
LES PROBLÈMES DE SANTÉ ET D’ENVIRONNEMENT
LES PROBLÈMES DE SANTÉ ET LES TYPES DE MALADIES DANS LE SECTEUR AGRICOLE
A la fin du XXe siècle, moins de 5% de la population active des pays industriels était employée dans le secteur agricole, alors que la proportion était de 50% à l’échelle mondiale (Sullivan et coll., 1992). Alliant des opérations hautement mécanisées à des tâches manuelles ardues, le travail agricole est extrêmement varié. Certaines entreprises agroalimentaires ont, depuis longtemps, une vocation internationale; c’est le cas notamment des grandes plantations et des exploitations qui produisent des cultures d’exportation. Aujourd’hui, le commerce des produits de l’agriculture est international; il est organisé autour de productions telles que le sucre, le blé et l’élevage de bovins. L’agriculture se pratique dans divers contextes: exploitations familiales comprenant l’agriculture de subsistance; grandes exploitations commerciales et plantations; exploitations en zones urbaines, incluant les entreprises spécialisées et l’agriculture de subsistance; travail agricole saisonnier. Quant aux cultures, elles vont des cultures de base comme le blé et le riz aux cultures spécialisées comme le café et les fruits. En outre, la proportion de jeunes travailleurs et de travailleurs âgés est, en général, plus importante dans le secteur agricole que dans tout autre secteur d’activité. Le présent article décrit les risques pour la santé et mentionne les maladies les plus courantes parmi les travailleurs agricoles, exception faite des éleveurs de bétail dont le cas est traité au chapitre no 70 «L’élevage».
Généralités
L’image que l’on se fait du travail agricole est celle d’une occupation saine que l’on mène loin des centres pollués et encombrés et qui permet de faire le plein d’air frais et beaucoup d’exercice. Dans un certain sens, ce n’est pas faux. Aux Etats-Unis, par exemple, l’ischémie du myocarde et le cancer sont des causes de décès moins fréquentes dans l’agriculture que dans les autres catégories professionnelles.
Le travail agricole n’en est pas moins associé à un certain nombre de risques pour la santé. Les travailleurs agricoles sont des populations à risque en ce qui concerne certaines formes de cancer, de maladies respiratoires et de traumatismes (Sullivan et coll., 1992). En outre, comme le travail agricole est souvent effectué dans des lieux éloignés des agglomérations, l’accès aux services de soins d’urgence est difficile et la médecine agricole n’a pas encore acquis ses lettres de noblesse (voir encadré et tableau 64.12). Les travailleurs agricoles sont exposés à de nombreux risques: conditions climatiques et topographiques; intoxication par les pesticides et les engrais; accidents dus à l’utilisation des machines; exposition aux poussières; etc. Comme le montrent les tableaux 64.13 à 64.19, les divers risques rencontrés peuvent être rattachés à six grandes catégories: 1) troubles respiratoires; 2) affections cutanées; 3) intoxications et affections néoplasiques; 4) traumatismes; 5) contraintes thermiques et mécaniques; 6) troubles du comportement.
Agromédecine et médecine agricole
L’agriculture et la médecine sont des secteurs d’activité étroitement liés depuis les débuts de l’élevage et de la production agricole. Une exploitation agricole ou un élevage sains reposent sur une main-d’œuvre en bonne santé. La famine, la sécheresse et les ravageurs peuvent menacer le bien-être de toutes les espèces présentes sur l’exploitation, particulièrement dans les pays en développement dont la survie dépend essentiellement de la production agricole. A l’ère coloniale déjà, les planteurs devaient prendre des mesures d’hygiène pour protéger leurs cultures, leurs animaux et leur personnel. Aujourd’hui, l’agromédecine s’intéresse à la lutte intégrée contre les ravageurs (approche écologique de la protection phytosanitaire), aux mesures de prévention et de lutte contre la tuberculose bovine (animaux, produits laitiers et travailleurs) et à l’utilisation du génie agricole (réduction de l’incidence des lésions traumatiques et des cas de poumon de fermier). L’agriculture et la médecine donnent d’excellents résultats lorsqu’elles sont bien intégrées.
Définitions
Les termes ci-après sont souvent utilisés indifféremment, bien qu’ils aient des acceptions résolument distinctes:
• La médecine agricole se réfère au domaine de spécialisation de la santé publique ou de la médecine du travail qui fait partie de la formation et de la pratique des professionnels de la santé. • L’agromédecine est un néologisme formé dans les années cinquante dans le but de donner une plus grande importance aux démarches interdisciplinaires et pragmatiques qui privilégient un solide partenariat entre les deux disciplines (médecine et agriculture) et accordent une plus grande place aux professionnels de l’agriculture.
Au cours de ces dernières années, la définition du concept de médecine agricole , comme domaine de spécialisation de la médecine du travail et du milieu ayant déjà sa place dans les facultés des sciences de la santé, a dû être élargie pour inclure la notion d’agromédecine, définie comme un processus réunissant les ressources agricoles et sanitaires d’un Etat ou d’une région en un partenariat voué au service public, selon le modèle des universités créées grâce à une donation foncière du gouvernement.
L’unité essentielle des sciences biologiques est bien connue des chimistes dont les recherches, axées sur la nutrition végétale, animale ou humaine, dépassent l’étroit domaine de leur spécialisation en raison du chevauchement et de l’intégration de leurs travaux.
Champ d’application
L’agromédecine s’intéresse à trois grands domaines d’application:
1. les lésions traumatiques; 2. les affections pulmonaires; 3. les accidents et les affections impliquant des produits chimiques agricoles.
Parmi les autres domaines d’intérêt de l’agromédecine, on citera les zoonoses, les services de santé rurale et autres services communautaires, la salubrité des denrées alimentaires (par exemple, la relation entre nutrition et cancer), l’éducation sanitaire et la protection de l’environnement. Ces divers sujets de préoccupation ont toutefois été relégués au second plan. Les biotechnologies, les enjeux de l’accroissement démographique et la durabilité de la production agricole retiennent aussi l’attention.
