
Présentation du caprin
Histoire de la chèvre
La chèvre a été domestiquée il y a plus de 10 000 ans dans le croissant fertile (Zeder et Hesse, 2000). L’ancêtre est une ‟Chèvre sauvage du Proche Orient”, Capra-hircus aegagrus (ou probablement ‟la Chèvre sauvage de Jarmo” découverte dans les années 50s). A la fin du VIIe millénaire, sortant de l’étroite zone originelle, la chèvre diffuse vers l’Asie, l’Afrique, l’Europe centrale et le domaine méditerranéen (Vigne, 1988). Depuis, la chèvre fait toujours partie de la vie quotidienne de l’homme, où elle est élevée essentiellement pour son lait, sa viande, et ses poils. C’est aussi un animal adapté aux conditions rudes et à la sécheresse, où bovins et ovins ne peuvent survivre (Shkolnik et al., 1980).
La chèvre (Capra hircus) est un mammifère appartenant à l’ordre des Artiodactyles, la famille des Bovidés, et c'est probablement la première espèce élevée (Pereira et Amorim, 2010). La principale caractéristique de cette espèce est sa grande adaptabilité aux différents environnements étant capable d’utiliser au mieux les pâturages pauvres et les zones montagneuses (Vacca et al., 2014). Le premier et le plus important pays où la chèvre a connu une augmentation importante a été la Grèce, grâce à ses caractéristiques et au fait qu'il n'était pas possible d'élever d’autres espèces que la chèvre sur ses montagnes.
En Grèce, l'élevage des chèvres est devenu l'une des sources de revenu les plus importantes pour les agriculteurs, et plusieurs auteurs classiques l’ont décrite dans leurs poèmes, comme Homère dans le poème épique « l’Odyssée ». Par ailleurs, personne n'a décrit en détail le système d'élevage caprin avant Caton l’Ancien pendant le IIe siècle avant J. C., qui a écrit une revue sur cet animal, décrivant en détail le système d'exploitation et les caractéristiques du lait. Au cours de la même période, un autre écrivain romain ; Polybe, a décrit l'élevage des chèvres en Corse, soulignant le fait qu’en raison de l'impossibilité pour les agriculteurs d'atteindre les zones où les chèvres broutaient, elles étaient rappelées pour la traite en utilisant une corne (Paschino 2015).
Les romains, et suite à l'agrandissement de leur empire, ont fait de certaines îles de la Méditerranée une réserve de viande en y abandonnant des chèvres pour les chasser en cas de nécessité lors des voyages. Ces îles sont communément appelées avec des noms liés aux chèvres, telles que : les îles de Capri en Campanie et Caprera en Sardaigne. En outre, pendant la période romaine, l’Empire avait déclaré le premier règlement pour l'élevage de cet animal.
Comme les chèvres broutent la meilleure partie des plantes qu'elles trouvent dans leurs pâturages, il était interdit aux agriculteurs d'élever ces animaux près des oliviers et des vignes, deux cultures des plus importantes pour l'Empire. En raison de ces limitations, l'élevage caprin a rapidement diminué et l'élevage ovin est devenu le système d'élevage le plus important. Frizell (2004) et Mackinnon (2004) ont signalé un rapport chèvre / mouton de 1/ 4 à la fin de l’Empire. Dans cette période, les premières tentatives d'un système d'élevage semiintensif ont été décrites, avec des animaux conduits à brouter uniquement pendant la journée par des esclaves et parqués dans des clôtures la nuit. Le système d'élevage caprin n'a pas beaucoup changé au cours des siècles, jusqu'au Moyen Âge, lorsque l'élevage de chèvres a quitté les pâturages communs dans les bois, afin de gagner de la place sur les plaines cultivées (Grand et Delatouche 1968). Au Moyen Âge, pour la première fois, du lait de chèvre a été décrit en tant que produit à part, tant pour la consommation directe que pour la transformation en produits laitiers.
La viande de chèvre a pris une bonne importance aussi, et il était courant de manger des chevreaux de lait et de la viande d’adultes castrés. Cependant, ces produits étaient liés aux personnes à faible revenu, alors que la viande de mouton ou de porc étaient préférées des riches. Avec le début de l’ère industrielle, les zones boisées ont également commencé à être utilisées à des fins industrielles, à la fois pour les constructions et pour le bois, et l'élevage de chèvres a soudainement cessé. Ce n'est que dans les premières décennies du siècle dernier que les agriculteurs ont recommencé à élever cette espèce, à la fois avec des méthodes extensives et intensives (Paschino, 2015).
