
L’ANALYSE DU CYCLE DE VIE (DU BERCEAU À LA TOMBE)

Protéger l’environnement pour les générations futures suppose non seulement de traiter des problèmes d’environnement naissants mais aussi, pour les régler, de définir de nouvelles stratégies d’un bon rapport coût-efficacité et acceptables pour l’environnement et de prendre concrètement les mesures qui se dégageront de ce débat. Tout porte à croire que l’amélioration de l’environnement et l’établissement de politiques destinées à le sauvegarder doivent prendre un rang plus élevé dans l’ordre de priorité pour les générations présentes et futures. Quoique ce discours soit fréquemment tenu par les gouvernements, les groupements de défense de l’environnement, les industriels, les universitaires et le grand public, la polémique est vive sur la meilleure façon d’améliorer l’environnement sans renoncer pour autant aux avantages économiques actuels. La protection de l’environnement a désormais acquis une grande importance politique, et la garantie de la stabilité écologique a passé au premier rang de nombreux programmes politiques.
Les efforts passés et présents consentis pour protéger l’environnement ont une caractéristique commune: ils sont circonscrits autour d’une seule question, et chaque problème est traité au cas par cas. Dans les cas de pollution ayant une source ponctuelle provoquée par des émissions facilement identifiables, c’était effectivement là un moyen d’en réduire l’impact sur l’environnement. Aujourd’hui, la situation est plus complexe. Une bonne partie de la pollution provient désormais d’un grand nombre de sources dispersées, qui se déplacent facilement d’un pays à un autre. En outre, nous contribuons chaque jour à la pollution par notre mode de vie. Les différentes sources diffuses sont difficiles à identifier, et la façon dont elles interagissent et se répercutent sur l’environnement n’est pas bien connue.
Les problèmes d’environnement vont croissant et revêtent un caractère complexe et global; l’application de mesures correctrices aura très probablement d’importantes répercussions sur plusieurs segments de la société. Pour contribuer effectivement à la protection de l’environnement, des mesures réfléchies et universelles doivent être mises en œuvre conjointement selon une démarche complémentaire et pluridisciplinaire de tous les acteurs intéressés — scientifiques, syndicats, organisations non gouvernementales (ONG), entreprises et organismes nationaux et gouvernements, sans oublier les médias. Il importe donc de coordonner tous les intérêts sectoriels qui ont des ambitions en matière d’environnement afin d’obtenir les interactions et les réactions nécessaires aux solutions proposées. Il se peut que l’unanimité se fasse sur l’objectif ultime d’un environnement de meilleure qualité, mais aussi qu’il existe des désaccords quant au rythme, aux moyens et au temps nécessaires pour l’atteindre.
La protection de l’environnement est devenue un enjeu stratégique de plus en plus important pour l’industrie et le monde des affaires, tant pour l’implantation des usines que pour les performances techniques des procédés et des produits. Les industriels sont impatients d’avoir une idée globale des conséquences de leurs activités sur l’environnement. La législation n’est plus le seul facteur qui motive l’importance croissante des questions d’environnement liées au produit. Les produits écologiquement rationnels, écologiques ou «verts» sont des notions désormais admises par les producteurs et les consommateurs.
Il s’agit certes là d’un sérieux défi pour l’industrie; pour l’instant, les critères d’environnement ne sont pas souvent pris en compte dès la conception d’un produit, au moment où il serait pourtant plus facile d’éviter des conséquences néfastes. Jusqu’à une période récente, la plupart des impacts sur l’environnement étaient limités par des mesures prises en aval, ou lors de la conception des procédés et non de celle des produits. En conséquence, de nombreuses sociétés perdaient du temps à régler les problèmes plutôt qu’à les prévenir. Toutefois, il faut beaucoup de travail pour élaborer une démarche appropriée et reconnue — qui intègre les aspects environnementaux aux différents stades de la production et des activités industrielles, de l’achat et de la transformation des matières premières à l’utilisation des produits et à leur élimination finale.