Les programmes de recherche et de formation universitaires sont établis, pour chaque domaine clé, en fonction des compétences du corps enseignant, des crédits et des subventions disponibles, des besoins des programmes d’enseignement postscolaire ainsi que des besoins des producteurs agricoles et de l’industrie alimentaire en matière de consultation et de coopération interuniversitaires. Ainsi, les compétences nécessaires pour traiter les lésions traumatiques pourront faire l’objet d’un enseignement dans une faculté de génie agricole conduisant à l’obtention d’un diplôme spécialisé dans cette branche des sciences agronomiques; la pneumopathie par hypersensibilité aux poussières organiques (poumon de fermier) pourra être étudiée dans le cadre d’un internat axé sur la médecine du travail (internat de spécialisation du troisième cycle) ou sur la médecine préventive (conduisant à une licence ou un doctorat en santé publique); un programme interuniversitaire sur la salubrité des denrées alimentaires pourra associer des disciplines comme les sciences vétérinaires, les sciences de l’alimentation et une spécialisation médicale en maladies infectieuses (voir tableau 64.12 pour une comparaison entre deux types de programmes).
Aux Etats-Unis, plusieurs Etats ont mis en place des programmes actifs d’agromédecine: Alabama, Californie, Caroline du Sud, Colorado, Géorgie, Iowa, Kansas, Kentucky, Minnesota, Mississippi, Nebraska, New York, Oregon, Pennsylvanie, Virginie et Wisconsin. D’autres Etats, comme le Michigan, la Floride et le Texas, ont mis en œuvre des programmes qui ne font pas référence aux termes agromédecine ou médecine agricole ou qui sont encore à un stade de développement préliminaire. La province de la Saskatchewan, au Canada, s’est également dotée d’un programme d’agromédecine.
Conclusion
Au-delà d’une collaboration interdisciplinaire dans les sciences dites fondamentales, les collectivités ont besoin de mieux coordonner les compétences agronomiques et médicales dont elles disposent. Un travail spécialisé doit être entrepris et poursuivi au sein d’équipes locales pour mettre en œuvre une stratégie de prévention et d’éducation donnant accès au meilleur ensemble de connaissances scientifiques et de services de proximité que l’on est en droit d’attendre de la part d’une université subventionnée par l’Etat.
Stanley H. Schuman et Jere A. Brittain
Tableau 64.12 Comparaison de deux types de programme d'agromédecine
| Paramètres | Programme A | Programme B | ||
| Site (université) | Médical | Médical et agricole | ||
| Subventionnement | Fédéral, fondation | Etat, fondation | ||
| Recherche | Primaire (fondamentale) | Secondaire (appliquée) | ||
| Education des patients | Oui | Oui | ||
| Formation des producteurs et des travailleurs | Oui | Oui | ||
| Formation des agents de santé | Oui | Oui | ||
| Enseignement périscolaire | Optionnel | Oui | ||
| Formation interdisciplinaire | Optionnel | Oui | ||
| Activités de proximité à l’échelle de l’Etat | Intermittentes | Continuelles (40 heures par semaine) | ||
| Circonscription : viabilité |
Pairs universitaires
Pairs au niveau national Pairs au niveau international |
Producteurs, consommateurs
Professionnels de la santé Médecins ruraux |
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| Prestige (académique) | Oui | Faible | ||
| Croissance (capital, subventions) | Oui | Faible | ||
| Gestion | Propre | En partenariat | ||
| Intérêt principal | Recherche, publications, recommandations de principe | Formation, service public, recherche axée sur les clients | ||
Tableau 64.13 Troubles respiratoires
| Sources d’exposition | Effets sur la santé | ||
| Pollen de céréales, petits fragments de poils d’animaux, antigènes fongiques dans les issues de grains et les plantes, acariens, insecticides organophosphorés | Asthme et rhinites: asthme causé par les immunoglobulines E | ||
| Poussières organiques | Asthme non immunologique (causé par les poussières de céréales) | ||
| Fragments de plantes, endotoxines, mycotoxines | Inflammation des muqueuses | ||
| Insecticides, arsenic, poussières irritantes, ammoniac, vapeurs chimiques, issues de grains (blé, orge) | Bronchospasme, bronchite aiguë et bronchique chronique | ||
| Spores fongiques ou actinomycètes thermophiles libérés par des grains ou du foin moisis, antigènes de moins de 5 µm de diamètre | Pneumopathie par hypersensibilité | ||
| Actinomycètes thermophiles: canne à sucre moisie | Bagassose | ||
| Spores fongiques (au cours du nettoyage des lits de semences) | Poumon des champignonnistes (ouvriers des champignonnières) | ||
| Foin ou compost moisis | Poumon de fermier | ||
| Champignons: écorce d’érable moisie | Poumon des écorceurs d’érable | ||
| Arthropodes: blé infesté | Maladie du charançon du blé | ||
| Débris de plantes, granules d’amidon, moisissures, endotoxines, mycotoxines, spores, champignons, bactéries Gram négatif, enzymes, allergènes, fragments d’insectes, particules de terre, résidus chimiques | Syndrome toxique dû aux poussières organiques | ||
| Poussières de céréales ensilées | Fièvre des céréales | ||
| Moisissures à la surface de l’ensilage | Maladie des ouvriers de silo | ||
| Gaz de décomposition: ammoniac, sulfure d’hydrogène, monoxyde de carbone, méthane, phosgène, chlore, dioxyde de soufre, ozone, paraquat (herbicide), gaz ammoniac (engrais), oxydes d’azote | Réactions pulmonaires aiguës | ||
| Dioxyde d’azote émanant de l’ensilage en fermentation | Maladie des ouvriers de silo | ||
| Vapeurs de soudage | Maladie des fondeurs | ||
