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Santé : Menaces

 

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L’HYGIÈNE AU LABORATOIRE




  L’importance de la sécurité et de l’hygiène au laboratoire


Un laboratoire ne peut satisfaire aux conditions de sécurité et d’hygiène que si les méthodes de travail y satisfont elles aussi. Pour instaurer de telles méthodes, il faut en premier lieu confier la responsabilité et l’autorité en matière de sécurité et d’hygiène à un responsable qui, conjointement avec le comité de sécurité du laboratoire, décidera des tâches à accomplir et désignera une personne pour exécuter chacune d’elles.

L’une des tâches spécifiques du comité de sécurité consiste, à l’aide d’une liste de contrôle, à mener des inspections périodiques et à en récapituler les résultats dans un rapport qui sera soumis au responsable sécurité du laboratoire. Une autre tâche importante de la gestion de la sécurité consiste à inspecter périodiquement les équipements de sécurité pour s’assurer qu’ils fonctionnent bien et sont au bon endroit. Pour que les vérifications soient possibles, il faut dresser au préalable un inventaire complet des équipements de sécurité, avec une brève description, l’indication de la taille ou de la capacité et le nom du fabricant; cet inventaire devrait être répété chaque année. Il est tout aussi important de faire un inventaire semestriel de tous les produits chimiques du laboratoire, y compris les produits de marque déposée. Ces produits devraient être classés en groupes de substances chimiquement similaires selon le risque d’incendie qu’ils présentent. Une autre classification de sécurité essentielle est basée sur le niveau de danger associé à une substance, car la façon dont elle sera traitée dépend directement des dangers qu’elle est susceptible de provoquer et de la facilité avec laquelle ceux-ci risquent de se déclencher. Chaque produit chimique sera donc classé dans l’une des trois classes de danger choisies en fonction de la gravité du risque encouru, à savoir:

•   les substances dangereuses ordinaires;
•   les substances très dangereuses;
•   les matières extrêmement dangereuses.

Les substances de la première classe sont celles qui sont relativement faciles à maîtriser, que le personnel du laboratoire connaît bien et qui ne présentent pas de risque inhabituel. Ces substances vont des plus inoffensives, comme le bicarbonate de soude et le saccharose, jusqu’à l’acide sulfurique concentré, l’éthylèneglycol et le pentane.

Les substances de la deuxième classe présentent un danger bien supérieur. Elles nécessitent une manipulation particulière et parfois une surveillance, et présentent des dangers importants d’inflammation ou d’explosion ou de graves risques pour la santé. Font partie de ce groupe les produits chimiques qui forment avec le temps des composés explosifs instables (hydroperoxydes formés par les éthers, par exemple) ou des substances qui ont une toxicité aiguë élevée (comme le fluorure de sodium, d’une toxicité orale de 57 mg/kg chez la souris), ou encore une toxicité chronique comme les substances cancérogènes, mutagènes ou tératogènes. Les substances de cette classe présentent souvent le même type de danger que celles de la troisième classe; la différence réside uniquement dans le degré de gravité. Quant aux substances de la troisième classe, soit les matières extrêmement dangereuses, elles sont associées à un danger extrême ou déclenchent beaucoup plus facilement des effets désastreux.

Quand elles ne sont pas manipulées correctement, les matières extrêmement dangereuses peuvent très facilement provoquer des accidents graves entraînant des lésions importantes, voire la mort, ou des dommages matériels considérables. Il faut faire preuve d’une très grande prudence lorsqu’on manipule des substances de ce type. A titre d’exemple, on peut citer le nickel-tétracarbonyle (un liquide volatil, extrêmement toxique, dont les vapeurs sont mortelles à une concentration de 1 ppm seulement) et le triéthyl-aluminium (un liquide qui s’enflamme spontanément au contact de l’air et qui réagit de façon explosive au contact de l’eau).

