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Pêche

 

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GÉNÉRALITÉS


  Introduction


La pêche est une des activités de production les plus vieilles de l’humanité. D’après les recherches archéologiques et historiques, la pêche — en eau douce et en mer — était très répandue dans les civilisations anciennes. Il semble même que les colonies humaines étaient souvent établies dans des régions où les prises de poisson étaient bonnes. L’importance de cette activité comme moyen de subsistance est confirmée par les études anthropologiques contemporaines sur les sociétés primitives.

Les pêches dans le monde se sont radicalement transformées au cours des derniers siècles. Les méthodes de pêche traditionnelles ont été largement supplantées par des techniques plus modernes issues de la révolution industrielle. Ce changement a été suivi d’un accroissement considérable de l’effort de pêche réalisé, d’une augmentation beaucoup plus faible des niveaux de capture et d’une forte diminution des stocks d’un grand nombre d’espèces. L’industrialisation de la pêche a également entraîné la déstabilisation et le déclin de bien des pêches traditionnelles. Enfin, les pressions croissantes qui s’exercent à l’échelle mondiale dans ce domaine ont engendré des différends internationaux sur les droits de pêche.

En 1993, les prises annuelles mondiales de poisson atteignaient environ 100 millions de tonnes (FAO, 1995). La production piscicole des pêches maritimes (mers et océans) et des pêches continentales (eau douce) représentait approximativement 16 millions de tonnes. Sur les quelque 84 millions de tonnes de poisson capturé par an, 77 millions venaient de la pêche en mer et le reste de la pêche en eau douce. Pour capturer de telles quantités, on disposait d’une flotte de pêche forte de 3,5 millions de bâtiments et représentant une trentaine de millions de tonneaux de jauge bruts (FAO, 1993, 1995). Il existe peu de données précises sur le nombre de pêcheurs, mais l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, 1993) l’a situé aux alentours de 13 millions. On possède encore moins de renseignements sur les effectifs des travailleurs engagés dans la transformation et la distribution du poisson. On peut considérer sans exagération que ceux-ci sont au moins égaux au nombre de pêcheurs et qu’ils peuvent même en atteindre le double. Cela voudrait dire que, à l’échelle mondiale, entre 25 et 40 millions de personnes travaillent dans le secteur de la pêche.

L’Asie arrive de loin au premier rang, avec une production représentant près de la moitié des captures annuelles totales de poisson (FAO, 1995). L’Amérique du Nord et l’Amérique du Sud viennent en deuxième position (30%), suivies par l’Europe (15%). L’Afrique et l’Océanie occupent une place relativement modeste, avec environ 5% des prises mondiales annuelles.

En 1993, la Chine était le premier pays au monde pour la quantité de poisson pêchée en mer, totalisant 10 millions de tonnes, soit à peu près 12% de la capture mondiale. Le Pérou et le Japon occupaient la deuxième et la troisième place, avec environ 10% chacun de la pêche mondiale. Cette même année, 19 pays capturaient plus de 1 million de tonnes de poisson de mer.

La production mondiale de poisson porte sur un grand nombre d’espèces et de pêches. Très peu de pêches ont un rendement annuel supérieur à 1 million de tonnes. Les principales, en 1993, étaient la pêche à l’anchois au Pérou (8,3 millions de tonnes), la pêche à la goberge en Alaska (4,6 millions de tonnes) et la pêche au chinchard au Chili (3,3 millions de tonnes). Ensemble, ces trois pêches représentent environ un cinquième des prises mondiales totales de poisson marin.



  L’évolution et la structure de l’industrie de la pêche


La croissance démographique et le progrès des techniques halieutiques ont entraîné une forte augmentation de l’activité dans ce secteur. Cet accroissement, qui s’est amorcé en Europe il y a plusieurs siècles, a été particulièrement marqué, à l’échelle mondiale, au cours du XXe siècle. D’après les statistiques de la FAO (FAO, 1992, 1995), les prises mondiales totales ont quadruplé depuis 1948; inférieures alors à 20 millions de tonnes, elles atteignent en 1995 quelque 80 millions de tonnes, ce qui correspond à une croissance annuelle de près de 3%. Cependant, depuis quelques années, la récolte marine est stable; elle oscille autour de 80 millions de tonnes par an. Etant donné que l’effort de pêche mondial n’a cessé d’augmenter, le niveau de rendement durable maximal de capture a déjà été atteint, voire dépassé du fait de l’exploitation des réserves mondiales de poisson les plus importantes. Par conséquent, la capture de poissons de mer ne peut plus augmenter à l’avenir, sauf à exploiter de nouvelles réserves.