| Insuffisance en oxygène dans les espaces clos | Asphyxie | ||
| Poussière de terre dans les régions arides | Fièvre de la vallée (coccidioïdomycose) | ||
| Mycobacterium tuberculosis | Tuberculose (travailleurs migrants) | ||
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Mesures de prévention: ventilation,
élimination ou limitation des poussières, port d’un appareil
respiratoire auxiliaire, contrôle de la moisissure, désaccoutumance
au tabac Sources : Merchant et coll., 1986; Meridian Research, Inc., 1994; Sullivan et coll., 1992; Zejda, McDuffie et Dosman, 1993. |
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Tableau 64.14 Affections cutanées
| Sources d’exposition | Effets sur la santé | ||
| Ammoniac et engrais solides, végétaux, plantes bulbeuses, fumigants, issues d’avoine et d’orge, divers pesticides, savons, produits pétroliers, solvants, hypochlorite, composés phénoliques, liquide amniotique, aliments pour animaux, furazolidone, hydroquinone, halquinol | Dermite de contact irritative | ||
| Acariens | Gale des céréales | ||
| Plantes sensibilisantes (sumac vénéneux ou gui du chêne), divers pesticides (dithiocarbamates, pyréthrines, thioates, thiurames, parathion et malathion) | Dermite allergique de contact | ||
| Manipulation des tulipes et de leurs bulbes | Doigt du manipulateur de tulipes | ||
| Créosote, plantes contenant des furocoumarines | Dermite de photocontact | ||
| Rayonnement solaire, rayonnements ultraviolets | Dermite due au soleil, mélanome, cancer des lèvres | ||
| Milieux chauds et humides | Dermite due à la chaleur | ||
| Feuilles de tabac humides | Intoxication à la nicotine (intoxication par le tabac vert) | ||
| Feu, électricité, produits chimiques acides ou caustiques, engrais solides (hygroscopiques), friction, ammoniac liquéfié | Brûlures | ||
| Morsures et piqûres de guêpes, polistes, abeilles, acariens, frelons, fourmis rouges, araignées, scorpions, mille-pattes, autres arthropodes, serpents | Dermatite causée par les arthropodes, envenimation, maladie de Lyme, paludisme | ||
| Piqûres d’épines et perforation de la peau | Tétanos | ||
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Mesures de prévention: lutte intégrée
contre les ravageurs, vêtements de protection, mesures d’hygiène,
vaccination, lutte contre les insectes, crèmes protectrices Sources : Estlander, Kanerva et Piirilä, 1996; Meridian Research, Inc., 1994; Raffle et coll., 1994; Sullivan et coll., 1992. |
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Tableau 64.15 Intoxications et maladies néoplasiques
| Sources d’exposition | Effets potentiels sur la santé | ||
| Solvants, benzène, vapeurs, fumigants, insecticides (par exemple, organophosphorés, carbamates, organochlorés), herbicides (par exemple, acides phénoxyaliphatiques, bipyridyls, triazines, arsenic, acentanilides, dinitro-toluidine), fongicides (par exemple, thiocarbamates, dicarboximides) | Intoxication aiguë, maladie de Parkinson, névrite périphérique, maladie d’Alzheimer, encéphalopathies aiguës et chroniques, lymphome non hodgkinien, maladie de Hodgkin, myélome multiple, sarcome des tissus mous, leucémies, tumeurs du cerveau, de la prostate, de l’estomac, du pancréas et des testicules, gliome | ||
| Rayonnement solaire | Cancer de la peau | ||
| Dibromochloropropane (DBCP), dibromure d’éthylène | Stérilité (hommes) | ||
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Mesures de prévention: lutte intégrée
contre les ravageurs, port d’un appareil respiratoire autonome,
protection de la peau, application correcte des pesticides,
observation d’un délai d’attente avant de retourner dans les champs
après application de pesticides, étiquetage des récipients,
consignes de sécurité, identification d’éventuelles substances
cancérogènes et consignes d’élimination. Sources : Connally et coll., 1996; Hanrahan et coll., 1996; Meridian Research, Inc., 1994; Pearce et Reif, 1990; Popendorf et Donham, 1991; Sullivan et coll., 1992; Zejda, McDuffie et Dosman, 1993. |
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Tableau 64.16 Traumatismes
| Sources d’exposition | Effets sur la santé | ||
| Collisions entre véhicules, entre machines et véhicules, projections d’objets, chutes, manque d’oxygène, incendies | Accidents mortels et autres | ||
| Tracteurs | Ecrasement de la poitrine, extravasation (perte de fluides — par exemple, hémorragie — et épanchement pleural), strangulation/asphyxie | ||
| Vis à grain | Hypovolémie (perte de sang), sepsis et asphyxie | ||
| Electricité | Electrocution | ||
| Machines et véhicules, ruades et attaques par des animaux de trait, chutes | Accidents non mortels: infection (par exemple, tétanos) | ||
| Ramasseuses-presses | Brûlures par friction, écrasement, accident neurovasculaire, avulsion, fractures, amputation | ||
| Prises de force | Arrachement de la peau ou du cuir chevelu, sectionnement de la main, amputation, traumatismes multiples | ||
| Cueilleuses-dépanouilleuses d’épis de maïs | Blessures aux mains (brûlures par friction, écrasement, avulsion ou sectionnement de la main ou des doigts) | ||
| Incendies et explosions | Brûlures graves ou mortelles, inhalation de fumée | ||
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Mesures de prévention: protections
contre le renversement ou le cabrage des tracteurs, utilisation
correcte des équipements, installation électrique conforme aux
normes en vigueur, prévention des incendies, équipement de
protection individuelle, bon entretien des machines et des locaux de
