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Santé   (16/16)

 

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LA PRATIQUE DE LA SANTÉ AU TRAVAIL EN INDE


Le corps médical de l’Inde s’intéresse à la santé des travailleurs depuis près d’un demi-siècle. L’Association indienne de santé au travail a été fondée au cours des années quarante dans la ville de Jamshedpur, où se trouve l’aciérie la plus ancienne et la plus connue du pays. Cependant, la pratique multidisciplinaire de la santé au travail a pris son véritable essor durant les années soixante-dix et quatre-vingt, lorsque l’OIT a envoyé en Inde une équipe qui a aidé à mettre en place un centre modèle de santé au travail. L’industrie et les entreprises ont fourni de tout temps des soins de santé par l’entremise de postes de premiers secours ou de services médicaux d’entreprise. Ces services permettaient de traiter, sur les lieux de travail, les lésions et les problèmes de santé mineurs. Certaines entreprises ont mis en place des services de santé au travail, et il est à espérer que d’autres suivront leur exemple. Toutefois, les hôpitaux universitaires ont jusqu’à maintenant négligé ce champ de spécialisation.

La pratique de la sécurité et de la santé au travail a débuté avec la déclaration et la prévention des lésions et des accidents du travail. Certains pensent, non sans raison, que les lésions et les accidents du travail sont loin d’être tous signalés. Les taux d’incidence les plus élevés en 1990-91 ont été recensés dans les secteurs de la production d’électricité (0,47 pour 1 000 travailleurs), des métaux communs (0,45), des produits chimiques (0,32) et des produits minéraux non métalliques (0,27); les taux sont relativement plus bas dans l’industrie du bois et de la pâte de bois (0,08) et celle des machines et équipements (0,09). L’industrie textile, qui emploie plus de travailleurs (1,2 million en 1991), avait un taux d’incidence de 0,11 pour 1 000 travailleurs. En ce qui concerne les accidents mortels, les taux d’incidence en 1989 s’élevaient à 0,32 pour 1 000 travailleurs dans les mines de charbon et à 0,23 dans les autres mines. En 1992, 20 accidents mortels et 753 accidents non mortels sont survenus dans les ports.

On ne possède pas de données sur les risques professionnels ni sur le nombre de travailleurs exposés à des risques particuliers. Les statistiques publiées par le Bureau du travail ne fournissent pas cette information. Il n’existe pas encore de système de surveillance de la santé au travail. Le nombre de cas de maladies professionnelles déclarés est tout à fait insuffisant: 19 seulement ont été déclarés en 1978, et 84 en 1982. Aucune tendance visible ne se dégage des cas signalés. L’intoxication au benzène et à l’halogène, les silicoses et les pneumoconioses, les byssinoses, les ulcérations causées par le chrome, l’empoisonnement au plomb, l’hypoacousie et l’ictère toxique sont les affections les plus fréquemment signalées.

L’Inde n’a pas de législation générale portant sur la sécurité et la santé au travail. Les trois principales lois à cet égard sont: la loi de 1948 sur les fabriques, la loi de 1952 sur les mines et la loi de 1986 sur la sécurité, la santé et le bien-être des dockers. Un projet de loi sur la sécurité des travailleurs de la construction est en cours d’élaboration. La loi sur les fabriques, initialement adoptée en 1881, ne vise, aujourd’hui encore, que les travailleurs des usines enregistrées. Par conséquent, un grand nombre d’ouvriers et d’employés ne sont pas admis au bénéfice des prestations de sécurité et de santé au travail en vertu de la loi. Ce vide juridique, combiné à la piètre application des lois existantes, explique la situation peu satisfaisante de la santé au travail dans le pays.

La plupart des services de santé au travail dans l’industrie sont gérés par des médecins ou du personnel infirmier et peu d’entre eux sont de nature multidisciplinaire. Seules les grandes entreprises disposent de tels services multidisciplinaires. Les entreprises industrielles et les grands établissements du secteur public situés dans des régions éloignées possèdent leur propre cité-usine et hôpital. Les deux disciplines exercées couramment dans la plupart des services de santé au travail sont la médecine du travail et, à l’occasion, l’hygiène industrielle. Certains services ont commencé à embaucher un ergonome. La surveillance de l’exposition et la biosurveillance ne reçoivent pas l’attention voulue. L’enseignement de la médecine du travail et de l’hygiène industrielle n’est pas encore bien développé. Les cours spécialisés en hygiène industrielle et les programmes d’études universitaires supérieures en santé au travail ne sont guère répandus dans le pays.

Lorsque Delhi est devenue un Etat en 1993, le ministère de la Santé a eu à sa tête un professionnel de la santé, qui a déclaré vouloir améliorer les services de santé publique et de prévention des maladies. Un comité chargé d’étudier la question de la santé au travail et de l’hygiène de l’environnement a recommandé la création d’une clinique de médecine du travail et de l’environnement dans un prestigieux hôpital universitaire de la ville.