Le seul concept connu pour traiter toutes ces questions nouvelles, au caractère complexe, semble être l’approche fondée sur le cycle de vie. Les analyses du cycle de vie (ACV) sont largement acceptées comme l’outil de gestion de l’environnement de l’avenir depuis que les questions de produit ont pris de l’importance dans le débat public. Les ACV promettent certes d’être une technique précieuse dans l’élaboration de stratégies de production moins polluantes et d’aide à la conception pour l’environnement, mais cette méthode relativement récente devra encore être affinée pour être acceptée comme un outil universel permettant de choisir des procédés et de mettre au point des produits écologiquement rationnels.
Le cadre industriel de l’analyse du cycle de vie
Les industriels doivent apprendre à considérer les produits et les services dans leur intégrité aux fins de la protection de l’environnement et définir une approche commune systématique et structurée permettant de prendre les décisions qui s’imposent et d’établir un ordre de priorité. Cette approche se doit d’être flexible et extensible, afin de prévoir toutes les situations appelant une décision industrielle, comme aussi les progrès scientifiques et technologiques. Cependant, elle devrait s’inspirer de certains principes fondamentaux tels que l’identification des problèmes, l’étude des mesures correctives, l’analyse coûts-avantages et l’évaluation finale (voir figure 54.1).
Figure 54.1 Etablissement d'un ordre de priorité en matière de protection de l'environnement dans l'industrie

La phase d’identification devrait permettre de révéler différents types de problèmes d’environnement et leurs causes. Les jugements sont multidimensionnels et prennent en compte divers éléments du contexte. Il existe bel et bien une relation étroite entre le milieu de travail et l’environnement général. C’est pourquoi la protection de l’environnement devrait avoir deux ambitions: réduire au maximum les pressions exercées sur l’environnement général par toutes les activités humaines et promouvoir le bien-être des salariés grâce à un milieu de travail bien aménagé et sûr.
L’étude des mesures correctives potentielles devrait inclure toutes les solutions pratiques disponibles pour réduire au maximum les émissions polluantes et l’utilisation de ressources naturelles non renouvelables. La description des solutions techniques devrait si possible indiquer leur avantage escompté, en ce qui concerne tant la réduction des ressources utilisées et de la charge polluante que les coûts. L’analyse coûts-avantages vise à établir un ordre de priorité en comparant les différents types de mesures: pour ce faire, elle se place dans la perspective du cahier des charges à satisfaire par le produit, de la faisabilité économique et de l’efficacité écologique. Toutefois, l’expérience montre que d’importantes difficultés apparaissent souvent pour traduire un patrimoine naturel en termes monétaires.
La phase d’appréciation et d’évaluation devrait être considérée comme faisant partie intégrante de l’établissement d’un ordre de priorité, car elle fournit les éléments nécessaires pour juger au bout du compte de l’efficacité des mesures suggérées. En outre, l’exercice permanent d’évaluation consécutif à chaque mesure appliquée ou imposée optimisera en retour le modèle général de décision concernant les stratégies environnementales prioritaires à suivre. Un tel modèle prendra probablement une plus grande valeur stratégique aux yeux des industriels lorsqu’il apparaîtra peu à peu que l’ordre de priorité écologique pourrait bien avoir une grande importance pour les choix futurs des procédés et des produits. Outil d’identification des rejets dans l’environnement et d’évaluation des impacts d’un procédé, d’un produit ou d’une activité, l’ACV deviendra pour l’industrie l’instrument essentiel de recherche de modèles pratiques d’aide à la décision et d’un usage facile permettant de mettre au point des produits non polluants.
