
LA PROTECTION RADIOLOGIQUE
Cet article décrit quelques aspects des programmes de protection radiologique. L’objet de la radioprotection est d’éliminer ou de minimiser les effets nocifs des rayonnements ionisants et des matières radioactives sur les travailleurs, le public et l’environnement, tout en profitant de leurs applications bénéfiques.
La plupart des programmes de radioprotection n’auront pas à inclure chacun des éléments décrits ci-dessous, la conception de chacun dépendant du type de rayonnements ionisants en cause et de la façon dont ils sont utilisés.
Les principes de radioprotection
La Commission internationale de protection radiologique (CIPR) a proposé que l’utilisation des rayonnements ionisants et l’application des normes de sécurité radiologique se fondent sur les principes suivants:
1. aucune pratique impliquant une exposition aux rayonnements ne doit être adoptée à moins qu’elle n’apporte des avantages suffisants aux individus exposés ou à la société qui compensent largement le détriment radiologique qu’elle induit (justification des pratiques) ; 2. pour toute source associée à une pratique, le niveau des doses individuelles, le nombre de personnes exposées, ainsi que la probabilité de subir des expositions, en cas d’incertitude au sujet de ces dernières, doivent être maintenus aussi bas qu’il est raisonnablement possible, compte tenu des facteurs économiques et sociaux (principe ALARA (As Low As Reasonably Achievable)). Cette condition devrait s’appliquer compte tenu d’une restriction des doses individuelles (contraintes de dose), afin de limiter les effets inéquitables susceptibles de résulter des jugements économiques et sociaux associés à la pratique en question (optimisation de la radioprotection) . 3. L’exposition des individus qui résulte de la combinaison de toutes les pratiques en cause doit être soumise à des limites de dose ou à une certaine limitation du risque dans le cas d’expositions potentielles. Ces limites ont pour but d’assurer qu’aucun individu ne soit exposé à des risques radiologiques jugés inacceptables du fait de ces pratiques dans des circonstances normales. Toutes les sources ne sont pas susceptibles d’être maîtrisées par des actions à la source et il est donc nécessaire de spécifier celles qui doivent être prises en compte avant de fixer une limite de dose (limitation des expositions individuelles) .
Les normes de sécurité radiologique
Il existe des normes d’exposition aux rayonnements pour les travailleurs et le public ainsi que des normes portant sur les limites annuelles d’incorporation (LAI) de radionucléides. Des normes relatives aux concentrations de radionucléides dans l’air et dans l’eau peuvent être calculées à partir des LAI.
La Commission internationale de protection radiologique (CIPR) a publié des listes complètes de LAI et de concentrations correspondantes de radionucléides dans l’air et dans l’eau. Un résumé des limites de dose recommandées figure dans le tableau 48.15.
Tableau 48.15 Limites de dose recommandées par la Commission internationale de protection radiologique (CIPR) (1)
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Application |
Limite de dose | |||
| Travailleurs | Public | |||
| Dose efficace | 20 mSv par an, moyenne sur 5 années consécutives (2) | 1 mSv par an (3) | ||
| Equivalent de dose annuel pour différents organes et tissus | ||||
| Cristallin | 150 mSv | 15 mSv | ||
| Peau (4) | 500 mSv | 50 mSv | ||
| Mains et pieds | 500 mSv | |||
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(1) Les limites s’appliquent à la somme des doses applicables provenant de sources externes durant la période indiquée, et de la dose engagée sur 50 ans (jusqu’à 70 ans pour les enfants) incorporée pendant la même période. (2) En outre, la dose efficace ne doit pas dépasser 50 mSv pour une année donnée. D’autres restrictions s’appliquent à l’exposition professionnelle des femmes enceintes. (3) Dans des circonstances particulières, on peut admettre une dose efficace supérieure pour une année donnée, pourvu que la moyenne sur 5 ans ne dépasse pas 1 mSv par an. (4) La limite de la dose efficace suffit pour protéger la peau contre les effets stochastiques. Une limite supplémentaire est nécessaire pour les expositions localisées afin de prévenir les effets déterministes. |
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La dosimétrie
La dosimétrie permet de déterminer les équivalents de dose que les travailleurs reçoivent par suite de l’exposition subie dans des zones d’irradiation externe . Les dosimètres se distinguent par le type du dispositif, le genre de rayonnement qu’il est conçu pour mesurer et la partie du corps pour laquelle la dose absorbée doit être indiquée.
Trois principaux types d’appareils sont d’un usage courant: les dosimètres thermoluminescents, les dosimètres à film et les chambres d’ionisation. Parmi les autres types (que nous n’examinons pas ici), il y a lieu de signaler les détecteurs solides de trace à fission («fission foil»), de traces («track-etch») et à bulle plastique («plastic bubble») d’Apfel (dosimètre individuel).
Les dosimètres thermoluminescents sont les plus courants des dosimètres individuels. Ils tirent parti du fait que certaines substances ayant absorbé l’énergie de rayonnements ionisants peuvent la conserver pour la restituer plus tard sous forme de lumière lorsqu’elles sont chauffées. La quantité de lumière émise est, dans une grande mesure, directement proportionnelle à l’énergie absorbée provenant du rayonnement ionisant et, par conséquent, à la dose absorbée par la substance. Cette proportionnalité se maintient sur une très large plage d’énergie et de débit de dose absorbée.
Un équipement spécial est nécessaire pour traiter les dosimètres thermoluminescents parce que la lecture détruit l’information qu’ils contiennent. Par contre, un traitement approprié permet de s’en servir à nouveau.
