
LES PROBLÈMES D’ENVIRONNEMENT
Les travaux forestiers influent inévitablement sur l’environnement d’une manière ou d’une autre, de façon positive ou négative. Ce sont évidemment les effets négatifs qui préoccupent à la fois les organismes de réglementation et le public.
L’environnement
Quand on parle de l’environnement, on pense souvent à ses caractéristiques physiques et biologiques: le sol, la végétation, la faune et les cours d’eau. De plus en plus, cependant, les valeurs culturelles, historiques et d’agrément liées à ces caractéristiques fondamentales sont considérées comme faisant partie intégrante de l’environnement. La prise en compte des retombées de l’exploitation et de la gestion des forêts au niveau du paysage, non seulement du point de vue physique et biologique, mais aussi du point de vue social, a favorisé l’apparition de concepts tels que la gestion des écosystèmes et l’entretien des forêts. La présente analyse des aspects environnementaux en foresterie nous amènera donc aussi à aborder certains problèmes sociaux.
Certains faits positifs
Il est compréhensible que, partout dans le monde, les organes de réglementation et les populations concentrent leur attention sur les conséquences négatives de l’exploitation forestière pour l’environnement. Pourtant, la foresterie peut avoir une action bénéfique pour l’environnement. Le tableau 68.10 énumère quelques-unes des répercussions positives que peuvent avoir aussi bien la plantation d’espèces commerciales que l’exploitation de forêts naturelles ou plantées. Ces aspects bénéfiques doivent entrer en ligne de compte dans un bilan de l’effet net de la gestion forestière sur l’environnement (somme des incidences positives et négatives). L’existence d’éventuels bénéfices, et leur ampleur sont souvent fonction des pratiques en vigueur (ainsi, la biodiversité dépend de l’assortiment des espèces, de l’étendue de la monoculture sylvicole et du traitement des restes de végétation naturelle).
Tableau 68.10 Avantages potentiels pour la qualité de l’environnement Activité forestière
| Activité forestière | Avantage potentiel | |||
| Plantation (boisement) |
Augmentation de l’absorption de
carbone (piégeage du carbone)
Stabilisation des pentes Développement des activités récréatives (forêts d’agrément) Augmentation de la biodiversité Lutte contre les inondations |
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| Coupe |
Meilleur accès du public
Diminution des risques d’incendie et de maladie Promotion du développement sélectif des forêts naturelles |
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La foresterie et les problèmes d’environnement
Bien que les ressources forestières, les réglementations et les préoccupations environnementales, ainsi que les pratiques forestières, varient considérablement dans le monde, de nombreux problèmes relatifs à la protection de l’environnement concernent toute l’industrie forestière. Nous examinerons tour à tour les suivants:
• la diminution de la qualité des sols; • l’érosion des sols; • les variations de la qualité de l’eau et de la quantité des ressources en eau (y compris la sédimentation); • les incidences sur la biodiversité; • la perception négative du public à l’égard de la foresterie; • le déversement de produits chimiques (huiles et pesticides) dans l’environnement.
Le degré de préoccupation que suscitent ces divers problèmes dans une région donnée dépend dans une large mesure de la fragilité de la forêt exploitée, de la nature des ressources hydriques et des usagers de l’eau en aval ou en dehors de la forêt.
Les activités menées dans une zone forestière peuvent avoir des répercussions sur d’autres zones: répercussions directes, comme les dégradations visuelles, ou indirectes, comme les effets d’une augmentation des sédiments en suspension sur l’aquaculture marine. C’est pourquoi il est important de bien comprendre la façon dont s’enchaînent les causes et les conséquences. Ainsi, les pratiques de débusquage influent d’abord sur la qualité du sol, puis sur celle des eaux qui coulent à proximité et, enfin, sur les activités de loisirs en aval du cours d’eau.
La diminution de la qualité des sols
L’exploitation forestière peut agir sur la qualité des sols (Powers et coll., 1990; Comité mixte FAO/CEE/OIT, 1989, 1994). Lorsqu’on plante une forêt pour réhabiliter des sols dégradés par l’érosion ou par des restes d’exploitation minière, l’impact net peut être un gain de qualité par l’amélioration de la fertilité et de la structure du sol. A l’inverse, des activités forestières menées sur un sol très riche risquent d’en réduire la qualité, surtout s’il s’agit d’activités qui provoquent un épuisement des éléments nutritifs, une perte de matières organiques et un appauvrissement structurel sous l’action du compactage.