Le concept d’évaluation du cycle de vie
L’ACV se propose d’évaluer les effets sur l’environnement de toute activité donnée, de l’extraction initiale de matières premières dans la terre jusqu’au moment où tous les résidus y retournent. C’est pourquoi on utilise souvent l’expression «du berceau à la tombe». Bien que la pratique des études du cycle de vie existe depuis le début des années soixante-dix, on n’a guère cherché à expliquer l’ensemble de la procédure, à indiquer les données de base nécessaires, les hypothèses implicites et les possibilités d’utilisation pratique de la méthodologie. Cependant, depuis 1992, un certain nombre de rapports ont été publiés, qui s’attachent à décrire les différentes parties de l’ACV d’un point de vue théorique (Heijungs, 1992; Vigon et coll., 1992; Keoleian et Menerey, 1993; Association canadienne de normalisation, 1993; Society of Environmental Toxicology and Chemistry, 1993). Quelques guides et manuels pratiques se placent du point de vue des concepteurs d’un produit et font une analyse complète du cycle de vie lors de la mise au point de produits écologiques (Ryding, 1996).
L’ACV a été définie comme un procédé objectif permettant d’évaluer les pressions exercées sur l’environnement par un système associant procédé, produit, activité ou service, en identifiant et en quantifiant l’énergie et les matériaux utilisés et rejetés dans l’environnement afin d’en mesurer l’impact, d’évaluer et de mettre en application les améliorations possibles pour l’environnement. L’évaluation porte sur le cycle de vie complet du système et englobe l’extraction et la transformation des matières premières, la fabrication, le transport et la distribution, l’utilisation, la réutilisation, l’entretien, le recyclage et l’élimination finale.
L’ACV a pour principal objectif de donner une image aussi complète que possible des interactions d’une activité avec l’environnement, de contribuer à la compréhension de l’interdépendance et du caractère global des conséquences écologiques des activités humaines et de procurer aux décideurs des informations qui leur permettront de discerner les possibilités d’amélioration dans ce domaine.
La méthodologie de l’ACV comporte quatre phases: la définition des objectifs et du champ de l’étude, l’inventaire du cycle de vie ou écobilan, l’évaluation de l’impact et l’interprétation. A elle seule, aucune d’entre elles, puisqu’elle entre dans un cadre méthodologique plus vaste, ne peut être qualifiée d’ACV, qui doit les englober toutes les quatre. Dans de nombreux cas, les études du cycle de vie portent uniquement sur l’écobilan et sont généralement désignées par le terme d’inventaire du cycle de vie (ICV).
La première phase consiste à définir l’objet et la portée de l’étude, la définition de l’unité fonctionnelle (unité de référence qui permet de quantifier la performance d’un système de produits) et l’établissement d’une procédure permettant de s’assurer de la qualité des résultats.
Avant d’entreprendre une étude d’ACV, il est primordial d’en définir clairement les objectifs, de préférence sous la forme d’un exposé clair et sans équivoque du motif pour lequel l’ACV est effectuée et de l’utilisation prévue de ses résultats. Il est essentiel de décider si les résultats doivent servir à des applications internes à une société, en vue d’améliorer les caractéristiques écologiques d’un procédé industriel ou d’un produit, ou externes, par exemple pour influencer les orientations des pouvoirs publics ou les décisions d’achat des consommateurs.
En l’absence d’objectifs énoncés clairement et à l’avance, l’écobilan et l’évaluation de l’impact risquent d’être exagérés, et les résultats de ne pas être utilisés correctement aux fins d’une décision pratique. Le fait de définir si les résultats doivent porter sur les charges pour l’environnement, sur un problème écologique spécifique, ou sur une étude globale d’impact sur l’environnement indiquera clairement s’il convient de réaliser un écobilan, une classification/caractérisation ou une évaluation (voir figure 54.2). Il est important que toutes les étapes de l’ACV apparaissent clairement, afin que l’utilisateur puisse plus facilement choisir le niveau de complexité souhaité.
Figure 54.2 L'analyse du cycle de vie: buts et exhaustivité recherchée

Dans de nombreux programmes généraux destinés à élaborer des stratégies de production moins polluantes, ou une mise au point de procédés ou de produits écologiques, l’objectif principal est souvent de réduire l’impact global sur l’environnement d’un produit pendant toute la durée de son cycle de vie. Pour ce faire, il est parfois nécessaire de parvenir à une forme très agrégée de l’étude d’impact sur l’environnement qui, à son tour, appelle une méthode d’évaluation reconnue, permettant de mesurer le poids respectif des différents effets sur l’environnement.