travail. Sources : Deere & Co., 1994; Meridian Research, Inc., 1994; Meyers et Hard, 1995. |
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Tableau 64.17 Taux des accidents suivis d'arrêt de travail (en %), par sources et types d'accident et par types d'activité survenus aux Etats-Unis en 1993
| Céréales commerciales | Cultures de plein champ | Légumes, fruits, noix | Cultures en pépinière | |||
| Sources d’accident | ||||||
| Tracteurs | 11,0 | 9,7 | – | 1,0 | ||
| Machines | 18,2 | 18,6 | 25,1 | 12,5 | ||
| Bétail | 11,0 | 12,1 | 1,7 | – | ||
| Outils à main | 13,4 | 13,0 | 19,3 | 3,8 | ||
| Outils à moteur | 4,3 | 4,6 | 0,4 | 17,9 | ||
| Pesticides/produits chimiques | 1,3 | 2,8 | 0,4 | 0,5 | ||
| Plantes, arbres | 2,2 | 3,1 | 7,4 | 4,6 | ||
| Lieux de travail | 11,5 | 11,6 | 6,8 | 5,1 | ||
| Camions, automobiles | 4,7 | 1,4 | 1,5 | – | ||
| Autres véhicules | 3,6 | – | 3,5 | – | ||
| Liquides | 3,1 | 1,0 | – | – | ||
| Autres | 15,6 | 22,2 | 34,0 | 54,5 | ||
| Types d’accident | ||||||
| Entorses/foulures | 20,5 | 23,5 | 39,3 | 38,0 | ||
| Coupures | 16,4 | 32,3 | 18,9 | 21,7 | ||
| Fractures | 20,3 | 6,5 | 4,3 | 5,6 | ||
| Contusions | 9,3 | 9,5 | 12,6 | 14,8 | ||
| Ecrasement | 10,4 | 2,6 | 2,4 | 1,0 | ||
| Autres | 23,1 | 25,6 | 22,5 | 18,9 | ||
| Types d’activité | ||||||
| Entretien de l’exploitation | 23,8 | 19,1 | 10,8 | 33,3 | ||
| Travail aux champs | 17,2 | 34,6 | 34,0 | 38,2 | ||
| Manutention des cultures | 14,1 | 13,8 | 9,4 | 7,7 | ||
| Gestion du bétail | 17,1 | 14,7 | 5,5 | 3,2 | ||
| Entretien des machines | 22,6 | 10,1 | 18,0 | – | ||
| Autres | 5,1 | 7,5 | 22,3 | 17,6 | ||
| Source: Meyers, 1997. | ||||||
Tableau 64.18 Contraintes thermiques et mécaniques
| Sources | Effets sur la santé | Interventions | |||
| Suractivité des tendons, étirements, force excessive | Affections des tendons (tendinite, ténosynovite) | Conception ergonomique, réduction des vibrations, vêtements chauds, pauses | |||
| Mouvements répétitifs, mauvaise position du poignet | Syndrome du canal carpien | ||||
| Vibrations des mains | Syndrome de Raynaud | ||||
| Mouvements répétitifs, force intense, mauvaise posture de travail, vibrations à l’ensemble du corps | Dégénérescences, douleurs lombaires, hernies discales, affections des systèmes nerveux périphérique, vasculaire, gastro-intestinal et vestibulaire | ||||
| Bruits de machines et de moteurs | Pertes d’audition | Lutte contre le bruit, protection de l’ouïe | |||
| Accélération du métabolisme, hautes températures, forte humidité, eau et électrolytes insuffisants | Crampes de chaleur, épuisement dû à la chaleur, insolation | Eau potable, pauses, protection solaire | |||
| Basses températures, vêtements mouillés | Gelures superficielles, engelures, gelures, hypothermie systémique | Vêtements chauds et secs, dégagement calorifique lié au mouvement | |||
| Source : Meridian Research, Inc., 1994. | |||||
Tableau 64.19 Troubles du comportement
| Sources | Effets sur la santé | Mesures de prévention | |||
| Isolement, difficultés économiques, conflits de générations, violence, abus de drogues, inceste, pesticides, risques inconsidérés, attitudes patriarcales, climat instable, immobilité | Dépression, anxiété, incapacité de réagir, suicide | Diagnostic précoce, soutien psychologique, responsabilisation, contrôle des pesticides, cellules de soutien au niveau de la communauté | |||
| Tuberculose, maladies sexuellement transmissibles (travailleurs migrants) | Maladies interpersonnelles | Diagnostic précoce, vaccination, utilisation de préservatifs | |||
| Sources : Boxer, Burnett et Swanson, 1995; Davies, 1995; Meridian Research, Inc., 1994; Parrón, Hernández et Villanueva, 1996. | |||||
Les troubles respiratoires
Les travailleurs agricoles sont sujets à des troubles respiratoires liés à divers types d’exposition professionnelle comme le montre le tableau 64.13. L’incidence de ce type d’affections est particulièrement marquée dans certains pays.
L’aggravation de l’asthme dû à des allergènes spécifiques et autres causes non spécifiques est associée à la présence de poussières en suspension dans l’air et d’autres agents tels que le pollen, les acariens qui foisonnent dans les structures de stockage et les issues de grains. L’inflammation des muqueuses est une réaction fréquente aux poussières chez les personnes souffrant de rhinites allergiques ou ayant des antécédents d’atopie. Le matériel végétal contenu dans les issues de grains semble être capable de provoquer des irritations mécaniques oculaires, tandis que l’exposition aux endotoxines et aux mycotoxines peut également être responsable de réactions inflammatoires au niveau des yeux, des voies nasales et de la gorge.
La bronchite chronique est plus fréquente chez les travailleurs agricoles que dans le reste de la population. La majorité des agriculteurs atteints de cette maladie ont des antécédents d’exposition aux issues de grains ou ont travaillé dans des porcheries industrielles. La cigarette paraît être un élément favorisant les maladies de ce type. On observe des cas de bronchite aiguë chez les céréaliers, surtout pendant les périodes de récolte.
La pneumopathie par hypersensibilité (alvéolite allergique extrinsèque) est provoquée par une exposition répétée à des antigènes d’un certain nombre de substances. Ces antigènes comprennent des micro-organismes que l’on trouve dans le foin, le grain ou l’ensilage moisis. Cette pathologie s’observe aussi chez les travailleurs qui nettoient les lits de semences dans les champignonnières.
