
Les composés minéraux et les produits chimiques à usage agricole
LES PRODUITS CHIMIQUES À USAGE AGRICOLE
Les produits chimiques à usage agricole sont généralement des pesticides, des engrais et des produits sanitaires. Aux Etats-Unis, l’Agence de protection de l’environnement (Environmental Protection Agency (EPA)) définit les pesticides comme des matières fabriquées ou formulées pour tuer les nuisibles. Ce terme englobe donc les herbicides, les fongicides, les insecticides et les acaricides. Les engrais (ou fertilisants ) sont des produits chimiques nutritifs qui favorisent la croissance des plantes; l’azote, le phosphore et le potassium en constituent les éléments essentiels. L’azote est généralement présent sous forme d’ammoniac, de nitrate d’ammonium, de sulfate d’ammonium, de phosphate d’ammonium ou de solutions de ces substances. Pour certains besoins nutritionnels particuliers, on utilise d’autres produits chimiques azotés. Le phosphore est généralement apporté sous forme de phosphate d’ammonium. Quant au potassium, il est fourni par la potasse (oxyde de potassium). Enfin, on désigne par produits sanitaires pour animaux tous les produits chimiques utilisés pour favoriser la santé ou la croissance d’un animal. Ils comprennent ceux qui sont administrés par voie externe, bain ou douchage, par voie orale sous forme de comprimés ou de gelée, ainsi que les produits injectables.
Source Gary A. Page
01 - Les pesticides
Le progrès le plus important réalisé par les fabricants de pesticides fut la mise sur le marché de produits respectueux de l’environnement. Les herbicides de la famille des imidazolinones ont favorisé la culture du soja et des autres cultures de plein champ. Si on les compare à l’ancienne génération des composés nitroaromatiques, ils présentent en effet, à poids égal, une bien meilleure efficacité ainsi qu’une moindre toxicité pour l’humain, les animaux et les poissons, et une moindre persistance dans le sol; par ailleurs, ils sont formulés avec de l’eau et non plus avec des solvants inflammables. Cette innovation coïncide avec la mise au point de semences résistant aux imidazolinones qu’il est ainsi possible de protéger contre la prolifération des mauvaises herbes. Cette technique de protection par les imidazolinones, mise en œuvre en priorité pour le maïs, s’est avérée un succès. La persistance de l’herbicide d’une année sur l’autre n’est donc plus un problème, car le soja et le maïs sont souvent cultivés en alternance.
Un développement plus récent porte sur la production des pyréthroïdes de synthèse qui sont des pesticides à large spectre, efficaces et moins toxiques pour l’humain et les animaux que les organophosphates et carbamates antérieurs. Ils sont activés par le système biologique de l’insecte et restent par conséquent inoffensifs pour les vertébrés. De plus, leur biodégradabilité diminue leur persistance dans l’environnement.
Les pesticides et herbicides de l’ancienne génération ont également bénéficié d’améliorations dans les techniques de mise en œuvre. De nouvelles formulations d’herbicides ont été développées, qui font appel à une technique en dispersion aqueuse éliminant l’emploi de solvants volatils. Il en résulte non seulement une diminution de la quantité de produits chimiques s’échappant dans l’atmosphère, mais encore une amélioration de la sécurité dans la manipulation, le stockage, la formulation et le transport de ces produits. On a mis au point une méthode perfectionnée de manipulation des pesticides toxiques appelée «Lock-N-Load» qui permet de transvaser, en circuit fermé, le produit de son emballage jusque dans le pulvérisateur et de réduire ainsi les risques d’intoxication. Des organophosphorés sont encore employés avec succès pour l’éradication de maladies telles que le paludisme et l’onchocercose. Certains des organophosphorés les moins toxiques sont efficaces dans le traitement antiparasitaire des animaux contre les insectes, les vers et les acariens, par application directe sur la peau ou en aérosols.
L’industrie des pesticides est réglementée dans de nombreux pays; l’étiquetage, l’application sur les plantes et le sol, la formation à l’utilisation des pesticides et le transport sont contrôlés. L’épandage de nombreux pesticides ne peut être effectué que par des applicateurs agréés. Les précautions à observer pendant l’épan-dage des pesticides sont décrites ailleurs dans l’Encyclopédie . Les véhicules de transport en vrac ne peuvent être conduits que par un personnel qualifié. Les producteurs de pesticides ont l’obligation légale de fournir des méthodes de manipulation et d’application sans danger, ce dont ils s’acquittent généralement grâce à une formation appropriée et à un étiquetage précis et à des fiches de données de sécurité (FDS) (voir le chapitre no 61, «L’utilisation, la manipulation et le stockage des produits chimiques»).
L’élimination des récipients vides pose un problème. La réutilisation des récipients ayant contenu des pesticides est déconseillée; elle est même souvent illégale. Des efforts importants ont été accomplis pour résoudre ce problème: collecte des conteneurs en matière plastique par les distributeurs en vue de leur recyclage sous forme de tubes, emploi de conteneurs rechargeables de grandes dimensions, etc. Avec l’arrivée des poudres mouillables et des dispersions aqueuses, un triple rinçage du conteneur en le plongeant dans les cuves à dissolution offre à l’applicateur un moyen de décontaminer le récipient avant la mise en décharge ou le recyclage. L’emploi de lances manuelles, munies de buses de pulvérisation dont les jets peuvent percer le conteneur, permet à la fois d’assurer un bon nettoyage et de détruire le récipient pour empêcher sa réutilisation.
Les pesticides sont faits pour tuer: il est donc nécessaire de prendre des précautions pour les manipuler sans danger. L’amélioration des produits a partiellement résolu certains des problèmes rencontrés. Le plus souvent, l’application de grandes quantités d’eau constitue le meilleur traitement de premier secours en cas d’exposition superficielle de la peau et des yeux. En cas d’ingestion, le mieux est de disposer d’un antidote spécifique. Il importe que le poste de premiers secours le plus proche connaisse les produits utilisés et qu’il ait en stock les antidotes appropriés. Ainsi, par exemple, les organophosphates et les carbamates provoquent une inhibition de la cholinestérase; l’atropine, antidote spécifique pour le traitement de cette réaction, devrait être disponible partout où l’on emploie ces pesticides.
Les pesticides font l’objet d’un exposé détaillé dans l’article du même nom du présent chapitre.
02 - Les engrais
L’ammoniac constitue la base des principaux engrais, à savoir l’ammoniac lui-même, le nitrate d’ammonium, l’urée, le sulfate d’ammonium et le phosphate d’ammonium. Il semble qu’il existe un problème environnemental lié à l’emploi de l’azote car, dans de nombreuses régions agricoles, les eaux souterraines sont contaminées par des nitrates, ce qui soulève des problèmes sanitaires lorsque l’eau est consommée en tant qu’eau potable. Des pressions sont exercées pour que les agriculteurs utilisent moins d’engrais et qu’ils cultivent en rotation des légumineuses fixatrices d’azote telles que le soja et le seigle. Le nitrate d’ammonium, un oxydant, est explosif à chaud. Les dangers du nitrate d’ammonium en tant qu’explosif ont été illustrés par la destruction en 1995, aux Etats-Unis, d’un bâtiment fédéral à Oklahoma City. Afin de rendre ce composé antidéflagrant aux concentrations employées pour les engrais, on s’oriente vers l’adjonction de composants inertes au stade de la fabrication. Un autre exemple d’explosion aux conséquences mortelles s’est produit dans une usine fabriquant des solutions de nitrate d’ammonium que l’on croyait à l’abri d’une déflagration parce que le nitrate d’ammonium y était manipulé sous forme de solution à 85%. Les résultats de l’enquête ont montré que l’accident avait été provoqué par une combinaison complexe de conditions de température et de contamination. Une telle situation pourrait se rencontrer dans la distribution ou l’usage agricole de ces produits. L’ammoniac anhydre est un gaz modérément toxique à température ambiante; pendant son stockage et son utilisation, il devrait être conservé sous forme comprimée ou réfrigérée. Inflammable, il exerce une action irritante sur la peau, les yeux et les voies respiratoires et risque de provoquer des brûlures. On l’applique sur le sol directement ou sous forme de solution aqueuse. Dans de nombreuses régions agricoles, il existe des stocks importants d’ammoniac anhydre. Si le stockage n’est pas géré de manière appropriée, la situation risque de devenir dangereuse. Il convient donc de mettre en place des procédures de surveillance et de prévoir des mesures d’urgence en cas de fuites.
03 - Les produits sanitaires pour animaux
La mise au point et la commercialisation de la somatotropine bovine (BST), produit de fermentation qui augmente la lactation des vaches de 10 à 20%, suscitent une polémique. Nombreux sont ceux qui s’opposent à cette substance, car elle introduit un produit chimique dans la production du lait. Pourtant, le lait à la BST ne se différencie en rien du lait ordinaire, puisque la BST est naturellement produite par les vaches laitières. La BST semble présenter l’inconvénient d’une augmentation des mammites; il existe des antibiotiques contre cette inflammation, mais leur emploi est également controversé. Les principaux avantages de la BST résident dans l’augmentation de la production de lait, accompagnée d’une diminution de la consommation d’aliments et d’une réduction de la quantité de fumier, déchet solide dont l’élimination pose des problèmes dans de nombreuses régions. Un produit similaire, la somatotropine porcine (PST), encore au stade des essais, entraîne une amélioration du gain de poids pour une moindre consommation alimentaire et, par conséquent, une augmentation de la production de maigre.
L’utilisation d’antibiotiques dans l’élevage bovin est également controversée. On craint que la consommation de grandes quantités de viande de bœuf ne se traduise par des problèmes hormonaux chez l’humain. Ces craintes n’ont pas vraiment été confirmées, mais la préoccupation persiste. Des produits sanitaires ont été mis au point pour lutter contre les vers chez les animaux. Alors que les produits de l’ancienne génération étaient des composés chimiques de synthèse, ceux de la nouvelle génération sont issus de techniques de fermentation biologique. Ils sont efficaces à très faible dose chez de nombreuses espèces animales, y compris les animaux de compagnie. Ces produits étant très toxiques pour la vie aquatique, il est indispensable de veiller à éviter toute contamination des cours d’eau. Du fait de leur biodégradabilité, ces substances ne semblent pas provoquer de pollution aquatique résiduelle ou à long terme.
