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LES GAZ COMPRIMÉS : MANIPULATION, STOCKAGE ET TRANSPORT




Les gaz à l’état comprimé et, en particulier, l’air comprimé, sont indispensables à l’industrie moderne; ils sont aussi largement utilisés à des fins médicales, pour la fabrication d’eaux minérales, la plongée sous-marine et avec des véhicules à moteur.

Aux fins du présent article, on entend par gaz comprimé tout gaz soumis à une pression manométrique supérieure à 1,47 bar ou, s’il s’agit d’un gaz liquéfié, tout gaz dont la tension de vapeur dépasse 2,94 bars. On ne considérera donc pas le cas de la distribution de gaz naturel, traitée dans le chapitre no 78, «Le pétrole et le gaz naturel», de la présente Encyclopédie.

Le tableau 61.1 énumère les gaz que l’on conserve généralement à l’état comprimé.



Tableau 61.1 Gaz se trouvant souvent sous forme comprimée


•   Acétylène*
•   Ammoniac*
•   Azote

•   Butane*

•   Chlore
•   Chlorodifluorométhane
•   Chloroéthane*
•   Chlorométhane*
•   Chlorotétrafluoroéthane
•   Chlorure d’hydrogène
•   Cyanure d’hydrogène*
•   Cyclopropane

•   Dichlorodifluorométhane
•   Dioxyde d’azote
•   Dioxyde de carbone
•   Dioxyde de soufre

•   Ethane*
•   Ethylène*

•   Hélium
•   Hydrogène*

•   Méthane*
•   Méthylamine*
•   Monoxyde de carbone*

•   Néon

•   Oxyde nitreux
•   Oxygène

•   Phosgène
•   Propane*
•   Propylène*

 


*Gaz inflammables.



Tous ces gaz présentent pour l’appareil respiratoire un danger d’irritation, d’asphyxie ou de toxicité marquée; ils peuvent être également inflammables et explosifs à l’état comprimé. La plupart des pays ont défini des codes de couleur pour identifier les bouteilles contenant des gaz comprimés ou liquéfiés; celles-ci devraient porter un bandeau ou une étiquette de couleur distinctive signalant le type de danger à prévoir. Les gaz extrêmement toxiques, comme le cyanure d’hydrogène, sont identifiés par un marquage spécial.

Les récipients de gaz comprimés sont toujours construits de manière à offrir une garantie de sécurité totale dans les applications auxquelles ils sont destinés lors de leur première mise en service. Cependant, des erreurs d’utilisation, des abus ou des imprudences dans la manipulation peuvent causer des accidents graves; il faut donc s’entourer des plus grandes précautions lors de la manutention, du transport, du stockage et même de l’évacuation des bouteilles ou récipients de gaz comprimés.



  Les caractéristiques et la production


Selon ses caractéristiques, le gaz peut être introduit à l’état liquide ou, plus simplement, à l’état gazeux sous haute pression, dans la bouteille ou le récipient destiné à le recevoir. Pour liquéfier un gaz, il faut le refroidir au-dessous de sa température critique et le soumettre à une pression appropriée. Plus la température est inférieure au point critique, plus la pression requise est faible.

Des précautions spéciales devraient êtres prises à l’égard de certains des gaz énumérés dans le tableau 61.1. Ainsi, l’acétylène peut réagir dangereusement avec le cuivre et ne devrait donc jamais entrer en contact avec des alliages qui contiennent plus de 66% de cuivre. Ce gaz est généralement distribué dans des bouteilles en acier, sous une pression d’environ 14,7 à 16,8 bars. L’ammoniac est un autre gaz dont l’action sur le cuivre est extrêmement corrosive et qui devrait de ce fait être tenu à l’écart de ce métal; pour son conditionnement, on emploie des bouteilles faites d’acier ou d’un alliage agréé. Quant au chlore, il ne provoque pas de réaction avec le cuivre ou l’acier, sauf en présence d’eau, d’où la nécessité de protéger en permanence les récipients de stockage de tout contact avec l’humidité. Le fluor gazeux, en revanche, réagit avec la plupart des métaux, mais tend à constituer une couche protectrice au cours de la réaction; c’est le cas avec le cuivre qui se trouve protégé de toute attaque ultérieure par ce gaz grâce à la couche de fluorure de cuivre qui se forme à sa surface.