L’une des tâches les plus importantes du comité de sécurité est l’élaboration d’un plan de sécurité et d’hygiène complet pour le laboratoire qui expose en détail la politique de sécurité et définit des méthodes standards pour toutes les opérations de laboratoire en tenant compte des obligations légales. Il s’agit en l’occurrence de définir des directives pour la mise en œuvre des substances susceptibles de relever de l’une des trois classes de substances dangereuses, pour le contrôle des équipements de sécurité, pour la conduite à tenir en cas de déversement accidentel d’un produit chimique, ainsi que les règles à suivre pour le rejet des déchets chimiques, les normes à respecter pour la qualité de l’air du laboratoire et la tenue des registres exigés par la réglementation. Ce plan devrait être conservé au laboratoire ou pouvoir être consulté facilement par les travailleurs. Les autres sources d’informations imprimées comprennent les fiches sur les produits chimiques (fiches de données de sécurité), un manuel de sécurité des travaux en laboratoire ainsi que des données toxicologiques et sur les risques d’incendie. L’inventaire des produits chimiques du laboratoire et trois listes dérivées (classification des produits chimiques selon leur classe chimique, leur classe de sécurité incendie et les trois degrés de danger) devraient être conservés avec ces données.

Il faut également disposer d’un registre pour consigner les activités de sécurité. Il n’est pas nécessaire que ce registre soit conservé au laboratoire ou soit immédiatement accessible à ceux qui y travaillent. Les données qu’il contient sont essentiellement destinées au personnel chargé de superviser la sécurité et l’hygiène concernant les produits chimiques qui se trouvent au laboratoire ainsi qu’aux inspecteurs de l’autorité de surveillance. Elles doivent donc être facilement disponibles et tenues à jour. Il est préférable de conserver le registre hors du laboratoire afin d’éviter sa destruction en cas d’incendie. Les documents devant figurer dans le registre sont les comptes rendus des inspections effectuées par le comité de sécurité, les comptes rendus des inspections par les autorités locales de surveillance, y compris ceux des sapeurs-pompiers et des autorités fédérales et régionales, les comptes rendus relatifs à l’élimination des déchets dangereux, les relevés des taxes frappant les diverses classes de déchets dangereux et, éventuellement, une copie de l’inventaire des produits chimiques du laboratoire et de tout autre document pertinent concernant les installations et les personnes qui y travaillent (par exemple, feuilles de présence du personnel aux réunions annuelles de sécurité du laboratoire).



  Les causes de maladies et de lésions au laboratoire


Les mesures destinées à prévenir les lésions, les maladies et le stress du personnel font partie intégrante des plans de fonctionnement au quotidien d’un laboratoire bien géré. Les personnes qui risquent de souffrir du manque de sécurité et d’hygiène dans un laboratoire sont non seulement celles qui y travaillent, mais aussi les personnes employées alentour et celles qui sont affectées à des travaux d’entretien ou au gardiennage. Etant donné que les lésions subies en laboratoire sont dues pour l’essentiel à un contact inopportun entre les produits chimiques et les personnes, à un mélange intempestif de produits chimiques ou à un apport non souhaité d’énergie à des produits chimiques, la préservation de la santé passe par la prévention de telles interactions indésirables. Cela appelle, entre autres choses, un confinement adapté des produits chimiques, une combinaison correcte de ces produits et une surveillance étroite des apports d’énergie. Les principaux types d’affections contractées en laboratoire sont des intoxications, des brûlures chimiques et des blessures causées par un incendie ou une explosion (brûlures thermiques, coupures, commotions et autres lésions corporelles graves).

Attaque chimique de l’organisme . Il y a attaque chimique lorsque des toxiques sont absorbés par l’organisme et altèrent son fonctionnement normal en perturbant le métabolisme ou d’autres mécanismes biologiques. Les brûlures chimiques, c’est-à-dire la destruction massive des tissus, se produisent généralement au contact d’acides forts ou d’alcalis concentrés. Les matières toxiques qui ont pénétré dans l’organisme par absorption à travers la peau, les yeux ou les muqueuses, par ingestion ou par inhalation, peuvent provoquer une intoxication générale du fait qu’elles sont transportées par la circulation sanguine.