Les substances utilisées dans ces dosimètres doivent être transparentes à la lumière qu’elles émettent. Les plus courantes sont le fluorure de lithium (Fli) et le fluorure de calcium (F2Ca), qui sont parfois dopés ou dotés d’une composition isotopique précise pour servir à des fins particulières, comme la dosimétrie des neutrons.
Beaucoup de dosimètres comportent plusieurs pastilles thermoluminescentes associées chacune à un filtre différent permettant de distinguer divers types de rayonnement et valeurs d’énergie.
Les dosimètres à film étaient les plus courants parmi les appareils destinés au personnel avant l’arrivée des dosimètres thermoluminescents. Le degré de noircissement de la pellicule dépend de l’énergie ionisante absorbée, mais la relation n’est pas linéaire. La réaction de la pellicule dépend davantage de la dose totale absorbée, du débit de dose absorbée et de l’énergie de rayonnement que dans le cas des dosimètres thermoluminescents, ce qui en limite le champ d’application. Cependant, le dosimètre à film a l’avantage de produire une preuve permanente de la dose absorbée à laquelle il a été exposé.
On peut recourir à diverses émulsions photographiques et à différentes gammes de filtres à des fins particulières, telles que la dosimétrie des neutrons. Comme dans le cas des dosimètres thermoluminescents, un équipement spécial est nécessaire pour effectuer correctement les analyses.
La pellicule photographique est en général beaucoup plus sensible à l’humidité et à la température ambiantes que les substances thermoluminescentes et peut donc donner des lectures faussement élevées dans des conditions défavorables. D’un autre côté, les équivalents de dose indiqués par les dosimètres thermoluminescents peuvent être faussés par un choc, par exemple si on les laisse tomber sur une surface dure.
Seuls les plus grands établissements ont leurs propres services de dosimétrie. La plupart des autres obtiennent ces services en s’adressant à des entreprises spécialisées. Il importe alors de s’assurer que ces entreprises sont autorisées ou accréditées par une autorité indépendante d’une compétence reconnue.
Des petites chambres d’ionisation à lecture directe, appelées «chambres de poche», servent à obtenir une information dosimétrique immédiate, notamment lorsque des travailleurs doivent entrer dans des zones hautement ou très hautement radioactives où ils peuvent recevoir d’importantes doses absorbées en un court laps de temps. Les chambres de poche sont souvent étalonnées sur place. Comme elles sont très sensibles aux chocs, il faudrait toujours les utiliser en sus de dosimètres thermoluminescents ou à film, qui sont plus précis et sûrs, mais ne donnent pas d’indications immédiates.
La dosimétrie est nécessaire lorsqu’un travailleur a une probabilité raisonnable d’accumuler un certain pourcentage, d’ordinaire 5 à 10%, de l’équivalent de dose maximale admissible pour le corps entier ou certaines parties du corps.
Un dosimètre pour le corps entier doit être porté entre les épaules et la taille, au point que l’on pense être le plus fortement exposé. Si les conditions d’exposition le justifient, le travailleur peut être équipé d’autres dosimètres aux doigts ou au poignet, au niveau de l’abdomen, sur une coiffe ou un bandeau porté au front ou encore sur un collier, afin d’évaluer l’exposition localisée des extrémités, celle d’un fœtus ou d’un embryon, ou celle de la thyroïde ou du cristallin. La réglementation applicable précise s’il faut porter les dosimètres du côté intérieur ou extérieur de vêtements protecteurs tels que tabliers, gants et protège-thyroïde au plomb.
Les dosimètres destinés au personnel ne mesurent que le rayonnement auquel les appareils eux-mêmes sont soumis. Il n’est acceptable d’assimiler l’équivalent de dose du dosimètre à celui d’une personne ou d’un organe que si les doses en cause sont petites ou négligeables. Des lectures élevées, surtout si elles dépassent largement les normes réglementaires, doivent être soigneusement analysées, en tenant compte de la position du dosimètre et des champs de rayonnement réels auxquels le travailleur a été exposé, pour estimer la dose réelle que celui-ci a reçue. Il importe dans ces cas d’obtenir une déclaration du travailleur et de la porter au dossier dans le cadre de l’enquête. Toutefois, les valeurs indiquées très élevées sont le plus souvent dues à une exposition délibérée du dosimètre sans que la personne ne le porte à ce moment.
Les analyses biologiques
Les analyses biologiques ou radiobiologiques consistent à déterminer le genre, la quantité ou la concentration et, parfois, l’emplacement de substances radioactives dans l’organisme soit par mesure directe (comptage in vivo), soit par analyse et évaluation de matériaux d’excreta ou d’échantillons prélevés sur le sujet.
Les analyses biologiques visent en général à évaluer l’équivalent de dose reçu par un travailleur par suite de l’ingestion ou de l’inhalation d’une matière radioactive. Elles permettent également de juger l’efficacité de mesures concrètes prises pour prévenir l’incorporation de telles matières. On y recourt aussi à l’occasion pour estimer la dose qu’un travailleur a reçue par suite d’une irradiation externe massive (par exemple, par numération des globules blancs ou examen des anomalies chromosomiques).
Des examens biologiques sont nécessaires si un travailleur a des chances raisonnables d’avoir reçu ou de retenir dans son organisme plus qu’un certain pourcentage (d’ordinaire 5 ou 10%) de la LAI d’un radionucléide. La forme physique et chimique du radionucléide recherché détermine la nature du test nécessaire pour le déceler.