Parmi les gaz énumérés, le dioxyde de carbone est l’un des gaz le plus facilement liquéfiable, le changement d’état intervenant à la température de 15 °C et à la pression de 14,7 bars. On lui connaît de multiples applications industrielles; il est distribué dans des bouteilles d’acier.

Les hydrocarbures gazeux — dont le gaz de pétrole liquéfié (GPL) qui est un mélange essentiellement constitué de butane (62% environ) et de propane (36% environ) — ne sont pas corrosifs et sont en général conditionnés dans des bouteilles d’acier ou dans d’autres récipients sous une pression de 14,7 à 19,6 bars. Autre gaz très inflammable, le méthane est également distribué dans des bouteilles d’acier sous une pression de 14,7 à 19,6 bars.


  Les dangers



Le stockage et le transport

Lorsqu’il s’agit de déterminer l’emplacement d’un dépôt de remplissage, de stockage et d’expédition, il y a lieu de considérer la sûreté du site et celle de son voisinage. Les salles de pompage, les installations de remplissage et les autres équipements devraient impérativement être situés dans des bâtiments construits en matériaux ignifuges et à toiture légère. Les portes et autres éléments d’huisserie devraient ouvrir vers l’extérieur. Une bonne ventilation et des interrupteurs d’éclairage antidéflagrants sont indispensables. Il faut aménager les locaux de façon à assurer la plus grande liberté de mouvement pour les opérations de remplissage, de contrôle et d’expédition, et prévoir des issues de secours.

Les gaz comprimés peuvent être stockés à l’air libre, à condition d’être convenablement protégés contre les intempéries et le rayonnement solaire direct. Les zones de stockage devraient être situées à une distance suffisante des locaux occupés et des habitations du voisinage.

Pendant le transport et la distribution des bouteilles de gaz, il faut veiller à empêcher tout dommage aux robinets et aux raccords. De même, il faut prendre des précautions pour éviter les chutes des bouteilles d’un véhicule, les manipulations brutales, les chocs excessifs ou les contraintes localisées et, avec les grands réservoirs, prévenir tout mouvement excessif des liquides. Tout véhicule de transport devrait être pourvu d’un extincteur d’incendie et d’un ruban conducteur d’électricité pour le passage à la terre des charges d’électricité statique, et porter de façon visible l’inscription «liquides inflammables». Les pots d’échappement devraient comporter un dispositif pare-flammes, et le moteur devrait être coupé pendant les opérations de chargement et de déchargement. La vitesse de ces véhicules devrait être strictement limitée.


L’utilisation

Les principaux dangers liés à l’utilisation des gaz comprimés tiennent à leur compression, à leur toxicité et à leur inflammabilité. L’une des précautions essentielles consiste à s’assurer que l’équipement n’est employé qu’avec les gaz pour lesquels il a été conçu et qu’on ne se sert jamais de gaz comprimés à d’autres fins que celles pour lesquelles leur utilisation a été autorisée.

Tous les tuyaux souples et autres accessoires devraient être de bonne qualité et vérifiés fréquemment. Il faut prévoir des clapets de retenue partout où ils sont nécessaires. Il importe que tous les raccords de tuyaux souples soient en bon état et qu’aucun raccordement ne soit opéré en forçant des filetages dont les pas ne correspondent pas exactement. Pour l’acétylène et les gaz combus-tibles, le tuyau souple devrait être rouge; pour l’oxygène, noir. Pour tous les gaz inflammables, il est recommandé d’employer des raccords à pas gauche; pour tous les autres gaz, le pas devrait être à droite. Les tuyaux souples ne devraient jamais être intervertis.