Le syndrome toxique dû aux poussières organiques a tout d’abord été associé à l’exposition à des produits d’ensilage moisis; une maladie similaire est associée à l’exposition aux issues de grains. Ce syndrome apparaît sans qu’il y ait sensibilisation préalable, comme c’est le cas pour la pneumopathie par hypersensibilité. Son épidémiologie n’est pas encore bien définie.
Les travailleurs agricoles peuvent être exposés à différentes substances pouvant causer des réactions pulmonaires aiguës. Le dioxyde d’azote présent dans les silos à grains peut provoquer la mort des travailleurs qui s’y trouvent. Emis par diverses sources de combustion, notamment les appareils de chauffage et les moteurs à combustion, le monoxyde de carbone peut provoquer lui aussi des accidents mortels chez les travailleurs exposés à de fortes concentrations de ce gaz à l’intérieur des bâtiments. Enfin, outre l’exposition aux substances toxiques, le manque d’oxygène dans les espaces confinés des exploitations agricoles constitue un problème permanent.
Au cours des processus de transformation auxquels ils sont soumis, de nombreux végétaux sont à l’origine d’affections pulmonaires. On peut citer, par exemple, la pneumopathie par hypersensibilité causée par le malt moisi (provenant de l’orge), les poussières de paprika ou celles de café. La byssinose est provoquée par les poussières de coton, de lin et de chanvre. Un certain nombre de produits naturels subissant des opérations de transformation sont également associés à l’asthme professionnel: les gommes végétales, les graines de lin, le ricin, les graines de soja, les grains de café, les produits céréaliers, la farine, les racines d’iris, la poussière de tabac et la papaïne (Merchant et coll., 1986; Meridian Research, Inc., 1994; Sullivan et coll., 1992).
Les affections cutanées
Les travailleurs agricoles sont exposés à un certain nombre d’affections cutanées comme le montre le tableau 64.14; les plus fréquentes sont les dermites irritantes de contact. La dermite allergique de contact est une réaction à l’exposition à des sensibilisateurs comme certaines plantes et pesticides. D’autres affections cutanées comprennent les dermites dues à l’exposition au soleil, à la chaleur, aux arthropodes et aux rayonnements ultraviolets ainsi que les dermites de photocontact.
Des brûlures peuvent être provoquées de différentes manières, par exemple par les engrais solides qui sont hygroscopiques (Deere & Co., 1994) et brûlent la peau en absorbant son humidité par simple contact. L’ammoniac liquéfié est utilisé pour injecter de l’azote dans le sol où il se transforme en gaz et se combine immédiatement avec l’humidité ambiante. Si le liquide ou le gaz entre en contact avec la peau, surtout avec les yeux et l’appareil respiratoire, il peut entraîner une destruction des cellules ou des brûlures ainsi que des lésions irréversibles en l’absence de traitement rapide.
Dans la culture du tabac, les travailleurs risquent de contracter la maladie du tabac vert en manipulant le tabac humide. L’eau de pluie ou la rosée déposée sur les feuilles de tabac dissout probablement la nicotine et facilite son absorption par la peau. Cette maladie se manifeste par des céphalées, une pâleur, des nausées, des vomissements et un état de prostration.
Parmi les lésions cutanées, il faut citer les morsures de serpents, les piqûres d’insectes et autres arthropodes et les écorchures d’épines qui transmettent des maladies.
Les intoxications et les maladies néoplasiques
Les risques d’exposition à des substances toxiques dans le milieu agricole sont nombreux, comme l’indique le tableau 64.15. Les produits chimiques utilisés en agriculture comprennent les engrais, les pesticides (insecticides, fumigants et herbicides) et les combustibles. L’exposition aux pesticides est un risque très fréquent, aussi bien dans les pays en développement que dans les pays industriels. Aux Etats-Unis, on a recensé plus de 900 pesticides commercialisés sous plus de 25 000 marques différentes; l’agriculture en utilise environ 65%. On les emploie principalement pour lutter contre les insectes et pour réduire les pertes de récolte. Deux tiers (en poids) des pesticides sont des herbicides. On les applique sur les semences, les sols, les plantes ou les récoltes, généralement à l’aide de pulvérisateurs ou d’avions-poudreurs. Après application, l’exposition aux pesticides peut résulter d’effluents gazeux, de la dispersion des produits par le vent ou d’un contact de la peau ou des vêtements avec les plantes traitées. L’exposition par voie dermique est le type d’exposition le plus fréquent. Un certain nombre de conditions pathologiques sont associées à l’exposition aux pesticides, parmi lesquelles on peut citer diverses affections aiguës, chroniques, cancéreuses, immunologiques ou neurotoxiques ainsi que des troubles de la reproduction.
Les travailleurs du secteur agricole sont davantage exposés que ceux des autres secteurs d’activité à certains cancers localisés au niveau du cerveau, de l’estomac, du système lymphatique, de la moelle osseuse, des lèvres, de la prostate et de la peau. L’exposition au rayonnement solaire et aux pesticides (surtout aux herbicides) entraîne un risque de cancer plus marqué chez les populations agricoles (Meridian Research, Inc., 1994; Popendorf et Donham, 1991; Sullivan et coll., 1992).
Les traumatismes
Selon la plupart des études, les travailleurs agricoles sont des populations à haut risque en ce qui concerne les accidents mortels. Aux Etats-Unis, selon une étude sur les accidents mortels du travail survenus entre 1980 et 1989, le taux de mortalité enregistré dans le milieu agricole était de 22,9 pour 100 000 travailleurs contre 7,0 pour l’ensemble des catégories professionnelles. Les taux moyens de mortalité pour les hommes et les femmes étaient respectivement de 25,5 et 1,5 pour 100 000 travailleurs agricoles. Les causes principales de décès dans le secteur agricole sont liées à l’utilisation de machines et de véhicules à moteur. D’après de nombreuses études, le tracteur est l’engin qui est à l’origine du plus grand nombre d’accidents mortels, le plus souvent par renversement ou retournement. D’autres causes majeures d’accidents mortels sont l’électrocution, le happement, les objets projetés, l’environnement et la noyade. L’âge est un facteur de risque important chez les travailleurs agricoles de sexe masculin. Aux Etats-Unis, par exemple, le taux de mortalité chez les travailleurs agricoles âgés de plus de 65 ans était d’environ 50 cas pour 100 000 travailleurs, soit plus du double de la moyenne générale (Meyers et Hard, 1995) (voir figure 64.40). Le tableau 64.16 dresse une liste des sources possibles de traumatismes et de leurs conséquences.