04 - La fabrication des produits chimiques à usage agricole
La fabrication des produits chimiques à usage agricole met en œuvre nombre de matières premières et de procédés. Certains de ces produits sont issus de synthèses chimiques utilisant des processus discontinus, impliquant des réactions exothermiques dans lesquelles la maîtrise de la température et le dimensionnement des équipements de délestage d’urgence revêtent une importance cruciale. Il est indispensable d’évaluer les risques pour s’assurer que tous les dangers ont été identifiés et pris en compte. Il est recommandé de procéder à des études de risque et d’exploitabilité dans chaque cas. Le dimensionnement des équipements de délestage devrait se fonder sur les recommandations du DIERS (Design Institute for Emergency Relief Systems) et les données fournies par les appareils calorimétriques. Généralement, en raison de la complexité des molécules, la fabrication des produits chimiques à usage agricole implique de nombreuses étapes qui génèrent parfois de grandes quantités d’effluents aqueux et organiques. Certaines matières organiques peuvent être recyclées, mais la plus grande partie des effluents aqueux devrait subir un traitement biologique ou être incinérée; la présence de sels organiques et inorganiques rend toutefois les deux méthodes difficiles à appliquer. Comme ils impliquaient des nitrations, les herbicides de l’ancienne génération étaient fabriqués dans des réacteurs fonctionnant en continu pour réduire au minimum les quantités de substances nitrées aux températures mises en œuvre. On a vu des réactions échapper à tout contrôle, causant des dégâts matériels et des blessures lorsque des réacteurs produisant des composés chimiques nitrés de manière discontinue étaient soumis à des écarts de température ou à une contamination.
De nombreux pesticides modernes sont des poudres sèches. Si les conditions de concentration, de granulométrie et de teneur en oxygène et une source d’ignition sont réunies simultanément, il risque de se produire un coup de poussières. L’emploi de gaz inertes et l’exclusion de l’oxygène peuvent rendre le procédé plus sûr. Les poussières risquent de poser également un problème d’hygiène industrielle qui peut être résolu par ventilation, à la fois générale et localisée.
Les principaux engrais sont fabriqués en continu plutôt que par un procédé discontinu. L’ammoniac est obtenu par reformage du méthane à des températures élevées au moyen d’un catalyseur spécifique. Il se forme également du dioxyde de carbone et de l’hydrogène qui doivent être séparés de l’ammoniac. Le nitrate d’ammonium est fabriqué à partir d’ammoniac et d’acide nitrique dans un réacteur fonctionnant en continu. L’acide nitrique est formé par oxydation continue d’ammoniac sur une surface catalytique. Le phosphate d’ammonium est issu d’une réaction entre l’ammoniac et l’acide phosphorique, celui-ci étant obtenu par réaction de l’acide sulfurique avec des minerais phosphatés. L’acide sulfurique lui-même est formé par combustion du soufre, produisant du dioxyde de soufre, et transformation catalytique en continu du dioxyde de soufre en trioxyde de soufre, puis addition d’eau pour former l’acide sulfurique. L’urée est le produit d’une réaction continue à pression élevée entre le dioxyde de carbone et l’ammoniac, le dioxyde de carbone étant généralement un sous-produit de la réaction continue de l’ammoniac.
Un grand nombre de ces matières premières sont toxiques et volatiles. Le rejet accidentel de matières premières ou de produits finis, par suite d’une défaillance du matériel ou d’une erreur de l’opérateur, risque de mettre en danger les travailleurs et les populations avoisinantes. Un plan de crise détaillé est indispensable pour limiter les conséquences d’un tel rejet. Ce plan devrait être établi en définissant l’hypothèse la plus défavorable prévisible par une évaluation des risques, puis une prévision des conséquences à l’aide d’une modélisation de la dispersion. Il importe que ce plan prévoie une procédure d’information des travailleurs et des populations avoisinantes, un plan d’évacuation, des postes de secours et un programme de retour à la normale.
Le transport des produits chimiques à usage agricole devrait être étudié avec soin de façon à choisir l’itinéraire le plus sûr, c’est-à-dire celui qui réduit au minimum le risque d’exposition en cas d’incident. Il convient de mettre sur pied un plan d’urgence précis pour faire face aux incidents susceptibles de survenir lors du transport. Ce plan devrait comprendre un numéro d’appel d’urgence, du personnel de l’entreprise pour répondre aux appels et, dans certains cas, une équipe d’intervention d’urgence sur le site de l’accident.
La fermentation est employée pour fabriquer certains produits sanitaires pour animaux. Il ne s’agit généralement pas d’un procédé dangereux, puisqu’il implique une culture dans un milieu nutritif tel que l’huile de lard, le glucose ou l’amidon. On utilise parfois aussi de l’ammoniac anhydre pour régler le pH (acidité) ou en tant que nutriment, de sorte que le procédé n’est pas totalement dépourvu de risque. Des solvants peuvent être utilisés pour extraire les cellules actives, mais les quantités et les procédés sont tels que cette opération peut être réalisée en toute sécurité. Le recyclage de ces solvants fait souvent partie du procédé.
LES PESTICIDES
Le terme pesticide désigne, d’une manière générale, une substance chimique qui peut être mélangée à d’autres substances et qui est utilisée pour la destruction d’organismes réputés nocifs pour l’humain. En français, outre le terme «pesticide», couramment employé pour désigner les agents chimiques utilisés dans la lutte contre les parasites ou les ravageurs des cultures, on trouve aussi les appellations de «produits phytosanitaires», «produits antiparasitaires à usage agricole» et «produits phytopharmaceutiques». La directive européenne 91/414/CEE (CCE, 1991) recommande d’employer le terme «produit phytopharmaceutique» et la norme ISO 1750 (1981) parle de «produits phytosanitaires». Le présent article traite à proprement parler des pesticides, les produits chimiques à usage agricole étant étudiés dans l’article précédent.
D’une acception très large, le terme «pesticide» recouvre un certain nombre d’autres désignations telles que: insecticide, fongicide, herbicide, rodenticide, bactéricide, acaricide, nématicide et molluscicide qui précisent les organismes ou les nuisances que le produit chimique ou la catégorie de produits chimiques est destiné à éliminer. Comme ces classifications générales englobent différents types d’agents chimiques, il est recommandé en principe d’indiquer la catégorie particulière de pesticide.
Source * Adapté de la 3e édition de l'Encyclopaedia of Occupational Health and Safety. Le texte remanié contient des informations fournies par A. Baiinova, J.F. Copplestone, L.A. Dobrobolskij, F. Kaloyanova-Simeonova, Y.I. Kundiev et A.M. Shenker.
05 - Considérations générales
La toxicité aiguë est mesurée par la valeur DL50; il s’agit d’une estimation statistique du nombre de mg du produit chimique par kg de poids corporel nécessaire pour tuer 50% d’une population étendue d’animaux testés. La dose peut être administrée par différentes voies, généralement par voie orale ou percutanée, le rat étant généralement l’animal de test. Les DL50 prises en compte sont celles du mode d’administration, par voie orale ou percutanée, qui fournit la valeur la plus faible pour le produit chimique considéré. Il convient également de tenir compte des autres effets qui peuvent résulter soit d’une brève exposition (neurotoxicité ou pouvoir mutagène, par exemple) soit d’une exposition prolongée (pouvoir cancérogène, par exemple), mais les pesticides connus pour présenter de telles propriétés ne sont pas autorisés à l’emploi.
La classification des pesticides recommandée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) en fonction des risques et les directives pour la classification publiées par cette organisation (OMS, 1996) classent les produits industriels selon le risque aigu qu’ils présentent pour l’humain en fonction des catégories ci-après:
• Catégorie IA: extrêmement dangereux; • Catégorie IB: très dangereux; • Catégorie II: modérément dangereux; • Catégorie III: peu dangereux.
Les directives basées sur la classification de l’OMS énumèrent les pesticides selon leur toxicité et leur état physique; ceux-ci sont étudiés dans l’article suivant du présent chapitre.
Les poisons pénètrent dans le corps par la bouche (ingestion), les poumons (inhalation), le contact dermique (absorption percutanée) ou par des plaies de la peau (inoculation). Le risque d’inhalation dépend de l’état physique et de la solubilité du produit chimique considéré. La possibilité et le degré d’absorption percutanée varient en fonction du produit; certains exercent également une action directe sur la peau en provoquant des dermatoses. Les techniques d’application, quant à elles, impliquent l’emploi de pesticides sous de nombreuses formes: pulvérisation de substances solides (sous forme diluée ou concentrée) ou de poudres (fines ou granulées), ou encore sous forme de brouillards ou de gaz. Elles jouent un rôle primordial dans la probabilité de l’absorption.
Le produit chimique peut être mélangé à des substances solides (souvent à la nourriture utilisée comme appât), à de l’eau, du kérosène, des huiles ou des solvants organiques. Certains de ces diluants présentent eux-mêmes un certain degré de toxicité et peuvent influer sur le taux d’absorption du pesticide. De nombreuses formulations contiennent d’autres produits chimiques qui ne sont pas eux-mêmes des pesticides, mais qui renforcent l’efficacité de ceux qu’elles renferment. C’est le cas par exemple des agents tensioactifs ajoutés. Lorsque deux ou plusieurs pesticides sont mélangés, l’action de l’un peut être renforcée par la présence des autres. Les connaissances sur les effets combinés des mélanges restant encore souvent incomplètes, une bonne règle consiste à toujours considérer les mélanges comme plus toxiques que chacun de leurs composants.
Par leur nature et par leur finalité mêmes, les pesticides produisent des effets biologiques néfastes, en tout cas sur certaines espèces, y compris sur l’humain. L’analyse ci-après fournit une large vue d’ensemble des mécanismes d’action des pesticides et de certains de leurs effets toxiques. On trouvera des indications plus détaillées sur le pouvoir cancérogène, la surveillance biologique et les mesures de protection en rapport avec l’utilisation des pesticides dans d’autres chapitres de l’Encyclopédie.
