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L’EFFORT PHYSIQUE


  Le travail manuel


Charge de travail. De façon générale, le travail manuel en forêt exige un effort physique intense, c’est-à-dire une forte dépense d’énergie de la part du travailleur. L’énergie dépensée est bien entendu fonction de la nature de la tâche et du rythme auquel elle est exécutée, mais pour accomplir son travail, le travailleur forestier a de toute façon besoin d’une ration alimentaire beaucoup plus importante qu’un employé de bureau.

Le tableau 68.6 recense diverses tâches typiques du secteur forestier, classées selon la charge de travail, c’est-à-dire selon l’énergie à fournir. Les chiffres donnés ne sont que des approximations, car ils dépendent en fait de la morphologie, du sexe, de l’âge, de la condition physique et du rythme de travail, ainsi que des techniques et des outils employés. Ils indiquent cependant que, en général, le travail du pépiniériste correspond à un effort physique faible ou modéré, le travail de plantation et l’abattage à la scie à chaîne à un effort modéré ou intense, et l’abattage manuel à un travail très intense (on trouvera des études de cas et une analyse détaillée du concept de charge de travail appliqué à la foresterie dans Apud et coll., 1989; Apud et Valdés, 1995; et Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 1992.)


Tableau 68.6 Energie dépensée par les travailleurs forestiers

 
      KJ/min (personne de 65 kg)   Intensité de l’effort physique  
      Fourchette Moyenne    
             
  Travail dans une pépinière  
  Cultiver des plants d’arbres     18,4 F  
  Sarcler      24,7 M  
  Désherber      19,7 F  
  Planter          
  Nettoyer les fossés avec une bêche      32,7 I  
  Conduire un tracteur/herser en position assise      14,2-22,6 19,3 F  
  Planter à la main     23,0-46,9 27,2 M  
  Planter à la machine       11,7 F  
             
  Travail à la hache — coups horizontaux et verticaux  
  Poids du fer de hache Cadence (coups/min)        
  1,25 kg 20   23,0 M  
  0,65-1,25 kg 35 38,0-44,4 41,0 TI  
             
  Abattage, ébranchage, etc. avec des outils à main  
  Abattre   28,5-53,2 36,0  I  
  Transporter les billes   41,4-60,3 50,7 EI  
  Tirer les billes à la main   34,7-66,6 50,7 EI  
             
  Travail à la scie en forêt  
  Transporter une scie à chaîne     27,2 M  
  Tronçonner à la main   26,8-44,0 36,0 I  
  Scier horizontalement avec une scie à chaîne   15,1-26,8 22,6 M  
  Travailler à l’aide d’engins mécaniques          
  Conduire une abatteuse/une débardeuse   12-20   F  
             
  Préparation du bois de chauffage  
  Scier de petites bûches à la main     15,1 F  
  Fendre le bois   36,0-38,1 36,8 I  
  Tirer le bois à la main   32,7-41,0 36,8 I  
  Empiler le bois   21,3-26,0 23,9 M  
             
  F = Faible; M = Modéré; I = Intense; TI = Très intense; EI = Extrêmement intense.  
  Source: d’après Durnin et Passmore, 1967.  
             
             

Efforts pour le système musculo-squelettique. L’empilage manuel du bois nécessite des mouvements de levage répétés avec de lourdes charges. Si la méthode de travail n’est pas parfaite et si le rythme est trop rapide, le risque de lésions du système musculo-squelettique est très élevé. Il en va de même lorsque de lourdes charges sont portées pendant un temps prolongé ou sur de longues distances, comme l’exige la collecte du bois à pâte ou du bois de chauffage.

Dans certaines situations, la brusque mobilisation de toute la force du corps peut provoquer quant à elle des lésions soudaines du système musculo-squelettique: par exemple, l’utilisation d’un levier pour faire tomber un arbre encroué ou l’effort déployé pour rattraper une bille qui tombe de la pile.

Ce type de travail ne fait intervenir que la force musculaire et, le plus souvent, il implique une utilisation dynamique et non pas simplement répétitive des mêmes groupes de muscles. Il ne s’agit pas d’un effort statique et le risque de troubles d’hypersollicitation est donc habituellement minime. Cependant, le travail dans des positions incommodes peut engendrer des problèmes tels que des douleurs lombaires. C’est ce qui se produit lors de l’ébranchage à la hache des arbres abattus, opération qui oblige à adopter une position courbée pendant de longues heures: un effort important s’exerce alors au niveau des vertèbres lombaires, tandis que les muscles du dos sont soumis à une tension statique. Pour faciliter cette opération, on peut faire tomber l’arbre abattu en travers d’un tronc qui se trouve déjà au sol et qui fera ainsi office de support naturel.



  Le travail avec des outils motorisés


L’usage de matériels portatifs tels que les scies à chaîne peut demander encore plus d’énergie que le travail manuel, à cause de leur poids important. En fait, les scies à chaîne employées sont souvent de trop grosse taille pour la tâche à accomplir. Il faudrait donc toujours opter pour le modèle le plus léger et le plus court possible.

Chaque fois qu’un travailleur forestier chargé d’un travail motorisé doit également empiler du bois à la main, il s’expose aux problèmes décrits plus haut. Tous les travailleurs doivent donc apprendre à garder le dos droit et à se servir des muscles principaux des jambes pour lever des charges.

Le travail avec des outils motorisés est plus statique que le travail manuel. Le rôle de l’opérateur consiste à choisir la machine appropriée, à la faire fonctionner et à la maintenir dans la bonne position.