Une forte expansion s’est également produite dans les secteurs de la transformation et de la commercialisation du poisson. Grâce aux progrès réalisés dans les techniques de transport et de conservation et en raison de l’augmentation du revenu individuel réel, des quantités sans cesse croissantes de poisson sont transformées, conditionnées et commercialisées comme produits alimentaires à fort rapport économique. Cette tendance s’accélérera probable-ment encore à l’avenir, se traduisant par un accroissement important de la valeur ajoutée à l’unité. Par contre, cette évolution entraîne du même coup le remplacement des activités traditionnelles de transformation et de distribution du poisson par des méthodes de production industrielles faisant appel à la haute technologie. Phénomène plus grave, ce processus (que l’on appelle parfois mondialisation des marchés du poisson) risque de priver des collectivités sous-développées de leurs sources d’approvisionnement de base en poisson à cause de la surenchère des pays industriels.

A l’heure actuelle, les pêches mondiales se répartissent en deux secteurs tout à fait distincts: les pêches artisanales et les pêches industrielles. La plupart des pêches artisanales sont le prolongement des pêches locales traditionnelles, qui n’ont guère changé au cours des siècles. Par conséquent, elles font très peu intervenir la technologie, emploient une main-d’œuvre nombreuse et sont confinées à des zones côtières (voir l’encadré intitulé «Les plongeurs indigènes»). Les pêches industrielles, par contre, utilisent des techniques de pointe et des moyens financiers considérables. Les navires de pêche industrielle sont généralement de grande taille et bien équipés et peuvent étendre leur activité à travers les océans.


Les plongeurs indigènes


Les indigènes qui vivent dans les régions côtières dépendent depuis des siècles de la mer pour assurer leur subsistance. Dans les eaux tropicales, ils pêchaient non seulement à bord d’embarcations traditionnelles, mais pratiquaient également la pêche au harpon et la récolte de coquillages, plongeant de la côte ou à partir d’un bateau. Autrefois, les eaux étaient fécondes et il n’était pas nécessaire de plonger longtemps à grande profondeur. Depuis peu, la situation a changé. En raison de la pêche intensive et de la destruction des aires de reproduction, les peuples indigènes se trouvent dans l’impossibilité de subvenir à leurs besoins. Un grand nombre d’entre eux pratiquent aujourd’hui la plongée de plus longue durée en eaux profondes pour ramener une prise suffisante. L’aptitude des êtres humains à rester sous l’eau sans appareil ou instrument étant très limitée, les plongeurs indigènes de plusieurs régions du monde ont commencé à utiliser des compresseurs pour pouvoir respirer l’air de la surface ou, encore, des appareils respiratoires autonomes de plongée pour pouvoir rester plus longtemps sous l’eau (temps de séjour au fond).

Il y a des pêcheurs indigènes dans les pays en développement d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, d’Asie du Sud-Est et du Pacifique. Dans le cadre de l’initiative de l’Ocean Conservation and Environmental Action Network (OCEAN) lancée par le département de géographie de l’Université de Californie à Berkeley, le nombre de plongeurs indigènes actifs en Amérique centrale, en Amérique du Sud et dans les Caraïbes a été évalué à près de 30 000 (chez les Indiens Miskito d’Amérique centrale, ils seraient près de 450.) Les chercheurs du Centre de recherche sur les maladies des plongeurs (Divers Diseases Research Centre) du Royaume-Uni estiment qu’il y aurait de 15 000 à 20 000 plongeurs indigènes aux Philippines; en ce qui concerne l’Indonésie, le nombre de plongeurs reste à déterminer, mais il pourrait atteindre 10 000.

En Asie du Sud-Est, certains plongeurs indigènes utilisent des compresseurs placés sur le bateau, auxquels ils sont reliés par un tuyau d’arrivée d’air. Les compresseurs sont généralement semblables à ceux qui sont employés dans les stations-service, ou il peut aussi s’agir d’appareils récupérés sur de gros camions, qui fonctionnent à l’essence ou au diesel. Les plongeurs indigènes descendent jusqu’à une profondeur de plus de 90 m pendant plus de 2 heures. Ils récoltent des poissons et des coquillages pour la consommation humaine, des poissons pour les aquariums, des coquillages pour l’industrie touristique, des huîtres perlières et, à certains moments de l’année, des concombres de mer. Ils placent des pièges à poisson sous l’eau, pêchent au harpon ou frappent deux pierres l’une contre l’autre pour chasser le poisson vers un filet situé en aval. Les homards, les crabes et les coquillages sont ramassés à la main (voir figure 66.1).