On distingue généralement deux types d’intoxication: aiguë et chronique. L’intoxication aiguë se caractérise par des effets qui apparaissent pendant ou immédiatement après une exposition unique à une substance toxique. L’intoxication chronique n’est mise en évidence qu’avec le temps, ce qui peut prendre des semaines, des mois ou des années, voire des décennies. On considère qu’il y a intoxication chronique quand les deux conditions ci-après sont réunies: le sujet a été soumis à des expositions multiples sur de longues périodes et à des quantités significatives (du point de vue métabolique) du toxique.

Des brûlures chimiques, qui se produisent généralement lorsque des liquides corrosifs entrent en contact avec la peau ou les yeux, peuvent également être observées en présence de matières solides corrosives dont la taille peut varier du grain de poudre à des cristaux de taille relativement importante, ou de liquides corrosifs dispersés dans l’air sous forme de brouillards, ou encore de gaz corrosifs tels que le chlorure d’hydrogène. Les bronches, les poumons, la langue, la gorge et l’épiglotte peuvent également être attaqués par des produits chimiques corrosifs, qu’ils soient à l’état gazeux, liquide ou solide. Les produits chimiques toxiques peuvent naturellement s’introduire dans l’organisme sous l’un de ces trois états physiques, ou sous forme de poussières ou de brouillards.

Lésions provoquées par le feu ou par une explosion. Le feu et les explosions peuvent causer des brûlures thermiques. Toutefois, certaines lésions provoquées par les explosions sont particulièrement caractéristiques: il s’agit de blessures engendrées soit par le choc de la détonation proprement dite (qui peut provoquer la perte de doigts ou de membres), soit par la projection de débris de verre qui peuvent entraîner des lacérations ou la cécité.

Lésions provoquées par d’autres agents . Il existe une troisième catégorie de lésions qui ne sont imputables ni à une attaque chimique, ni à une combustion, mais à la combinaison d’autres causes: organes mécaniques, courant électrique, sources lumineuses à haute énergie (ultraviolets et lasers), surfaces chaudes occasionnant des brûlures, éclatement violent par explosion soudaine d’un récipient en verre à bouchon vissé sous l’effet de la formation inattendue d’une pression interne des gaz issus du produit chimique qu’il contenait, bords tranchants d’une éprouvette cassée, etc. Les blessures d’origine mécanique les plus graves sont sans doute causées par le renversement de lourdes bouteilles de gaz sur le sol. Ces accidents peuvent occasionner des blessures aux jambes et aux pieds; de plus, si le fût de la bouteille se brise lors de la chute, la bouteille elle-même, propulsée par la fuite rapide et massive de gaz, devient un missile incontrôlé qui peut présenter un danger mortel.



  La prévention des lésions


Réunions consacrées à la sécurité et à la diffusion d’informations . La prévention des lésions repose sur l’exécution correcte et sans danger des opérations effectuées en laboratoire, laquelle dépend essentiellement de la bonne formation des travailleurs à des méthodes de travail appropriées. Leur formation initiale, acquise au cours des études secondaires ou supérieures, devrait être complétée et renforcée par des séances périodiques consacrées à la sécurité. Ces séances devraient mettre l’accent sur la compréhension des bases physiques et biologiques des bonnes pratiques de laboratoire, afin de permettre aux travailleurs de rejeter facilement des modes opératoires douteux et de choisir tout naturellement des méthodes techniquement sûres. Ces séances devraient également familiariser le personnel avec les données nécessaires pour adopter des méthodes sans danger et pour accéder aux sources de ces données.

Les travailleurs devraient pouvoir obtenir sans peine, à leur poste de travail, les informations techniques et de sécurité pertinentes: manuels de sécurité, fiches de données de sécurité relatives aux produits chimiques, informations toxicologiques ou relatives aux risques d’incendie, etc.

Prévention des intoxications et des brûlures chimiques . Les intoxications et les brûlures chimiques ont en commun les quatre mêmes sites de pénétration ou d’attaque: 1) la peau; 2) les yeux; 3) la bouche, qui mène à l’estomac et aux intestins; et 4) le nez, qui conduit aux bronches et aux poumons. La prévention consiste à rendre ces sites inaccessibles aux substances toxiques et corrosives, en installant une ou plusieurs barrières matérielles entre la substance dangereuse et la personne à protéger et en veillant à ce que l’air du laboratoire ne soit pas contaminé. On peut, par exemple, travailler à l’abri d’un écran de protection ou utiliser une hotte, ou les deux; l’emploi d’une boîte à gants assure naturellement une double protection. En cas de contamination des tissus, on peut limiter la gravité des lésions en éliminant aussi rapidement et aussi complètement que possible le contaminant toxique ou corrosif.