Dès sa domestication, la chèvre est devenue un animal important dans les régions arides et semi-arides du monde en raison de ses caractéristiques de polyvalence dans la collecte des ressources pastorales et de sa capacité à survivre à des conditions de nourriture défavorables. En tant que butineuses opportunistes, les chèvres sont capables de maintenir une alimentation de qualité relativement élevée dans des conditions diverses (Ramirez, 1999). La chèvre a joué un rôle socio-économique important dans l'évolution de la civilisation humaine. Actuellement encore, l'élevage caprin à petite échelle est un avantage considérable pour les ménages pastoraux du monde entier, et constitue une source majeure de viande, de lait, de fibres, de peau et de fumier dans de nombreuses sociétés traditionnelles (De Vries, 2008).
Les caprins dans le monde
Les caprins représentent le 3ème troupeau des grands animaux d’élevage dans le monde. Le cheptel caprin mondial est évalué par la FAO en 2020 à 1 128 106 236 de têtes. Il a connu, au cours de la période 2010-2020, une augmentation importante estimée à 23 %. Durant la même période, le taux de croissance de la population mondiale de moutons n'a été que de 15%, et celui de la population humaine d'environ 12%. Force est de constater que cette augmentation n'est pas uniforme sur tous les continents et dans tous les pays. L’augmentation du nombre de chèvres suit celle de la population humaine dans les pays du Sud et répond à leurs besoins croissants en viande et lait (Boyazoglu et al., 2005).
L'Asie occupe la première place mondiale avec une contribution à la population caprine de 51 %. L'Afrique occupe la deuxième place avec une contribution de 43%, mais qui a augmenté de 5 % entre 2010 et 2020. A la troisième place on trouve les Amériques avec une contribution estimée à 4 % et qui resté stable au cours de la même période. La contribution l’Europe est seulement de 2 % alors que celle de l’Océanie est négligeable (figure 1). La plupart des caprins dans le monde sont élevés dans des systèmes d’élevage pastoraux extensifs ou semi-extensifs caractérisés par un faible niveau d’intrants. Les systèmes d’élevage intensifs, minoritaires et principalement réservés aux chèvres laitières, se trouvent en Europe et en Amérique du nord (Peacock et Sherman, 2010). Le nombre de races caprines est mal connu, car beaucoup ne sont pas caractérisées, au Nord comme au Sud (Dubeuf et Boyazoglu, 2009). Ces derniers auteurs comptent 136 races bien identifiées, tandis que Galal (2005) rapporte un total de 115 races caprines différentes recensées par la FAO.
Figure 1: Evolution de la contribution des cinq continents dans l’effectif caprin mondial (FAO, 2020)

Les caprins en Algérie
Etat de la recherche scientifique
Le caprin en Algérie suscite de plus en plus l’intérêt des chercheurs qui voient en lui un atout pour le développement local dans un contexte où la sécurité alimentaire est un enjeu majeur pour le pays. Les études menées jusqu’ici sont encore peu nombreuses et/ou ont un caractère partiel. On note cependant l’étude de Madani (1994) sur l’élevage caprin et qui a concerné les systèmes d’élevage et performances zootechniques dans le massif forestier des Beni Saleh au Nord-Est algérien. Après plusieurs années de désintérêt des ressources caprines locales, il est naturel que les premiers travaux se focalisent sur la connaissance et la caractérisation de l’animal et de son mode d’élevage. C’est en effet l’objet de plusieurs études dont la plupart a visé l’étude morpho-biométrique. Les premiers travaux appartiennent à Khemici et al. (1995, 1996) qui ont étudié le niveau d’évolution de la population caprine locale à travers ses caractères externes.