Les végétaux puisent dans les nutriments du sol pendant leur cycle de croissance. Certains de ces nutriments sont restitués au sol sous la forme de déchets, d’organismes en décomposition ou de résidus du bois coupé. Si l’on enlève du site toute la matière végétale (exploitation par arbre entier), ces éléments nutritifs sont soustraits du cycle local. A mesure que les cycles de culture et de récolte se succèdent, la teneur du sol en nutriments peut diminuer au point qu’il devienne impossible de maintenir le rythme de croissance et l’état de nutrition des arbres.
Pour régénérer un sol ou pour préparer le terrain d’une future plantation, on pratiquait par le passé le brûlage des déchets d’exploitation, mais des recherches ont montré qu’un brûlage à haute température peut entraîner une déperdition de nutriments (carbone, azote, soufre, certains éléments phosphorés, potassium et calcium), ce qui a pour conséquence de ralentir la croissance des arbres et de modifier la composition par espèces. Le remplacement des nutriments perdus par des engrais inorganiques peut remédier en partie au problème. Toutefois, cela n’atténue pas les effets de la perte de matières organiques, qui offrent un milieu essentiel à la faune du sol.
L’emploi d’engins lourds pour la récolte et pour la préparation des plantations peut entraîner un compactage du sol, avec une diminution des mouvements de l’air et de l’eau et un durcissement de la terre qui peuvent aller jusqu’à bloquer le passage des racines. En conséquence, le tassement du sol dans une forêt peut compromettre la survie et la croissance des arbres, tout en favorisant le ruissellement des eaux de pluie et l’érosion. Il faut savoir en outre que, en l’absence de cultures, cet effet peut persister pendant vingt ou trente ans après l’abattage. Les méthodes de coupe qui limitent la superficie et le degré de compactage de manière à réduire la dégradation du sol sont aujourd’hui de plus en plus fréquentes. Elles sont prescrites dans les codes de pratiques forestières adoptés par un nombre croissant de pays et traitées plus haut dans l’article «Les règles, les lois, les réglementations et les codes régissant les pratiques forestières».
L’érosion des sols
L’érosion des sols est un problème qui préoccupe tous les utilisateurs de ceux-ci, car elle peut se solder par une perte définitive de terres productives, nuire à l’aspect visuel et à la valeur récréative d’un paysage ainsi qu’à la qualité de l’eau (Brown, 1985). Les forêts peuvent protéger les sols de l’érosion:
• en interceptant les eaux de pluie; • en régularisant le niveau des eaux souterraines; • en augmentant la stabilité des pentes grâce à la croissance racinaire; • en protégeant les sols contre les effets du vent et du gel.
En revanche, quand une forêt est mise en coupe, le sol perd une grande partie de sa protection et se trouve ainsi davantage exposé à l’érosion.
Il est généralement admis que, pendant le cycle de l’exploitation forestière, les travaux liés aux activités suivantes contribuent fortement à aggraver l’érosion des sols:
• les travaux routiers; • les travaux de terrassement; • l’abattage; • le brûlage; • la culture.
Les travaux routiers, notamment sur les fortes pentes où l’on procède par déblai-remblai, donnent naissance à de grandes étendues de terre meuble sans aucune protection contre la pluie et le ruissellement. Si le système de drainage des eaux de pluie sur les routes et les pistes n’est pas entretenu, elles peuvent canaliser les eaux de ruissellement, ce qui crée un risque accru d’érosion au bas des pentes et au bord des routes.
La coupe des arbres peut augmenter l’érosion des sols principalement de quatre façons:
• en exposant les sols aux eaux de pluie; • en réduisant la consommation des peuplements, ce qui cause une augmentation de la teneur du sol en eau et une élévation du niveau des eaux souterraines; • en réduisant peu à peu la stabilité des pentes à mesure que les racines se décomposent; • en bouleversant le sol au moment du débardage.
Le brûlage et la mise en culture sont deux techniques auxquelles on a souvent recours pour préparer la régénération ou la plantation d’une parcelle. Ces pratiques peuvent favoriser une érosion de la surface du sol en exposant cette dernière aux précipitations.
L’aggravation de l’érosion soit par érosion superficielle, soit par mouvement de la masse, dépend de nombreux facteurs dont la superficie déboisée, le degré de déclivité, la résistance des matériaux du versant et le temps écoulé depuis la coupe. Une coupe à blanc à grande échelle (c’est-à-dire l’abattage de presque tous les arbres) peut donner lieu à une grave érosion.
Le risque d’érosion peut être extrêmement élevé pendant la première année qui suit la coupe par rapport à ce qu’il était avant la construction de la route et la récolte. A mesure que le rétablissement ou la régénération de la couverture commencent à prendre effet, il diminue grâce à une meilleure interception de l’eau (protection de la surface du sol) et à une augmentation de la transpiration. Habituellement, le risque d’érosion retombe à son niveau d’avant la coupe lorsque la frondaison des arbres masque le sol (fermeture du couvert).