Le champ d’une ACV en définit la méthode, les limites ainsi que les exigences portant sur les données, les hypothèses et les limitations. Elle doit être définie assez précisément pour garantir que l’analyse soit suffisamment étendue et approfondie pour être compatible avec l’objet énoncé et toutes ses frontières, et pour s’assurer de la clarté et de la transparence des hypothèses. Cependant, une ACV étant un processus itératif, il peut être recommandé dans certains cas de ne pas en arrêter de façon définitive tous les aspects relatifs au champ de l’étude. Le recours à l’analyse de sensibilité et d’erreur est recommandé pour tester et valider successivement l’objet et la portée de l’étude d’ACV par rapport aux résultats obtenus, afin d’effectuer des corrections et d’émettre de nouvelles hypothèses.
L’inventaire est un procédé objectif qui quantifie, à partir de données, les flux d’énergie et de matières premières, les émissions dans l’atmosphère, les rejets dans l’eau, les déchets solides et autres rejets dans l’environnement tout au long du cycle de vie d’un procédé, d’un produit, d’une activité ou d’un service (voir figure 54.3).
Figure 54.3 Eléments consécutifs de l'inventaire du cycle de vie

Le calcul des intrants et des extrants dans l’inventaire renvoie au système défini. Dans de nombreux cas, les opérations de transformation donnent lieu à plus d’un extrant, et il est important de décomposer ce système complexe en une série de sous-processus distincts donnant chacun lieu à un produit unique. Pendant la production d’un matériau de construction, des émissions polluantes interviennent dans chacun des sous-processus, de l’achat des matières premières au produit final. Le processus de production total peut être illustré par un «arbre des procédés» dont le tronc peut être considéré comme la chaîne principale de flux de matières et d’énergie, tandis que les branches peuvent représenter les sous-processus, et les feuilles les chiffres particuliers des émissions polluantes, et ainsi de suite. Ajoutés les uns aux autres, ces sous-processus présentent le total des caractéristiques du système original unique des coproduits.
Afin d’estimer l’exactitude des données obtenues dans l’inventaire, il est recommandé d’effectuer une analyse de sensibilité et d’erreur. C’est pourquoi toutes les données utilisées devraient indiquer les informations pertinentes non seulement sur leur fiabilité, mais aussi sur leur source, leur origine, etc., afin de faciliter une mise à jour et un affinement ultérieur. Le recours à l’analyse de sensibilité et d’erreur va permettre d’identifier les données essentielles revêtant une grande importance pour le résultat de l’étude, qui peut exiger des efforts supplémentaires en vue d’accroître sa fiabilité.
L’évaluation de l’impact est un procédé technique, qualitatif ou quantitatif, permettant de caractériser et d’apprécier les effets des charges sur l’environnement identifiés dans l’inventaire. Elle devrait aborder à la fois les aspects écologiques et sanitaires, ainsi que d’autres effets tels que les modifications de l’habitat et la pollution acoustique. Cet élément pourrait se diviser en trois étapes consécutives — la classification, la caractérisation et la pondération — interprétant chacune les effets des charges pour l’environnement identifiées dans l’inventaire, à différents niveaux d’agrégation (voir figure 54.4). La classification est l’étape au cours de laquelle les flux répertoriés sont regroupés en un certain nombre de catégories d’impact; la caractérisation est l’étape d’analyse et de quantification et, lorsque c’est possible, d’agrégation des impacts dans les différentes catégories; l’évaluation consiste à peser l’importance respective des divers effets de façon à pouvoir les comparer et à parvenir à une nouvelle interprétation et agrégation des données fournies par l’évaluation de l’impact.