L’oxygène et certains gaz d’anesthésie sont souvent transportés dans des bouteilles de grandes dimensions. Le transvasement de ces gaz comprimés dans des bouteilles plus petites est une opération dangereuse qui devrait être exécutée sous la surveillance d’une personne compétente et avec le matériel adéquat.

L’utilisation de l’air comprimé est largement répandue dans de nombreuses branches d’industrie. L’installation et la protection des réseaux de canalisations exige des précautions adéquates. Il faut maintenir les tuyaux souples et leurs accessoires en bon état et les vérifier régulièrement. Appliquer un tuyau ou une buse d’air comprimé sur une coupure ou une plaie ouverte par laquelle l’air peut pénétrer sous les tissus ou dans la circulation sanguine est un acte particulièrement dangereux; des mesures devraient être prises pour prévenir toutes les formes de comportements irresponsables consistant à introduire de l’air comprimé dans l’organisme par un orifice naturel, ce qui peut avoir des conséquences fatales. Il est également dangereux de nettoyer des objets ou un poste de travail à l’air comprimé; il est arrivé que des particules violemment entraînées par l’air aient provoqué des blessures ou la cécité de personnes se trouvant à proximité.


L’étiquetage et le marquage

L’étiquetage et le marquage devraient être conformes aux pratiques courantes dans le pays ou la région considérés. La substitution intempestive d’un gaz à un autre, ou le remplissage d’un récipient avec un gaz différent de celui qu’il contenait précédemment, en l’absence de purge ou de décontamination préalables, peuvent être la cause d’accidents graves. L’identification par l’application de couleurs conventionnelles semble être le meilleur moyen de parer à de telles méprises; elle consiste à peindre des parties déterminées des bouteilles et des réseaux de canalisations selon un code défini par les normes nationales de sécurité ou recommandé par l’organisme national compétent.


  Les bouteilles de gaz


Pour la commodité de la manipulation, du transport et du stoc-kage, les gaz sont généralement comprimés dans des bouteilles à des pressions allant de quelques atmosphères à 200 bars, voire davantage. Ces bouteilles sont généralement fabriquées en alliage d’acier (acier spécial), mais l’usage de l’aluminium est également répandu, pour les extincteurs par exemple.

Les risques auxquels exposent la manipulation et l’utilisation de gaz comprimés sont:

•   les risques usuels liés à la manipulation d’objets pesants;
•   les risques liés à la pression (c’est-à-dire à la quantité d’énergie emmagasinée dans le gaz);
•   les risques inhérents aux propriétés particulières des gaz contenus, qui peuvent être inflammables, toxiques ou comburants.

Fabrication des bouteilles. Les bouteilles d’acier peuvent être sans soudure ou soudées. Les bouteilles sans soudure sont faites d’un acier allié de haute qualité; elles subissent un traitement thermique rigoureux qui leur confère à la fois la résistance et la solidité nécessaires pour supporter des pressions élevées. Elles peuvent aussi être forgées et étirées à chaud à partir de billettes d’acier, ou formées à chaud à partir de tubes sans soudure. Les bouteilles soudées sont fabriquées à partir de tôles, la partie supérieure et le fond emboutis étant soudés sur une section tubulaire cylindrique sans soudure ou soudée; elles subissent ensuite un traitement thermique de détente. Les bouteilles soudées sont largement utilisées pour les gaz liquéfiés maintenus sous faible pression ainsi que pour les gaz dissous tels que l’acétylène.

Les bouteilles d’aluminium sont extrudées dans des presses de grande taille à partir d’alliages spéciaux soumis à un traitement thermique pour obtenir la résistance voulue.