Parmi les problèmes rencontrés, un grand nombre découlent de la faible hauteur de travail. Ainsi, l’ébranchage d’un arbre abattu oblige à adopter une position courbée, ce qui présente les mêmes inconvénients que dans le cas du travailleur manuel, éventuellement aggravés par le poids de la scie à chaîne. En principe, les opérations devraient être organisées pour que la personne travaille à hauteur de taille (en utilisant, par exemple, d’autres arbres comme supports pour l’ébranchage, ainsi que mentionné plus haut); la scie à chaîne devrait autant que possible être en appui sur le tronc de l’arbre.

Les tâches motorisées extrêmement spécialisées engendrent des risques très élevés de troubles musculo-squelettiques, car les cycles sont de courte durée et les mouvements spécifiques sont répétés un grand nombre de fois. Un exemple particulièrement typique est celui des bûcherons qui travaillent avec une scie à chaîne pour alimenter une machine de conversion primaire (ébranchage, tronçonnage). La plupart de ce type de travailleurs forestiers ayant fait l’objet d’une étude en Suède souffraient de douleurs au niveau du cou et des épaules. Pour les travailleurs qui participent à toutes les étapes du processus (abattage, ébranchage, débitage et empilage de tronçons d’un poids raisonnable), les fonctions sont plus variées et les risques d’avoir à exécuter des tâches répétitives dans une position statique préjudiciable moins élevés. Cependant, même avec un matériel et une méthode de travail adaptés, un travailleur forestier ne devrait pas avoir à tenir une scie à chaîne en fonctionnement plus de cinq heures par jour.



  Le travail mécanisé


Dans la plupart des cas, le travail mécanisé implique un effort physique beaucoup moins important que le travail manuel ou partiellement motorisé. Cependant, le conducteur ou le mécanicien sont parfois amenés à soulever de lourdes charges lors de l’entretien et de la réparation des machines. Le travail du conducteur consiste à commander les mouvements de la machine à l’aide de manettes, leviers et boutons. Les cycles d’intervention sont très courts. Il s’agit pour une bonne part d’un travail répétitif et statique qui comporte un grand risque de troubles d’hypersollicitation au niveau du cou, des épaules, des bras, des mains et des doigts.

Sur les machines en service dans les pays nordiques, les tensions musculaires sont minimes, car le conducteur est assis sur un siège ergonomique muni d’accoudoirs et actionne de petits manches à balai. Les troubles d’hypersollicitation n’en demeurent pas moins un gros problème: d’après certaines études, entre 50 et 80% des conducteurs de machine se plaignent de douleurs au niveau du cou ou des épaules. Toutefois, ces chiffres se prêtent assez mal à la comparaison, non seulement parce que les troubles n’apparaissent que sur une longue période, mais aussi parce que les résultats obtenus varient selon la définition des troubles observés ou rapportés.

L’apparition de troubles d’hypersollicitation dépend de nombreux facteurs:

Degré de tension musculaire. Une tension musculaire statique forte ou répétée et monotone peut être causée, entre autres, par la manœuvre de commandes trop dures, par des postures de travail inconfortables ou par des vibrations et des chocs transmis au corps entier, mais aussi par un important stress mental, lui-même dû à une concentration intense, à la complexité des décisions à prendre ou à un problème d’ordre psychosocial (difficulté à maîtriser une situation professionnelle, relations avec les supérieurs et les collègues, etc.).

Durée d’exposition à un travail statique. Le seul moyen de soulager les tensions musculaires statiques est de les interrompre par des pauses fréquentes, même de courte durée, par une variation des tâches, par une rotation des postes, etc. L’exécution de gestes monotones et répétitifs pendant de longues années accroît les risques de lésions de cette nature. Celles-ci apparaissent progressivement et peuvent être irréversibles au stade où elles deviennent manifestes.

Etat (résistance) de l’individu. La résistance d’un individu évolue avec le temps; elle dépend de ses prédispositions naturelles, de son état physique et psychologique et de sa situation sociale.

Il ressort d’études menées en Suède que la seule façon de prévenir ces problèmes est d’intervenir sur tous les facteurs qui y contribuent, en encourageant notamment la rotation des postes et la diversification des tâches, afin de réduire la durée d’exposition et d’améliorer par là même le bien-être et la situation psychosociale des travailleurs.

Ces principes valent pour tous les types de travail forestier: manuel, partiellement motorisé ou mécanisé.



  La combinaison de tâches manuelles et mécanisées


La combinaison de tâches manuelles et mécanisées sans rotation des postes aboutit toujours à une spécialisation accrue du travail. C’est le cas, par exemple, comme on l’a déjà vu, du travail d’abattage manuel ou à la scie à chaîne précédant la conversion mécanisée. Caractérisée par des cycles brefs et monotones, cette opération présente des risques élevés de lésions du système musculo-squelettiques et de troubles d’hypersollicitation.

Une comparaison effectuée en Suède entre les opérateurs de scies à chaîne et les conducteurs de machines montre que les premiers sont davantage sujets à des lésions du système musculo-squelettique dans la région des lombaires, des genoux et du bassin, ainsi qu’à des pertes d’audition, tandis que les seconds présentent plus de troubles d’hypersollicitation au niveau du cou et des épaules. Ces deux catégories de travailleurs sont donc exposées à des risques très différents et il est probable que l’on constaterait d’autres divergences si l’on étudiait par comparaison les travailleurs manuels. Dans bien des cas, cependant, la rotation des postes et la diversification des tâches offrent un bon moyen de prévention grâce à la réduction de la durée d’exposition.


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