06 - Les pesticides organochlorés
Les pesticides organochlorés (POC), tels l’endrine, l’aldrine et la dieldrine, ont provoqué des intoxications par suite de contact cutané, d’ingestion ou d’inhalation. Leur taux d’absorption et leur toxicité diffèrent en fonction de leur structure chimique et des solvants, tensioactifs et émulsifiants utilisés dans leur formulation.
L’élimination des POC par l’organisme s’opère progressivement par les reins. Le métabolisme cellulaire implique divers mécanismes: oxydation, hydrolyse et autres. Les POC ont une forte tendance à traverser les membranes cellulaires et à s’accumuler dans les graisses de l’organisme. En raison de leur affinité pour les tissus graisseux (propriétés lipotropes), ils tendent à s’accumuler dans le système nerveux central, le foie, les reins et le myocarde dans lesquels ils risquent de perturber le fonctionnement d’importants systèmes enzymatiques et d’interrompre l’activité biochimique cellulaire.
Etant fortement lipophiles, les POC ont tendance à s’accumuler dans les tissus graisseux tout au long de l’exposition. Ils sont ensuite libérés lentement (parfois pendant plusieurs années) dans le sang qui les transporte vers d’autres organes dans lesquels ils risquent d’induire des effets génotoxiques, dont le cancer. C’est ainsi que la grande majorité des habitants des Etats-Unis présentent dans leurs tissus graisseux des taux détectables de pesticides organochlorés, dont des produits de décomposition du DDT; ces concentrations augmentent avec l’âge, ce qui traduit des bioaccumulations tout au long de l’existence.
Un certain nombre de POC utilisés dans le monde comme insecticides et herbicides se sont également révélés être ou ont été suspectés d’être cancérogènes pour l’humain. Ils sont décrits en détail dans les chapitres no 2, «Le cancer», et no 33, «La toxicologie», de la présente Encyclopédie.
Les intoxications aiguës
L’aldrine, l’endrine, la dieldrine et le toxaphène sont les composés les plus fréquemment mis en cause dans les intoxications aiguës. Dans les cas graves, les symptômes apparaissent au bout d’environ trente minutes. Dans le cas de POC présentant une toxicité moins importante, ce délai peut atteindre plusieurs heures, mais pas plus de douze.
L’intoxication se manifeste par des symptômes gastro-intestinaux: nausées, vomissements, diarrhée et douleurs d’estomac. Le principal syndrome est cérébral: céphalées, étourdissements, ataxie et paresthésie. Peu à peu, le sujet est atteint de tremblements, d’abord au niveau des paupières et des muscles faciaux, puis dans tout le corps; dans des cas graves, il peut même être pris de convulsions toniques-cloniques qui s’étendent progressivement aux différents groupes de muscles. Ces convulsions peuvent être accompagnées d’une hyperthermie et d’une perte de conscience et aboutir à une issue fatale. En plus des signes cérébraux, les intoxications aiguës risquent d’entraîner une paralysie bulbaire des centres respiratoires ou vasomoteurs, provoquant une déficience respiratoire aiguë ou apnée et un collapsus grave.
De nombreux patients présentent des signes d’hépatite et de néphropathie toxiques. Après la disparition de ces symptômes, il apparaît chez certains sujets des signes de polynévrite toxique, d’anémie et de diathèse hémorragique prolongées liées à une thrombocytopoïèse altérée. Le toxaphène peut provoquer une broncho-pneumonie allergique caractéristique.
Les intoxications aiguës aux POC peuvent durer jusqu’à 72 heures. Quand le fonctionnement d’un organe a été gravement affecté, la maladie risque de se prolonger plusieurs semaines. Les complications hépatiques et rénales peuvent être durables.
Les intoxications chroniques
Les intoxications induites par l’application des POC en agriculture ainsi que par leur fabrication sont le plus souvent chroniques, c’est-à-dire dues à une exposition à de faibles doses pendant une longue durée. Moins courantes, les intoxications aiguës (liées à une exposition à de fortes doses à un moment donné) résultent généralement de mauvaises pratiques ou d’accidents, tant en milieu domestique qu’industriel. L’intoxication chronique est caractérisée par des lésions des systèmes nerveux, digestif et cardio-vasculaire et de l’hématopoïèse. Tous les POC étant des stimulants du système nerveux central, ils sont susceptibles de provoquer des convulsions qui présentent souvent un caractère épileptique. On a enregistré des électroencéphalogrammes (EEG) anormaux, avec des rythmes alpha irréguliers et d’autres anomalies. Dans certains cas, on a observé des ondes pointues bitemporales de bas voltage, avec décalage de la localisation, et une activité thêta diffuse. Dans d’autres cas, on a enregistré des émissions paroxystiques composées d’ondes pointues lentes, d’ondes pointues complexes et de pics rythmiques de bas voltage.
Des cas de polynévrite, d’encéphalite et d’autres atteintes du système nerveux ont été décrits après une exposition professionnelle aux POC. On a également constaté chez des travailleurs un tremblement des membres et des altérations des électromyogrammes (EMG). Chez des travailleurs manipulant des POC tels que l’hexachlorure de benzène (HCB), le polychloropinène, l’hexachlorobutadiène et le dichloroéthane, on a observé des signes non spécifiques, diencéphaliques par exemple, apparaissant souvent conjointement avec d’autres signes d’intoxication chronique. Les signes d’intoxication les plus courants sont des maux de tête, des étourdissements, des engourdissements et des fourmillements ressentis dans les membres, des variations rapides de la tension et d’autres manifestations de troubles circulatoires. Des douleurs sous les côtes droites et dans la région du nombril, ou une dyskinésie de la vésicule biliaire sont plus rares. On rencontre aussi des changements du comportement, tels que des troubles sensoriels et de l’équilibre. Ces symptômes sont souvent réversibles après cessation de l’exposition.
Les POC attaquent le foie et les reins. On a observé une induction enzymatique microsomique ainsi qu’une ALF (fructose biphosphate aldolase) et une activité d’aldolase accrues. La synthèse des protéines et des lipides, la détoxification, l’excrétion et les fonctions hépatiques sont également atteintes. On a mis en évidence chez des travailleurs exposés au pentachlorophénol, par exemple, un abaissement de la clairance de la créatinine et une réabsorption du phosphore. Le pentachlorophénol ainsi que la famille des chlorophénols sont également considérés comme peut-être cancérogènes pour l’humain (groupe 2B selon la classification du Centre international de recherche sur le cancer (CIRC)). Le toxaphène appartient aussi au groupe 2B.
Des troubles cardio-vasculaires ont été observés chez des personnes exposées, se manifestant le plus souvent sous forme de dyspnée, de rythme cardiaque élevé, d’oppression et de douleurs dans la région cardiaque, d’un volume cardiaque accru et d’un bruit cardiaque caverneux.
On a également signalé des troubles vasculaires et capillaires après contact avec des POC. Des cas de thrombopénie, d’anémies, de pancytopénies, d’agranulocytoses et d’hémolyses ainsi que des troubles capillaires ont été rapportés. L’aplasie médullaire peut être complète. Des atteintes capillaires (purpura) risquent de se développer à la suite d’une exposition brève ou prolongée, mais intense, tandis que des éosinopénies, des neutropénies accompagnées de lymphocytose et des anémies hypochromatiques ont été observées chez des travailleurs soumis à des expositions prolongées.
Une irritation de la peau se produit à la suite d’un contact dermique avec certains POC, en particulier avec des terpènes chlorés. Souvent, les signes cliniques d’intoxication chronique sont de type allergique.
07 - Les pesticides organophosphorés
Les pesticides organophosphorés sont chimiquement apparentés aux esters de l’acide phosphorique ou à certains de ses dérivés. Les phosphates organiques se caractérisent également par une propriété pharmacologique commune: l’aptitude à inhiber l’action des cholinestérases.
Le parathion compte parmi les plus dangereux des organophosphorés; il est décrit plus en détail ci-après. Outre ses effets pharmacologiques, son action est fatale à tous les insectes. Ses propriétés physiques et chimiques l’ont rendu utile comme insecticide et acaricide dans l’agriculture. La description de la toxicité du parathion s’applique à d’autres organophosphorés, bien que leurs effets soient moins rapides et moins étendus.
Tous les phosphates organiques ont une action toxique sur le système nerveux central en inhibant les cholinestérases. Cette inhibition produit une stimulation excessive, continue, des muscles et des structures glandulaires activés par l’acétylcholine jusqu’au point où la vie ne peut plus se maintenir. Le parathion est un inhibiteur indirect, car il doit être transformé dans l’environnement ou in vivo avant de pouvoir inhiber effectivement la cholinestérase.
De manière générale, les organophosphorés peuvent pénétrer dans le corps par n’importe quelle voie. L’ingestion d’une faible quantité de parathion, en mangeant ou en fumant par exemple, risque de déclencher une intoxication grave, voire fatale. Les organophosphates risquent d’être inhalés lors de la manipulation, même brève, de poudres ou de composés volatils. Le parathion est facilement absorbé par la peau ou les yeux. L’aptitude à pénétrer dans la peau en quantités mortelles, sans l’avertissement que pourrait fournir une irritation, rend la manipulation du parathion particulièrement délicate.
Les signes et les symptômes d’intoxication par les organophosphorés s’expliquent par l’inhibition des cholinestérases. Une intoxication récente ou légère risque de passer inaperçue en raison d’un certain nombre d’autres circonstances. Un coup de chaleur, une intoxication alimentaire, une encéphalite, l’asthme et des infections respiratoires donnent lieu en effet à certaines manifestations identiques, ce qui complique le diagnostic. Les symptômes peuvent n’apparaître que plusieurs heures après la dernière exposition, mais rarement au-delà de douze heures. Ils se manifestent le plus souvent dans l’ordre suivant: céphalées, fatigue, vertiges, nausées, transpiration, vision trouble, oppression thoracique, crampes abdominales, vomissements et diarrhée. A un stade d’intoxication plus avancé, ils sont suivis de difficultés respiratoires, de tremblements, de convulsions, de collapsus, de coma, d’œdème pulmonaire et d’insuffisance respiratoire. Plus l’intoxication progresse, plus les signes caractéristiques de l’inhibition de cholinestérase (à savoir myosis, respiration rapide de type asthmatique, asthénie intense, sueurs profuses, ptyalisme et œdème pulmonaire) deviennent évidents.