Quelques années plus tard, les études morphométriques des populations locales se sont multipliées (Ouchene-Khelifi et al., 2015, 2018; Fantazi et al., 2017; Belantar et al., 2018; Djouza et Chehma, 2018a; Sahi et al., 2018; Belkhadem et al., 2019). Les premières études des performances zootechniques se sont intéressées à la saisonnalité de la reproduction (Amirat et al., 2001; Lakhdari et al., 2001a; Charallah et al., 2002, 2010; Ait Amrane et al., 2013; Djebli et al., 2020). Pour la production laitière, les études sont très rares et on peut citer (Mouhous et al., 2015, 2016; Djouza et Chehma, 2018a), alors que pour la production de viande, première vocation de l’élevage caprin algérien, les études sont encore plus rares. De point de vue socio-économique, les études sont également rares et s’intéressent en général au seul premier maillon de la filière, qu’est l’élevage (Madani 1994, 2000; Madani et al., 2001; Mouhous et al., 2015, 2016; Moula et al., 2017; Laouadi et al., 2018). Des études récentes et plus larges en ont permis la caractérisation génétique (Fantazi et al., 2018; Tefiel et al., 2018)
Aperçu de l’élevage caprin
Selon les estimations de la FAO (2020), le cheptel caprin algérien a atteint un effectif de plus 4,9 millions de têtes en 2018 et occupe la troisième place, après les ovins et les bovins. L’évolution du cheptel caprin est représentée dans la figure 2
Figure 2: Evolution du cheptel caprin et des autres ruminants en Algérie de 1961 à 2018 (FAO, 2020).

Bien que la majeure partie des effectifs caprins soit présente dans les zones steppiques et subdésertiques, le caprin est élevé dans toutes les zones agro-écologiques. Les statistiques en donnent la répartition suivante sur le territoire national:
• 8,62 % dans le littoral et sublittoral • 18,75 % dans l’Atlas tellien • 17,81 % dans les hautes plaines telliennes • 21,54 % dans les hautes plaines steppiques • 33,26 % dans Atlas saharien et le Sahara
Le cheptel caprin est constitué d’une diversité de sous populations locales plus ou moins hétérogènes sur le plan morphologique et adaptées aux conditions de leur environnement et ses ressources. Selon le rapport de la Commission Nationale AnGR (2003) sur les ressources génétiques animales en Algérie, le cheptel caprin algérien comprend les races suivantes : La chèvre Arbia, Mekatia, la Naine de Kabylie et la Mozabite. On retrouve également un cheptel importé issu des races telles que : l’Alpine, Sannen, Murciano granadina,… et les produits de croisements entres les populations locales et les populations introduites (CN AnGR, 2003).
Elevé pour ses aptitudes de valorisation des ressources pastorales pauvres et difficilement accessibles pour les autres ruminants, l’importance du caprin tient également de sa productivité intéressante en lait le mettant en avant pour être le pourvoyeur du lait des ménages pastoraux. Par ailleurs, sa production réduite en viande, car issue uniquement des ressources spontanées, a longtemps plaidé pour un usage orienté à l’autoconsommation ou pour financer les dépenses quotidiennes. Les sous-produits de l’élevage caprin (peaux et poils) sont utilisés pour différents usages (tissage, récipients,…).
Systèmes d’élevage caprin
Bien que l’élevage caprin soit conduit dans sa majorité en système pastoral extensif, des différences dans la conduite existent en rapport avec la nature et la disponibilité des ressources alimentaires, les moyens et les objectifs des éleveurs, et plus récemment selon la demande du marché.
Des territoires et des systèmes
Dans les montagnes du Nord
L’élevage caprin est présent dans la majorité des exploitations. Dans les montagnes de
Tizi-Ouzou par exemple, il est pratiqué dans 80 % des exploitations d'élevage (Kadi et al.,
2013). L'élevage caprin en montagne est un moyen de valoriser des ressources sylvopastorales dans le cadre de systèmes d’élevage mobilisant peu d'investissement et d'intrants
(Madani, 1994). Différents systèmes d'élevage existent:
a. Caprin laitier Concerne des troupeaux de taille importante mais peu nombreux. Ce système a évolué vers un mode de conduite soutenu par l’aliment distribué, utilise des races exotiques importées et sélectionnées pour produire du lait dans le cadre de systèmes intensifs (Sadoud, 2019). Ce type d’élevage se développe dans certaines régions, notamment en Kabylie où on assiste, selon Mouhous et al. (2015), à la mise en place d'une filière locale de production de fromage de chèvre, intégrant l’ensemble des maillons (élevage, collecte et unités de transformations). Son apparition est liée aux mutations des habitudes alimentaires des consommateurs et le travail d’innovation et de diversification fait par les acteurs de la filière caprine locale.
b. Caprin viande Ce système est largement majoritaire et concerne de petits troupeaux mixtes (ovincaprin) et des troupeaux caprins de taille moyenne, élevés en système extensif (Sahraoui et al., 2016a). Le produit peut être mis en vente en été et au début de l’automne, période où les chevreaux sont au mieux de leur forme, ou bien pendant toute l’année, selon les besoins de financement de la trésorerie familiale (Madani et al., 2001).
c. Caprin mixte Concerne des troupeaux de taille moyenne. Dans ce système, la même importance est accordé aux deux types de production ; lait et viande.