Pour s’attaquer aux problèmes sanitaires complexes qui résultent de la pollution de l’environnement et des risques professionnels, la communauté médicale doit s’engager plus à fond. L’hôpital universitaire reçoit des centaines de patients par jour, dont un bon nombre ont été exposés à des substances nocives dans leur milieu de travail et à un environnement urbain insalubre. La détection des affections liées au travail ou à l’environnement nécessite la contribution de nombreux cliniciens spécialistes, de services d’imagerie, de laboratoires, etc. Etant donné la gravité des maladies traitées, il est devenu essentiel d’offrir des traitements de soutien et des soins médicaux. La clinique bénéficie des ressources de pointe de l’hôpital universitaire; vu l’autorité et le respect que commande ce type d’établissement de santé, il est plus facile, après le diagnostic de la maladie, de veiller au traitement ou à la réadaptation du patient, de même qu’à l’application des mesures nécessaires à la protection des autres travailleurs.

La clinique possède une expertise dans le domaine de la médecine du travail. Elle entend collaborer avec le département du travail, qui est doté d’un laboratoire d’hygiène industrielle mis sur pied avec l’aide généreuse de l’OIT dans le but de renforcer les services de sécurité et de santé au travail en Inde. Cette coopération facilitera la détection et l’évaluation des risques. Les médecins seront conseillés sur la façon d’évaluer l’état de santé des groupes exposés, au moment de l’embauche et, par la suite, à intervalles réguliers, ainsi que sur la tenue de registres. La clinique aidera à prendre en charge les cas complexes et à établir l’origine professionnelle de la maladie. Elle offrira aux entreprises et aux travailleurs des conseils d’experts en matière d’éducation sanitaire et leur enseignera les bonnes pratiques d’utilisation et de manipulation des substances dangereuses sur le lieu de travail. Ces services devraient faciliter la réalisation des objectifs de prévention primaire et renforceront la surveillance de la santé au travail, comme le prévoit la convention (no 161) sur les services de santé au travail, 1985, de l’OIT (OIT, 1985a).

Le développement de la clinique se fera en deux étapes. Dans un premier temps, on mettra l’accent sur la détection des risques et la création d’une base de données, ainsi que sur l’élaboration de stratégies de sensibilisation et d’information concernant les milieux de travail insalubres. La deuxième étape portera sur le renforcement de la surveillance de l’exposition, l’évaluation toxicologique médicale et les aspects ergonomiques. La clinique entend développer les programmes d’enseignement de la santé au travail à l’intention des étudiants en médecine. On encourage les étudiants qui préparent leur thèse à choisir un sujet touchant le domaine de la médecine du travail et de l’hygiène du milieu. L’une de ces thèses porte sur les infections acquises transmissibles par le sang chez les travailleurs de la santé des hôpitaux.

La clinique prévoit également de s’attaquer à des problèmes environnementaux, tels que les effets néfastes du bruit et de la pollution croissante, et les conséquences désastreuses de l’exposition au plomb chez les enfants. Les plans à long terme de la clinique prévoient la sensibilisation des prestataires de soins de santé primaires et des groupes communautaires. On vise également à créer un registre des maladies professionnelles les plus courantes. La participation de plusieurs cliniciens spécialisés en médecine du travail et en hygiène du milieu permettra de créer un noyau universitaire pour l’avenir, lorsqu’un programme d’études universitaires supérieures, pour le moment inexistant, pourra être élaboré.

La clinique a par ailleurs réussi à attirer l’attention des organismes de réglementation et de contrôle sur les graves risques auxquels ont été exposés les sapeurs-pompiers lorsqu’ils ont combattu un gros incendie dans une usine de poly(chlorure de vinyle) de la ville. Les médias et les environnementalistes ne parlaient alors que des risques pour la population locale. Il est à espérer que des cliniques de ce genre verront le jour dans tous les grands hôpitaux urbains, car elles constituent le seul moyen d’intéresser les médecins spécialistes confirmés à l’exercice de la médecine du travail et de l’environnement.



  Conclusion


Il est urgent d’adopter en Inde une loi générale sur la santé et la sécurité au travail, comme il en existe dans bon nombre de pays industriels. Parallèlement à l’adoption d’une telle loi, il faudrait créer un organisme compétent pour en contrôler l’application. Cela contribuerait énormément à assurer un niveau uniforme de prestations de santé au travail dans tous les Etats. Actuellement, il n’existe aucun lien entre les divers services de santé au travail disponibles. Offrir une formation de qualité en hygiène industrielle, en toxicologie médicale et en épidémiologie du travail constitue une autre priorité. Il faut aussi mettre sur pied de bons laboratoires d’analyse, qui devraient être agréés pour garantir la qualité des résultats. L’Inde est un pays qui s’industrialise très rapidement, et ce développement se poursuivra dans le prochain siècle. Si l’on n’intervient pas, les problèmes de santé liés au travail entraîneront des taux de morbidité et d’absentéisme dont les conséquences seront incalculables. Cette inaction minera la productivité et la compétitivité de l’industrie indienne et entravera considérablement les efforts déployés par le pays pour éliminer la pauvreté.


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