Les entreprises forestières s’efforcent de limiter la durée de vulnérabilité ou la surface d’exposition des bassins versants à un moment donné. Pour ce faire, elles ont le choix entre étaler la coupe sur plusieurs zones de captage ou réduire la superficie de chaque parcelle exploitée.
Les variations qualitatives et quantitatives des ressources en eau
L’eau qui provient de bassins de captage forestiers non perturbés est souvent d’excellente qualité par rapport à celle des zones de collecte situées en milieu agricole ou horticole. Mais certaines activités sylvicoles peuvent nuire à cette qualité en augmentant la teneur en nutriments et en sédiments de l’eau, en élevant sa température et en diminuant son degré d’oxygénation.
Un accroissement de la concentration de nutriments et de la quantité de matériaux provenant d’une forêt que l’on a brûlée, dont le sol a été perturbé (scarifié) ou qui a reçu des engrais peut favoriser la croissance d’algues et causer une pollution dans les eaux en aval. L’azote et le phosphore sont particulièrement importants de ce point de vue, en raison de leur implication dans la prolifération d’algues toxiques. De même, une augmentation de l’apport de sédiments dans les cours d’eau peut mettre en péril la faune et la flore d’eau douce et marine, accroître les risques d’inondation et altérer l’eau utilisée pour la boisson ou à des fins industrielles.
La destruction de la végétation le long des rivières et l’introduction de feuillages et de matières ligneuses dans les cours d’eau pendant les opérations d’éclaircie ou d’abattage peuvent déséquilibrer les écosystèmes aquatiques en causant l’augmentation de la température de l’eau et de sa teneur en oxygène dissous respectivement.
L’exploitation forestière peut aussi avoir une influence sur les variations saisonnières du volume d’eau qui s’écoule d’un bassin versant et sur les pointes de débit observées pendant les orages. La plantation d’arbres (boisement) dans un bassin de captage précédemment utilisé comme pâturage peut réduire le débit d’eau. Cet aspect peut être particulièrement important si ce bassin alimente en aval des ouvrages d’irrigation.
A l’inverse, la coupe d’arbres dans une forêt peut accroître le débit d’eau parce qu’elle entraîne une diminution de la quantité d’eau évaporée et interceptée et qu’elle augmente les risques d’inondation et d’érosion le long des cours d’eau. L’étendue du bassin de captage et la proportion de forêt déboisée à un moment donné influent sur le degré d’accroissement du débit d’eau. L’exploitation par blocs permet de limiter au minimum ce phénomène.
Les incidences sur la biodiversité
La diversité des espèces végétales et animales vivant dans les forêts est devenue un sujet de débat important dans l’industrie forestière à l’échelle mondiale. La biodiversité est une notion complexe qui ne se limite pas aux populations végétales et animales. Elle englobe aussi la diversité fonctionnelle (rôle d’une espèce particulière dans l’écosystème), la diversité structurelle (étages de la couverture forestière) et la diversité génétique (Kimmins, 1992). Les activités forestières peuvent avoir des répercussions sur la diversité des espèces, mais aussi sur la diversité structurelle et la diversité fonctionnelle.
Il n’est pas possible de définir objectivement le degré de biodiversité optimal d’un peuplement forestier en termes d’espèces, d’âges, de structures et de fonctions, mais on s’entend en général pour estimer qu’une faible diversité des espèces et des structures fragilise la forêt face aux dégâts que peut provoquer un agent pathogène ou un ravageur. Cela est sans doute en partie vrai; cependant, dans une forêt naturelle mélangée, certaines espèces sont parfois exposées à un seul ravageur. D’autre part, un faible niveau de biodiversité ne résulte pas nécessairement de causes non naturelles et indésirables liées à l’exploitation forestière. Ainsi, beaucoup de forêts naturelles mélangées qui sont sujettes à des feux incontrôlés et à des attaques de ravageurs connaissent des périodes de faible diversité végétale et structurelle.
La perception négative du public à l’égard de la foresterie
La perception du public et ses réactions face à certaines pratiques sont deux questions qui acquièrent de plus en plus d’importance dans l’industrie forestière. De nombreuses zones forestières offrent un cadre agréable et diverses possibilités d’activités récréatives aux populations locales et aux touristes, et le public associe souvent le plaisir d’activités de plein air à la présence de massifs boisés naturels ou aménagés. En pratiquant des coupes sans discernement, notamment de vastes coupes rases, l’exploitation forestière peut transformer radicalement un paysage, et cela pour de nombreuses années. Tel n’est pas le cas d’autres formes d’utilisation du sol, comme l’agriculture ou l’horticulture, dont les cycles sont moins marqués.