En cas d’intoxication très grave au parathion, avec perte de conscience temporaire, une anoxie risque de provoquer des lésions au cerveau. On a observé que des symptômes tels qu’une asthénie intense, des troubles oculaires, des anomalies de l’EEG, des affections gastro-intestinales, des rêves excessifs et une intolérance à l’exposition au parathion peuvent persister pendant des jours, voire des mois, après une intoxication aiguë. Une incapacité permanente ne semble pas établie.
Une exposition chronique au parathion peut être cumulative en ce sens que des expositions répétées, se succédant rapidement, risquent de réduire la cholinestérase plus rapidement qu’elle ne peut être régénérée, de sorte qu’une intoxication même très légère devient susceptible de précipiter une intoxication aiguë. Si la personne peut être soustraite à l’exposition, son rétablissement clinique est généralement rapide et complet en quelques jours. Quand on suspecte une intoxication au phosphate ester, il importe de pratiquer sur les hématocytes et le plasma un test de l’inhibition de cholinestérase. Dans les cas graves, l’activité de cholinestérase globulaire est souvent réduite et proche de zéro. La cholinestérase plasmatique diminue aussi considérablement et constitue donc un indicateur plus rapide et plus sensible de l’exposition. Le dosage chimique du parathion dans le sang ne présente pas d’intérêt, car le métabolisme de ce pesticide est trop rapide. Néanmoins, le p-nitrophénol, produit final du métabolisme du parathion, peut être décelé dans les urines. Si un contact est suspecté, un examen chimique destiné à identifier le pesticide peut être réalisé sur des vêtements contaminés ou d’autres objets.
08 - Les carbamates et les thiocarbamates
L’activité biologique des carbamates fut découverte en 1923, lorsque fut décrite pour la première fois la structure de l’alcaloïde ésérine (ou physostigmine) contenu dans les fèves de Calabar. Des substances analogues furent synthétisées en 1929, ce qui permit de disposer peu après de dérivés de l’acide dithiocarbamique tels que le thirame et le zirame. L’étude des composés carbamiques débuta la même année. On connaît actuellement plus de 1 000 dérivés de l’acide carbamique, dont plus de 50 sont employés comme pesticides, herbicides, fongicides et nématicides. Les premiers dérivés de l’acide carbamique ayant une activité insecticide furent synthétisés en 1947. Certains thiocarbamates se sont avérés efficaces comme accélérateurs de vulcanisation; des dérivés de l’acide dithiocarbamique ont été mis au point pour le traitement de tumeurs malignes, de l’hypoxie, de neuropathies, de lésions dues aux rayonnements et d’autres maladies. Les esters arylés de l’acide alkylcarbamique et les esters alkylés de l’acide arylcarbamique sont également utilisés comme pesticides.
Certains carbamates peuvent entraîner une sensibilisation chez les individus exposés; quelques composés de cette famille ont provoqué divers effets fœtotoxiques, embryotoxiques et mutagènes.
Les effets chroniques
Les effets spécifiques produits par une intoxication aiguë ont été décrits pour chaque substance répertoriée. Une étude de ces effets, réalisée à partir d’une analyse des données publiées, a permis de dégager des caractéristiques similaires dans l’action chronique des différents carbamates. Certains auteurs estiment que le principal effet toxique des esters de l’acide carbamique réside dans l’atteinte du système endocrinien. L’une des particularités de l’intoxication au carbamate est une éventuelle réaction allergique des sujets exposés. Les effets toxiques des carbamates peuvent ne pas être immédiats, d’où un risque potentiel dû à l’absence de signes précurseurs. Les résultats obtenus lors d’expériences réalisées sur des animaux de laboratoire révèlent des effets embryotoxiques, tératogènes, mutagènes et cancérogènes de certains carbamates.
Le baygon (N-méthylcarbamate d’isopropoxyphényle) est obtenu par réaction d’un isocyanate d’alkyle avec des phénols; il est utilisé comme insecticide. C’est un poison systémique qui inhibe jusqu’à 60% l’activité des cholinestérases sériques après administration par voie orale de 0,75 à 1 mg/kg. Cette substance très toxique a peu d’effet sur la peau.
Le carbaryle est un poison systémique dont l’ingestion, l’inhalation ou l’absorption à travers la peau produit des effets aigus d’une gravité modérée. Il peut provoquer une irritation locale de la peau. Inhibiteur de la cholinestérase, il est beaucoup plus actif chez les insectes que chez les mammifères. Les examens médicaux de travailleurs exposés à des concentrations de 0,2 à 0,3 mg/m3 révèlent rarement une chute de l’activité des cholinestérases.
Le bétanal (3-(méthoxycarbonyl)aminophényl-N-(3-méthylphényl)carbamate; N-méthylcarbanilate) est un ester alkylé de l’acide arylcarbamique utilisé comme herbicide. Il est légèrement toxique pour le tractus gastro-intestinal et le tractus respiratoire. Sa toxicité dermique et son effet irritant local sont insignifiants.
L’isoplan est un membre très toxique du groupe, employé comme insecticide, dont l’action, comme celle du Sevin et d’autres, se caractérise par l’inhibition de l’activité d’acétylcholinestérase. Le pyrimor (méthylcarbamate de 5,6-diméthyl-2-diméthylamino-4-pyrimidinyle) est un dérivé d’esters alkylés de l’acide arylcarbamique. Il est très toxique pour le tractus gastro-intestinal, mais son absorption par voie générale et son effet irritant local ne sont pas très prononcés.
Les esters de l’acide thiocarbamique
Le ronite (thiocarbamate de sym -éthylcyclohexyléthyle; eurex), l’eptam (thiocarbamate de sym -éthyl-N,N-dipropyle) et le tillam (sym -propyl-N-éthyl-N-butylthiocarbamate) sont des esters synthétisés par réaction de thiocarbamates alkylés avec des amines et de mercaptides alcalins avec des chlorures de carbamoyle. Ce sont des herbicides sélectifs efficaces.
Les composés de ce groupe sont légèrement à modérément toxiques, leur toxicité étant réduite quand ils sont absorbés à travers la peau. Ils peuvent perturber les processus d’oxydation ainsi que les systèmes nerveux et endocrinien.
Les dithiocarbamates et les bisdithiocarbamates comprennent les produits ci-après, qui présentent de nombreux points communs quant à leur utilisation et leurs effets biologiques. Le zirame sert d’accélérateur de vulcanisation pour la fabrication des caoutchoucs synthétiques; en agriculture, il est employé comme fongicide et pour la fumigation des semences. Ce composé est très irritant pour le tissu conjonctif et les muqueuses des voies respiratoires supérieures. Il peut provoquer de très vives douleurs oculaires, une irritation dermique et des troubles de la fonction hépatique. Il a également des effets embryotoxiques et tératogènes. Le TTD , employé pour la fumigation des semences, provoque des irritations de la peau, des dermatoses et affecte le tissu conjonctif. Il augmente la sensibilité à l’alcool. Le nabame est un fongicide pour les plantes, qui sert aussi d’intermédiaire pour la fabrication d’autres pesticides. Irritant pour la peau et les muqueuses, il est narcotique à des concentrations élevées. En présence d’alcool, il peut provoquer de violents vomissements. Le ferbame est un fongicide d’une toxicité relativement faible, mais pouvant entraîner des troubles de la fonction rénale. Il produit un effet irritant sur le tissu conjonctif, les muqueuses du nez et des voies respiratoires supérieures, et sur la peau. Insecticide et fongicide, le zinèbe risque de provoquer une irritation des yeux, du nez et du larynx. Le manèbe est un fongicide qui peut provoquer une irritation des yeux, du nez et du larynx; il est également nocif en cas d’inhalation ou d’ingestion. Le vapame (méthyldithiocarbamate de sodium; carbation) est une poudre blanche cristalline, d’une odeur désagréable ressemblant à celle du sulfure de carbone. C’est un fumigant efficace du sol qui détruit les mauvaises herbes, les champignons et les insectes. Il a un effet irritant sur la peau et les muqueuses.
Les rodenticides
Les rodenticides sont des produits chimiques toxiques utilisés dans la lutte contre les rats, les souris et les autres espèces de rongeurs nuisibles. Pour être efficace, un rodenticide doit répondre à des critères très stricts, ce qui explique le faible nombre de composés actuellement employés avec de bons résultats.
Les formulations les plus efficaces et les plus largement répandues sont les appâts empoisonnés. Certains rodenticides sont utilisés comme poisons de «contact», c’est-à-dire sous forme de poudres, de mousses et de gels pour que la substance toxique adhère au pelage de l’animal et soit ingérée par l’animal quand il se nettoiera. Un petit nombre de ces composés est appliqué comme fumigant dans les terriers ou autres lieux infestés. Il est commode de classer les rodenticides en deux catégories selon leur mode d’action: poisons à action immédiate (dose unique) ou prolongée (doses multiples).
Les poisons à action immédiate, tels que le phosphure de zinc, le nobormide, le fluoracétamide et l’ α-chloralose , sont des composés très toxiques, caractérisés par une DL50 généralement inférieure à 100 mg/kg, capables d’entraîner la mort en l’espace de quelques heures après consommation d’une dose unique.
La plupart des rodenticides à action immédiate présentent l’inconvénient de provoquer des symptômes d’empoisonnement assez rapidement, d’être généralement plutôt non spécifiques et de ne pas avoir d’antidotes satisfaisants. Ils sont utilisés à des concentrations relativement élevées (0,1 à 10%) dans des appâts.
Les poisons à action prolongée , de type anticoagulants, par exemple comme le calciférol, sont des composés qui, du fait de leur mode d’action cumulatif, doivent être consommés plusieurs jours de suite pour provoquer la mort. Les anticoagulants présentent l’avantage de ne causer des symptômes d’empoisonnement que très tard, généralement bien après que l’animal a consommé la dose mortelle. Il existe un antidote efficace pour les personnes ayant été exposées accidentellement à des anticoagulants. Les poisons à action prolongée sont utilisés à des concentrations relativement faibles (0,002 à 0,1%).
