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LES RISQUES CHIMIQUES


  Les carburants et les lubrifiants des machines


Les machines portatives — scies à chaîne, débroussailleuses, etc. — et les engins mobiles utilisés en foresterie produisent des émissions d’hydrocarbures. L’essence contient principalement des hydrocarbures aromatiques (y compris jusqu’à 5% de benzène dans certains pays) et aliphatiques, plus des additifs et des traces d’autres substances. Pendant la saison froide, l’essence contient plus d’hydrocarbures légers et volatils qu’en saison chaude. Les additifs sont des composés de plomb organiques, des alcools et des éthers dont on se sert pour augmenter l’indice d’octane. Souvent, depuis quelque temps, le plomb a été entièrement remplacé par des éthers et des alcools.

Les machines portatives sont équipées de moteurs à deux temps dans lesquels l’huile est mélangée à l’essence. Les huiles moteur et les huiles de chaîne et les graisses sont des huiles minérales, synthétiques ou végétales. La préparation du mélange, le remplissage du réservoir et l’utilisation du matériel exposent à un risque de contact avec l’essence et les huiles. De plus, les carburants, évidemment, présentent un risque d’incendie, d’où la nécessité de les stocker de manière sûre et de les manipuler avec prudence.

Les aérosols d’huiles peuvent causer des problèmes de santé tels que des irritations des voies respiratoires supérieures et des yeux, et des problèmes cutanés. Des études ont été réalisées sur le degré d’exposition des bûcherons aux aérosols d’huiles (minérales et végétales) pendant des opérations d’abattage. On a relevé une moyenne de 0,3 mg/m3 pour les huiles minérales et un chiffre encore inférieur pour les huiles végétales.

Le travail forestier se mécanise à un rythme accéléré. Les moteurs et les systèmes hydrauliques des engins utilisés consomment de grandes quantités de gazole, d’huile moteur et de liquide hydraulique. Le contact des mains avec ces produits pendant les opérations d’entretien et de réparation peut entraîner des affections inflammatoires de la peau. Les huiles minérales caractérisées par une chaîne carbonée courte (C14-C21) sont les plus irritantes. Le port de gants est donc recommandé, de même qu’une bonne hygiène individuelle.



  Les gaz d’échappement


Les gaz d’échappement provenant des scies à chaîne contiennent principalement de l’essence non brûlée. De façon générale, environ un tiers de l’essence consommée par le moteur d’une scie à chaîne est rejeté comme imbrûlé. Ces émanations sont composées des constituants habituels de l’essence, tels que des hydrocarbures aromatiques, notamment du toluène, mais aussi du benzène. Certains gaz d’échappement se forment pendant la combustion, le plus toxique étant l’oxyde de carbone. La combustion produit aussi des aldéhydes, principalement du formaldéhyde, et des oxydes d’azote.

L’exposition des travailleurs forestiers aux gaz émis par les scies à chaîne a fait l’objet d’une étude en Suède. Plusieurs situations ont été prises en considération. Pour les opérations de façonnage, les mesurages ne révèlent aucune différence entre les niveaux moyens d’exposition en présence ou en l’absence de neige. Pendant l’abattage, en revanche, on observe des degrés d’exposition ponctuellement élevés, surtout lorsque le sol est couvert d’une épaisse couche de neige, ce qui explique apparemment la gêne et les malaises éprouvés par les bûcherons. Le degré moyen d’exposition est en effet deux fois plus important chez les travailleurs uniquement chargés de l’abattage que chez ceux qui assurent aussi l’ébranchage, le tronçonnage et le débusquage à la main. Ces dernières opérations, beaucoup moins polluantes, se caractérisent par les niveaux d’exposition suivants: hydrocarbures, 20 mg/m3; benzène, 0,6 mg/ m3; formaldéhyde, 0,1 mg/m3; oxyde de carbone, 20 mg/m3.

Ces chiffres sont nettement inférieurs aux limites fixées dans les pays industriels pour une exposition de huit heures. Pourtant, les bûcherons se plaignent souvent d’une irritation des voies aériennes supérieures et des yeux, ainsi que de maux de tête, de nausées et de fatigue, qui peuvent s’expliquer, du moins en partie, par l’exposition aux polluants susmentionnés.