Les réactions négatives du public résultent en partie d’une méconnaissance des régimes de gestion forestière, des pratiques et des résultats. Il est donc clair qu’il incombe à l’industrie forestière d’éduquer le public tout en modifiant ses méthodes pour les rendre plus acceptables. Les grandes coupes rases et l’abandon sur place des résidus d’exploitation (branches et arbres morts) sont deux aspects qui froissent souvent la population parce qu’elle y voit une atteinte à la préservation de l’écosystème. Cette perception n’est pourtant pas toujours fondée, car tout ce qui est agréable à l’œil n’est pas nécessairement bon pour l’environnement. L’abandon des résidus sur le site, bien qu’inesthétique, offre en réalité abri et nourriture à certaines espèces animales et contribue au recyclage partiel des nutriments et des matières organiques.
Les rejets d’huiles minérales dans l’environnement
Les rejets d’huiles minérales en forêt peuvent provenir de l’abandon d’huiles moteur et de filtres usés, de l’utilisation de l’huile pour abattre la poussière sur les routes en terre ou des pertes d’huile de chaînes de scies. Etant donné le risque de contamination du sol et de l’eau qui s’ensuit, les deux premières pratiques sont devenues inacceptables.
Cependant, dans une bonne partie du monde, on continue d’utiliser couramment des huiles minérales pour lubrifier les chaînes de scies. Sachant qu’il faut environ 2 litres d’huile par scie et par jour, il s’agit de très grosses quantités à l’échelle annuelle. Ainsi, d’après les estimations, l’huile de graissage utilisée au total chaque année pour ces scies représente entre 8 et 11,5 millions de litres en Allemagne, environ 4 millions de litres en Suède et quelque 2 millions de litres en Nouvelle-Zélande.
Les huiles minérales ont été associées à certaines affections cutanées (Lejhancova, 1968) et respiratoires (Skyberg et coll., 1992) chez les travailleurs exposés à leur contact. En outre, le rejet d’huiles minérales dans la nature peut contaminer le sol et l’eau. Lorsqu’ils ont étudié le devenir des huiles de chaînes de scies, Skoupy et Ulrich (1994) se sont aperçus que celles-ci sont pour une large part retenues par la sciure (50 à 85%), qu’elles restent sur les arbres (3 à 15%), qu’elles tombent sur le sol (moins de 33%) ou qu’elles sont projetées sur les travailleurs (0,5%).
C’est donc avant tout par souci pour l’environnement que l’on a rendu l’utilisation d’huiles biodégradables obligatoire dans les forêts suédoises et allemandes. Ces huiles, à base de colza ou à base synthétique, sont moins nocives pour l’environnement et le personnel et s’avèrent en outre plus efficaces que les lubrifiants minéraux car elles prolongent la durée de vie des chaînes, tout en en réduisant la consommation et celle de carburant.
L’utilisation d’herbicides et d’insecticides
L’industrie forestière se sert d’herbicides (produits chimiques qui détruisent les végétaux) pour lutter contre les mauvaises herbes qui disputent l’eau, la lumière et les éléments nutritifs aux jeunes plants ou aux arbres qui repoussent. Souvent, les herbicides offrent une solution d’un coût intéressant par rapport au désherbage mécanique ou manuel.
Malgré la méfiance générale dont ils font l’objet, sans doute consécutive à l’emploi de défoliant (l’agent Orange) pendant la guerre du Viet Nam, rien ne prouve vraiment que l’application d’herbicides dans les forêts nuise aux sols, à la faune et à l’être humain (Kimmins, 1992). Certaines études ont fait apparaître une diminution du nombre de mammifères à la suite d’un traitement aux herbicides mais, lorsqu’on fait la comparaison avec les effets d’un désherbage manuel ou mécanique, on remarque que cette diminution coïncide davantage avec la perte de végétation qu’avec l’utilisation même d’herbicides. Les herbicides vaporisés à proximité d’une rivière peuvent retomber dans l’eau, qui les transportera plus loin, mais les concentrations relevées sont habituellement faibles et de courte durée à cause de la dilution (Brown, 1985).
Avant les années soixante, l’utilisation d’insecticides (produits chimiques qui détruisent les insectes) était très répandue en agriculture, en horticulture et dans certains services de santé publique, mais moins en foresterie. Le DDT est sans doute l’un des produits les plus connus de cette époque. Toutefois, la sensibilisation du public aux problèmes sanitaires posés par ces produits a incité à limiter l’utilisation inconsidérée d’insecticides et à mettre au point des solutions de remplacement. Depuis les années soixante-dix, on a plutôt tendance à recourir aux organismes entomopathogènes ainsi qu’aux parasites et aux prédateurs entomophages, ou à modifier les méthodes de sylviculture pour réduire les risques d’attaque par des insectes.
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