Prévention des intoxications aiguës, des brûlures chimiques et des intoxications chroniques . Bien que la démarche adoptée pour isoler la substance dangereuse de la personne à protéger soit fondamentalement la même dans la prévention des intoxications aiguës, des brûlures chimiques et des intoxications chroniques, il faut procéder un peu différemment dans le dernier cas. A titre de comparaison, on peut dire que si les intoxications aiguës et les brûlures chimiques peuvent être assimilées à une attaque massive, l’intoxication chronique ressemble plutôt à une guerre de siège. Provoqués généralement par des concentrations beaucoup plus faibles, exerçant leur influence par des expositions multiples au cours de périodes prolongées, les effets d’une intoxication chronique se manifestent progressivement et insidieusement par une action discrète et continue. L’action corrective consiste tout d’abord à détecter les produits chimiques susceptibles de provoquer une intoxication chronique (et cela avant même l’apparition des premiers symptômes) ou à reconnaître certains signes d’inconfort du travailleur comme étant les symptômes possibles d’une intoxication chronique. En cas de suspicion d’intoxication chronique, un examen médical devrait être pratiqué immédiatement dès lors que l’on a détecté un toxique à une concentration dépassant ou même approchant la concentration admissible. Il faut également prendre des mesures efficaces pour éliminer le toxique ou, à tout le moins, ramener sa concentration à un niveau ne présentant pas de danger. La protection contre l’intoxication chronique exige souvent l’utilisation d’un équipement de protection individuelle pendant la totalité ou la majeure partie de la journée de travail; pour des raisons de confort, l’utilisation d’une boîte à gants ou d’un appareil respiratoire autonome n’est cependant pas toujours possible.

Protection contre les intoxications et les brûlures chimiques . La meilleure protection contre la contamination de la peau par les éclaboussures d’un liquide corrosif ou par des particules solides toxiques en suspension dans l’air consiste à porter des gants et un tablier de laboratoire en caoutchouc naturel ou synthétique ou en un matériau polymère approprié, c’est-à-dire en un matériau qui, sous l’action de la substance vis-à-vis de laquelle il doit offrir une protection, ne se dissout pas, ne gonfle pas, ne subit aucune attaque d’aucune sorte par l’agent corrosif ou toxique et y est imperméable. L’emploi d’un écran protecteur interposé entre l’appareil dans lequel des produits chimiques sont chauffés, mis à réagir ou distillés et l’expérimentateur constitue une mesure de prévention supplémentaire contre les brûlures chimiques et les intoxications par contamination de la peau. La rapidité avec laquelle un produit corrosif ou toxique est éliminé de la peau par lavage revêt une importance cruciale dans la prévention ou la limitation des lésions que ce produit peut infliger; une douche déluge, bien placée, constitue dès lors un élément de sécurité indispensable.

Ce sont les lunettes de sécurité et les masques qui offrent la meilleure protection des yeux et du visage contre les projections de liquide. Les contaminants en suspension dans l’air comprennent non seulement des vapeurs et des gaz, mais aussi des solides et des liquides susceptibles d’être présents sous une forme finement divisée, à l’état de poussières ou de brouillards. Pour empêcher ces substances de pénétrer dans les yeux, le moyen le plus efficace consiste à travailler sous une hotte ou à utiliser une boîte à gants. Pour une meilleure protection, on peut porter des lunettes et travailler sous une hotte. La présence dans le laboratoire d’une installation de lavage oculaire facilement accessible permet souvent d’éviter, et en tous les cas de limiter, les lésions provoquées par des projections corrosives ou toxiques.