Le dosage radiobiologique peut consister à analyser des échantillons (urines, fèces, sang ou cheveux) pour y rechercher des radio-isotopes. Dans ce cas, sur la base de la radioactivité du prélèvement, on peut évaluer la radioactivité présente dans l’organisme de la personne et, par conséquent, la dose de rayonnement reçue ou engagée pour le corps ou pour certains organes. Un biodosage du tritium dans l’urine est un exemple d’analyse de ce genre.
Diverses techniques d’imagerie médicale appliquées à tout le corps ou à certains organes peuvent servir à déceler les radionucléides émetteurs de rayons X ou gamma d’une énergie mesurable à l’extérieur du corps. La détection de l’iode 131 (131I) dans la glande thyroïde est un exemple d’analyse de ce genre.
On peut effectuer les analyses sur place ou envoyer les échantillons ou le personnel en cause dans un laboratoire spécialisé. Dans les deux cas, un étalonnage adéquat de l’équipement et l’agrément des méthodes utilisées sont essentiels pour garantir l’obtention de résultats exacts, précis et non contestables (au sens médico-légal).
Les équipements de protection
L’employeur fournit des équipements de protection pour réduire la possibilité de contamination radioactive des travailleurs et de leurs vêtements (vêtements, gants, capuchons et bottes anticontamination) et pour atténuer l’intensité des rayonnements bêta, X et gamma auxquels ils sont exposés (tabliers, gants et lunettes plombés).
La protection respiratoire
Un dispositif de protection respiratoire est un appareil servant à réduire l’inhalation de poussières radioactives en aérosols dans l’air.
Dans la mesure du possible, les employeurs doivent recourir à des procédés industriels appropriés ou à d’autres moyens de prévention technique (par exemple, confinement ou ventilation) pour limiter la teneur de l’air en poussières radioactives. S’il est impossible de ramener par ces moyens la concentration des matières radioactives dans l’air en deçà de la valeur à laquelle une zone est dite radioactive, l’employeur doit, conformément à son obligation de maintenir l’équivalent total de dose efficace au niveau le plus bas (principe ALARA) que l’on puisse raisonnablement atteindre, renforcer la surveillance de l’air ambiant et limiter l’inhalation des matières radioactives en appliquant un ou plusieurs des moyens suivants:
• contrôle de l’accès; • limitation des temps d’exposition; • utilisation d’équipements de protection respiratoire; • autres systèmes de contrôle.
L’équipement de protection respiratoire fourni aux travailleurs doit être conforme aux normes nationales applicables à ce genre d’appareils.
L’employeur doit établir et mettre en œuvre un programme de protection respiratoire comprenant les éléments suivants:
• prélèvement de l’air ambiant à une fréquence suffisante pour identifier les dangers possibles, choisir les équipements appropriés et estimer l’exposition; • relevés et examens radiobiologiques, au besoin, pour évaluer les quantités réelles de substances radioactives incorporées; • essais préalables du fonctionnement des appareils respiratoires avant chaque utilisation; • procédures écrites portant sur le choix, le port, la distribution, l’entretien et l’essai des appareils respiratoires, y compris les essais de fonctionnement avant chaque utilisation, la surveillance et la formation du personnel, le contrôle, incluant l’échantillonnage de l’air et les examens radiobiologiques, ainsi que la tenue des dossiers; • détermination de l’aptitude par un médecin, avant la première utilisation des appareils et vérification périodique par la suite, suivant une fréquence établie par le médecin, que chaque utilisateur est toujours physiquement apte à employer l’appareil de protection respiratoire.
L’employeur doit avertir chaque utilisateur d’appareil respiratoire qu’il est autorisé à quitter les lieux de travail à tout moment pour enlever son masque, en cas de défaillance technique, de détresse physique ou psychologique, de manquement aux procédures ou de rupture des communications, de dégradation sensible des conditions de fonctionnement ou d’autre situation pouvant nécessiter l’enlèvement du masque.
Même si les circonstances n’imposent pas le port régulier d’appareils de protection respiratoire, le risque d’urgences raisonnablement prévisibles peut imposer de les avoir sur place. Dans de tels cas, ceux-ci doivent également être agréés pour l’utilisation prévue par un organisme d’agrément compétent et être constamment maintenus en état de servir.
La surveillance de la santé au travail
Les travailleurs exposés à des rayonnements ionisants devraient disposer de services de santé similaires à ceux des travailleurs exposés à d’autres types de risques professionnels.
Des examens généraux préalables à l’embauche permettent d’évaluer l’état de santé du candidat et d’établir des données de base. Il importe de toujours obtenir les antécédents médicaux et les antécédents d’exposition. Des examens spécialisés (par exemple, examen du cristallin et numération globulaire) peuvent être nécessaires selon la nature de l’exposition prévue. La décision à cet égard devrait être laissée au médecin traitant.
Les contrôles de l’exposition interne et de la contamination
Un contrôle de contamination est une évaluation des conditions radiologiques qui entourent la production, l’utilisation, le rejet, l’élimination ou la présence de substances radioactives ou d’autres sources de rayonnement. Il peut comprendre, s’il y a lieu, un contrôle physique du lieu où sont conservées des sources radioactives ainsi que la mesure ou le calcul des niveaux de rayonnement ou des concentrations ou quantités de matières radioactives présentes.