Figure 54.4 Cadre conceptuel des niveaux successifs d'agrégation des données dans l'étude d'impact

Dans l’étape de classification, les impacts peuvent être regroupés dans les domaines de protection généraux suivants: l’appauvrissement des ressources, la salubrité de l’environnement et la santé humaine. Ces domaines peuvent ensuite être divisés en catégories spécifiques, portant de préférence sur le mécanisme écologique concerné, afin de permettre une perspective cohérente avec la connaissance scientifique actuelle de ces mécanismes.
La caractérisation peut être abordée de plusieurs manières et, soit lier les informations aux concentrations sans effet observé ou aux normes environnementales, soit modéliser à la fois l’exposition et ses effets et utiliser ces modèles de façon particulière au site, soit encore utiliser des facteurs d’équivalence pour les différentes catégories d’impact. On peut aussi rapporter les données agrégées pour chaque catégorie d’impact à la dimension réelle des impacts dans certains secteurs, afin d’accroître la comparabilité.
L’évaluation, qui vise à agréger encore les données de l’étude d’impact, est l’élément de l’ACV qui a probablement suscité le plus de débats. Certaines approches, souvent dénommées techniques de théorie de la décision, affirment pouvoir faire de l’évaluation une méthode rationnelle et explicite. Les principes d’évaluation peuvent reposer sur des considérations scientifiques, politiques ou sociologiques, et il existe actuellement des approches couvrant ces trois perspectives. Il est particulièrement important de recourir à l’analyse de sensibilité et d’erreur. L’analyse de sensibilité permet d’identifier les critères d’évaluation choisis susceptibles de changer l’attribution de priorité entre deux procédés ou produits du fait de l’incertitude des données. L’analyse d’erreur peut être utilisée pour indiquer la probabilité qu’un produit soit plus écologique qu’un autre.
Beaucoup pensent que les évaluations doivent se fonder largement sur des choix de valeurs et de société. Cependant, personne n’a encore défini les exigences spécifiques auxquelles doit répondre une méthode d’évaluation fiable et acceptée par tous. La figure 54.5 dresse une liste de quelques conditions qui pourraient être utilement remplies. Cependant, et il convient de le souligner clairement, tout système d’évaluation de la gravité des impacts sur l’environnement d’une quelconque activité humaine doit reposer largement sur des jugements de valeur subjectifs. Il n’est probablement pas possible d’établir, pour ces évaluations, des critères valables dans toutes les situations.
Figure 54.5 Quelques conditions à remplir par une méthode d'évaluation du cycle de vie

L’interprétation des résultats consiste à évaluer systématiquement la nécessité et les possibilités de diminuer les contraintes que font peser sur l’environnement l’utilisation d’énergie et de matières premières et la production de déchets pendant tout le cycle de vie d’un produit, d’un procédé ou d’une activité. Elle peut inclure des mesures d’amélioration tant quantitatives que qualitatives, telles que des modifications dans la conception d’un produit, l’utilisation des matières premières, la production industrielle, la demande des consommateurs et la gestion des déchets.
L’interprétation des résultats est la phase de l’ACV qui permet de déceler et d’évaluer les possibilités de réduire les impacts ou les charges que les procédés ou les produits à l’étude font peser sur l’environnement. Elle s’attache à identifier, à évaluer et à choisir des solutions permettant d’améliorer la conception des procédés et des produits, c’est-à-dire de revoir la conception technique d’un procédé ou d’un produit afin d’en minimiser la charge sur l’environnement tout en répondant aux spécifications requises. Les décideurs doivent être bien informés des effets des incertitudes concernant les données de base et les critères utilisés pour obtenir les résultats, afin de ne pas tirer de conclusions erronées sur les procédés et les produits à l’étude. Insistons encore sur la nécessité d’une analyse de sensibilité et d’erreur pour la crédibilité de la méthodologie de l’ACV: en effet, elle donne aux décideurs des informations sur les paramètres et hypothèses essentiels, qui peuvent appeler un réexamen et des corrections pour en consolider les conclusions, d’une part, et sur l’importance statistique de la différence chiffrée de charge polluante entre les différents procédés ou produits, d’autre part.
