps consacré à l’acquisition de la nourriture. Les petites familles nucléaires, adaptées au nomadisme de la chasse et aux groupes de cueillette, se sont transformées en grandes unités sociales élargies, pouvant assumer les lourdes charges de travail d’une production alimentaire sédentarisée.

En domestiquant les animaux, l’être humain s’est davantage exposé aux risques d’accidents et de maladies d’origine animale. L’installation de populations humaines nombreuses et sédentarisées à proximité des animaux ne pouvait manquer de faciliter la transmission des maladies entre l’animal et l’humain et la formation de grands troupeaux exigeant de multiples soins. Un peu partout dans le monde, l’élevage s’accompagne de risques variables d’accidents et de maladies. C’est ainsi que les 50 millions d’habitants qui pratiquent l’agriculture sur brûlis dans les zones équatoriales s’exposent à des problèmes différents de ceux des 35 millions de pasteurs qui nomadisent à travers la Scandinavie et l’Asie centrale, ou les 48 millions de producteurs pratiquant une agriculture plus industrialisée.

Dans cet article sont examinés les types de lésions, de maladies infectieuses, de maladies respiratoires et de maladies de la peau liés aux activités d’élevage. Les différentes zones géographiques et les diverses localisations des affections n’ont pas pu être traitées avec la même abondance d’informations étant donné que la recherche s’est surtout concentrée sur les pays industriels dans lesquels prédomine l’élevage intensif.



  Aperçu


Les problèmes de santé humaine et les types de maladies liés à la production animale peuvent être classés selon la nature du contact entre les animaux et les humains (voir tableau 70.4). Il peut s’agir d’un contact physique direct, ou d’un contact par l’intermédiaire d’un agent organique ou inorganique. Les problèmes de santé qui en résultent peuvent tous être reliés à l’un ou l’autre des divers aspects de la production animale.


Tableau 70.4 Types de problèmes de santé humaine liés à la production animale


   Problèmes de santé occasionnés par un contact physique direct  
     
  Dermite de contact allergique

Rhinite allergique

Morsures, coups de pied, écrasements

Envenimation et risque d’hypersensibilité

Asthme

Ecorchures

Blessures traumatiques

 
  Problèmes de santé occasionnés par des agents organiques  
  Intoxication par des produits agrochimiques

Antibiorésistance

Bronchite chronique

Dermite de contact

Allergies par exposition à des aliments contenant des résidus de médicaments Maladies transmises par les aliments

Maladie du poumon de fermier

Pneumopathie par hypersensibilité

Irritation des muqueuses

Asthme professionnel

Syndrome toxique dû aux poussières organiques

Allergies par exposition à des produits pharmaceutiques

Zoonoses

 
  Problèmes de santé occasionnés par des agents physiques  
  Déficit auditif

Accidents dus aux machines

Dégagement de méthane et effet de serre

Troubles musculo-squelettiques

Stress

 
     
     

Le contact humain direct avec les animaux d’élevage va du heurt brutal avec de grands animaux tels que le buffle de Chine au contact cutané, ignoré de la victime, avec les poils microscopiques d’une espèce japonaise de lymantridés. Les problèmes de santé correspondants vont donc de l’irritation passagère aux coups violents et invalidants. Parmi les problèmes qui peuvent se poser, on doit citer les traumatismes infligés par les grands animaux, l’hypersensibilité au venin ou les toxicoses par morsures et piqûres d’arthropodes venimeux, ainsi que les dermites de contact ou les dermites allergiques de contact.

Un certain nombre d’agents organiques empruntent différentes voies de transmission pour passer des animaux d’élevage aux humains, occasionnant ainsi toute une série de problèmes de santé. Les plus importants d’entre eux, à l’échelle mondiale, sont les zoonoses. On en a répertorié plus de 150 dans le monde, dont 40 environ qui peuvent avoir des conséquences préoccupantes pour la santé humaine (Donham, 1985). L’importance des zoonoses dépend de facteurs régionaux tels que les pratiques agricoles, l’environnement et la situation sociale et économique de la région. Les conséquences sanitaires des zoonoses vont des symptômes pseudo-grippaux relativement bénins accompagnant la brucellose aux ravages de la tuberculose, en passant par les maladies potentiellement mortelles dues aux souches d’Escherichia coli ou encore à la rage.