Les bouteilles de gaz devraient être conçues, fabriquées et mises à l’épreuve conformément à des normes strictes. La qualité du matériau et du traitement thermique devrait être contrôlée sur chaque lot de bouteilles et la résistance mécanique testée sur un certain nombre de bouteilles. La vérification est souvent effectuée au moyen d’instruments perfectionnés, mais dans tous les cas par un inspecteur agréé qui contrôle les bouteilles et les soumet à une épreuve hydraulique à une pression donnée. Une inscription durable portant les données d’identification ainsi que le poinçon de l’inspecteur sont apposés sur le col de la bouteille ou à un autre emplacement approprié.

Inspection périodique. Au cours de leur utilisation, les bouteilles risquent de subir des détériorations du fait d’une manipulation brutale, d’une corrosion intérieure ou extérieure, d’un incendie ou d’une autre cause. Les codes nationaux ou internationaux exigent donc que leur remplissage ne puisse avoir lieu avant qu’elles n’aient été soumises à une vérification et à des épreuves périodiques à des intervalles généralement compris entre deux et dix ans, en fonction de l’usage. Une vérification visuelle interne et externe complétée par une épreuve hydraulique constitue la base de l’agrément d’une bouteille pour une nouvelle période. La date de l’épreuve (mois et année) est estampillée sur la bouteille.

Elimination. Chaque année, un grand nombre de bouteilles sont réformées pour différentes raisons. Il importe que la mise hors service de ces bouteilles soit effectuée de façon telle qu’elles ne soient pas remises en circulation par des voies détournées. Il convient donc de les rendre complètement inutilisables par découpage, écrasement ou tout autre moyen approprié.

Robinetterie. Les vannes et les accessoires de sécurité devraient être considérés comme parties intégrantes de la bouteille et maintenus en parfait ordre de marche. Le col et le filetage extérieur devraient être en excellent état: le robinet devrait fermer hermétiquement sans nécessiter un effort excessif. Les robinets d’arrêt sont souvent munis d’un dispositif de limitation de pression; celui-ci peut être une soupape de sûreté, un disque de rupture, un bouchon fusible (cartouche fusible) ou la combinaison d’un disque de rupture et d’un élément fusible. La pratique varie d’un pays à l’autre, mais les bouteilles pour gaz liquéfiés sous faible pression sont toujours munies de soupapes de sûreté reliées à la phase gazeuse.


  Les risques


Différents codes de transport classent les gaz selon qu’ils sont comprimés, liquéfiés ou dissous sous pression. Aux fins du présent article, il est utile d’établir cette classification en fonction du type de risque rencontré.

Haute pression. En cas d’explosion d’une bouteille, des débris projetés ou la pression du gaz peuvent provoquer des dommages matériels et corporels. Plus le gaz est comprimé, plus l’énergie emmagasinée est élevée. Ce risque est toujours présent avec des gaz comprimés, et il augmente avec la température si la bouteille est chauffée. Il faut donc:

•   éviter les détériorations mécaniques sur la bouteille (bosselures, entailles, etc.);
•   stocker les bouteilles à l’écart des sources de chaleur et ne pas les laisser en plein soleil;
•   éloigner les bouteilles des feux;
•   raccorder les bouteilles uniquement à un matériel conçu pour l’usage prévu;
•   protéger le robinet de la bouteille par un capuchon pendant le transport;

•   arrimer les bouteilles pendant leur utilisation afin de prévenir une chute qui pourrait faire sauter le robinet;
•   empêcher la manipulation non autorisée des dispositifs de sécurité;
•   manipuler les bouteilles avec précaution afin d’éviter les chocs mécaniques sous des climats très froids, car l’acier peut devenir cassant à basse température;
•   éviter la corrosion qui réduit la résistance du corps de la bouteille.

Basse température. La plupart des gaz liquéfiés s’évaporent rapidement à la pression atmosphérique et peuvent atteindre des températures très basses. Une personne dont la peau est exposée à un tel liquide risque de subir des lésions de type «brûlure froide» (le CO2 liquide forme des particules neigeuses lors de son expansion). Il faut donc porter un équipement de protection approprié (gants, lunettes de protection, par exemple).