La voie d’absorption conduisant de la bouche à l’estomac, puis à l’intestin, est généralement associée à une intoxication plutôt qu’à une attaque par des produits corrosifs. L’ingestion d’une substance toxique se produit généralement de manière accidentelle par la contamination chimique d’aliments ou de produits cosmétiques. Les sources de ces contaminations peuvent être des aliments conservés au réfrigérateur avec des produits chimiques, des aliments et boissons consommés au laboratoire, ou des rouges à lèvres conservés ou appliqués au laboratoire. La prévention de ce type d’intoxication consiste à éviter des pratiques dont on sait qu’elles peuvent conduire à une contamination. Il convient donc de réserver les réfrigérateurs aux seules denrées alimentaires et de prendre ses repas en un lieu extérieur au laboratoire.

La voie allant du nez aux bronches et aux poumons — la voie respiratoire — est affectée uniquement par des substances véhiculées par l’air, qu’il s’agisse de gaz, de vapeurs, de poussières ou de brouillards. Il est possible d’empêcher ces substances en suspension dans l’air de pénétrer dans l’appareil respiratoire des personnes se trouvant à l’intérieur et à l’extérieur du laboratoire en conjuguant les mesures suivantes: 1) procéder sous hotte aux opérations qui mettent en œuvre ces substances; 2) régler le débit d’air entrant au laboratoire de façon à renouveler l’atmosphère dix à douze fois par heure; et 3) faire régner en permanence, à l’intérieur du laboratoire, une pression d’air négative par rapport à celle des couloirs et locaux environnants (en d’autres termes, à mettre le laboratoire en dépression). Les opérations dégageant des fumées ou de la poussière et mettant en œuvre des appareillages très volumineux ou des récipients de la taille d’un fût de grande capacité (218 litres, par exemple), c’est-à-dire trop encombrants pour être installés sous une hotte ordinaire, devraient être réalisées sous une hotte spéciale. D’une manière générale, l’emploi régulier d’appareils de protection respiratoire, isolants autonomes ou non, est déconseillé pour les opérations de laboratoire, sauf dans les situations d’urgence.

Des intoxications chroniques au mercure, provoquées par l’inhalation de vapeurs de mercure, peuvent survenir dans les laboratoires, en général lorsque du mercure s’est accumulé dans un endroit caché — sous le plancher, dans des tiroirs ou des placards — et a émis des vapeurs pendant une période suffisamment longue. Un maintien rigoureux de l’ordre et de la propreté devrait permettre de l’éviter. Si l’on suspecte une fuite de mercure, il convient de rechercher la présence de vapeurs de mercure dans l’atmosphère du laboratoire soit à l’aide d’un détecteur approprié, soit en envoyant un échantillon d’air à un laboratoire d’analyse.

Prévention des incendies et des explosions et lutte contre le feu . La principale cause des incendies de laboratoire est l’inflammation accidentelle de liquides inflammables. Il s’agit, au sens de la sécurité incendie, de liquides dont le point d’éclair est inférieur à 36,7 °C. Au nombre des sources d’inflammation connues pour avoir provoqué ce type d’incendie, on trouve des flammes nues, des surfaces chaudes, des étincelles électriques provenant de commutateurs ou de moteurs équipant des appareils tels qu’un agitateur, un réfrigérateur ou un ventilateur de type domestique, ou encore des étincelles produites par de l’électricité statique. Quand un liquide inflammable s’enflamme, l’inflammation ne se produit pas dans le liquide lui-même mais au-dessus, dans le mélange de ses vapeurs avec l’air, lorsque la concentration de ces vapeurs est comprise entre une limite inférieure et une limite supérieure données.

On peut prévenir les incendies de laboratoire en confinant les vapeurs de liquides inflammables à l’intérieur des récipients dans lesquels ces liquides sont conservés ou à l’intérieur des appareils dans lesquels ils sont mis en œuvre. S’il n’est pas possible d’emprisonner complètement ces vapeurs, il convient impérativement de limiter dans toute la mesure du possible leur vitesse d’échappement et d’assurer un courant d’air vigoureux et continu pour les chasser afin de maintenir à tout instant leur concentration nettement au-dessous de la limite inférieure d’inflammabilité. On y parvient en travaillant sous une hotte et en conservant les fûts de liquides inflammables dans des enceintes spéciales ventilées par extraction.