La phase d’interprétation a été désignée comme la partie la moins documentée de l’ACV. Cependant, les résultats préliminaires de certaines grandes études d’ACV, menées conjointement par des universitaires, des sociétés de conseil et des entreprises, ont révélé que, d’un point de vue général, les pressions importantes exercées sur l’environnement par les produits semblaient être liées à l’utilisation de ces derniers (voir figure 54.6). Il semble donc possible que des initiatives lancées par l’industrie puissent minimiser les impacts sur l’environnement au moment de la mise au point des produits.
Figure 54.6 Aperçu de quelques expériences montrant les phases du cycle de vie d'un
produit pendant lesquelles s'exercent les principales pressions sur l'environnement

Selon une étude menée sur les expériences internationales de mise au point de produits écologiques fondées sur l’ACV (Ryding, 1994), l’application générale de cette méthode semblait prometteuse: 1) pour l’usage interne des entreprises, comme source d’orientation stratégique à long terme de conception des produits; 2) pour les autorités dotées de pouvoirs réglementaires qui y recourent, dans une certaine mesure, afin d’atteindre leurs objectifs généraux de planification et de choix de société. La mise au point et l’utilisation des informations fournies par l’ACV sur les effets, tant en amont qu’en aval, de l’activité spécifique étudiée pour l’environnement peuvent créer un nouveau paradigme d’aide à la décision pour la gestion d’entreprise comme pour les politiques de réglementation.
Conclusion
La connaissance des dangers que l’être humain fait courir à l’environnement semble progresser plus rapidement que sa capacité à les conjurer. C’est pourquoi les décisions sont souvent sujettes à plus d’incertitude dans ce domaine que dans d’autres, et les marges de sécurité sont généralement très faibles. Les connaissances écologiques et techniques actuelles ne suffisent pas toujours à proposer des stratégies complètes et infaillibles de protection de l’environnement. Il n’est pas possible de comprendre toutes les parades écologiques aux contraintes de l’environnement avant d’agir. Cependant, l’absence de preuves scientifiques, complètes et irréfutables, ne saurait décourager l’adoption et la mise en œuvre de programmes de lutte contre la pollution. Les questions d’environnement ne peuvent attendre d’être résolues scientifiquement avant que des mesures ne soient prises, car les dommages qui pourraient résulter d’une temporisation risqueraient d’être irréversibles. Par conséquent, la signification et la portée de la plupart des problèmes sont déjà assez connues pour justifier une action et, dans bien des cas, ces connaissances sont suffisantes pour prendre des mesures efficaces pour remédier à la plupart d’entre eux.
L’analyse du cycle de vie constitue un nouveau concept qui permet d’aborder les problèmes complexes qui se poseront demain. Cependant, il n’existe pas de réponse à tout. L’adoption rapide d’une nouvelle démarche globale en la matière permettra sans doute de déceler un certain nombre de lacunes dans notre connaissance des nouvelles questions à régler. Par ailleurs, les données disponibles qui pourraient être utilisées sont bien souvent destinées à d’autres fins. Mais, toutes ces difficultés ne sont pas des arguments pour différer l’utilisation de l’ACV jusqu’à ce que les choses aillent mieux. Bien sûr, on peut invoquer des difficultés et des incertitudes sur le concept actuel d’ACV pour justifier l’attentisme, mais il appartient à chacun de décider s’il vaut la peine d’aborder les problèmes d’environnement d’une façon globale, par l’analyse du cycle de vie. Plus l’ACV sera utilisée, mieux sa structure, sa fonction et sa validité seront connues, ce qui constitue la meilleure garantie de son amélioration par les informations obtenues en retour.
Procéder aujourd’hui à une ACV est peut-être plus une question de volonté et d’ambition que de connaissances, incontestées ou non. L’idée maîtresse de l’ACV devrait être de tirer le meilleur parti possible des connaissances scientifiques et techniques actuelles et d’en utiliser le résultat avec intelligence et humilité. Pareille approche gagnera très certainement en crédibilité.
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