Les contrôles de contamination permettent de prouver la conformité aux règlements nationaux et d’évaluer les niveaux de rayonnement, les concentrations ou les quantités de matières radioactives et les risques radiologiques qui peuvent exister.
Leur fréquence est dictée par l’importance du risque d’irradiation. Les zones d’entreposage de déchets radioactifs devraient faire l’objet de contrôles hebdomadaires, de même que les laboratoires et les cliniques où sont couramment manipulées des sources radioactives non scellées. Des contrôles mensuels devraient suffire dans les établissements qui ne travaillent que sur de petites quantités de matières radioactives, comme ceux qui effectuent des essais in vitro à l’aide de radio-isotopes tels que le tritium (3H), le carbone 14 (14C) et l’iode 125 (125I), dont l’activité est inférieure à quelques kBq.
L’équipement de radioprotection et les appareils de contrôle radiologique doivent convenir aux types de substances radioactives et de rayonnements en cause et doivent être correctement étalonnés.
Les contrôles de contamination comprennent des mesures des niveaux de rayonnement ambiants à l’aide de compteurs Geiger-Müller (G-M), de chambres d’ionisation ou de compteurs à scintillation; des mesures de la contamination superficielle de type α ou βγ à l’aide de compteurs G-M à fenêtre mince ou de compteurs à scintillation au sulfure de zinc (ZnS); des contrôles des surfaces par frottis analysés par la suite à l’aide de compteurs à scintillation multicanaux à l’iodure de sodium (NaI), de compteurs au germanium (Ge) ou de compteurs à scintillation liquide, selon le cas.
Des niveaux appropriés d’intervention doivent être établis pour les rayonnements ambiants et la contamination. Dès qu’un niveau d’intervention est dépassé, des mesures doivent immédiatement être prises pour ramener les niveaux détectés à des valeurs acceptables et prévenir toute exposition inutile du personnel ainsi que toute absorption ou propagation de matières radioactives.
Le contrôle de l’environnement
Le contrôle environnemental comprend la collecte d’échantillons ambiants pour en mesurer la concentration en matières radioactives et le contrôle des niveaux de rayonnement à l’extérieur des lieux de travail et aux alentours. Il a pour objet d’estimer les conséquences pour les humains du rejet de radionucléides dans la biosphère, de déceler les fuites de matières radioactives dans l’environnement avant qu’elles ne deviennent graves et de prouver la conformité à la réglementation.
Une description complète des techniques de contrôle de l’environnement déborde le cadre de cet article. Nous en examinerons cependant les principes généraux.
Des échantillons ambiants doivent être prélevés pour contrôler les voies les plus probables par lesquelles les radionucléides peuvent passer de l’environnement à l’organisme humain. Il faudrait, par exemple, prélever périodiquement des échantillons de terre, d’eau, d’herbe et de lait dans les régions agricoles entourant une centrale nucléaire pour déterminer leur concentration en iode 131 (131I) et en strontium 90 (90Sr).
Le contrôle de l’environnement peut comprendre le prélèvement d’échantillons d’air, d’eaux souterraines, d’eaux de surface, de sol, de feuillage, de poisson, de lait, d’animaux sauvages, etc. Le choix des échantillons et de la fréquence de prélèvement devrait se baser sur les objectifs du contrôle, quoique le prélèvement au hasard d’un petit nombre d’échantillons puisse parfois révéler des problèmes jusqu’alors non perçus.
La première étape de l’élaboration d’un programme de contrôle de l’environnement consiste à déterminer le type, la quantité et les caractéristiques physiques et chimiques des radionucléides rejetés ou pouvant être accidentellement rejetés.
Il faut ensuite évaluer les possibilités de propagation de ces radionucléides par voie aérienne ou par les eaux souterraines ou de surface, afin de prédire les concentrations pouvant atteindre les êtres humains directement par l’air et l’eau, ou indirectement par la chaîne alimentaire.
L’étape suivante porte sur la bioaccumulation de radionucléides résultant des rejets dans l’environnement aquatique et terrestre. Il s’agit dans ce cas de prédire la concentration des radionucléides une fois qu’ils sont passés dans la chaîne alimentaire.
Finalement, on examine le taux de consommation des produits alimentaires susceptibles d’être contaminés, la contribution de cette consommation à la dose de rayonnement absorbée et les risques correspondants pour la santé. Les résultats de cette analyse permettent de déterminer la meilleure démarche à adopter quant au prélèvement d’échantillons environnementaux et de s’assurer que ce programme de contrôle atteint ses objectifs.
Le contrôle de l’étanchéité des sources scellées
Une source scellée est constituée d’une substance radioactive enfermée dans une capsule conçue pour empêcher toute fuite. Les sources scellées doivent périodiquement faire l’objet d’un contrôle d’étanchéité.
Chaque source scellée doit être soumise à un contrôle d’étanchéité avant d’être utilisée pour la première fois, à moins que le fournisseur n’ait produit un certificat attestant qu’elle a été testée dans les six mois (trois mois dans le cas des émetteurs α), avant remise au destinataire. Chaque source scellée doit ensuite faire l’objet d’un contrôle d’étanchéité au moins une fois tous les six mois (trois mois dans le cas des émetteurs α), ou à la fréquence prescrite par règlement.