Dans la steppe et les parcours désertiques
Les zones steppiques et le Sahara comprennent le plus gros des effectifs à l’échelle
nationale. Le caprin est conduit le plus souvent avec les ovins et destiné à la production de
viande. En absence de diversité de l'offre fourragère, permise par l'altitude et les différentes
strates végétales existantes en montagnes, les pasteurs adoptent un système de mobilité
horizontale pour organiser la "transhumance" à l’échelle locale ou régionale. Certains
scientifiques et économistes s’accordent à dire que ce type d'élevage est le mieux adapté aux
conditions écologiques des zones arides et semi-arides (Bencherif, 2011). Il est plus
compétitif économiquement, car il permet une production optimale au moindre coût, mais il
implique un investissement humain considérable, de moins en moins supporté par les
pasteurs, et pose aussi la problématique de renouvellement des ressources (Madani, 1994).
Des territoires et des systèmes
Dans les oasis
Peu d'études existent sur l'élevage caprin en oasis. Les informations disponibles
mentionnent l’existence de troupeaux de petite taille (quelques chèvres), élevées dans les
oasis et valorisent les espaces réduits de fourrages cultivés et les résidus de cultures
(Boubekeur et Benyoucef, 2012). La production est mixte et le lait est en partie destiné à la
consommation et la transformation. Ce lait est parfois valorisé par l'industrie pour la
production fromagère traditionnelle, ou bien, assez rarement, vendu directement après
pasteurisation et conditionnement, comme dans la région de Ghardaïa (ITELV, 2013).
Gestion des troupeaux en élevage caprin
L'élevage caprin est majoritairement conduit en système pastoral extensif naisseur, où seule une partie du lait est prélevée pour être affectée à la consommation familiale. Dans les montagnes de l'Est, les caprins, dans la majorité des exploitations, sont conduits en association avec les ovins et leur effectif représente moins de 20% du total (moins de 10 chèvres), occupant ainsi une place secondaire en terme d’effectif au sein du troupeau des petits ruminants (Madani et al., 2015). L’association ovin-caprin dans les situations d’élevage extensif et soumis aux aléas, est assez fréquente en régions arides et semi arides algériennes, participe à la sécurisation du système de production en fournissant une production moins variable que celle des ovins, permettant ainsi de mieux tamponner les fluctuations de production du troupeau des petits ruminants en années déficitaires en ressources pastorales (Madani et al., 2015).
Si la production du troupeau ovin alimente la trésorerie quotidienne familiale, le caprin constitue un appoint, plus particulièrement en automne et en hiver (Madani, 1994). Toutefois, les caprins peuvent aussi être conduits seuls quand les troupeaux sont d’effectifs supérieurs à 30 mères, et constituer ainsi la production principale de l’exploitation d’élevage dans les régions assez riches en ressources pastorales et sylvopastorales, telles que les forêts et les lisières des massifs boisés (Madani, 1994). La variabilité des effectifs est élevée selon les années, elle peut passer de 10 à 40%, et elle est conditionnée par la disponibilité des ressources pastorales, les mortalités et les besoins de la trésorerie familiale. Le renouvellement des troupeaux aussi est variable selon les années, il peut passer de 15 à 30 %, selon les disponibilités pastorales et les mortalités (Madani et al., 2015).
Selon Madani (1994) et Sahraoui et al. (2016a), l’alimentation est exclusivement pastorale dans les montagnes du Nord-Est algérien. L’importance des quantités de concentrés distribuées diminue selon le niveau d’extensification du système d’élevage (Mouhous et al., 2015). La complémentation est totalement absente en système strictement pastoral (Madani 1994). En revanche, dans les troupeaux de plaines, ou bien quand les caprins sont associés aux ovins et leur effectif est réduit, les chèvres peuvent accéder aux aliments complémentaires. En Kabylie, dans le système d’élevage laitier, la complémentation peut être assurée par des fourrages verts ou des concentrés et du foin, alors que dans les systèmes viande ou mixte, la complémentation est assurée par la paille distribuée uniquement durant la période hivernale fortement déficitaires en ressources pastorales (Mouhous et al., 2015).