L’application
Les rodenticides destinés à être utilisés dans des appâts sont disponibles sous une ou plusieurs des formes ci-après: produit de qualité technique, concentré («mélange-maître») ou appât prêt à l’emploi. Les poisons à action immédiate sont généralement employés sous forme de produits de qualité technique; ils sont mélangés à des supports d’appât peu avant l’utilisation. Du fait de leur emploi à faibles concentrations, les poisons à action prolongée sont normalement commercialisés sous forme de concentrés, la substance active étant incorporée à un support de farine fine ou de talc.
La préparation finale de l’appât consiste à ajouter le concentré, en respectant le dosage approprié, au support d’appât. Si ce support présente une consistance granuleuse grossière, il peut s’avérer nécessaire d’y adjoindre une huile végétale ou minérale dans une proportion définie pour s’assurer de l’adhérence du poison au support. Il est généralement obligatoire d’ajouter aux concentrés ou aux appâts prêts à l’emploi un colorant avertissant du danger.
Pour les traitements de dératisation et de lutte contre les souris, on dispose à intervalles fréquents des appâts empoisonnés dans toute la zone infestée. En cas d’utilisation de rodenticides à action immédiate, on obtient de meilleurs résultats par un appâtage préalable sans poison («préappât») pendant quelques jours avant de poser l’appât empoisonné. Dans les traitements par produit à action immédiate, on ne laisse l’appât empoisonné que pendant quelques jours. Les anticoagulants ne nécessitent en revanche aucun préappât, mais le poison doit rester en place pendant trois à six semaines pour obtenir une élimination totale des animaux nuisibles visés.
Les formulations des rodenticides de contact deviennent particulièrement utiles dans les cas où, pour une raison quelconque, il est difficile d’appâter ou d’amener les rongeurs à déroger à leur régime alimentaire habituel. On incorpore généralement le poison à une poudre fine, du talc par exemple, qui est ensuite saupoudrée sur les trajets habituels des rongeurs ou autour de points d’appât, ou insufflée dans les terriers, les cavités des murs, etc. Le composé peut être également formulé en gels ou en mousses que l’on introduit dans les terriers.
L’emploi de rodenticides de contact repose sur l’ingestion du poison par l’animal cible quand il va se nettoyer. La quantité de poudre (ou de mousse, etc.) adhérant au pelage risquant d’être faible, la concentration de substance active dans la formulation est généralement assez élevée, de sorte que l’emploi d’un rodenticide de ce type ne reste sans danger qu’en l’absence de toute contamination d’aliments, etc. Parmi les autres formulations spéciales de rodenticides, on trouve, d’une part, des solutions aqueuses de composés solubles susceptibles d’être utilisées avec succès dans un environnement sec, l’eau servant d’appât et, d’autre part, des blocs dans lesquels le poison et la base d’appât sont inclus dans de la cire de paraffine fondue (à bas point de fusion), coulée sous forme de blocs. Les appâts inclus dans la cire résistent bien aux climats humides et aux attaques d’insectes.
Les dangers liés aux rodenticides
Bien que le degré de toxicité des rodenticides soit différent pour l’espèce cible et l’espèce non-cible, tous ces poisons doivent être considérés comme potentiellement mortels pour l’humain. Les poisons à action immédiate peuvent être plus dangereux que ceux à action prolongée, car ils ont un effet rapide, non spécifique, et il n’existe généralement pas d’antidote. En revanche, du fait de leur action lente et cumulative, les anticoagulants laissent suffisamment de temps pour administrer un antidote fiable, tel que la vitamine K.
Comme indiqué précédemment, les concentrations en substances actives dans les formulations de contact d’un poison donné sont supérieures à celles utilisées dans des appâts, ce qui augmente considérablement le risque encouru par l’opérateur. Les fumigants présentent un danger particulier quand ils sont utilisés pour traiter des locaux infestés, des cales de bateaux, etc.; seuls des techniciens dûment formés devraient procéder à leur application. Bien que moins dangereux, le gazage des terriers requiert également une extrême prudence.
09 - Les herbicides
Les graminées indésirables et les mauvaises herbes à larges feuilles font concurrence aux plantes cultivées sur le plan de la lumière, de l’espace, de l’eau et des nutriments. Elles abritent des bactéries, des champignons et des virus et créent des problèmes lors de la récolte au moyen d’engins mécaniques. L’envahissement par les mauvaises herbes peut causer de très importantes pertes de récoltes qui atteignent communément 20 à 40%. Dans les cultures intensives, les moyens traditionnels de lutte contre les mauvaises herbes, telles que le désherbage manuel et le sarclage, étant inefficaces, les herbicides chimiques ont remplacé avec succès les méthodes mécaniques.
Les herbicides sont appliqués non seulement en agriculture — dans les cultures céréalières, les prairies, les champs, les pâturages, les vergers et les serres — et dans la foresterie, mais aussi sur les sites industriels, les voies de chemin de fer et les lignes électriques pour éliminer la végétation. Ils sont utilisés pour détruire les herbes dans les canaux, les caniveaux et les pièces d’eau naturelles ou artificielles.
Les herbicides sont pulvérisés ou saupoudrés sur les mauvaises herbes ou sur les sols infestés. Ils restent sur les feuilles (herbicides de contact) ou pénètrent dans la plante et perturbent ainsi sa physiologie (herbicides systémiques). Ils sont classés en produits non sélectifs (désherbants totaux utilisés pour détruire toute la végétation) et sélectifs (destinés à empêcher la croissance des adventices ou à les détruire sans endommager les cultures). Les produits de ces deux catégories peuvent être des herbicides de contact ou systémiques.
La sélectivité est réelle si l’herbicide, appliqué à la bonne dose et au bon moment, n’est actif que vis-à-vis de certaines espèces de mauvaises herbes. Les composés chlorophénoxy sont par exemple des herbicides vraiment sélectifs qui affectent les plantes à larges feuilles, mais pas les graminées. La sélectivité peut être également obtenue par le mode d’application, c’est-à-dire en employant l’herbicide de manière qu’il n’entre en contact qu’avec les mauvaises herbes. Le paraquat est utilisé, par exemple, dans les vergers où il est facile d’éviter le feuillage. On distingue trois types de sélectivité:
• la sélectivité physiologique, qui repose sur l’aptitude de la plante à dégrader l’herbicide en composants non phytotoxiques; • la sélectivité physique, qui exploite le port particulier des plantes cultivées (port dressé des céréales, par exemple) ou une conformation spécifique de surface (revêtement cireux ou cuticule résistante, par exemple) protégeant la plante contre la pénétration de l’herbicide; • la sélectivité de position, dans laquelle l’herbicide restant fixé dans les couches supérieures du sol, adsorbé sur les particules colloïdales de la terre, n’atteint pas la zone radiculaire de la plante cultivée ou, du moins, pas en quantités nocives. La sélectivité de position dépend du sol, des précipitations et de la température ainsi que de l’hydrosolubilité de l’herbicide dans le sol et de son adsorption par celui-ci.
Quelques herbicides courants
On trouvera ci-après une brève description des effets aigus et chroniques associés à certains herbicides couramment utilisés.
L’atrazine cause un amaigrissement, une anémie, une perturbation du métabolisme des protéines et du glucose chez le rat. Elle provoque une dermatose de contact professionnelle due à la sensibilisation de la peau. On la considère comme peut-être cancérogène pour l’humain (CIRC, groupe 2B).
Le barbane provoque, en cas de contacts répétés avec une émulsion aqueuse à 5%, de graves irritations dermiques chez les lapins. Il occasionne une sensibilisation de la peau aussi bien chez les animaux de laboratoire que chez les travailleurs agricoles, provoque une anémie, une méthémoglobinémie et perturbe le métabolisme des lipides et des protéines. Chez des animaux de laboratoire, on constate une ataxie, des tremblements, des crampes, une bradycardie et des anomalies de l’ECG.
Le chlorprophame peut produire une légère irritation et une faible pénétration dermiques. Chez le rat, l’exposition au chlorprophame provoque une anémie, une méthémoglobinémie et une réticulocytose. L’application chronique entraîne un carcinome de la peau chez le rat.
Le cycloate provoque une polyneuropathie et des lésions hépatiques chez les animaux de laboratoire. Aucun symptôme clinique n’a été décrit après une exposition professionnelle de travailleurs pendant trois jours consécutifs.
Le 2,4-D présente une toxicité dermique modérée et des risques d’irritation de la peau chez les personnes exposées. Il est fortement irritant pour les yeux. Chez les travailleurs soumis à une exposition intense, il provoque des céphalées, des étourdissements, des nausées, des vomissements, une hyperthermie, une hypotension, une leucocytose ainsi que des lésions cardiaques et hépatiques. L’exposition professionnelle continue, sans protection, peut causer des nausées, des altérations de la fonction hépatique, une dermatose de contact toxique, une irritation des voies respiratoires et des yeux, ainsi que des troubles neurologiques. Certains des dérivés du 2,4-D sont embryotoxiques et tératogènes chez les animaux de laboratoire, mais seulement à haute dose.
Le 2,4-D et le 2,4,5-T, herbicides apparentés à base de phénoxy, ont été classés par le CIRC dans le groupe 2B (peut-être cancérogène pour l’humain). Chez des travailleurs agricoles suédois, des cancers lymphatiques, en particulier le lymphome non hodgkinien (LNH), ont été associés à une exposition à un produit distribué dans le commerce, constitué d’un mélange de 2,4-D et de 2,4,5-T et similaire à l’Agent Orange, l’herbicide utilisé par les militaires américains au Viet Nam de 1965 à 1971. La cancérogénicité éventuelle est souvent imputée à une contamination du 2,4,5-T par de la 2,3,7,8-tétrachloro-dibenzo-p -dioxine. Toutefois, un groupe de recherche de l’Institut national du cancer (National Cancer Institute), aux Etats-Unis, a fait état d’un coefficient de risque de 2,6 pour le LNH chez l’adulte parmi les habitants du Kansas exposés à du 2,4-D seul, dont on estime qu’il n’est pas contaminé par la dioxine.
Le dalapon-Na peut induire chez les travailleurs exposés un état dépressif, une démarche mal assurée, une perte de poids, des troubles rénaux et hépatiques, un dysfonctionnement thyroïdien et pituitaire ainsi qu’une dermatose de contact. Le diallate présente une toxicité dermique et provoque une irritation de la peau, des yeux et des muqueuses. Le diquat est un agent irritant pour la peau, les yeux et les voies respiratoires supérieures. Il peut provoquer un retard dans la cicatrisation des coupures et blessures, des troubles gastro-intestinaux et respiratoires, une cataracte bilatérale et des troubles des fonctions hépatique et rénale.