D’une façon générale, les sources qui suivent n’ont pas à être soumises à des essais d’étanchéité:
• sources ne contenant qu’une substance ayant une période radioactive inférieure à trente jours; • sources ne contenant que des substances radioactives à l’état gazeux; • sources contenant au plus 4 MBq d’émetteurs bg ou au plus 0,4 MBq d’émetteurs α; • sources entreposées, mais non utilisées. Toutefois, chacune de ces sources doit faire l’objet d’un contrôle d’étanchéité avant utilisation ou remise au destinataire, à moins qu’elle n’ait déjà été contrôlée dans les six mois précédents; • grains ou pastilles d’iridium 192 (192Ir) maintenus dans un ruban de nylon.
Le contrôle d’étanchéité consiste à prélever un échantillon par essuyage de la source scellée ou des surfaces où peut s’accumuler la contamination radioactive à l’intérieur du dispositif dans lequel la source est montée ou entreposée. On peut également laver la source à l’aide d’une petite quantité de solution détergente qui constitue alors l’échantillon à analyser. La méthode de mesure appliquée à l’échantillon devrait au moins permettre de déceler la présence de dépôts d’une radioactivité de 200 Bq. Pour les sources scellées de radium, il est nécessaire d’appliquer des procédures d’analyses spéciales pour détecter les fuites de radon (Rn). L’une de ces procédures consiste à placer la source scellée dans un bocal rempli de fibres de coton pendant au moins vingt-quatre heures. Après cette période, on analyse les fibres pour y déceler la présence de descendants du radon. Si une source scellée a un taux de fuite dépassant les limites admissibles, elle ne doit plus être utilisée et, s’il est impossible de la réparer, elle doit être traitée comme déchet radioactif. L’autorité de réglementation peut exiger la déclaration des sources qui fuient par suite d’un vice de fabrication pouvant justifier une enquête (en France, par exemple, c’est la Commission interministérielle des radioéléments artificiels (CIREA)).
La tenue d’un inventaire
Le personnel de radioprotection doit tenir un inventaire à jour des matières radioactives et des autres sources de rayonnements ionisants dont l’établissement est responsable (en France par exemple, c’est le Service de protection contre les rayonnements (SPR) ou la personne compétente pour un petit établissement). Les procédures internes doivent garantir que ce personnel est tenu au courant de la réception, de l’utilisation, du transfert et de l’élimination de toutes ces matières et sources pour que l’inventaire puisse être tenu à jour. Un inventaire physique de toutes les sources scellées devrait être établi au moins une fois tous les trois mois. Les stocks de sources de rayonnements ionisants devraient être contrôlés dans le cadre de la vérification annuelle du programme de sécurité radiologique.
La signalisation
La figure 48.19 présente le symbole international normalisé des rayonnements ionisants. Ce symbole doit figurer en bonne place sur toute la signalisation indiquant les zones contrôlées pour fins de radioprotection et sur les étiquettes des conteneurs renfermant des matières radioactives.
Figure 48.19 Symbole des rayonnements ionisants («trèfle»)

Les zones contrôlées pour fins de radioprotection sont souvent classées en fonction de niveaux croissants de débits de dose. Elles doivent être signalées par un ou plusieurs panneaux ou affiches bien en vue portant le symbole des rayonnements et l’avertissement «ATTENTION, ZONE DE RAYONNEMENT», «ATTENTION [ou DANGER], ZONE DE HAUT RAYONNEMENT» ou «GRAVE DANGER, ZONE DE TRÈS HAUT RAYONNEMENT», selon le cas. Dans la réglementation de l’Union européenne, les titres et définitions peuvent différer très légèrement, tout en étant conformes dans l’esprit.
1. Une zone de rayonnement est une zone accessible au personnel dans laquelle les niveaux de rayonnement sont tels qu’un individu peut recevoir un équivalent de dose dépassant 0,05 mSv en 1 h à 30 cm de la source de rayonnement ou de toute surface que le rayonnement traverse. 2. Une zone de haut rayonnement est une zone accessible au personnel dans laquelle les niveaux de rayonnement sont tels qu’un individu peut recevoir un équivalent de dose dépassant 1 mSv en 1 h à 30 cm de la source de rayonnement ou de toute surface que le rayonnement traverse. 3. Une zone de très haut rayonnement est une zone accessible au personnel dans laquelle les niveaux de rayonnement sont tels qu’un individu peut recevoir une dose absorbée dépassant 5 Gy en 1 h à 1 m de la source de rayonnement ou de toute surface que le rayonnement traverse.
Si une zone ou un local contiennent une quantité appréciable de matières radioactives (selon la définition de l’autorité de réglementation), un panneau portant le symbole des rayonnements et le message «ATTENTION [ou DANGER], MATIÈRES RADIOACTIVES» doit être placé bien en vue à l’entrée de la zone ou du local.
Une zone de radioactivité ambiante est une zone ou un local où la radioactivité des contaminants en suspension dans l’air dépasse certains niveaux définis par l’autorité de réglementation. Une telle zone doit être signalée par un ou plusieurs panneaux bien en vue portant le symbole des rayonnements et le message «ATTENTION [ou DANGER], ZONE DE RADIOACTIVITÉ AMBIANTE».
On peut exempter de ces exigences de signalisation les chambres de malades dans les hôpitaux, pourvu qu’elles soient par ailleurs soumises à un contrôle adéquat. Peuvent être également exemptés les zones ou locaux où les sources de rayonnement ne seront présentes que pendant des périodes de huit heures ou moins, sous la surveillance et le contrôle constants de membres compétents du personnel.
Le contrôle de l’accès
Le degré de contrôle de l’accès auquel une zone est soumise dépend du risque d’exposition à des rayonnements ionisants.