Figure 64.40 Taux d'accidents mortels chez les travailleurs agricoles aux Etats-Unis, 1980-1989

Selon une étude réalisée en 1993 aux Etats-Unis, les accidents du travail dans l’agriculture étaient principalement causés par le bétail (18%), les machines (17%) et les outils à main (11%). Les entorses et les foulures (26%), les coupures (18%) et les fractures (15%) représentaient les types d’accidents les plus fréquents. Dans 95% des cas, les victimes étaient des travailleurs de sexe masculin , la majorité appartenant à la tranche d’âge 30-39 ans. Le tableau 64.17 indique les sources et la nature des traumatismes dans quatre grands secteurs d’activités agricoles. Aux Etats-U, le Conseil national de la sécurité (National Safety Council) estimait à 13,2% le taux d’incidence des accidents et des maladies liés au travail parmi les travailleurs agricoles en 1992. Plus de la moitié de ces accidents et maladies avaient entraîné un arrêt de travail de 39 jours en moyenne. En revanche, chez les travailleurs des secteurs de la fabrication et du bâtiment, ces taux étaient respectivement de 10,8 et 5,4%. Selon une autre étude réalisée aux Etats-Unis, 65% de tous les accidents survenus dans les exploitations agricoles avaient nécessité des soins médicaux, et près de la moitié de ceux qui ont entraîné une incapacité permanente avaient été causés par des machines autres que les tracteurs (Meridian Research, Inc., 1994; Boxer, Burnett et Swanson, 1995).
Les contraintes thermiques et mécaniques
Comme le montre le tableau 64.18, les travailleurs agricoles sont exposés à certaines contraintes thermiques et mécaniques pouvant entraîner des accidents. Un grand nombre de ces contraintes sont liées à la manutention de lourdes charges, à des mouvements répétitifs et dynamiques et à des postures inconfortables. De plus, les conducteurs d’engins agricoles sont exposés à des vibrations transmises au corps entier. Une étude rapporte un taux de prévalence de lombalgies de plus de 10% chez les conducteurs de tracteurs.
Les pertes d’audition consécutives à l’exposition au bruit sont fréquentes; une étude signale que les travailleurs âgés de plus de 50 ans présentent une perte d’audition pouvant aller jusqu’à 55%. Une étude portant sur les étudiants en milieu rural montre qu’ils souffrent deux fois plus de déficits auditifs que les étudiants en milieu urbain.
Les travailleurs agricoles sont également exposés à des températures extrêmes. Il peut s’agir d’ambiances très chaudes et humides comme celles qui prévalent quasiment tout au long de l’année dans les régions tropicales et subtropicales et, pendant l’été, dans les zones tempérées. De telles conditions sont extrêmement propices aux contraintes thermiques, aux coups de chaleur et aux insolations. A l’inverse, le froid très intense auquel peuvent être exposés les travailleurs des régions tempérées pendant l’hiver peut être à l’origine d’engelures, voire de décès par hypothermie (Meridian Research, Inc., 1994).
Les troubles du comportement
Certains aspects de l’activité agricole peuvent être des facteurs de stress pour les travailleurs. Comme le montre le tableau 64.19, ces facteurs peuvent avoir diverses origines: isolement, prise de risques inconsidérés, attitudes patriarcales, exposition aux pesticides, difficultés économiques, intempéries ou encore immobilité. Les problèmes qui leur sont associés vont des dysfonctionnements dans les relations et des conflits à la consommation de stupéfiants, à la violence domestique et au suicide. La plupart des suicides ayant suivi des crises dépressives dans les exploitations agricoles américaines ont touché des sujets mariés travaillant à plein temps; la plupart d’entre eux se sont servis d’armes à feux pour mettre fin à leurs jours. Les suicides surviennent souvent au cours des périodes de pointe saisonnières (Boxer, Burnett et Swanson, 1995).
Les travailleurs agricoles migrants sont très exposés à la tuberculose. Dans les milieux où la population agricole est surtout masculine, on redoutera plus particulièrement les maladies sexuellement transmissibles. Dans cette même catégorie de travailleurs, les femmes doivent faire face à des problèmes périnataux et à des taux de mortalité infantile ou néonatale importants. Elles n’ont par ailleurs qu’une perception partielle des risques professionnels auxquels elles sont exposées. La population des travailleurs migrants agricoles a fait l’objet d’études portant sur de nombreux aspects liés au comportement, notamment les mauvais traitements infligés aux enfants, la violence domestique, la consommation de stupéfiants, les troubles mentaux et les maladies causées par le stress (BIT, 1994).
LES PROBLÈMES D’ENVIRONNEMENT ET DE SANTÉ PUBLIQUE DANS LE SECTEUR AGRICOLE
La poussée démographique ne fait que s’accroître et s’accompagne d’une demande toujours plus importante de produits alimentaires, mais la population sans cesse plus nombreuse fait aussi une utilisation accrue des terres arables à des fins non agricoles. Pour nourrir cette population, plusieurs options se présentent aux agriculteurs: ceux-ci ont notamment le choix entre l’accroissement des rendements, la valorisation des terres incultes et la réduction, voire l’arrêt complet de la destruction des terres agricoles existantes. Au cours des 25 dernières années, le monde a fait l’expérience de la «révolution verte», notamment en Amérique du Nord et en Asie. Cette révolution s’est traduite par une augmentation considérable de la production alimentaire, production stimulée par la mise au point de nouvelles souches génétiques plus productives, l’emploi accru d’engrais et de pesticides et le recours croissant à la mécanisation. La nécessité d’accroître encore cette production se heurte, d’une certaine manière, à celle de relever un certain nombre de défis visant l’environnement et la santé publique: lutte contre la pollution et l’appauvrissement des sols, mise au point de nouvelles méthodes de lutte contre les ravageurs, promotion de l’agriculture durable, réduction du travail des enfants et élimination de la culture des plantes servant à fabriquer des drogues illicites.