Oxydation. C’est avec l’oxygène, l’un des gaz comprimés les plus importants, que le risque d’oxydation est le plus évident. L’oxygène ne brûle pas par lui-même, mais il est nécessaire à la combustion. L’air normal contient 21% d’oxygène en volume.

Toutes les matières combustibles s’enflamment plus facilement et brûlent plus vigoureusement quand la concentration d’oxygène augmente. Ce phénomène étant observable même pour une faible augmentation de la concentration d’oxygène, il faut prendre le plus grand soin à ne pas enrichir en oxygène l’atmosphère du lieu de travail. Dans un espace confiné, des fuites minimes d’oxygène peuvent conduire à une concentration dangereuse.

Le danger lié à l’oxygène croît avec l’augmentation de la pression jusqu’au point où de nombreux métaux brûlent vigoureusement. En présence d’oxygène, des matières finement divisées peuvent brûler avec une force explosive. Des vêtements saturés d’oxygène brûlent très rapidement et leur combustion est difficile à juguler.

On a toujours considéré que les huiles et les graisses étaient dangereuses en présence d’oxygène. En effet, elles réagissent facilement avec l’oxygène, leur présence est courante, leur température d’inflammation est peu élevée et la chaleur développée risque d’enflammer le métal sous-jacent. Dans un matériel à oxygène sous haute pression, la température d’inflammation peut être facilement atteinte par le choc de compression qui peut avoir été provoqué par l’ouverture rapide du robinet (compression adiabatique).

Il convient donc:

•   de manœuvrer les robinets lentement;
•   de maintenir en parfait état de propreté tout équipement à oxygène et de veiller à l’absence d’huile et de saletés;
•   de n’employer que des matériaux qui se sont avérés sans danger en présence d’oxygène;

•   de demander aux travailleurs de ne pas lubrifier les équipements fonctionnant à l’oxygène;
•   d’éviter de pénétrer dans des espaces confinés où il risque d’exister une concentration élevée d’oxygène;
•   de vérifier l’atmosphère environnante et d’éviter absolument d’utiliser de l’oxygène en lieu et place d’air comprimé ou d’un autre gaz.

Inflammabilité. Les gaz inflammables ont un point d’éclair situé au-dessous de la température ambiante et forment des mélanges explosifs avec l’air (ou avec l’oxygène) entre certaines limites que l’on appelle limites inférieure et supérieure d’explosibilité.

Les gaz qui s’échappent (des soupapes de sûreté, par exemple) sont susceptibles de s’enflammer et de brûler avec une flamme plus ou moins longue selon la pression et la quantité de gaz. Ces flammes peuvent, à leur tour, chauffer un matériel situé à proximité et le faire brûler, fondre ou exploser. L’hydrogène brûle avec une flamme pratiquement invisible.

Dans des espaces confinés, même de petites fuites risquent de provoquer des mélanges explosifs. Certains gaz comme les gaz de pétrole liquéfiés (essentiellement le propane et le butane) sont plus lourds que l’air et sont donc difficiles à évacuer par ventilation, car ils vont s’accumuler dans les parties basses des bâtiments et «flotter» d’une pièce à l’autre. Tôt ou tard, ces gaz risquent de parvenir à une source d’inflammation et d’exploser.

L’inflammation peut être provoquée par une source de chaleur, mais aussi par une étincelle d’origine électrique, même très petite.

Du fait de ses propriétés et de son usage répandu, l’acétylène occupe une place particulière parmi les gaz combustibles. S’il est chauffé, ce gaz peut commencer à se décomposer avec dégagement de chaleur, même en l’absence d’air. Si la réaction n’est pas stoppée, elle risque d’entraîner l’explosion de la bouteille.