Le dinosèbe est dangereux en raison de sa toxicité par contact dermique. Il peut provoquer une irritation modérée de la peau et une irritation prononcée des yeux. La dose fatale pour l’humain est d’environ 1 à 3 g. Après une brève exposition à une forte dose, le dinosèbe provoque des troubles du système nerveux central, des vomissements, des rougeurs (érythème) de la peau, des sueurs profuses et de la fièvre. L’exposition prolongée sans protection entraîne une perte de poids, une dermatose de contact (toxique ou allergique) et des troubles gastro-intestinaux, hépatiques et rénaux. Le dinosèbe n’est pas utilisé dans de nombreux pays en raison de la gravité de ses effets indésirables.
Le fluométuron est un sensibilisant modéré de la peau chez le cobaye et chez l’humain. On a constaté qu’il provoquait une perte de poids et de l’anémie ainsi que des troubles hépatiques, spléniques et thyroïdiens. L’action biologique du diuron est similaire.
Le linuron provoque une légère irritation de la peau et des yeux et présente une faible toxicité cumulative (valeur seuil après une seule inhalation: 29 mg/m3). Il entraîne des modifications du système nerveux central, du foie, des poumons et des reins chez les animaux de laboratoire ainsi qu’un dysfonctionnement thyroïdien.
Le MCPA est très irritant pour la peau et les muqueuses; il présente une faible toxicité cumulative. A forte dose, il est embryotoxique et tératogène chez le lapin et le rat. Une intoxication aiguë chez l’humain (à une dose estimée à 300 mg/kg) provoque des vomissements, de la diarrhée, une cyanose, des brûlures des muqueuses, des spasmes cloniques et des lésions du myocarde et du foie. Il induit une grave dermatose de contact toxique chez les travailleurs. L’exposition prolongée sans protection entraîne des étourdissements, des nausées, des vomissements, des douleurs d’estomac, une hypotonie, une hépatomégalie, un dysfonctionnement du myocarde et une dermatose de contact.
Le molinate peut atteindre une concentration toxique chez le rat après une seule inhalation de 200 mg/m3. Il provoque des troubles hépatiques, rénaux et thyroïdiens; il est gonadotoxique et tératogène chez le rat. Chez l’humain, c’est un sensibilisant modéré de la peau.
Le monuron peut provoquer à haute dose des troubles hépatiques, rénaux et du myocarde. Il cause une irritation et une sensibilisation de la peau. Le monolinuron , le chloroxuron, le chlorotoluron et la dodine présentent des effets similaires.
Le nitrofène est un puissant irritant de la peau et des yeux. L’exposition professionnelle prolongée, sans protection, entraîne des perturbations du système nerveux central, de l’anémie, une hyperthermie, une perte de poids, de la fatigue et une dermatose de contact. Il est considéré par le CIRC comme peut-être cancérogène pour l’humain (groupe 2B).
Le paraquat présente une toxicité dermique et des effets irritants sur la peau et les muqueuses. Il provoque des lésions unguéales et des saignements de nez en cas d’utilisation professionnelle sans protection. Il existe un risque d’intoxication accidentelle par ingestion si le produit est laissé à la portée des enfants ou transvasé de son conteneur initial dans des bouteilles contenant habituellement des boissons. Les signes précurseurs d’une telle intoxication sont des effets gastro-intestinaux caustiques, une néphrite tubulaire et un dysfonctionnement hépatique. La mort est provoquée par un collapsus circulatoire et des lésions pulmonaires progressives (œdème et hémorragie pulmonaires, fibrose intra-alvéolaire et interstitielle accompagnée d’alvéolite et du syndrome des membranes hyalines), dont les signes cliniques sont la dyspnée, l’hypoxémie, des râles et la mise en évidence radiologique d’infiltration et d’athélectase. L’insuffisance rénale est suivie de lésions pulmonaires et accompagnée, dans certains cas, de troubles hépatiques ou du myocarde. Les intoxications provoquées par des formulations liquides concentrées entraînent une mortalité plus élevée (87,8%), tandis que la mort liée à l’ingestion de formes granulaires est moins fréquente (18,5%). La dose fatale est de 6 g d’ion paraquat (équivalent à 30 ml de gramoxone ou à 4 paquets de weedol ); on ne connaît pas de personnes ayant survécu à des doses plus fortes, quelles qu’aient été la vigueur et la durée du traitement. La plupart des survivants avaient ingéré moins de 1 g d’ion paraquat.
Le cyanate de potassium est connu pour sa forte toxicité par inhalation et par voie percutanée chez les animaux de laboratoire et chez l’humain du fait de la conversion métabolique en cyanure, traitée ailleurs dans l’Encyclopédie.
La prométryne présente une toxicité dermique modérée et provoque une irritation de la peau et des yeux. Elle réduit la coagulation et entraîne des anomalies enzymatiques chez l’animal; elle s’est révélée être embryotoxique chez le rat. Les travailleurs exposés peuvent se plaindre de nausées et de maux de gorge. La propazine et la desmétryne présentent des effets analogues.
La toxicité du propachlore double quand la température ambiante est élevée. L’exposition provoque une irritation de la peau et des muqueuses ainsi qu’une légère allergie dermique. La concentration toxique après une inhalation unique est de 18 mg/m3 chez le rat; on suppose une toxicité cumulative modérée. Le propachlore provoque des polyneuropathies, des troubles hépatiques, rénaux et du myocarde, des anémies ainsi que des lésions testiculaires chez le rat. Lors d’une pulvérisation aérienne, on a relevé dans la cabine des concentrations d’environ 0,2 à 0,6 mg/m3. Le propanil présente des propriétés toxiques similaires.
Le prophame se caractérise par une toxicité cumulative modérée. Il provoque des troubles hémodynamiques ainsi que des modifications hépatiques, pulmonaires et rénales chez les animaux de laboratoire.
La simazine provoque une légère irritation de la peau et des muqueuses. C’est un sensibilisant modéré de la peau chez le cobaye. Elle produit aussi des perturbations du système nerveux central, du foie et des reins et présente un effet mutagène chez les animaux de laboratoire. Les travailleurs peuvent se plaindre de fatigue, d’étourdissements, de nausées et d’hallucinations olfactives après application sans équipement de protection individuelle.
Le 2,4,5-T provoque une irritation prononcée et des effets embryotoxiques, tératogènes et cancérogènes chez l’animal; on dispose également de données concernant son action gonadotoxique chez la femme. Etant donné que la dioxine, extrêmement toxique, peut être un contaminant des trichlorophénoxyacides, l’emploi du 2,4,5-T est interdit dans de nombreux pays. On a signalé que les travailleurs agricoles, forestiers et industriels exposés à des mélanges de 2,4-D et de 2,4,5-T présentaient un risque accru de contracter un sarcome des tissus mous et un lymphome non hodgkinien.
La trifluraline provoque une légère irritation de la peau et des muqueuses. On a constaté une incidence accrue de carcinomes du foie chez les souris femelles hybrides, probablement par suite d’une contamination par des composés N-nitroso. La trifluraline provoque des anémies et des modifications du foie, du myocarde et des reins chez les animaux de laboratoire. Des travailleurs soumis à une exposition importante ont présenté des dermatoses de contact et des photodermatoses.
10 - Les fongicides
Certains champignons, tels que les rouilles, les mildious, les moisissures, les ustilaginales, les pourritures furasiennes et les parasites cryptogamiques des semis sont susceptibles d’infecter les plantes, les animaux et les êtres humains et de provoquer des maladies. D’autres peuvent attaquer et détruire des matériaux non vivants tels que le bois et les produits fibreux. Pour prévenir ces maladies, on utilise des fongicides appliqués par pulvérisation, saupoudrage, traitement des semences et des semis, stérilisation du sol et fumigation des hangars et des serres.
Les champignons iatrogènes chez les plantes peuvent être répartis en quatre classes qui se distinguent par les caractères microscopiques du mycélium, les spores et les organes sur lesquels se sont développées les spores:
• les phycomycètes: organismes vivant dans le sol, provoquant la hernie du colza, la gale verruqueuse de la pomme de terre, etc.; • les ascomycètes: oïdium formant des périthèces et champignons provoquant la tavelure du pommier, l’anthracnose du cassis et les taches noires du rosier; • les basidiomycètes, dont le charbon du blé et de l’orge, et plusieurs espèces de rouilles; • les fungi imperfecti, englobant les genres Aspergillus, Fusarium, Penicillium, etc., dont les conséquences économiques peuvent devenir très importantes, car ils causent des pertes considérables au cours de la croissance des plantes, pendant et après la récolte (des espèces de Fusarium infestent par exemple l’orge, l’avoine et le blé, tandis que les Penicillium provoquent la pourriture des fruits à pépins).
Les fongicides sont utilisés depuis des siècles. Les premiers furent des composés du cuivre et du soufre; dès 1885, des vignobles étaient traités à la bouillie bordelaise. Dans de nombreux pays, on emploie un grand nombre de composés chimiques très variés ayant une action fongicide.
Les fongicides peuvent être classés en deux grands groupes selon leur mode d’action: d’une part, les fongicides préventifs, comme les composés du soufre et du cuivre, appliqués avant l’apparition des spores et, d’autre part, les fongicides curatifs, tels les composés du mercure et les dérivés nitrés des composés phénoliques, appliqués une fois que la plante a été infestée. Les fongicides agissent à la surface des feuilles et des graines, ou bien ils pénètrent dans la plante pour exercer leur action toxique directement sur les champignons (fongicides systémiques). Ils peuvent aussi, comme les antibiotiques et les rodananilides, perturber les processus physiologiques et biochimiques de la plante, créant ainsi une immunisation chimique artificielle.