D’autres agents organiques sont responsables de maladies respiratoires. Les systèmes d’élevage intensif en stabulation permanente (élevage en batterie) créent des environnements confinés où les poussières, y compris des microbes et leurs sous-produits, se concentrent et s’aérosolisent avec les gaz respirés par les agriculteurs. Aux Etats-Unis, environ 33% des travailleurs dans les élevages porcins industriels sont atteints du syndrome toxique dû aux poussières d’origine organique (Thorne et coll., 1996). Des problèmes analogues se posent dans les étables où des poussières contenant des endotoxines ou d’autres agents biologiquement actifs de l’environnement entraînent des cas de bronchite, d’asthme professionnel et d’inflammation des muqueuses. Si ces problèmes se posent surtout dans les pays développés où prédomine l’agriculture industrialisée, l’exportation de plus en plus importante des technologies d’élevage en stabulation permanente dans des régions en développement telles que l’Asie du Sud-Est et l’Amérique centrale accroît les risques encourus par les agriculteurs de ces régions.

A l’origine des problèmes de santé imputables à des agents physiques figurent en tête l’outillage et les machines agricoles directement ou indirectement utilisés dans les exploitations pour la production animale. Dans les pays développés, les tracteurs sont la première cause d’accidents dans les exploitations agricoles. Il faut y ajouter des taux élevés de perte d’audition imputable au machinisme agricole et au bruit lié à la production animale en stabulation permanente, ainsi que des troubles musculo-squelettiques dus à des mouvements répétés. L’importance croissante des agents physiques comme facteurs de risque pour la santé humaine dans les activités d’élevage s’explique par l’industrialisation de l’agriculture qui se caractérise par l’utilisation de technologies à forte intensité de capital assurant l’interface entre l’humain et son milieu pour produire des aliments.



  Les accidents


Les contacts directs avec les animaux d’élevage sont une des premières causes d’accidents dans de nombreux pays industriels. Aux Etats-Unis, selon le réseau national de surveillance des accidents traumatiques chez les agriculteurs (National Traumatic Injury Surveillance of Farmers) (Myers, 1993), les animaux d’élevage sont la principale source d’accidents, les bovins, les porcins et les ovins étant à l’origine de 18% de la totalité de ceux qui surviennent dans les exploitations agricoles et occasionnant le taux le plus élevé de journées de travail perdues. Ces chiffres confirment ceux d’une enquête menée en 1980-81 par le Conseil national de la sécurité (National Safety Council (NSC), 1982).

Toutes les études régionales conduites aux Etats-Unis concordent pour désigner les animaux d’élevage comme première cause d’accidents dans le secteur du travail agricole. Des rapports plus anciens faisant état d’examens médicaux pratiqués sur des agriculteurs dans les hôpitaux de New York entre 1929 et 1948 montrent que les animaux d’élevage sont incriminés dans 17% des cas d’accidents, immédiatement après les machines agricoles (Calandruccio et Powers, 1949). La tendance ne s’inverse pas, une étude signalant qu’au moins un tiers des accidents dont sont victimes les éleveurs de vaches laitières dans le Vermont (Waller, 1992) sont imputables aux animaux d’élevage, lesquels sont aussi responsables de 19% des accidents recensés sur un échantillon aléatoire d’agriculteurs dans l’Alabama (Zhou et Roseman, 1995) et de 24% chez ceux de l’Iowa (Iowa Department of Public Health, 1995). L’une des rares études consacrées aux facteurs de risque d’accidents spécifiques dus à des animaux d’élevage permet de constater que ces accidents pourraient être liés à l’organisation de la production et à certaines caractéristiques propres au milieu de l’élevage (Layde et coll., 1996).