Le contrôle de l’accès des zones de haut rayonnement
Chaque entrée ou point d’accès d’une zone de haut rayonnement doit avoir une ou plusieurs des caractéristiques suivantes:
• dispositif de commande qui, à l’entrée d’une personne dans la zone, ramène le niveau de rayonnement au-dessous de la valeur à laquelle un individu pourrait recevoir une dose de 1 mSv en 1 h à 30 cm de la source de rayonnement ou de toute surface que le rayonnement traverse; • dispositif de commande qui actionne un signal d’alarme visuel ou sonore facilement perceptible pour avertir tant la personne entrant dans la zone de haut rayonnement que le surveillant de l’activité; • entrées qui restent verrouillées, sauf pendant les périodes où l’accès à la zone est nécessaire, avec contrôle intégral de chaque personne entrante.
Une surveillance directe ou électronique constante permettant de prévenir l’entrée de personnes non autorisées peut être substituée aux dispositifs de contrôle exigés pour les zones de haut rayonnement.
Les systèmes de contrôle doivent être conçus de façon à ne pas empêcher de ressortir d’une zone de haut rayonnement une personne qui y est entrée.
Le contrôle de l’accès des zones de très haut rayonnement
En sus des exigences applicables aux zones de haut rayonnement, d’autres mesures doivent être prises pour interdire l’entrée sans autorisation ou par inadvertance dans des zones où il est possible de recevoir une dose absorbée de 5 Gy ou plus en 1 h à 1 m d’une source de rayonnement ou d’une surface que le rayonnement traverse.
Les inscriptions sur les conteneurs et les équipements
Tout conteneur renfermant une quantité de matières radioactives dépassant la valeur définie par l’autorité de réglementation doit porter bien en évidence une étiquette durable mentionnant le symbole de rayonnement et le message «ATTENTION, MATIÈRES RADIOACTIVES» ou «DANGER, MATIÈRES RADIOACTIVES». L’étiquette doit également contenir suffisamment de renseignements — radionucléides présents, estimation de la quantité de radioactivité, date à laquelle l’activité a été estimée, niveau de rayonnement, type de substances et enrichissement — pour permettre à des personnes devant manipuler ou utiliser les conteneurs ou travailler à proximité de prendre les précautions nécessaires afin d’éviter ou de minimiser l’exposition.
Avant d’enlever ou de mettre au rebut des conteneurs vides non contaminés dans des zones non contrôlées, on doit enlever ou invalider les étiquettes signalant la présence de matières radioactives ou indiquer clairement d’une autre façon que les conteneurs ne renferment plus de matières radioactives.
Les étiquettes ne sont pas nécessaires:
• si les conteneurs sont sous la garde d’une personne qui prend les précautions nécessaires pour empêcher toute exposition de personnes dépassant les limites réglementaires; • si, en cours de transport, les conteneurs sont emballés et étiquetés conformément aux règlements de transport applicables; • si les conteneurs ne sont accessibles qu’aux personnes autorisées à les manipuler, à les utiliser ou à travailler à proximité, et à condition que ces personnes puissent trouver des renseignements sur le contenu dans des documents faciles d’accès (on peut citer en exemple les conteneurs stockés dans des endroits tels qu’une piscine, une cave de stockage ou un laboratoire chaud). Dans ce cas, les documents doivent être gardés aussi longtemps que les conteneurs servent aux fins qui y sont définies; • si les conteneurs sont installés dans des équipements de fabrication ou de production, comme des composants, des canalisations ou des cuves de réacteur.
Les dispositifs avertisseurs et les alarmes
Les zones de haut rayonnement et de très haut rayonnement doivent être équipées de dispositifs avertisseurs et d’alarmes, comme nous l’avons mentionné plus haut. Ces dispositifs peuvent émettre un signal visuel, sonore ou les deux. Dans le cas des installations telles que les accélérateurs de particules, ils devraient être automatiquement mis sous tension dans le cadre de la procédure de mise en marche, de façon que le personnel ait le temps d’évacuer les lieux ou d’interrompre le fonctionnement de l’installation à l’aide d’un bouton d’arrêt d’urgence avant que des rayonnements ne soient émis. Les boutons d’arrêt d’urgence (ces boutons, placés dans la zone contrôlée, lorsqu’ils sont actionnés, font immédiatement baisser le niveau de rayonnement à une valeur non dangereuse) doivent être faciles d’accès, être bien en vue et porter des marques qui attirent l’attention.
Les dispositifs de contrôle tels que les appareils à prélèvement d’air en continu peuvent être préréglés pour émettre un signal sonore et visuel ou pour arrêter l’installation dès qu’un niveau d’intervention donné est dépassé.
Les appareils de mesure
L’employeur doit mettre à la disposition des travailleurs des appareils de mesure adéquats convenant aux niveaux et aux types de rayonnement et de matières radioactives présents sur les lieux de travail. Ces moniteurs peuvent servir à détecter, à contrôler ou à mesurer les niveaux de rayonnement ou de radioactivité.
Les appareils de mesure doivent être étalonnés à intervalles appropriés par des méthodes et avec des sources d’étalonnage agréées. Les sources d’étalonnage devraient être aussi semblables que possible aux sources à détecter ou à mesurer.
Les appareils en question comprennent les compteurs portables, les moniteurs d’air en continu, les moniteurs pour les mains et les pieds installés à l’entrée des zones contrôlées, les compteurs à scintillation liquide, les détecteurs à cristaux de germanium (Ge) ou d’iodure de sodium (Nal), etc.