Les fongicides appliqués en traitement en présemis luttent essentiellement contre les spores situées en surface. Pourtant, dans certains cas, il est indispensable qu’ils persistent pendant une période suffisamment longue sur l’enveloppe des semences pour être efficaces contre le mycélium dormant contenu dans la graine. Quand le fongicide est appliqué en présemis, il est qualifié de désinfectant des semences ou de traitement des semences, bien que ce dernier terme puisse désigner aussi un traitement qui n’est pas destiné à lutter contre les champignons des semences ou les organismes indésirables du sol. Pour protéger le bois, le papier, le cuir et d’autres matières, on emploie des fongicides par imprégnation ou teinture. On se sert également de médicaments spéciaux à action fongicide pour lutter contre les maladies provoquées par des champignons chez l’humain et les animaux.
Les utilisations spécifiques à l’agriculture comprennent les applications ci-après:
• Traitement des semences . Il s’agit d’une méthode simple et économique pour lutter efficacement contre les maladies des plantes. Les organismes indésirables sont détruits sur les semences et dans le sol pendant le développement de la plante. Bien que l’on dispose de composés de substitution efficaces, on continue d’employer massivement les fongicides au mercure pour cette application. Les dithiocarbamates, en particulier le thirame, sont largement utilisés. Le chloranil et le dichlone du groupe de la quinone, l’hexachlorobenzène, le formaldéhyde et quelques antibiotiques sont également employés pour le traitement des semences par voie sèche ou humide. • Désinfection du sol. Il s’agit là d’une action plus générale au moyen de fongicides incorporés dans le sol sous forme de formulations solides ou liquides, qui libèrent des constituants volatils ou aisément solubles comme la chloropicrine, le bromure de méthyle, le dibromométhane, le formaldéhyde, le vapam, le dazomet, l’alcool allylique, le pentachloronitrobenzène et le chloronèbe, par exemple. Ces fongicides sont surtout employés dans les serres. Plusieurs d’entre eux sont considérés comme cancérogènes ou suspectés de l’être. • Application sur les plantes . Pour lutter contre les maladies propagées par l’air, on applique des fongicides sur les cultures annuelles de plein champ, les arbres et arbustes fruitiers. Pratiquement tous les groupes de fongicides sont employés à cet effet. Les composés du cuivre, les dithiocarbamates, les dérivés nitrés aromatiques, les quinones, les phtalamides, les guanidines et les hydrocarbures chlorés sont les plus fréquemment utilisés; certains composés hétérocycliques du nickel et quelques antibiotiques sont également employés.
Les risques liés aux fongicides
Les fongicides comprennent une grande variété de composés chimiques dont la toxicité varie considérablement d’une substance à l’autre. Les composés très toxiques sont utilisés comme fumigants pour les aliments et les entrepôts, pour le traitement des semences et la désinfection du sol. On a rapporté des cas d’intoxications liées à des composés organiques du mercure, à l’hexachlorobenzène et au pentachlorobenzène, ainsi qu’à des dithiocarbamates faiblement toxiques. Ces substances chimiques et plusieurs autres sont décrites plus en détail ailleurs dans cet article et ce chapitre ainsi que dans l’Encyclopédie . Certains sont brièvement examinés ci-après.
Le chinométhionate présente une toxicité hautement cumulative et inhibe les groupes thiol ainsi que certaines enzymes qui les contiennent; il abaisse l’activité phagocytaire et exerce une action antispermatogène. Il est irritant pour la peau et l’appareil respiratoire. Il peut provoquer des lésions au niveau du système nerveux central, du foie et du tractus gastro-intestinal. Le glutathion et la cystéine fournissent une protection vis-à-vis des effets aigus du chinométhionate.
Le chloranil est irritant pour la peau et les voies respiratoires supérieures; il peut aussi entraîner une dépression du système nerveux central et des modifications dystrophiques au niveau du foie et des reins. La surveillance biologique des personnes exposées a révélé un taux accru de phénols dans les urines, tant sous forme libre que liée.
Le dazomet est également employé comme nématicide et produit antimoisissures. Ce composé et ses produits de décomposition sont des agents sensibilisants et faiblement irritants pour les yeux, le nez, la bouche et la peau. L’intoxication est caractérisée par des symptômes variés, dont l’anxiété, la tachycardie et une respiration accélérée, du ptyalisme, des crampes cloniques, une altération de la coordination motrice, parfois de l’hyperglycémie et une inhibition de la cholinestérase. Les principaux aspects pathomorphologiques sont une hépatomégalie et des modifications dégénératives des reins et autres organes internes.
Le dichlofluanide inhibe les groupes thiol. Chez les animaux de laboratoire, il provoque des modifications histologiques du foie, des tubules rénaux proximaux et du cortex surrénal, avec une diminution du tissu lymphatique de la rate. C’est un agent modérément irritant de la peau et des muqueuses.
Le dichlone présente les mêmes caractères irritants et hématodépresseurs que les quinones; c’est en outre un produit cancérogène pour les animaux de laboratoire.
Le dinobuton, tout comme le dinitro-o-crésol (DNOC), perturbe le métabolisme cellulaire par inhibition de la phosphorylation oxydative, entraînant une perte en composés riches en énergie tels que l’adénosine triphosphatase (ATP). Il risque de provoquer une grave dystrophie du foie et une nécrose des tubules rénaux contournés. Les manifestations cliniques de l’intoxication sont une hyperthermie, une méthémoglobinémie et une hémolyse, des troubles nerveux et une irritation de la peau et des muqueuses.
Le dinocap peut augmenter le taux sanguin de phosphatase alcaline; c’est un agent modérément irritant de la peau et des muqueuses. Il produit des modifications dystrophiques du foie et des reins et une hypertrophie du myocarde. Dans les intoxications aiguës, on a observé des troubles de la régulation thermique, des crampes cloniques et des difficultés respiratoires.
L’hexachlorure de benzène (HCB) est stocké dans les tissus graisseux. Il perturbe le métabolisme de la porphyrine, augmentant l’excrétion urinaire des coproporphyrines et des uroporphyrines; il augmente également le taux sanguin des transaminases et des déshydrogénases. Il peut produire des lésions hépatiques (hépatomégalie et cirrhose), une photosensibilisation de la peau, une porphyrie similaire à la porphyrie cutanée tardive, de l’arthrite et de l’hirsutisme (maladie simiesque). C’est une substance irritante pour la peau. L’intoxication chronique nécessite un traitement de longue durée, essentiellement symptomatique; elle n’est pas toujours réversible après cessation de l’exposition. Le produit est classé par le CIRC parmi les produits peut-être cancérogènes pour l’humain (groupe 2B).
Le milnèbe risque de provoquer des troubles gastro-intestinaux, de la faiblesse, une hypothermie et de la leucopénie.
Le nirit présente des propriétés hémotoxiques et provoque une anémie et une leucocytose accompagnée d’une granulation toxique des leucocytes, qui s’ajoutent à des modifications dégénératives du foie, de la rate et des reins.
Les quinones provoquent en général des troubles sanguins (méthémoglobinémie, anémie), affectent le foie et perturbent le métabolisme des vitamines, en particulier celui de l’acide ascorbique; ils sont irritants pour les voies respiratoires et les yeux. Le chloranil et le dichlone sont des dérivés des quinones couramment utilisés comme fongicides.
Le thiabendazole peut causer une involution du thymus, une déplétion colloïdale de la thyroïde et une augmentation du volume du foie et des reins. Il est également employé comme anthelmintique chez les bovins.
11 Les mesures de sécurité et d’hygiène-
L’étiquetage et le stockage
Les obligations d’étiquetage des pesticides stipulées par les législations nationales et internationales devraient être strictement ap-pliquées aux produits chimiques à usage agricole, qu’ils soient importés ou fabriqués dans le pays. L’étiquette devrait fournir les informations essentielles ci-après: nom commun approuvé et nom commercial du produit chimique; nom du fabricant, du conditionneur ou du fournisseur; mode d’emploi; précautions à observer pendant l’utilisation, y compris une description détaillée de l’équipement de protection indispensable; symptômes d’intoxication; premiers secours en cas d’intoxication supposée.
Plus le degré de toxicité et de risque lié au produit chimique est élevé, plus le texte de l’étiquetage devrait être clair et précis. Une bonne pratique consiste à permettre de distinguer clairement les différentes classes de toxicité par la couleur de fond de l’étiquette et, dans le cas de préparations très ou extrêmement dangereuses, d’ajouter le symbole de danger approprié. Il arrive fréquemment qu’une quantité importante de pesticide correctement étiqueté soit reconditionnée sur place dans des récipients plus petits. Il convient dans ce cas d’apposer sur chacun d’eux une étiquette similaire, le reconditionnement dans des récipients ayant contenu des aliments ou susceptibles d’être facilement confondus avec des récipients alimentaires étant strictement interdit. Le transport de petits emballages est soumis aux mêmes règles que celui d’emballages de plus grand volume (se reporter au chapitre no 61, «L’utilisation, la manipulation et le stockage des produits chimiques»).
Les pesticides modérément ou très dangereux devraient être stockés de façon que seules des personnes autorisées puissent y avoir accès. Il est particulièrement important de protéger les enfants de tout contact avec des concentrés ou résidus de pesticides. Il y a lieu de prendre les précautions nécessaires pour éliminer avec soin les déversements accidentels qui se produisent souvent dans les lieux de stockage et de reconditionnement. Les locaux de stockage devraient être de construction solide et équipés de serrures de sûreté. Le sol ne devrait pas être encombré et les pesticides devraient être clairement identifiés. Si le reconditionnement est effectué dans le local de stockage, celui-ci devrait être équipé d’une ventilation et d’un éclairage appropriés; son sol devrait être étanche et en bon état. Il faudra prévoir des installations de lavage et une interdiction de manger, boire ou fumer.
Quelques composés comme les sels de cyanure (qui réagissent avec les acides pour produire du cyanure d’hydrogène gazeux) et le dichlorvos (qui se vaporise au contact de l’air) réagissent avec d’autres produits chimiques et avec l’air; il convient d’en tenir compte lors de la conception des installations de stockage. Le dichlorvos appartient au groupe 2B des produits peut-être cancérogènes pour l’humain selon la classification du CIRC.
La préparation des mélanges et l’application des pesticides
La préparation des mélanges et l’application sont susceptibles de constituer les phases les plus dangereuses de l’utilisation des pesticides, car le travailleur est exposé au concentré. Dans toutes les situations présentant un risque particulier, il convient de confier la responsabilité du mélange uniquement à des personnes habilitées parfaitement au courant des dangers et disposant de moyens appropriés pour faire face à une contamination accidentelle. Même si la formulation prête à l’emploi présente une toxicité telle qu’elle peut être utilisée avec un équipement de protection individuelle minimal, la personne chargée du mélange peut, elle, avoir besoin d’un équipement plus sophistiqué.