Par sécurité, les bouteilles d’acétylène sont donc remplies d’une masse fortement poreuse qui contient également un solvant pour le gaz. Un chauffage extérieur dû à l’action d’une flamme ou d’un chalumeau, ou dans certains cas une flamme intérieure provoquée par de violents retours de flamme provenant d’un matériel de soudage risquent d’entraîner une décomposition dans la bouteille. Dans ces cas, il convient:

•   de fermer le robinet (à l’aide de gants de protection si nécessaire) et d’éloigner la bouteille de la flamme;
•   si une partie de la bouteille s’échauffe, de la plonger dans un cours d’eau, un canal ou un bassin plein d’eau ou de l’arroser pour la refroidir;
•   si la bouteille est trop chaude pour être manipulée, de l’arroser avec de l’eau en respectant une distance de sécurité;
•   de continuer à refroidir la bouteille jusqu’à ce qu’elle reste froide d’elle-même;
•   de maintenir le robinet fermé, car le flux gazeux accélère la décomposition.

Dans de nombreux pays, les bouteilles d’acétylène sont munies de cartouches fusibles. Lors de leur fusion (généralement aux environs de 100 °C), ces dispositifs diminuent la pression du gaz et permettent d’éviter l’explosion de la bouteille. Mais, dans le même temps, le gaz libéré risque de s’enflammer et d’exploser.

Les précautions normales à prendre à l’égard des gaz combus-tibles consistent donc:

•   à stocker les bouteilles séparément des autres gaz, dans un local bien ventilé, au-dessus du niveau du sol;
•   à ne pas employer des bouteilles ou accessoires qui fuient;
•   à placer les bouteilles de gaz liquéfiés en position verticale lors de leur stockage et de leur utilisation. Si la soupape de sûreté expulse du liquide à la place du gaz, les quantités de gaz libérées dans l’atmosphère sont plus importantes; la pression va baisser plus lentement et, si le gaz s’enflamme, les flammes seront très longues;

•   en cas de fuite, à éliminer toute source d’inflammation potentielle;
•   à interdire de fumer dans tout local où un gaz inflammable est entreposé ou utilisé;
•   à stopper l’arrivée de gaz, ce qui est en général la manière la plus sûre d’éteindre un feu. En se contentant d’éteindre seulement la flamme, on risque de provoquer la formation d’un nuage explosif susceptible de se réenflammer au contact d’un objet chaud.

Toxicité. Certains gaz, moins courants, peuvent être non seulement toxiques, mais avoir aussi des effets irritants ou corrosifs sur la peau et les yeux.

Il importe que les personnes qui manipulent des gaz toxiques aient reçu une formation appropriée, de façon à être conscientes du danger et de la nécessité de prendre les précautions nécessaires. Les bouteilles devraient être stockées dans un local bien ventilé. Aucune fuite ne peut être tolérée. Il y a lieu d’employer un matériel de protection approprié (masques à gaz ou appareils de protection respiratoire).

Gaz inertes. L’usage de gaz tels que l’argon, le dioxyde de carbone, l’hélium et l’azote est largement répandu pour créer une atmosphère protectrice et éviter des réactions indésirables dans les installations de soudage, l’industrie chimique et les aciéries, entre autres. Ces gaz ne sont pas étiquetés comme étant dangereux, ce qui n’exclut pas l’éventualité de graves accidents si la teneur vitale en oxygène n’est plus assurée. En effet, lorsqu’un gaz ou un mélange gazeux quelconque déplace l’air de telle façon que l’atmosphère que l’on respire devient pauvre en oxygène, il y a danger d’asphyxie. L’absence d’oxygène ou l’appauvrissement en oxygène sont susceptibles de provoquer très rapidement une perte de conscience, voire la mort, et cela sans le moindre signe avant-coureur.

Avant de pénétrer dans un espace confiné dont l’atmosphère peut être déficiente en oxygène, il faut impérativement aérer ce local. En cas de port d’un appareil de protection respiratoire, la personne qui entre doit absolument être surveillée. Il est impératif d’employer de tels appareils, même lors d’opérations de secours: les masques à gaz ordinaires ne constituent pas une protection contre le manque d’oxygène. Il convient d’observer les mêmes précautions dans les grandes installations permanentes de lutte contre le feu, souvent automatiques, et d’avertir de ce danger les personnes susceptibles de pénétrer dans ces zones.