Les indications fournies par d’autres secteurs de l’agriculture industrialisée font apparaître des schémas similaires. Des recherches australiennes ont établi que les éleveurs venaient au second rang dans le pays pour les accidents professionnels mortels (Erlich et coll., 1993). Une étude des comptes rendus d’accidents et des admissions aux urgences concernant les agriculteurs britanniques de l’ouest du pays de Galles (Cameron et Bishop, 1992) a révélé que les animaux d’élevage constituaient la première cause d’accidents, soit 35% de ceux qui surviennent dans les exploitations. Au Danemark, une étude portant sur 257 accidents constatés chez des agriculteurs hospitalisés a montré que les animaux d’élevage venaient au second rang des causes d’hospitalisation et que 36% des accidents traités leur étaient imputables (Carstensen, Lauritsen et Rasmussen, 1995). Des recherches doivent être effectuées dans le contexte des activités de surveillance sanitaire pour remédier à l’absence de données systématiques sur les accidents causés par les animaux d’élevage dans les pays en développement.

La prévention des accidents imputables aux animaux d’élevage passe par la compréhension du comportement animal et le développement de bons réflexes pour prévenir ces dangers. Pour se prémunir contre les accidents, il est en particulier indispensable de comprendre les facteurs qui se répercutent sur le comportement des animaux: alimentation, variations du milieu, relations sociales (dans le cas, par exemple, d’animaux isolés du troupeau), instincts nourriciers et protecteurs des femelles, changement d’habitudes territoriales et modifications du régime alimentaire. La prévention des accidents passe aussi par l’installation et l’entretien de dispositifs pour assurer la captivité des animaux, tels que barrières, enclos, stalles ou cages. Les enfants étant particulièrement exposés, il faut veiller à leur attribuer des espaces de jeux surveillés, à l’écart des secteurs où sont gardés les animaux.



  Les maladies infectieuses


Les zoonoses peuvent être classées selon leur mode de transmission, lequel est à son tour lié au type d’agriculture, d’organisation sociale et d’écosystème. Il existe quatre grandes voies de transmission:

1. un hôte vertébré unique direct;
2. un hôte vertébré multiple cyclique;
3. une combinaison hôte-vertébré et invertébré;
4. un hôte intermédiaire inanimé.

De façon générale, les zoonoses se caractérisent comme suit: elles ne sont pas mortelles, ne sont que rarement diagnostiquées et présentent un caractère sporadique plutôt qu’épidémique; elles «miment» les autres maladies et l’être humain en est l’hôte final. Les zoonoses primitives sont ventilées par région au tableau 70.5.


Tableau 70.5 Zoonoses primitives par régions du monde

 
  Nom commun Source principale Région  
         
  Brucellose Caprins, ovins, bovins, porcs Etats-Unis, Europe, région méditerranéenne  
  Charbon Mammifères Amérique latine, Asie occidentale et Asie du Sud-Est, Méditerranée orientale  
  Encéphalite transmise par les arthropodes Oiseaux, ovins, rongeurs Afrique, Amérique latine, Australie, Etats-Unis, Europe centrale, Extrême-Orient, Russie  
  Fièvre Q Bovins, caprins, ovins Monde entier  
  Hydatidose Chiens, ruminants, porcs, carnivores sauvages Afrique australe et orientale, Méditerranée orientale, Nouvelle-Zélande, régions australes de l’Amérique du Sud, Sibérie, sud de l’Australie  
  Leptospirose Rongeurs, bovins, porcs, carnivores sauvages, chevaux Monde entier et, plus particulièrement, Caraïbes  
  Rage Chiens, chats, carnivores sauvages, chauves-souris Monde entier  
  Salmonellose Oiseaux, mammifères Monde entier, particulièrement prévalente dans les régions où l’agriculture est mécanisée et où l’on utilise beaucoup les antibiotiques  
  Trichinose Porcs, carnivores sauvages, animaux arctiques Amérique du Nord, Argentine, Brésil, Europe centrale, Chili, Espagne  
  Tuberculose Bovins, chiens, caprins Monde entier et, plus particulièrement, pays en développement  
         
         

Faute de données épidémiologiques et compte tenu des erreurs de diagnostic, on ne connaît guère la prévalence des zoonoses dans les populations humaines. Même dans des pays industriels comme les Etats-Unis, il arrive que certaines, telles que la leptospirose, soient confondues avec la grippe. De nombreuses zoonoses présentent des symptômes non spécifiques qui rendent leur diagnostic difficile.