L’eau et les mesures de conservation des eaux
La pollution de l’eau est le plus grave de tous les problèmes liés à l’environnement. L’agriculture est largement responsable de cette situation puisqu’elle favorise la pollution par l’accumulation de sédiments et de sels et par l’utilisation d’engrais et de pesticides. Le ruissellement de sédiments conduit à l’érosion des sols aux dépens de la production agricole. Le remplacement naturel de 2,5 cm de couche arable à partir de la roche mère et des matériaux de surface est un processus qui s’étale sur une durée de 200 à 1 000 ans, durée extrêmement longue à l’échelle humaine.
La sédimentation dans les cours d’eau, lacs et estuaires accroît la turbidité de l’eau, phénomène qui se traduit par une diminution de la lumière dont les plantes aquatiques submergées ont besoin et menace gravement, en outre, les espèces qui dépendent de ce type de végétation. Elle envahit aussi les voies fluviales et les retenues artificielles, augmentant les coûts de dragage et réduisant la capacité de stockage des sources d’approvisionnement en eau, des systèmes d’irrigation et des centrales hydroélectriques. Les résidus d’engrais, tant synthétiques que naturels, apportent à l’eau phosphore, nitrates et autres éléments nutritifs qui stimulent le développement d’algues, menaçant les plans d’eau d’une éventuelle eutrophisation et risquant de décimer les populations de poissons. Les pesticides, en particulier les herbicides, contaminent les eaux de surface et ne sont que très partiellement éliminés par les systèmes conventionnels de traitement de l’eau en aval des cours d’eau. En outre, ils contaminent les aliments et le fourrage. Les eaux souterraines sont une source d’eau potable pour de nombreuses populations; elles servent aussi à abreuver les animaux et à irriguer les cultures. Elles sont également contaminées par les pesticides et par les nitrates provenant des engrais.
L’irrigation a certes permis d’étendre la production agricole à des régions où l’exploitation intensive était auparavant impossible, mais elle a aussi des retombées négatives. Les nappes aquifères s’épuisent là où les quantités d’eau souterraine puisées sont telles qu’elles excèdent leur capacité de se reconstituer; il peut aussi en résulter un affaissement des sols. Dans les régions arides, l’irrigation est en partie responsable de la minéralisation et de la salinisation des terres et de l’eau, en même temps qu’elle épuise les cours d’eau. Des mesures d’exploitation rationnelle et de conservation des eaux peuvent contribuer à limiter l’impact de ces divers phénomènes (National Research Council (NRC), 1989).
La lutte contre les ravageurs
Au lendemain de la deuxième guerre mondiale, l’utilisation des pesticides organiques synthétiques (fumigants, insecticides, herbicides et fongicides) connut un succès considérable mais s’accompagna très vite d’une pléthore d’interrogations. Les producteurs virent d’abord dans les pesticides synthétiques à large spectre une solution aux problèmes que posaient les vermines et autres fléaux qui ravageaient les cultures depuis toujours. Toutefois, leur utilisation a fait apparaître des problèmes de santé chez les humains et a exercé un impact préjudiciable important sur l’environnement. Ainsi, les hydrocarbures chlorés subsistent dans le sol et s’accumulent dans l’organisme des poissons, des coquillages et des oiseaux. Il y a lieu de noter que la charge corporelle d’hydrocarbures chez les animaux a baissé dans les communautés qui ont éliminé ou limité l’utilisation de ces produits.
L’application des pesticides a eu des effets délétères sur des espèces autres que celles qui étaient visées. De plus, les ravageurs peuvent acquérir une résistance à ces produits et l’on connaît aujourd’hui de nombreux exemples d’espèces résistantes qui sont devenues des prédateurs encore plus virulents. Les producteurs doivent donc envisager de nouveaux moyens de lutte contre les ravageurs. La lutte intégrée fait partie des moyens d’action basés sur des principes écologiquement rationnels; elle se fonde sur des méthodes de lutte chimique et biologique, les moyens chimiques étant utilisés dans la mesure où ils ne s’opposent pas, ou le moins possible, aux moyens biologiques. En fait, ce système de protection des cultures vise moins à éliminer les insectes et les plantes nuisibles qu’à endiguer leur prolifération à un niveau n’ayant aucune incidence dommageable sur l’économie (NRC, 1989).
Aujourd’hui, on exploite de plus en plus des cultures transgéniques (voir tableau 64.20), mais les bons résultats obtenus ne peuvent occulter les risques qu’elles présentent. Parmi les aspects positifs de ces manipulations génétiques, on citera le cas d’une variété de coton à laquelle on a incorporé un gène de résistance aux insectes. Cette souche, maintenant utilisée aux Etats-Unis, ne nécessite plus qu’une seule application d’insecticides, au lieu des cinq ou six applications précédemment requises. La plante produit son propre insecticide, réduisant ainsi les coûts d’application et la contamination de l’environnement. Toutefois, les ravageurs développent une résistance à ces nouvelles formes de pesticides. Lorsqu’un petit nombre de ravageurs survit à un pesticide synthétique, ils peuvent lui devenir résistants. Les ravageurs les plus virulents peuvent ainsi subsister et ce nouveau type de fléau, en s’étendant de cultures en cultures, peut prendre des proportions considérables. Ainsi, une variété de coton génétiquement modifiée permet actuellement de lutter contre le charançon des capsules de coton. Mais un charançon résistant est apparu, et il se pourrait que 200 autres cultures soient attaquées par ce ravageur devenu insensible au pesticide (Toner, 1996).