La vente des animaux est strictement liée aux besoins en trésorerie des petits éleveurs. Les reproducteurs sont vendus en fin d’hiver et en début de printemps, période de demande sur les animaux reproducteurs. Les chevreaux sont vendus à partir de la fin de l’été et en automne lorsque leur état corporel est meilleur, vers l’âge de 6 à 9 mois (Madani et al., 2001).
Filières caprines en Algérie
Les produits caprins sont d’une grande importance à l’échelle mondiale. Ils contribuent grandement à l’alimentation humaine dans les pays en voie de développement (Boyazoglu et al., 2005). En Algérie aussi, l’élevage caprin compte parmi les activités agricoles les plus importantes dans les régions rurales (Laouadi et al., 2018). Il fournit notamment les ménages de ces régions en lait et en viande qui sont des sources nutritionnelles de haute valeur.
La filière caprine en Algérie est complexe. Différents opérateurs s’activent ; les producteurs, les commerçants qui sont des intermédiaires, tels que les transporteurs, les transformateurs et les détaillants, pour qu’enfin le produit arrive au consommateur. A ces opérateurs il faut ajouter les vendeurs d'intrants zootechniques et vétérinaires. Les différents acteurs de la filière en tirent à chaque niveau des avantages financiers aboutissant à ce que l’on appelle « une chaine de valeurs » (figure 3).
Figure 3: Représentation des chaînes de valeurs caprines en Algérie (Synthèse réalisée dans le cadre de la thèse)

Production
La production est le maillon le plus important de la chaine des valeurs caprine. D’après les statistiques de la FAO (2020), l’élevage caprin en l’Algérie compte environ 5 millions de têtes, soit 2% de l’effectif des pays d’Afrique. Les acteurs de ce maillon sont au centre des actions des autres acteurs, car ils travaillent avec tous les acteurs de la chaine des valeurs. Cependant, il faut noter que les pratiques des producteurs n'ont pas beaucoup évolué. L'élevage se fait dans un cadre extensif où le pâturage naturel intervient majoritairement dans l'alimentation des animaux tandis que les soins de santé sont sporadiques (CN AnGR, 2003; Laouadi et al., 2018).
Le lait
La production laitière caprine est estimée à plus 300 000 tonnes soit environ 8% de la
production laitière nationale. Elle est assurée en 2020 par plus de 2.8 millions de chèvres avec
un rendement moyen de 117 kg/animal/an (figure 4) (FAOSTAT, 2022).
Figure 4: Evolution de la production laitière et du nombre de femelles productives de 1961à 2019 (FAO, 2020)

Bien que le rendement par femelle ait cru particulièrement depuis le début des années 2000, l’augmentation de la production nationale semble notamment due à l’augmentation des effectifs (figure 5).
Figure 5: Evolution du rendement en lait par chèvre de 1961 à 2019 (FAO, 2020)

La production laitière est généralement pratiquée dans un cadre d’élevage extensif et mixte lait/viande. La taille moyenne des troupeaux est variable. Sahraoui et al. (2016) Avancent des effectifs variant entre 1 et 51 têtes avec une moyenne de 11 ± 9 têtes dans les montagnes du sud de Sétif à l'Est de l'Algérie. Dans la région de la Kabylie, Kadi et al. (2013) notent la dominance des effectifs réduits dans la plupart des exploitations (moins de 30 têtes dans 84 % des exploitations). Par ailleurs, dans cette région on assiste dans les situations favorables à des effectifs importants dépassant parfois les 100 têtes. Ceci a été confirmé par Mouhous et al. (2015) qui soulignent qu'il s'agit d'exploitations spécialisées en production laitière.