La prévention des zoonoses combine un ensemble de mesures: éradication de la maladie, vaccination des humains et des animaux, assainissement du milieu de travail, désinfection et protection des plaies ouvertes, techniques appropriées de manutention et de préparation des aliments (pasteurisation du lait, cuisson suffisante de la viande, etc.), port d’équipements de protection individuelle (par exemple, de bottes dans les rizières) et recours prudent aux antibiotiques pour maîtriser la croissance des souches résistantes. Les techniques de lutte et les comportements préventifs devraient viser les modes de transmission, les pathogènes et leurs hôtes et cibler spécifiquement les quatre voies de transmission.



  Les maladies respiratoires


Compte tenu de la diversité et de l’importance de l’exposition aux animaux d’élevage, les maladies respiratoires pourraient bien constituer un problème de santé majeur du secteur de la production animale. Les études conduites dans les régions développées montrent que 25% des éleveurs souffrent d’une forme ou d’une autre de maladie respiratoire (Thorne et coll., 1996). Les activités agricoles les plus fréquemment associées aux problèmes de ce type sont la production et la manutention de céréales, le travail dans les bâtiments de stabulation et l’élevage laitier.

Les maladies respiratoires des agriculteurs peuvent résulter d’expositions diverses: poussières, gaz, produits chimiques utilisés en agriculture et agents infectieux. S’agissant des poussières, on établit une distinction selon qu’elles sont composées essentiellement de matières organiques ou de minéraux. La poussière des champs est la première source de poussières d’origine minérale. Les travail-leurs agricoles sont principalement exposés à des poussières d’origine organique et les maladies respiratoires dont ils souffrent résultent surtout d’épisodes d’exposition brefs et répétés à des poussières contenant de nombreux microbes.

Le syndrome toxique dû aux poussières d’origine organique est la maladie aiguë de type pseudo-grippal que l’on observe à la suite de courtes périodes d’exposition répétée à de fortes concentrations de poussières (Donham, 1986). Ce syndrome s’apparente beaucoup à la forme aiguë de la maladie du poumon de fermier, mais ne s’accompagne pas du risque d’affection pulmonaire associé à cette dernière. La bronchite dont peuvent être atteints les agriculteurs se présente sous deux formes: chronique et aiguë (Rylander, 1994). L’asthme, défini comme l’obstruction réversible des voies respiratoires accompagnée d’inflammation de ces mêmes voies, peut avoir aussi pour origine l’exposition à des poussières en milieu agricole. Dans la plupart des cas, ce type d’asthme est lié à l’inflammation chronique des voies respiratoires plutôt qu’à une allergie spécifique.

Un second type d’exposition, très commun, est l’exposition quotidienne à un niveau moindre de poussières d’origine organique. Dans les cas ordinaires, le volume total de poussières est compris entre 2 et 9 mg/m3, les numérations microbiennes entre 103 et 105 organismes/m3 et la concentration d’endotoxines entre 50 et 900 EU/m3 (Endoxin Unit). Les travailleurs les plus exposés sont ceux des porcheries industrielles, des étables à vaches laitières ou des bâtiments d’élevage de poulets, les symptômes les plus fréquemment observés étant les deux formes de bronchite (aiguë et chronique), un syndrome rappelant l’asthme et l’irritation des muqueuses.

Les gaz jouent un rôle important dans le déclenchement des troubles pulmonaires en milieu rural. Ainsi, l’ammoniac est souvent à l’origine de problèmes respiratoires chez les travailleurs des porcheries industrielles et chez ceux des élevages de poulets. L’exposition à l’ammoniac anhydre, employé comme engrais, a des effets à la fois aigus et chroniques sur l’appareil respiratoire. Dans les fermes de production laitière et les porcheries industrielles, les fosses à lisier peuvent dégager du sulfure d’hydrogène pouvant causer des intoxications aiguës souvent mortelles. Le risque est le même en cas d’inhalation d’insecticides pulvérisés.