Figure 66.1 Plongeur indigène capturant du poisson



Les tsiganes des mers de Thaïlande

Sur la côte ouest de la Thaïlande vivent environ 400 plongeurs utilisant des compresseurs. On les appelle les tsiganes des mers, car ils sont les descendants d’un peuple nomade qui s’est établi dans une dizaine de villages relativement permanents, dans trois provinces. Ils savent lire et écrire et la plupart ont reçu l’instruction obligatoire. Pratiquement tous les plongeurs parlent la langue thaïe et la plupart parlent leur langue maternelle, le Pasa Chaaw Lee , qui est une langue malaise orale.

Seuls les hommes deviennent plongeurs. Ils commencent à plonger parfois dès l’âge de 12 ans pour ne cesser, s’ils sont encore vivants, qu’aux alentours de la cinquantaine. Ils plongent à partir d’embarcations non pontées de 3 à 11 m de long. Les compresseurs dont ils se servent marchent à l’essence ou au diesel et sont rudimentaires; ils envoient de l’air non filtré aux plongeurs par un tuyau d’une centaine de mètres de long, à partir d’un réservoir à pression. L’utilisation de compresseurs à air ordinaires sans système de filtration peut entraîner la contamination de l’air respiré par du monoxyde de carbone, du dioxyde d’azote des moteurs diesel, du plomb provenant de l’essence au plomb et des particules de combustion. Le tuyau est attaché à un masque de plongée normal qui couvre les yeux et le nez. L’inspiration et l’expiration se font par le nez et l’air expiré s’échappe par la jupe du masque. La seule protection qu’ont les plongeurs contre les animaux marins et la température de l’eau sont un col roulé et une chemise à longues manches, une paire de chaussures en plastique et un pantalon du style pantalon d’athlétisme. Une paire de gants en mailles de coton assure une certaine protection des mains (voir figure 66.2).


Figure 66.2 Plongeur se préparant à plonger d'une embarcation non pontée (au large de Phuket, en Thaïlande)



Un projet d’étude a été mis au point avec le concours du ministère de la Santé publique de Thaïlande sur les méthodes de plongée des tsiganes des mers en vue d’élaborer des programmes d’éducation ou d’information destinés à les sensibiliser davantage aux risques auxquels ils sont exposés et aux précautions qu’ils peuvent prendre pour les réduire. Dans le cadre de ce projet, 334 plongeurs ont été interrogés en 1996 et 1997 par des travailleurs de la santé publique qualifiés. Plus de 90% de ces plongeurs ont répondu au questionnaire. Bien que le dépouillement des données récoltées à la suite de cette enquête ne soit pas encore terminé, plusieurs conclusions en ont été tirées pour les besoins de la présente étude de cas.

En ce qui concerne les méthodes de plongée, on a demandé aux participants combien de plongées ils avaient faites au cours de leur dernière journée de travail. Sur les 310 plongeurs ayant répondu à cette question, 54% ont indiqué qu’ils avaient fait moins de 4 plongées, 35% qu’ils avaient fait entre 4 et 6 plongées et 11%, qu’ils avaient fait 7 plongées ou plus.

Interrogés sur la profondeur de leur première plongée de la journée de travail précédente, 51% des 307 plongeurs ayant répondu à cette question ont indiqué qu’elle était égale ou inférieure à 18 m, 38% qu’elle était de 18 à 30 m, 8% qu’elle était de 30 à 40 m, 2% qu’elle était supérieure à 40 m et 1 plongeur a indiqué 80 m. Dans un des villages participants, 1 plongeur âgé de 16 ans a déclaré qu’il avait fait 20 plongées au cours de sa journée de travail précédente, à des profondeurs inférieures à 10 m. Depuis qu’il fait de la plongée, ce jeune homme a souffert à trois reprises de la maladie de décompression.

La fréquence des plongées, la profondeur, la durée des séjours au fond et la brièveté des pauses à la surface sont des facteurs susceptibles d’accroître les risques de maladie de décompression.


Les risques

Un échantillonnage aléatoire fait au début de l’enquête a révélé que les trois risques les plus importants sont l’interruption de l’arrivée d’air, entraînant une remontée d’urgence, les blessures causées par les animaux marins et la maladie de décompression.