Remplissage des bouteilles. Le remplissage des bouteilles fait appel à des compresseurs haute pression et à des pompes capables d’assurer le transvasement des liquides cryogéniques (à très basse température). Les postes de remplissage peuvent également comprendre de grands réservoirs de stockage de gaz liquides à l’état pressurisé ou fortement réfrigéré.

L’opérateur devrait vérifier que les bouteilles sont en bon état pour le remplissage et les remplir avec le gaz prévu, sans dépasser la quantité ni la pression autorisées. L’équipement devrait être conçu et testé pour la pression et le type de gaz donnés, et protégé par des soupapes de sécurité. Pour l’oxygène, il convient absolument de respecter rigoureusement les impératifs de propreté et de nature des matériaux. En cas de remplissage avec des gaz inflammables ou toxiques, il faut être particulièrement attentif à la sécurité des opérateurs. La condition essentielle est une bonne ventilation, associée à un matériel et à une technique appropriés.

Les bouteilles contaminées par d’autres gaz ou liquides représentent un danger particulier. Il est possible de purger ou de vider les bouteilles sans pression résiduelle avant de les remplir. Il convient de s’assurer avec un soin particulier que les bouteilles de gaz destinées aux applications médicales ne contiennent aucune substance dangereuse.

Transport . Le transport à faible distance tend à devenir plus mécanisé par l’emploi de chariots élévateurs et d’engins similaires. Lors du transport, les bouteilles devraient être munies d’un capuchon et arrimées pour ne pas tomber du véhicule. Il faut absolument s’abstenir de décharger les bouteilles du chariot en les laissant choir directement sur le sol. Pour le transport par un engin de levage, il est nécessaire d’employer des berceaux de levage appropriés. L’utilisation de dispositifs de levage magnétiques ou de capuchons à filetage incertain devrait être évitée.

Quand des bouteilles sont regroupées, il importe de veiller avec soin à ne pas créer de contrainte sur leurs raccords. L’importance des quantités de gaz en cause accroît évidemment les risques. Une bonne pratique consiste à subdiviser les grands ensembles en sections et à disposer des robinets d’arrêt dans des endroits facilement accessibles en cas d’urgence.

Lors de la manipulation et du transport de bouteilles, les accidents les plus fréquents sont les blessures provoquées par les bouteilles elles-mêmes, dures, lourdes et difficiles à manipuler. Il convient donc de porter des chaussures de sécurité et d’employer un chariot pour transporter même une seule bouteille sur un trajet relativement long.

Les codes applicables au transport international classent les gaz comprimés dans la catégorie des marchandises dangereuses. Ils indiquent de façon détaillée les gaz qui peuvent être transportés, les exigences concernant les bouteilles, la pression autorisée, le marquage, etc.

Identification du contenu . L’impératif le plus important pour la manipulation sans danger des gaz comprimés est l’identification correcte du gaz contenu; elle est réalisée par étiquetage, inscription au pochoir ou marquage au moyen de couleurs. Certaines conditions de marquage sont couvertes pas les normes de l’Organisation internationale de normalisation (ISO). Le marquage des bouteilles de gaz à usage médical suit les normes ISO dans la plupart des pays. On utilise également des couleurs standardisées pour d’autres gaz dans de nombreux pays, mais ce n’est pas là un moyen d’identification suffisant. En dernier ressort, seule une inscription spécifiant le contenu de la bouteille peut être considérée comme fiable.

Raccords de sortie normalisés . L’utilisation d’un raccord de sortie normalisé pour un certain gaz ou groupe de gaz réduit fortement les risques de raccorder des bouteilles et des accessoires prévus pour d’autres types de gaz. Il convient donc de s’abstenir d’employer des adaptateurs dont l’usage est contraire à la sécurité et de n’utiliser pour réaliser un raccordement que des outils habituels, manœuvrés sans force excessive.