On peut prévenir les maladies respiratoires en captant les poussières et autres agents pathogènes à la source. Dans les bâtiments de stabulation, un système de ventilation bien conçu et de fréquents nettoyages évitent l’accumulation de poussières. Ces précautions ne suffisent parfois pas et il faut alors les compléter par le port d’un masque antipoussières, bien choisi et correctement utilisé. On peut aussi envisager des solutions de rechange à la claustration et recourir, par exemple, à des modes d’exploitation qui privilégient le pâturage et la semi-liberté, solutions qui peuvent être tout aussi profitables que la stabulation, surtout si l’on prend en compte les dépenses de santé liées au travail.



  Les troubles cutanés


Les principaux troubles cutanés peuvent être des dermites de contact, d’origine infectieuse, provoquées par le soleil ou consécutives à des piqûres d’insectes. D’après les estimations, les travail-leurs de l’agriculture sont les plus exposés à certaines dermatoses d’origine professionnelle (Mathias, 1989). On manque certes de données sur les taux de prévalence, surtout dans les pays en développement, mais des études ont montré qu’aux Etats-Unis ce type de pathologie représente, dans certaines régions, jusqu’à 70% de l’ensemble des maladies professionnelles touchant les travailleurs de l’agriculture (Hogan et Lane, 1986).

Il existe trois types de dermites de contact: la dermite de contact par irritation, la dermite de contact allergique et la dermite de photocontact. La première est la plus fréquente, la deuxième est moins répandue et la troisième reste rare (Zuehlke, Mutel et Donham, 1980). Les engrais, végétaux et pesticides constituent les sources de dermite de contact les plus fréquemment observées dans les exploitations. On notera en particulier la dermite de contact provoquée par les aliments pour animaux, ces aliments contenant des additifs (des antibiotiques, par exemple) qui peuvent causer en outre des dermites de contact allergique.

Dans les pays en développement, les agriculteurs au teint clair sont particulièrement sujets à des affections cutanées chroniques dues au soleil, notamment les rides, les kératoses actiniques (lésions squameuses non cancéreuses) et le cancer de la peau. Les deux formes de cancer cutané les plus fréquentes sont le carcinome basosquameux et le carcinome basocellulaire. Des travaux épidémiologiques conduits au Canada ont montré que les agriculteurs sont davantage exposés au carcinome basosquameux que le reste de la population (Hogan et Lane, 1986). Les carcinomes basosquameux se produisent souvent par dégénérescence des kératoses actiniques. Environ deux carcinomes basosquameux sur cent donnent des métastases; ils affectent surtout les lèvres. Les carcinomes basocellulaires sont plus fréquents et concernent la face et les oreilles. Bien que localement destructifs, les carcinomes basocellulaires ne métastasent que rarement.

Parmi les dermatoses d’origine infectieuse les plus fréquentes chez les éleveurs, on trouve les dermatomycoses (notamment, la teigne des bovins), la dermite pustuleuse contagieuse (Ecthyma contagiosum) et la pseudovaccine (nodule des trayeurs). Les dermatomycoses sont des infections superficielles de la peau qui se présentent comme des lésions squameuses rouges, consécutives à des contacts avec des bovins infectés, notamment les vaches laitières. Une étude entreprise en Inde, où les bovins errent librement, a montré que 5% des ruraux souffrent de dermatophytoses (Chatterjee et coll., 1980). L’Ecthyma contagiosum , par contre, est due à un poxvirus généralement transmis par les ovins ou les caprins infectés. Des lésions caractéristiques se forment sur le dos de la main ou sur les doigts et disparaissent généralement au bout de six semaines en laissant quelques cicatrices. Les nodules des trayeurs résultent d’une infection due au poxvirus de la variole bovine, par contact avec les pis ou les trayons infectés des vaches laitières. Présentant un aspect similaire à celui de l’Ecthyma contagiosum , ces lésions s’en distinguent parce qu’elles sont généralement plus nombreuses.