Tableau 64.20 Cultures transgéniques
| Cultures | Variétés | ||
| Colza | Une variété modifiée pour produire une huile riche en acide laurique | ||
| Coton | Trois variétés résistantes aux insectes et aux herbicides | ||
| Courges | Une variété résistante à deux virus | ||
| Graines de soja | Une variété résistante aux herbicides | ||
| Maïs | Deux variétés résistantes aux insectes | ||
| Pommes de terre | Une variété résistante aux insectes | ||
| Tomates | Cinq variétés à mûrissage étalé dans le temps et à peau plus épaisse | ||
| Source : Toner, 1996. | |||
L’agriculture durable
En raison des inquiétudes que suscitent aujourd’hui les problèmes économiques et écologiques, de nouvelles méthodes de production commencent à être mises en place pour réduire le coût des intrants, conserver les ressources naturelles et protéger la santé des êtres humains. Ces nouvelles méthodes privilégient la gestion rationnelle des ressources, les relations biologiques et les processus naturels.
En 1987, la Commission mondiale sur l’environnement et le développement a défini la notion de développement durable comme étant un développement pouvant répondre «aux besoins et aspirations des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre à leurs propres besoins» (Myers, 1992). Dans son sens le plus large, une agriculture durable fournit en quantités suffisantes des produits alimentaires de qualité, protège les ressources et l’environnement tout en étant rentable. Les risques pour la santé humaine sont abordés dans le cadre d’une approche fondée sur des systèmes. Le concept d’agriculture durable repose sur une autre notion qui est celle de la sécurité sur les lieux de travail. Par agriculture durable, il faut entendre aussi l’utilisation rationnelle de toutes les ressources dont on peut disposer, c’est-à-dire la terre, l’eau, les engrais, les pesticides, les bâtiments agricoles, les animaux, le capital et le crédit, sans oublier les personnes qui font partie de la communauté agricole.
Le travail des enfants et des travailleurs migrants
Dans le monde entier, les pays industriels ne faisant pas exception à la règle, les enfants participent aux tâches agricoles. Deux millions d’enfants âgés de moins de 19 ans vivent dans des exploitations agricoles aux Etats-Unis et l’on estime à quelque 100 000 le nombre de ceux qui sont blessés chaque année par suite d’accidents liés aux travaux agricoles. Ce sont généralement des enfants de producteurs ou de travailleurs agricoles (National Committee for Childhood Agricultural Injury Prevention, 1996). L’agriculture est l’un des rares secteurs d’activité économique, tant dans les pays développés que dans ceux en développement, où les enfants sont autorisés à effectuer des travaux d’adultes. Les enfants sont aussi exposés à certains risques quand ils accompagnent leurs parents au travail ou leur rendent visite pendant leurs loisirs. Les causes principales d’accidents sont les tracteurs, les machines agricoles, le bétail, les bâtiments et les chutes. Les enfants sont aussi exposés aux pesticides, aux combustibles, aux vapeurs nocives, aux substances irritantes en suspension dans l’air, au bruit, aux vibrations, aux zoonoses et au stress. On emploie des enfants dans les plantations du monde entier; ils travaillent avec leurs parents au sein d’une équipe rémunérée à la tâche et au titre de travailleurs migrants; ils sont parfois recrutés directement pour accomplir certaines tâches sur les plantations (BIT, 1994).
Les problèmes et les conditions de vie et de travail des travailleurs migrants et des enfants sont traités dans une autre section du présent chapitre et dans d’autres chapitres de l’Encyclopédie.
La culture des plantes servant à fabriquer des drogues illicites
Certaines plantes n’apparaissent pas dans la littérature officielle, car elles sont illicites. Elles sont cultivées pour produire des stupéfiants destinés à la consommation humaine. Ces substances ont le pouvoir d’altérer les capacités de jugement, elles engendrent la toxicodépendance et peuvent entraîner la mort. De plus, la culture de ces plantes dérobe aux terres leur potentiel de production agroalimentaire. Parmi ces plantes, on trouve le pavot (utilisé pour la production d’opium et d’héroïne), les feuilles de coca (utilisées pour la production de cocaïne et de crack) et le cannabis ou chanvre indien (utilisé pour la production de marijuana). Depuis 1987, la production mondiale de pavot et de coca s’est accrue, mais celle du cannabis a baissé, comme le montre le tableau 64.21. Le commerce de drogues illicites comprend cinq étapes entre le producteur et le consommateur: la culture, la transformation, le transit, la distribution en gros et la vente au détail. Pour enrayer l’approvisionnement en drogues illicites, les gouvernements essaient de concentrer leurs efforts sur l’éradication de la production. Ainsi, la destruction de 200 hectares de coca peut priver le marché de la drogue d’environ une tonne de cocaïne raffinée pendant deux ans, c’est-à-dire le temps requis pour reconstituer le stock à partir d’une nouvelle récolte. Bien que certains gouvernements s’y opposent, l’épandage d’herbicides par voie aérienne constitue l’un des moyens de lutte les plus efficaces. L’éradication manuelle constitue une autre option, mais elle expose les travailleurs à des réactions violentes de la part des producteurs (US Department of State, 1996). Certaines des plantes considérées ont cependant un usage légal; on fabrique la morphine et la codéine à partir de l’opium, par exemple. L’exposition à leurs poussières peut entraîner des risques d’intoxication sur les lieux de travail (Klincewicz et coll., 1990).
Tableau 64.21 Cultures illicites, 1987, 1991 et 1995
| Cultures | Produits | Hectares cultivés | ||||
| 1987 | 1991 | 1995 | ||||
| Pavot | Opiacés | 112 585 | 226 330 | 234 214 | ||
| Coca (feuilles) | Cocaïne | 175 210 | 206 240 | 214 800 | ||
| Cannabis | Marijuana | 24 423 | 20 919 | 12 205 | ||
| Source : US Department of State, 1996. | ||||||
| Algérie mon beau pays | |