Le transport des matières radioactives
L’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) a publié un règlement régissant le transport des matières radioactives, dont la plupart des pays se sont inspirés pour établir leurs propres règlements.
Les figures 48.20 à 48.22 montrent des exemples d’étiquettes que le règlement de l’AIEA prescrit d’apposer sur les colis devant servir à l’expédition de matières radioactives. L’indice de transport figurant sur les étiquettes des figures 48.21 et 48.22 désigne le débit de dose efficace le plus élevé qu’on puisse mesurer à 1 m de n’importe quelle surface du colis, exprimé en mSv/h, multiplié par 100 et arrondi au dixième le plus proche (par exemple, si le débit de dose le plus élevé à 1 m est de 0,0233 mSv/h, l’indice de transport est égal à 2,4).
Figure 48.20/21/22 Catégorie I – Etiquettes

La figure 48.23 montre un exemple de plaque que les véhicules de transport en surface doivent porter bien en évidence lorsqu’ils transportent des colis contenant une quantité de matières radioactives dont l’activité dépasse un certain seuil.
Les emballages devant servir à l’expédition de matières radioactives doivent être conformes à des exigences strictes d’épreuve et de documentation. Le type et la quantité de matières radioactives expédiées déterminent les spécifications auxquelles doit satisfaire l’emballage.
La réglementation du transport des matières radioactives est complexe. Les personnes qui ne s’en occupent pas régulièrement devraient toujours consulter des spécialistes de ce domaine.
Les déchets radioactifs
Il y a différentes méthodes d’élimination des déchets radioactifs, mais elles sont toutes soumises au contrôle des autorités de réglementation. Par conséquent, les établissements doivent toujours consulter l’autorité de réglementation dont ils relèvent pour vérifier si une méthode d’élimination est admissible. Ces méthodes comprennent le stockage pour élimination ultérieure après décroissance radioactive en tant que déchet banal, l’incinération, le rejet dans le réseau d’égouts, l’enfouissement souterrain et l’immersion à grande profondeur. Nous n’examinerons pas cette dernière méthode, souvent interdite par les lois nationales et les traités internationaux.
Les déchets radioactifs provenant du cœur des réacteurs (déchets à haute activité) posent des problèmes particuliers. Leur manipulation et leur élimination sont contrôlées par les organismes de réglementation nationaux et internationaux.
Souvent, les déchets radioactifs peuvent avoir des caractéristiques autres que la radioactivité qui les rendent par elles-mêmes dangereux. Ce sont les déchets mixtes (par exemple, déchets radioactifs qui sont en même temps toxiques ou comportent des risques biologiques). Les déchets mixtes nécessitent une manipulation spéciale. Il est donc essentiel de consulter les autorités de réglementation avant de les éliminer.
Le stockage des déchets aux fins de décroissance radioactive
Si la période d’une substance radioactive est courte (en général, moins de 65 jours) et que l’établissement dispose de locaux de stockage assez vastes, les déchets contenant cette substance peuvent être entreposés jusqu’à ce que leur radioactivité soit suffisamment atténuée pour que l’on puisse les éliminer sans tenir compte de leur radioactivité. Une période de conservation correspondant au moins à dix périodes radioactives est jugée suffisante pour abaisser le niveau d’activité des déchets à une valeur qui n’est pas supérieure au niveau naturel de radioactivité.
Avant élimination, les déchets doivent être contrôlés à l’aide d’appareils de mesure convenant au rayonnement à détecter. Le contrôle doit établir que le niveau de rayonnement des déchets ne dépasse pas le niveau de rayonnement naturel.
L’incinération
Si l’autorité de réglementation autorise l’incinération, il faut ordinairement démontrer qu’elle ne fait pas monter la concentration atmosphérique de radionucléides au-delà des niveaux admissibles. On doit contrôler périodiquement les cendres pour s’assurer qu’elles ne sont pas radioactives. Il peut être nécessaire, dans certaines circonstances, de contrôler les gaz rejetés par la cheminée pour vérifier que les concentrations admissibles dans l’air ne sont pas dépassées.
Le rejet dans le réseau d’égouts
Si l’autorité de réglementation permet ce rejet, il faut ordinairement démontrer qu’il n’élève pas la concentration de radionucléides dans l’eau au-delà des niveaux admissibles. Les matières à éliminer doivent être solubles ou pouvoir facilement se disperser dans l’eau. L’autorité de réglementation fixe souvent des limites annuelles précises de rejet par radionucléide.
L’enfouissement souterrain
Les déchets radioactifs qu’il est impossible d’éliminer par d’autres moyens sont enfouis dans des sites autorisés par les autorités de réglementation locales ou nationales. Ces autorités exercent en général un contrôle étroit sur cette forme d’élimination. Les producteurs de déchets ne sont pas ordinairement autorisés à enfouir des déchets radioactifs sur leurs propres terrains. Aux frais d’enfouissement proprement dits s’ajoutent donc des frais d’emballage, d’expédition et d’entreposage. Comme ils sont basés sur l’espace occupé, les frais d’enfouissement peuvent souvent être réduits par compactage des déchets. Le coût de l’enfouissement des déchets radioactifs est en train d’augmenter rapidement.