Les dermatoses provoquées par les insectes sont avant tout le résultat de morsures et de piqûres. Les éleveurs contractent fréquemment des infections dues aux acariens qui parasitent le bétail ou contaminent les céréales. Parmi ces réactions cutanées figurent la gale et les irritations qui résultent de piqûres d’aoûtats; elles se traduisent par des irritations et des rougeurs qui disparaissent généralement spontanément. Plus graves sont les morsures et les piqûres d’insectes tels que les abeilles, les guêpes, les frelons ou les fourmis qui peuvent donner des réactions anaphylactiques. Le choc anaphylactique est une réaction d’hypersensibilité rare qui se produit lorsqu’une surproduction de substances chimiques émises par les leucocytes déclenche une contraction des voies respiratoires pouvant conduire à l’arrêt cardiaque.

Il existe de nombreux moyens de se prémunir contre ces différentes affections ou réactions cutanées. La dermite de contact peut être évitée en limitant l’exposition au milieu hostile par le port de vêtements protecteurs et de gants et par une hygiène individuelle rigoureuse. A noter qu’on attire moins les insectes en portant des vêtements de couleur claire (on s’abstiendra de porter des imprimés à fleurs) et en évitant de se parfumer et on réduit considérablement le risque de cancer de la peau si on s’astreint à porter des vêtements couvrant bien, notamment, un chapeau à large bord. L’emploi de crèmes solaires n’est pas inutile, mais n’est pas un gage de protection absolue.



  Conclusion


L’accroissement du cheptel mondial a suivi la courbe de la démographie. On compte environ 4 milliards de bovins, de porcs, d’ovins, de caprins, de chevaux, de buffles et de chameaux dans le monde (Durning et Brough, 1992). En revanche, on connaît mal les problèmes de santé humaine liés à l’élevage dans des régions en développement telles que l’Inde et la Chine où le cheptel déjà important est appelé à connaître un développement considérable. Cependant, il est inévitable que bon nombre des problèmes de santé observés dans les élevages d’Amérique du Nord et d’Europe accompagnent l’industrialisation de l’élevage dans les autres parties du monde. On peut s’attendre également à ce que les services de santé de ces pays ne puissent faire face aux conséquences de cette industrialisation sur la sécurité et la santé.

L’émergence d’un élevage industrialisé à l’échelle mondiale, avec son cortège de répercussions sur la santé humaine, ira de pair avec des transformations radicales d’ordre social, économique et politique, comparables à celles qui avaient suivi la domestication des animaux il y a plus de 10 000 ans. La prévention des problèmes de santé humaine passera par une bonne compréhension et un traitement approprié de ces nouvelles formes d’adaptation de l’être humain à son milieu dans le contexte d’une plus juste perception de la place de la production animale.


La santé au travail: risques liés aux arthropodes


Les arthropodes comprennent plus d’un million d’espèces d’insectes et des milliers de variétés de tiques, d’acariens, d’araignées, de scorpions et de mille-pattes. Les abeilles, les fourmis, les guêpes et les scorpions piquent et injectent du venin, les moustiques et les tiques sucent le sang et transmettent des maladies, tandis que les squamules et les poils des insectes peuvent irriter les yeux et la peau, ainsi que les muqueuses du nez, de la bouche et de l’appareil respiratoire. Dans la plupart des cas, les humains sont piqués par des abeilles sociales (bourdons, abeilles millifères). Peuvent aussi piquer les polistes, guêpes jaunes, frelons et fourmis.

Les arthropodes peuvent constituer un risque pour la santé des travailleurs (voir tableau 70.6) mais, en règle générale, ces risques potentiels ne concernent pas un métier en particulier. En fait, l’exposition professionnelle aux arthropodes dépend du lieu de travail, des conditions locales et de l’époque de l’année. Le tableau 70.7 recense certains de ces risques et les arthropodes correspondants. En présence d’arthropodes, la première des précautions consiste à éviter ou à exclure l’agent incriminé. L’immunothérapie à venin peut améliorer la tolérance d’un individu au venin des arthropodes; elle s’acquiert par un traitement au long cours en injectant progressivement des doses croissantes de venin. Elle est efficace chez 90 à 100% des individus hypersensibles au venin, mais au prix d’innombrables injections fort coûteuses. Le tableau 70.8 énumère les réactions normales et allergiques aux piqûres d’insectes.