Contrairement aux plongeurs sportifs ou professionnels, les plongeurs indigènes n’ont aucun système d’urgence d’alimentation en air. Quand le tuyau d’alimentation est coupé, tordu ou détaché, le pêcheur n’a que deux choix. Le premier consiste à trouver un autre plongeur et à partager l’air d’un seul masque, technique pratiquement inconnue des tsiganes des mers; le deuxième à remonter d’urgence à la surface, ce qui peut causer et cause souvent un barotraumatisme (lésion liée à une décompression rapide) et à la maladie des caissons (provoquée par la formation de bulles d’azote gazeux dans le sang et dans les tissus au moment où le plongeur remonte à la surface). 113 des 331 plongeurs (34%) qui ont répondu à la question concernant la distance entre les plongeurs ont indiqué qu’ils travaillaient à une distance de 10 m ou plus de leurs collègues et 24 autres qu’ils ne se préoccupaient pas des allées et venues de leurs collègues pendant les plongées. Dans le cadre de ce projet de recherche, on apprend aux plongeurs comment partager l’air d’un seul masque tout en les encourageant à rester plus proches les uns des autres pendant les plongées.

Du fait que les plongeurs indigènes manipulent souvent des animaux marins morts ou blessés, ils sont parfois attaqués par un prédateur affamé. Ils risquent également de toucher à l’occasion des animaux marins venimeux, ce qui accroît les risques de maladies ou de lésions.

Quant à la maladie de décompression, 83% des plongeurs ont dit considérer que la douleur faisait partie du métier; 34% ont indiqué qu’ils s’étaient bien rétablis et 44% qu’ils avaient subi cette maladie au moins trois fois.


L’intervention des services de santé au travail

Dans le cadre de la partie pratique de ce projet, 16 travailleurs de la santé du village ainsi que 3 tsiganes des mers ont reçu une formation d’instructeur. Leur tâche consiste à passer d’une embarcation à l’autre pour faire de brefs exposés (15 minutes) afin de sensibiliser les pêcheurs aux risques auxquels ils sont exposés, leur permettre d’acquérir les connaissances et les compétences nécessaires pour limiter ces risques et élaborer des mesures d’urgence afin d’aider les plongeurs malades ou blessés. Dans le cadre de l’atelier de formation des instructeurs, 9 règles ont été établies, un plan de cours succinct a été mis au point pour chaque règle et un feuillet d’information a été préparé pour distribution. Ces règles sont les suivantes:

1. Commencer par la plongée à la plus grande profondeur, en diminuant progressivement celle-ci d’une plongée à l’autre.
2. Commencer par la partie la plus profonde de chaque plongée, et travailler ensuite en remontant.
3. Prévoir impérativement une pause de sécurité à 5 m à la remontée après chaque plongée à grande profondeur.
4. Remonter lentement de chaque plongée.
5. Rester au moins 1 heure à la surface entre deux plongées à grande profondeur.
6. Boire de grandes quantités d’eau avant et après chaque plongée.
7. Rester en vue d’un autre plongeur.
8. Eviter de retenir son souffle.
9. Veiller à ce que le pavillon international de plongée soit toujours placé à vue lorsque des plongeurs sont au travail.

Les tsiganes des mers sont nés et ont grandi à proximité ou au bord de la mer. Elle leur fournit leurs moyens de subsistance. Malgré les maladies ou les accidents causés par leurs méthodes de travail, ils continuent à plonger. Les interventions énumérées ci-dessus ne les empêcheront sans doute pas de plonger, mais elles peuvent leur faire prendre mieux conscience des risques auxquels ils s’exposent et leur donner les moyens de les réduire.

  Source : David Gold


Du point de vue du nombre des bateaux et des emplois, le secteur artisanal domine la pêche mondiale. Ainsi, près de 85% des navires de pêche et 75% des pêcheurs pratiquent la pêche artisanale. Malgré cela, parce qu’elle emploie une technologie rudimentaire et qu’elle a un rayon d’action limité, la flotte de pêche artisanale n’assure qu’une fraction peu élevée des prises mondiales. En outre, étant donné sa faible productivité, le revenu des pêcheurs artisanaux est généralement maigre et leurs conditions de travail sont difficiles. Le secteur de la pêche industrielle est beaucoup plus rentable. Bien qu’elle ne représente que 15% des navires de pêche et 50% de leur tonnage total, la flotte industrielle assure, à l’échelle mondiale, la capture de plus de 80% des poissons de mer.