La vérification des programmes et consignes
Les programmes et consignes de sécurité radiologique devraient faire l’objet de vérifications périodiques destinées à s’assurer qu’ils restent efficaces, complets et conformes aux règles de l’autorité de réglementation. La vérification devrait se faire au moins une fois par an et être complète. Les autovérifications sont en principe acceptées, mais il est préférable de s’adresser à des organismes extérieurs indépendants. Les vérifications externes sont généralement plus objectives et reflètent un point de vue plus global que les vérifications locales. Un organisme de vérification qui n’a rien à voir avec les opérations quotidiennes reliées à un programme de sécurité radiologique peut souvent mettre en lumière des problèmes non perçus par les exploitants locaux, parce qu’ils se sont habitués à les négliger.
La formation
Les employeurs doivent donner une formation en radioprotection à tous les travailleurs exposés ou pouvant être exposés à des rayonnements ionisants ou à des matières radioactives. Ils doivent offrir une formation initiale avant que les travailleurs ne commencent à exercer leurs fonctions, puis des cours de recyclage annuels. De plus, les femmes en âge de procréer doivent recevoir une formation spéciale et être informées au sujet des effets des rayonnements ionisants sur l’embryon et le fœtus et des précautions à prendre à cet égard. Cette formation spéciale doit leur être dispensée à leur entrée en fonctions, lors des cours de recyclage annuels, ainsi que dès qu’elles informent leur employeur qu’elles sont enceintes.
Toute personne qui travaille ou séjourne fréquemment dans une partie quelconque d’une zone dont l’accès est contrôlé aux fins de la radioprotection doit:
• être tenue informée de l’entreposage, du transfert ou de l’utilisation de matières radioactives ou de sources de rayonnement dans les parties en cause de la zone contrôlée; • avoir reçu une formation sur les problèmes de santé liés à l’exposition aux matières radioactives ou aux sources de rayonnement, les précautions à prendre ou les procédures à appliquer pour minimiser l’exposition et connaître l’objet et les fonctions des dispositifs de protection employés; • avoir reçu une formation sur les dispositions applicables des règlements nationaux et des règles de l’employeur concernant la protection du personnel contre les rayonnements ionisants et les matières radioactives se trouvant dans la zone contrôlée, et avoir reçu l’ordre de s’y conformer dans toute la mesure du possible;
• avoir été informée qu’elle a pour responsabilité de signaler rapidement à l’employeur toute condition pouvant causer directement ou indirectement une violation des règlements nationaux ou des règles de l’employeur ou une exposition injustifiée à des rayonnements ou des matières radioactives; • avoir reçu une formation lui permettant de réagir adéquatement à des avertissements donnés en cas de circonstances inhabituelles ou de défaillances pouvant entraîner une exposition à des rayonnements ou des matières radioactives; • être informée du droit qu’ont les travailleurs de demander des rapports d’exposition au rayonnement.
L’importance de la formation et des instructions en radioprotection doit correspondre aux risques que la présence dans la zone contrôlée fait courir aux travailleurs. Formation et instructions devraient, au besoin, s’étendre au personnel auxiliaire (par exemple, infirmières chargées de soigner les patients exposés à la radioactivité dans les hôpitaux ainsi que sapeurs-pompiers et agents de police pouvant être appelés à intervenir en cas d’urgence).
Les qualifications des travailleurs
Les employeurs doivent s’assurer que les travailleurs exposés à des rayonnements ionisants ont la compétence nécessaire pour exercer leurs fonctions. Ils doivent avoir les antécédents et l’expérience voulus pour faire leur travail en toute sécurité, particulièrement en ce qui a trait à l’exposition aux rayonnements ionisants et aux substances radioactives et à leur utilisation.
Le personnel de radioprotection doit avoir les connaissances et les qualifications nécessaires pour mettre en œuvre et exploiter un programme efficace de sécurité radiologique. Connaissances et qualifications doivent au moins correspondre à la gravité des problèmes de radioprotection que les membres du personnel sont raisonnablement susceptibles de rencontrer.
Les plans d’urgence
Tous les organismes qui utilisent des rayonnements ionisants ou des matières radioactives, sauf les plus petits, doivent avoir des plans d’urgence, qu’ils doivent tenir à jour et tester périodiquement au cours d’exercices.
Les plans d’urgence devraient prévoir toutes les situations d’urgence vraisemblables. Bien sûr, ceux d’une grande centrale nucléaire devront être plus importants, porter sur une plus grande zone et faire intervenir un plus grand nombre de personnes que ceux d’un petit laboratoire de radio-isotopes.
Tous les hôpitaux, surtout dans les grandes agglomérations urbaines, devraient avoir des plans d’admission et de traitement de patients victimes de contamination radioactive. La police et les services d’incendie devraient également avoir des plans pour faire face aux accidents pouvant survenir au cours du transport de matières radioactives.
La tenue de dossiers
Les activités de radioprotection d’un organisme doivent faire l’objet d’une documentation complète qu’il conviendrait de conserver pendant une période appropriée. Une telle documentation est essentielle pour établir des antécédents d’exposition ou de rejet de matières radioactives et pour démontrer la conformité aux exigences de l’autorité de réglementation. La tenue de dossiers cohérents, exacts et complets devrait être considérée comme hautement prioritaire.
Les considérations organisationnelles
Le premier responsable de la radioprotection doit occuper dans l’établissement un poste lui donnant un accès immédiat à tous les échelons de travailleurs et de cadres. Il doit pouvoir entrer librement dans les zones contrôlées aux fins de la radioprotection et avoir l’autorité nécessaire pour faire cesser immédiatement toute pratique qu’il juge dangereuse ou illégale.
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