Les pesticides modérément ou très dangereux impliquent presque toujours le port d’un équipement approprié. Le choix des éléments de cet équipement dépendra des risques liés au pesticide et de la forme physique sous laquelle il est manipulé. Il convient de prendre des dispositions adéquates pour le nettoyage, l’entretien et le remplacement éventuel de cet équipement.
Quand les conditions climatiques empêchent l’utilisation de certains types d’équipement de protection, trois autres principes restent applicables: l’éloignement de la source de contamination, la réduction de la durée d’exposition et le changement de méthode de travail. Le recours à l’éloignement de la source implique, d’une part, une modification de l’équipement utilisé pour l’application, de façon que la personne soit aussi éloignée que possible du pesticide proprement dit, et, d’autre part, une prise en compte des différentes voies d’absorption probables.
La réduction de la durée d’exposition consiste à limiter la durée des périodes de travail. Cette méthode n’est pertinente que si le pesticide est facilement excrété ou si son effet est cumulatif. Certaines substances s’accumulent en effet dans le corps quand la vitesse d’excrétion est inférieure à la vitesse d’absorption. Avec d’autres, il peut se produire un effet cumulatif si la personne est exposée à des doses faibles mais répétées qui, absorbées individuellement, pourraient ne pas provoquer de symptômes.
La protection par changement de la méthode de travail oblige à reconsidérer toute l’opération. Les pesticides diffèrent des autres produits industriels en ce qu’ils peuvent être appliqués par épandage terrestre ou aérien. Le changement des méthodes d’épandage terrestre repose dans une grande mesure sur le choix du matériel et sur la nature physique du pesticide à appliquer.
Les pesticides appliqués par épandage aérien se présentent sous forme de liquides, de poudres ou de granules. Les liquides peuvent être pulvérisés à très faible altitude, souvent sous forme de fines gouttelettes de formulations concentrées. On parle, dans ce cas, d’applications à volume très réduit. Le problème de la dissémination est surtout lié aux liquides et aux poudres. L’épandage aérien est certes un moyen économique de traiter de vastes étendues, mais il entraîne des risques particuliers pour les pilotes et les travailleurs au sol. Les pilotes risquent en effet d’être contaminés, en cas de fuites des trémies, par des pesticides pénétrant dans le cockpit, par le biais des vêtements et des bottes, ainsi que par la traversée, lors du vol de retour, du nuage du produit venant d’être largué ou de la dérive de la traînée de produit. Pour certains pesticides, même de faibles taux d’absorption ou leur effet local, tel que celui produit sur les yeux par un composé organophosphoré, par exemple, risquent d’affecter un pilote au point qu’il ne puisse plus conserver le degré de vigilance indispensable pour un vol à basse altitude. Les pilotes ne devraient pas être autorisés à effectuer des épandages de pesticides si, outre les qualifications spéciales requises pour des opérations agricoles effectuées par voie aérienne, ils n’ont pas reçu une formation spécifique sur les différentes précautions à prendre.
Au sol, le personnel effectuant le chargement et la signalisation n’est pas indemne de tout risque. Les mêmes précautions s’appliquent aux chargeurs et à ceux qui manipulent des pesticides en vrac. Le personnel de signalisation, qui désigne à l’aide de fanions le couloir à traiter, risque d’être gravement contaminé si le pilote choisit mal l’instant du largage. Il est possible, à l’aide de ballons ou de fanions, de baliser à l’avance le couloir à traiter; en aucun cas des travailleurs ne devraient être utilisés comme sentinelles pour le marquage au sol du terrain à survoler.
Autres restrictions
Les risques liés aux pesticides persistent après l’application des produits; pour les composés les plus toxiques, il a été démontré qu’il était dangereux pour les travailleurs de pénétrer trop tôt dans un champ qui vient d’être traité. Il est donc important que le personnel et le public en général soient informés des zones où un pesticide toxique a été appliqué et du moment à partir duquel il sera possible de pénétrer dans ces zones et d’y travailler. En cas de traitement de cultures vivrières, afin d’éviter la présence des résidus excessifs sur les aliments, il est également important de ne pas procéder à la récolte avant l’expiration du délai nécessaire à la dégradation du pesticide.
Elimination des pesticides et des conteneurs. Il convient de faire preuve d’une grande prudence pour éliminer avec soin les déversements accidentels de pesticides à toute étape de leur stockage ou de leur manipulation. Les formulations liquides risquent de se réduire à une phase solide par évaporation. Le balayage des matières solides à l’état sec est toujours dangereux; en usine, il convient de les éliminer à l’aide d’un aspirateur ou par dissolution dans l’eau ou un autre solvant. Dans les champs, ils peuvent être amenés par lavage vers une fosse d’assainissement appropriée. Les terres végétales contaminées seront enlevées et enfouies si des animaux domestiques ou du gibier se trouvent dans cette zone. Il convient d’utiliser des fosses d’assainissement pour l’évacuation des eaux provenant du lavage des vêtements, des mains et du matériel d’épandage. D’une profondeur d’au moins 30 cm, ces fosses devraient être situées suffisamment loin des puits et des cours d’eau.
Les conteneurs vides devraient être collectés avec soin ou éliminés en toute sécurité. Il convient de compacter les films de matière plastique ainsi que les conteneurs en papier ou en carton avant de les enfouir bien au-dessous de la couche arable ou de les brûler, de préférence dans un incinérateur. Les fûts métalliques de certains pesticides peuvent être décontaminés conformément aux instructions du fabricant du produit. Ces fûts devraient porter clairement la mention «Ne pas utiliser pour des aliments ou de l’eau potable ou pour un usage domestique». Les autres conteneurs métalliques devraient être percés puis compactés ou enfouis.
L’hygiène et les premiers secours
Partout où l’on a affaire à un pesticide modérément ou très dangereux, susceptible d’être facilement absorbé par la peau, il convient de prendre des précautions particulières. Lorsque les travailleurs risquent d’être contaminés accidentellement par de grandes quantités de concentré, à l’usine ou lors du mélange par exemple, il est nécessaire de mettre à leur disposition des douches en plus des installations de lavage usuelles. Il peut également s’avérer nécessaire de prendre des dispositions spéciales pour le nettoyage des vêtements et des combinaisons de travail. Il ne faut en aucun cas laisser les travailleurs les emporter chez eux pour les laver.
Etant donné que, selon la substance chimique utilisée, les pesticides sont souvent appliqués hors de l’usine, il convient de veiller avec un soin particulier à fournir des installations de lavage sur le lieu de travail, même s’il s’agit de champs éloignés. Les travailleurs ne devraient jamais se baigner dans des canaux ou des cours d’eau dont l’eau est susceptible d’être ensuite employée à d’autres fins; les eaux de lavage seront éliminées avec soin. En cas d’emploi ou de manipulation d’un pesticide modérément ou très toxique, il doit être rigoureusement interdit de manger, de boire ou de fumer avant de s’être soigneusement lavé.
Quand il existe un antidote utilisable facilement contre un pesticide déterminé (l’atropine pour les intoxications aux composés organophosphorés, par exemple), il devrait être aisément accessible aux travailleurs; ceux-ci devraient avoir reçu une formation appropriée à cet égard. En cas d’utilisation d’un pesticide à grande échelle, il incombe aux personnes responsables de sa distribution de fournir toutes informations utiles au personnel médical se trouvant dans la zone concernée. La nature du produit chimique utilisé devrait être clairement définie de façon que les services médicaux puissent se préparer en conséquence, connaissent les antidotes spécifiques et leurs modalités d’emploi et soient en mesure d’identifier les cas d’intoxication. Il convient également de pouvoir disposer d’équipements appropriés permettant l’établissement d’un diagnostic correct, même s’il s’agit du matériel le plus simple, comme les papiers réactifs pour mesurer les taux de cholinestérase. Il est essentiel que les travailleurs fortement exposés à des concentrés, comme c’est le cas dans la fabrication et le conditionnement des pesticides, soient soumis régulièrement à une surveillance médicale rigoureuse qui devrait comporter des analyses de laboratoire, une surveillance de routine et la tenue de dossiers.
La formation
S’il est vrai que tous les travailleurs utilisant des formulations de pesticide modérément ou très toxiques doivent être parfaitement entraînés à l’emploi de ces produits, une telle formation devient particulièrement importante dès lors qu’il s’agit d’un pesticide extrêmement toxique. Les programmes de formation devraient impérativement porter sur la toxicité des composés utilisés et leurs voies d’absorption, la manipulation des concentrés et des formulations, les méthodes de mise en œuvre, le nettoyage du matériel, les précautions à prendre, l’équipement de protection individuelle et son entretien, les moyens d’éviter la contamination des autres cultures, des aliments et des ressources en eau, les signes précurseurs d’intoxication et les premiers secours à apporter. La formation devrait viser le pesticide en cours d’utilisation; dans le cas de composés extrêmement dangereux, il est prudent d’habiliter les opérateurs après leur avoir fait subir un examen permettant d’établir qu’ils ont bien compris les dangers et les procédures à suivre.
Les mesures de santé publique
Quand on utilise des pesticides, il faut tout mettre en œuvre pour éviter la contamination des ressources en eau, qu’elles soient officiellement reconnues comme telles ou non. Cela vaut non seulement pour les applications susceptibles d’entraîner une contamination immédiate, mais aussi pour les risques de contamination à distance qui peuvent être liés au ruissellement des eaux de pluie dans des zones récemment traitées. Alors que la dilution des pesticides dans les cours d’eau naturels peut atteindre un degré tel que l’eau polluée n’est pas dangereuse en elle-même, il convient de ne pas négliger les effets de cette pollution sur les poissons, sur les plantes aquatiques récoltées pour l’alimentation ou sur les cultures pratiquées dans les cours d’eau ainsi que sur toute la faune et la flore. Même si de tels risques peuvent se traduire par des conséquences économiques plutôt que purement sanitaires, ils n’en sont pas moins importants.
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