Aujourd’hui, l’intensification de la pêche est principalement due au développement des pêches industrielles. La flotte industrielle a réalisé des gains de productivité importants dans les zones de pêche traditionnelles et a étendu l’activité halieutique, qui était confinée aux régions côtières où l’eau est relativement peu profonde, à pratiquement toutes les zones marines poissonneuses. Par contre, en dépit des progrès techniques enregistrés, la pêche artisanale est restée pratiquement stable.



  L’importance économique


La valeur des prises de poisson débarquées dans le monde est estimée entre 60 et 70 milliards de dollars E.-U. (FAO, 1993, 1995). Même en admettant que les opérations de transformation et de distribution de poisson permettent de doubler ou de tripler cette valeur, la pêche représente une branche d’activité relativement secondaire, surtout si on la compare à l’agriculture, la principale industrie de production alimentaire au niveau mondial. La pêche demeure capitale pour certains pays et certaines régions, notamment pour de nombreuses collectivités établies le long des côtes de l’Atlantique Nord et du Pacifique Nord. En outre, pour bien des communautés d’Afrique occidentale, d’Amérique du Sud et d’Asie du Sud-Est, elle est la principale source de protéines animales et revêt, de ce fait, une très grande importance économique.



  La gestion des pêches


L’effort de pêche mondial s’est considérablement accru au cours du XXe siècle, surtout depuis la fin de la seconde guerre mondiale. C’est pourquoi de nombreuses réserves de poissons comptant parmi les plus précieuses sont réduites à un point tel qu’un effort de pêche accru engendre une réduction des quantités pêchées. La FAO estime que la plupart des grands stocks de poissons sont exploités à pleine capacité, voire surexploités (FAO, 1995). Par conséquent, la capture de la plupart des espèces les plus importantes a en fait diminué et, malgré des progrès constants de la technologie halieutique et les hausses du prix réel du poisson, le rendement économique de la pêche a baissé.

Face à une diminution des stocks et de la rentabilité de l’industrie de la pêche, la plupart des pays où se pratique cette activité se sont efforcés d’apporter des solutions de deux ordres, à savoir l’extension des zones de pêche de compétence nationale à 200 milles nautiques des côtes au minimum et l’imposition de nouveaux systèmes de gestion des pêches à l’intérieur de ces zones.

Diverses méthodes d’aménagement des pêches ont été expérimentées pour accroître la rentabilité de cette industrie. Sachant que la source du problème est la copropriété des stocks de poissons, les systèmes les plus modernes de gestion des pêches tentent d’y remédier en instaurant des droits de quasi-propriété. Il est par exemple courant de fixer le total admissible de capture pour chaque espèce et de le répartir entre les diverses sociétés de pêche sous la forme de quotas individuels. Ces quotas représentent un droit de propriété. Pour autant que ceux-ci soient échangeables, l’industrie de la pêche a tout à gagner à limiter le plus possible l’effort de pêche nécessaire pour atteindre ce total et, s’ils sont permanents de surcroît, il est dans son intérêt d’ajuster la taille de sa flotte en fonction du rendement durable à long terme de la pêche. Cette méthode d’aménagement des pêches (appelée généralement système des quotas individuels transférables (QIT)) est actuellement de plus en plus répandue à l’échelle mondiale et semble être appelée à devenir le modèle de l’avenir en la matière.

L’extension des zones de pêche de compétence nationale et les systèmes de gestion axés sur les droits de propriété appliqués dans ces zones supposent une restructuration en profondeur de l’industrie de la pêche. Le fait de clôturer pour ainsi dire les océans par l’extension des zones de pêche de compétence nationale, phénomène qui est en voie de se généraliser, éliminera en pratique presque complètement la pêche lointaine (grande pêche) en haute mer. Les systèmes d’aménagement des pêches fondés sur les droits de propriété représentent également une incursion accrue des forces du marché dans la pêche. Le rendement de la pêche industrielle est supérieur à celui de la pêche artisanale. En outre, les armements de pêche industrielle sont davantage en mesure que les pêcheurs artisanaux de s’adapter à de nouveaux systèmes de gestion des pêches. Par conséquent, il semble que l’évolution des méthodes d’aménagement des pêches constitue une nouvelle menace pour la pêche artisanale. Compte tenu de cette situation et de la nécessité de réduire l’effort de pêche global, il semble inévitable que le niveau d’emploi dans cette branche soit appelé à chuter radicalement.


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