Une pratique particulièrement dangereuse consiste à entreposer des liquides inflammables comme l’éthanol dans un réfrigérateur de type domestique dans lequel les vapeurs émises par les liquides entreposés ne sont pas à l’abri des étincelles provenant des commutateurs, moteurs et relais de l’appareil. Il faut donc ne jamais entreposer des récipients contenant des produits inflammables dans des réfrigérateurs de ce type. Cela vaut tout particulièrement pour les récipients ouverts contenant des liquides inflammables. Des produits inflammables, conservés dans des flacons à capuchon vissé à l’intérieur d’un réfrigérateur, ont déjà causé des explosions, probablement en raison d’un joint défectueux ou du bris d’un flacon. Les liquides inflammables qu’il convient de réfrigérer devraient être conservés uniquement dans des réfrigérateurs à l’épreuve des explosions.

Les étincelles produites par l’accumulation de charges électriques générées par un fluide en mouvement constituent une importante source des incendies qui se déclarent lors du transvasement ou du siphonnage de grandes quantités de substances inflammables d’un récipient dans un autre; la formation d’étincelles peut être évitée par la mise à la terre des deux récipients.

La plupart des incendies de laboratoire impliquant des produits chimiques et des solvants, et qui ont une dimension maîtrisable, peuvent être éteints à l’aide d’un extincteur contenant du dioxyde de carbone ou un produit chimique sec pulvérulent. Tout laboratoire devrait posséder, selon la taille des locaux, un ou plusieurs extincteurs de 4,5 kg de chaque type. Certains types de feux spéciaux exigent d’autres agents extincteurs. Ainsi, on arrive à maîtriser de nombreux incendies impliquant des métaux en utilisant du sable ou du graphite. Pour éteindre la flamme des hydrures de métaux, il faut du graphite ou du carbonate de chaux pulvérulent.

Lorsque des vêtements ont pris feu, il faut réduire les flammes rapidement pour limiter le plus possible l’étendue et la gravité des lésions du type brûlure thermique. Une couverture antifeu accrochée au mur est efficace pour éteindre ce type de feu: la personne dont les vêtements se sont enflammés peut l’utiliser elle-même, sans assistance extérieure, pour étouffer les flammes. Des douches déluge peuvent également être employées dans de telles circonstances.

Il existe des limites définissant le volume total des liquides inflammables susceptible d’être entreposé sans danger dans un laboratoire. Cette limite, généralement spécifiée dans les consignes de sécurité incendie du local, dépend des matériaux de construction du laboratoire et de la présence ou non d’un système d’extinction automatique. Elle est généralement comprise entre 55 et 135 litres.

Dans la plupart des laboratoires, un certain nombre de robinets de gaz répartis dans les locaux permettent l’utilisation de gaz naturel. Ils constituent les sources les plus fréquentes de fuites de gaz, tout comme les tuyaux de caoutchouc et les brûleurs. Si elles ne sont pas détectées dès le début, ces fuites peuvent provoquer de graves explosions. Pour localiser rapidement la source d’une telle fuite, il est possible de recourir à des détecteurs de gaz qui indiquent le niveau de concentration gazeuse dans l’atmosphère.

Prévention des risques provenant de sources diverses . Les chutes de bouteilles de gaz haute pression — un accident qui n’est pas rare — peuvent facilement être évitées en arrimant solidement les bouteilles par des cordes, des courroies ou des chaînes au mur ou à la paillasse du laboratoire et en munissant de capuchons toutes les bouteilles vides ou inutilisées.

La plupart des blessures dues aux bords ébréchés des éprouvettes de verre se produisent lorsqu’on enfonce un bouchon de liège ou de caoutchouc sur le tube. On peut les éviter en lubrifiant l’éprouvette avec de la glycérine ou en portant des gants de cuir.