  Les pesticides et les herbicides


Dans les forêts et les pépinières, les pesticides servent à éliminer champignons, insectes et rongeurs. Globalement, les quantités utilisées sont toutefois minimes par rapport à ce que l’on observe dans l’agriculture. On se sert aussi d’herbicides comme débroussaillants et pour nettoyer les jeunes peuplements de résineux (herbicides du type phénoxy, glyphosates ou triazines). A l’occasion, des insecticides peuvent également être employés, principalement des composés organophosphorés ou organochlorés et des pyréthroïdes synthétiques. Dans les pépinières, on utilise régulièrement des dithiocarbamates pour protéger les jeunes plants de résineux contre le champignon des pins. Le tableau 68.7 dresse la liste des principaux produits chimiques employés en Europe et en Amérique du Nord dans les années quatre-vingt. Beaucoup de pays ont pris des mesures pour leur trouver des produits de remplacement ou pour en restreindre l’utilisation. Pour plus de détails sur la composition de ces substances, les symptômes d’intoxication et les traitements, voir dans cette Encyclopédie les chapitres nos 61, 62 et 63 consacrés aux produits chimiques.


Tableau 68.7 Exemples de produits chimiques utilisés dans le secteur forestier en
Europe et en Amérique du Nord dans les années quatre-vingt


  Fonctions Produits chimiques  
       
  Fongicides Bénomyl, borax, carbendazim, chlorothalonil, dicropropène, bromure de méthyle, endosulphan, gamma-HCH, mancozèbe, manèbe, métirame, thirame, zinèbe  
  Destruction d’animaux Acétate de polyvinyle  
  Limitation des dommages provoqués par les animaux Thirame  
  Effet répulsif sur les animaux Huile de poisson, tallöl  
  Herbicides Alcool allylique, cyanazine, dachtal, dalapon, dicamba, dichlobénile, diuron, fosamine, glyphosate, herbicides au phénol (par exemple, 2,4,5-T*, 2,4-D), hexazinone, MCPA, MCPB, Mecoprop (MCPP), MSMA, oxyfluortène, paraquat, piclorame, pronoamide, simazine, soufre, TCA, terbuthiuron, terbuthylazine, trichlopyre, trifluraline  
  Insecticides Azinphos, Bacillus thuringiens, bendiocarpanate, carbaryle, cyperméthrine, deltaméthrine, diflubenzuron, dibromure d’éthylène, fénitrothion, fenvalérate, lindane, lindane+promécarbe, malathion, parathion, parathionméthyle, perméthrine, pyréthrine, propoxur, propyzamide, tétrachlorvinphos, trichlorfon  
  Pesticides Captane, chlorpyrifos, cyanure de sodium, diazinon, métalaxyl, napropamide, séthoxydime, triadiméfon  
  Rodenticides Phosphure d’aluminium, phosphure de zinc, strychnine, warfarine, zirame  
  Stérilisation du sol Dazomet  
  Protection des souches Urée  
  Combustibles et huiles Huiles minérales, huiles synthétiques, huiles végétales, essence, gazole  
  Autres produits chimiques Engrais (par exemple, urée), solvants (par exemple, éthers de glycol, alcools à chaîne longue), desmétryne  
  * Usage soumis à des restrictions dans certains pays.  
  Source: d’après Patosaari, 1987.  
     
       

Il existe un large éventail de techniques pour appliquer les pesticides aux endroits voulus dans les forêts et les pépinières. Les plus courantes sont l’épandage par voie aérienne, l’application mécanisée par tracteur, la pulvérisation à bas volume ou l’emploi d’un pulvérisateur dorsal ou relié à une débroussailleuse.

Le risque d’exposition est le même que dans toute application de pesticides. Pour l’éviter, les travailleurs forestiers doivent porter un équipement de protection individuelle (chapeau, combinaison, bottes et gants), et se munir également d’un appareil respiratoire s’ils pulvérisent des pesticides toxiques. Souvent, le port d’un équipement efficace de protection individuelle est inconfortable parce qu’il tient trop chaud et fait transpirer exagérément. Les pulvérisations se font donc de préférence pendant les heures les plus fraîches de la journée et par vent modéré. Il importe aussi de laver immédiatement à l’eau les épanchements de produit et d’éviter de fumer et de manger pendant les opérations d’épandage.

Les symptômes causés par une exposition excessive à des pesticides varient sensiblement selon les composés, mais il s’agit le plus souvent de manifestations cutanées (pour plus de précisions sur les pesticides employés en Europe et en Amérique du Nord, on se reportera au document du Comité mixte FAO/CEE/OIT, 1991).



  Autres produits


Parmi les autres produits chimiques d’usage courant dans le secteur forestier, on peut mentionner les engrais et les colorants qui servent à marquer les arbres. Le marquage s’effectue à l’aide d’un marteau ou d’un vaporisateur. Les colorants renferment des éthers de glycol, des alcools et d’autres solvants organiques, mais le degré d’exposition à ces substances pendant leur utilisation est probable-ment faible. Quant aux engrais, ils sont peu toxiques et leur emploi pose rarement un problème pour la santé au travail.


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