  Source : Donald Barnard


Tableau 70.6 Risques de contact avec les arthropodes pouvant, dans différentes
professions, compromettre la sécurité et la santé


  Profession Arthropodes  
       
  Travailleurs du bâtiment et des services de l’environnement, agriculteurs, pêcheurs, bûcherons, spécialistes des poissons et de la faune sauvage, naturalistes, employés des transports, garde-forestiers et conservateurs des parcs, travailleurs des services d’utilité publique Abeilles, araignées, asticots, aoûtats, chenilles, éphémères communs, fourmis, guêpes, mille-pattes, mouches piqueuses, phryganes, scorpions, tiques  
  Fabricants de produits cosmétiques, dockers, fabricants de colorants, ouvriers d’usine, aides à domicile, travailleurs de la meunerie, de la restauration, des silos, de la transformation des denrées alimentaires Acariens, araignées, bruches du haricot et du pois, charançon, coccidés, fourmis, scarabées  
  Apiculteurs Abeilles, bourdons, fourmis, guêpes  
  Travailleurs du secteur de la production d’insectes, biologistes de laboratoire et de terrain, conservateurs de musée Plus de 500 espèces d’arthropodes sont élevées en laboratoire. Les plus importantes sont les acariens, les araignées, les fourmis, les mites, les scarabées et les tiques  
  Personnel hospitalier et autres personnels de santé, personnel administratif des écoles, enseignants Acariens, blattes, chenilles, fourmis, mouches piqueuses, scarabées  
  Sériciculteurs Vers à soie  
       
       

Tableau 70.7 Risques potentiels associés aux arthropodes en milieu de
travail et agents étiologiques


  Risque Arthropodes  
       
  Morsures, envenimation (1) Acariens, araignées, fourmis, mille-pattes, mouches piqueuses  
  Envenimation par piqûre, hypersensibilité au venin (2) Abeilles, fourmis, guêpes, scorpions  
  Toxicose/paralysie due aux tiques Tiques  
  Asthme Abeilles, acariens, acariens des céréales, acariens de poussière, asticots, blattes, charançons, chenilles, criquets, éphémères communes, mites, scarabées, trichoptères, sauterelles, vers à soie  
  Dermite de contact (3) Araignées, acariens des céréales, acariens de poussière, acariens des fruits secs, blattes, chenilles, cirons ventrus, méloés (Epicauta), mites, vers à soie  
  (1) Envenimation par le poison de glandes des pièces buccales.

(2) Envenimation par le poison de glandes non liées aux pièces buccales.

(3) Y compris la dermite irritante de contact primitive.

 
       
       

Tableau 70.8 Réactions normales et allergiques aux piqûres d’insectes


  Type de réponse Réaction  
       
  I. Réactions normales, non allergiques au moment de la piqûre Douleur, brûlure, démangeaison, rougeur au point de piqûre, zone blanche autour du point de piqûre, gonflement, douleur à la palpation  
  II. Réactions normales, non allergiques plusieurs heures ou plusieurs jours après la piqûre Démangeaison, rougeur résiduelle, petite lésion brune ou rouge au point de piqûre, gonflement au point de piqûre  
  III. Réactions locales importantes Gonflement massif autour du point de piqûre couvrant une zone de 10 cm ou plus, augmentant de taille pendant 24 à 72 heures et pouvant durer 1 semaine et plus  
  IV. Réactions allergiques cutanées Urticaire en des endroits quelconques de la peau, gonflement massif à distance du point de piqûre, démangeaison généralisée de la peau, rougeur généralisée de la peau à distance du point de piqûre  
  V. Réactions allergiques systémiques ne mettant pas la vie en danger Rhinite allergique, symptômes respiratoires mineurs, crampes abdominales  
  VI. Réactions allergiques systémiques pouvant mettre la vie en danger Choc, inconscience, hypotension ou évanouissement, difficultés respiratoires, gonflement massif de la gorge  
  Source: Schmidt, 1992  
       
       

 

 

 

|  Algérie mon beau pays   |

Top