  Les matières incompatibles


Les matières incompatibles sont des substances qui, par contact ou mélange, produisent une réaction dangereuse ou potentiellement dangereuse. Les deux membres d’un couple incompatible peuvent être soit deux produits chimiques, soit un produit chimique et un matériau de construction comme le bois ou l’acier. Le fait de mélanger ou de mettre en contact deux matières incompatibles conduit soit à une réaction chimique, soit à une interaction physique qui dégage une grande quantité d’énergie. Au nombre des conséquences spécifiques, dangereuses ou potentiellement dangereuses, de ces combinaisons susceptibles, en fin de compte, d’entraîner de graves lésions ou des atteintes à la santé, on trouve le dégagement de grandes quantités de chaleur, l’incendie, l’explosion et la production de gaz inflammables ou toxiques. Etant donné qu’un laboratoire contient généralement une assez grande variété de substances, l’existence d’incompatibilités entre elles n’est pas rare et représente une menace sérieuse, voire un danger de mort, si ces substances ne sont pas manipulées avec toutes les précautions requises.

Le mélange de matières incompatibles est rarement intentionnel. Il résulte le plus souvent du bris accidentel et simultané de deux récipients voisins. Ce peut être aussi la conséquence d’une fuite ou d’un débord ou encore d’un mélange des vapeurs s’échappant de bouteilles contiguës. Bien que la situation dangereuse soit souvent facilement observable lors du mélange de deux matières incompatibles, il existe au moins un cas où il se forme un mélange qui présente une toxicité chronique qui n’est pas facilement détectable. C’est ce qui se produit lorsque du formaldéhyde gazeux provenant de formol à 37% réagit avec le chlorure d’hydrogène émis par de l’acide chlorhydrique concentré pour former du bis(chlorométhyl)éther, puissant produit cancérogène. Il existe également d’autres possibilités de formation de gaz inflammables et inodores qui ne sont pas détectables immédiatement.

Il est pourtant très simple d’empêcher le mélange de matières incompatibles par suite du bris simultané de récipients adjacents ou de l’échappement de vapeurs de bouteilles contiguës: il suffit d’éloigner les récipients l’un de l’autre. Pour ce faire, il convient toutefois d’identifier d’abord le couple incompatible, ce qui n’est pas toujours simple ni évident. Afin d’écarter autant que possible l’éventualité de passer à côté d’un tel couple, il convient de consulter un compendium d’incompatibilités et de le revoir de temps en temps pour se familiariser avec des exemples moins usuels. Pour éviter qu’un produit chimique n’entre en contact avec la matière d’une étagère, du fait d’un débordement ou d’un bris de flacon, il suffit de poser le flacon sur un plateau en verre offrant une capacité suffisante pour recueillir tout le contenu du flacon en cas de casse.



  Exposition professionnelle à des produits chimiques dangereux en laboratoire



  Norme sur les laboratoires publiée par l’Administration de la sécurité et de la santé au travail (Occupational Safety and Health Administration) des Etats-Unis (OSHA, 1990, 29 CFR 1910.1450)


La description ci-après d’un plan d’hygiène en matière de produits chimiques au laboratoire correspond à la section (e:1-4), Plan d’hygiène en matière de produits chimiques — Généralités, de la norme sur les laboratoires publiée par l’OSHA en 1990. Ce plan doit être tenu à la disposition des employés et de leurs représentants.

Le plan d’hygiène en matière de produits chimiques doit comprendre chacun des éléments ci-après et indiquer les mesures précises que l’employeur va prendre pour assurer la protection des employés du laboratoire:

•   procédures de travail standards, fondées sur des considérations de sécurité et de santé, à suivre quand le travail de laboratoire implique l’emploi de produits chimiques dangereux;
•   critères que l’employeur va appliquer pour déterminer et mettre en œuvre des mesures en vue de réduire l’exposition des employés à des produits chimiques dangereux, y compris des mesures techniques, l’utilisation d’équipement de protection individuelle et l’application de pratiques d’hygiène. Il convient d’accorder une attention particulière au choix des mesures de contrôle pour les produits chimiques réputés extrêmement dangereux;
•   fonctionnement correct des hottes et autres équipements de protection, et mesures spécifiques à prendre pour assurer le fonctionnement correct et approprié de ces équipements;
•   dispositions pour l’information et la formation des employés comme indiqué [figurant ailleurs dans ce plan];