  Bonnes pratiques de sécurité lors de l’utilisation de gaz comprimés


L’utilisation sans danger des gaz comprimés impose la mise en œuvre des principes de sécurité esquissés dans le présent chapitre et précisés dans le recueil de directives pratiques du Bureau international du Travail pour les produits chimiques en général (BIT, 1993). Cela suppose que l’utilisateur possède quelques connaissances de base concernant les gaz et les matériels qu’il manipule. Tout utilisateur devrait observer en outre les précautions suivantes:

•   n’employer les bouteilles de gaz qu’aux fins pour lesquelles elles ont été conçues, et ne pas s’en servir comme rouleaux ou étais;
•   stocker et manipuler les bouteilles de façon à ne pas compromettre leur résistance mécanique (du fait d’une corrosion importante, de coups ou d’entailles, par exemple);
•   éloigner les bouteilles des sources de feu ou de chaleur excessive;
•   ne conserver sur les chantiers ou dans les bâtiments occupés que le nombre nécessaire de bouteilles de gaz et les placer de préférence près des portes et à l’écart des issues de secours et des zones difficilement accessibles;
•   marquer distinctement et retourner à l’entreprise de remplissage (propriétaire) toute bouteille ayant été exposée au feu, car elle risque d’avoir été fragilisée ou d’être devenue moins résistante;

•   entreposer les bouteilles dans un lieu bien aéré, à l’abri de la pluie, de la neige et de tout stock de combustible;
•   arrimer solidement les bouteilles pendant leur utilisation de façon à éviter une chute éventuelle;
•   identifier formellement le gaz contenu dans la bouteille avant l’utilisation;
•   lire attentivement les étiquettes et les instructions;
•   maintenir les raccords en parfait état de propreté et en bon ordre de marche et les vérifier à intervalles réguliers;

•   ne raccorder les bouteilles qu’à des équipements spécialement conçus à cet usage;
•   employer des outils appropriés (clés à ouverture non réglable, sans rallonge);
•   laisser en place les clavettes amovibles des robinets pendant l’utilisation de la bouteille;
•   fermer le robinet quand la bouteille n’est pas utilisée;
•   ne pas laisser les bouteilles ou les appareils qui leur sont raccordés dans un espace confiné hors des périodes d’utilisation (même pour de courtes durées);

•   contrôler la teneur en oxygène de l’atmosphère et, si possible, celle en gaz inflammables, avant de pénétrer dans l’espace confiné et pendant les périodes de travail prolongées;
•   ne pas oublier que les gaz lourds peuvent se concentrer dans les zones basses et qu’il peut être difficile de les évacuer par ventilation;
•   des retours de flamme d’autres gaz risquant de conduire à de graves accidents, protéger les bouteilles contre la contamination par l’équipement pressurisé au moyen de clapets de retenue appropriés, de dispositifs de type bloque-et-purge ou similaires;
•   retourner les bouteilles vides au remplissage avec le robinet fermé et le capuchon en place en conservant une légère pression résiduelle dans la bouteille pour éviter la contamination par l’air et l’humidité;
•   signaler toute bouteille endommagée au responsable du remplissage;

•   n’employer l’acétylène qu’à une pression convenablement réduite;
•   ne placer des dispositifs pare-flammes sur des lignes d’acétylène que si l’acétylène est utilisé avec de l’air comprimé ou de l’oxygène;
•   prévoir des extincteurs d’incendie et des gants de protection antichaleur pour le soudage aux gaz;
•   placer les bouteilles de gaz liquéfié en position verticale pour leur stockage et leur utilisation;
•   ne confier les bouteilles de gaz toxiques ou irritants comme le chlore qu’à des personnes bien informées portant un équipement de protection individuelle approprié;
•   ne pas stocker des bouteilles non identifiées; les installations fixes, avec des bouteilles de gaz raccordées dans des centrales séparées, sont les plus sûres en cas d’utilisation régulière.

  Sources * D'après la 3e édition de l'Encyclopaedia of Occupational Health and Safety.

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