•   circonstances dans lesquelles une opération, procédure ou activité de laboratoire exige l’approbation préalable de l’employeur ou de son représentant avant sa mise en œuvre;
•   prise de dispositions pour une consultation médicale et des examens médicaux...;
•   désignation du personnel responsable de la mise en œuvre du plan d’hygiène en matière de produits chimiques, y compris la nomination d’un responsable d’hygiène en matière de produits chimiques et, le cas échéant, la constitution d’un comité d’hygiène en matière de produits chimiques; et
•   dispositions pour une protection supplémentaire des employés lorsqu’ils travaillent avec des substances dangereuses au nombre desquelles figurent des «cancérogènes notoires», des toxiques pour la reproduction et des substances présentant un degré élevé de toxicité aiguë. Il convient de prendre particulièrement en compte les dispositions additionnelles ci-après qui seront applicables si nécessaire:

  -   désignation d’un emplacement approprié;
  -   emploi de dispositifs de confinement tels que des hottes ou des boîtes à gants;
  -   procédures de sécurité pour le rejet sans danger de déchets contaminés; et
  -   procédures de décontamination.

L’employeur doit examiner et évaluer l’efficacité du plan d’hygiène en matière de produits chimiques au moins une fois par an et le mettre à jour si nécessaire.



  Recommandations du Conseil national américain de la recherche (National Research


Council (NRC)) concernant l’hygiène en matière de produits chimiques au laboratoire*



 Ventilation


Ventilation générale du laboratoire.

Le système de ventilation devrait être conçu pour fournir une alimentation en air pour la respiration et pour la mise en œuvre de dispositifs de ventilation; il ne devrait pas être considéré comme un moyen de protection contre les substances toxiques émises dans le laboratoire, mais assurer le renouvellement de l’air du laboratoire en continu, et empêcher l’augmentation des concentrations dans l’air des substances toxiques pendant la journée de travail. Il devrait assurer l’afflux direct d’air dans le laboratoire à partir de zones autres que des laboratoires et son évacuation vers l’extérieur du local.


Hottes.

Une hotte de laboratoire pour deux travailleurs de 76 cm linéaires par personne devrait être prévue s’ils travaillent principalement avec des produits chimiques; chaque hotte devrait comporter un dispositif de réglage continu permettant de vérifier le fonctionnement correct de la hotte avant son utilisation. En cas d’impossibilité, on évitera de travailler avec des substances dont la toxicité n’est pas connue ou fournira d’autres types de dispositifs de ventilation localisée.


Autres types de dispositifs de ventilation localisée.

Des armoires de stockage aérées, des hottes d’aspiration, des schnorkels, etc. devraient être fournis si nécessaire. Hottes et schnorkels devraient être munis de leur propre conduit d’évacuation.


Zones de ventilation spéciales.

L’air extrait des boîtes à gants et des enceintes isolées devrait passer par des épurateurs ou subir d’autres traitements avant d’être évacué par le système d’évacuation général. Les chambres froides et les chambres chaudes devraient être équipées de manière à permettre une évacuation rapide même en cas de panne électrique.


Modifications.

Toute modification du système de ventilation devrait être précédée d’une vérification approfondie indiquant que la protection des travailleurs vis-à-vis des substances présentes dans l’air continuera d’être assurée.


Efficacité.

Un taux de renouvellement d’air compris entre 4 et 12 fois par heure est acceptable si l’on utilise des systèmes localisés tels que des hottes en tant que principaux moyens de prévention technique.


Qualité.

La circulation d’air générale devrait être exempte de turbulences et relativement uniforme dans l’ensemble du laboratoire, sans zones mortes ou dans lesquelles la vitesse de l’air est excessive. La circulation vers et à l’intérieur de la hotte ne devrait pas être trop turbulente; la vitesse frontale de la hotte devrait être appropriée (généralement comprise entre 30 et 50 cm/s).


Evaluation.

La qualité et le débit de ventilation devraient être évalués lors de l’installation, contrôlés ensuite régulièrement (au moins tous les trois mois) et réévalués chaque fois que l’on apporte une modification à la ventilation localisée.


  Sources : * Ces directives correspondent aux informations figurant dans la section C de l’Annexe à la norme 29 CFR 1910.1450 de l’OSHA.


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