Traditionnellement, les caprins sont conduits conjointement avec les ovins. Cependant dans les élevages à vocation laitière les caprins sont souvent en conduite unique (ITELV, 2013). Selon Madani (1994), l’alimentation des caprins est exclusivement pastorale dans les montagnes de l'Est algérien. En revanche, dans les troupeaux de plaines, ou bien quand les caprins sont associés aux ovins et leur effectif est réduit, les chèvres peuvent accéder à la complémentation. En Kabylie en revanche, dans le système d’élevage laitier, la complémentation peut être assurée par des fourrages verts, ou des concentrés et du foin. Alors que dans le système mixte, la complémentation est assurée par la paille, distribuée uniquement durant la période hivernale, fortement déficitaires en ressources pastorales (Mouhous et al., 2015). En élevage oasien, Les animaux s’alimentent essentiellement de paille et de rebuts de dattes, et reçoivent un complément de concentré pour vaches laitières, sans aucun rationnement (ITELV, 2013).
En l’absence d’un programme d’amélioration génétique, la chèvre locale est considérée comme étant une ‘faible’ laitière (1,1 litre/ jour en moyenne selon Mouhous (2016)). Cependant, il y aurait des populations qui sont plus productives que d’autres. Ainsi, dans la région de Ghardaïa, la production par la population locale est assurée notamment par la chèvre arabe, la Makatia et la M’zab. Par ailleurs, pour améliorer la productivité, les éleveurs recourent au croisement avec des races étrangères (la Saanen et l’alpine notamment), mais aussi avec la race Damasquine (CN AnGR, 2003). Dans la région de Kabylie par contre, les races importées sont les plus présentes dans les élevages, la Sannen notamment (77% des élevages) (Kadi et al., 2013), ce qui dénote de la vocation laitière donnée aux troupeaux
La viande
En Algérie, la filière des viandes rouges repose sur des élevages bovins et ovins alors
que les élevages camelins et caprins contribuent moins dans la production globale mais sont
important localement et sont en dynamique rapide. Largement basés sur les ressources
pastorales et dans une moindre mesure sur les sous-produits agricoles, ces élevages sont
articulés à un marché interne fort rémunérateur du fait du maintien de la demande à un niveau
relativement élevé.
Le caprin constitue la troisième espèce pourvoyeuse en viande rouge pour le consommateur algérien après le bovin et l’ovin, avec un taux de l’ordre de 8%. A titre de comparaison, on note une contribution de l’ordre de 5,5% au Maroc et 6 % en Tunisie (Sadoud, 2019).
La production de viande caprine nationale est estimée en 2020 par la FAO à près de 19000 tonnes soit environ 6 % de la production nationale de viandes rouges. Par ailleurs, on assiste depuis 2003 à une augmentation significative estimée à plus 57 % après une stagnation relative à la fin des années 90 et le début des années 2000 (figure 6). Figure 6: Evolution de la production de viande caprine de 1961 à 2019 (FAO, 2020)
Figure 6: Evolution de la production de viande caprine de 1961 à 2019 (FAO, 2020)

Classiquement, l’élevage caprin est destiné à la production de viande orientée à l’autoconsommation. Cependant, la vente peut avoir lieu à tout moment de l’année afin d’alimenter la trésorerie quotidienne des ménages, mais elle se concentre de la fin du printemps à l’automne pour profiter de l’offre pastorale en cette saison (Sahraoui et al., 2016b). Par ailleurs, la vente pour la fête de l’Aid El Adha est moins répondue que celle des ovins, vue la tradition prophétique préférant l’abattage du mouton, et est destinée aux ménages n’ayant pas les moyens de sacrifier un mouton (Mouhous et al., 2015 ; Sahraoui et al., 2016). Les ventes concernent généralement les chevreaux de 6 à 9 mois et les animaux de la réforme. Cependant, dans le système laitier émergeant, les chevreaux sont mis sur le marché à l’âge de quelques semaines.
Les transformations socio-économiques vécues actuellement en Algérie ont fait que la viande caprine gagne actuellement les grands centres urbains à travers les boucheries et la filière de la restauration, alors qu’elle était commercialisée par le passé uniquement dans les marchés proches des lieux de production, et destinée aux couches sociales à faible revenu (Sahraoui et al., 2016b). Ceci s’est répercuté sur son prix qui a fortement augmenté. En effet, ce prix qui ne dépassait pas la moitié de celui de l’agneau il y a moins de 10 ans, le talonne actuellement (1100 vs 1300 DA) (Sahraoui et al., 2016b).
Collecte et transformation
Traditionnellement, le lait caprin est très prisé en milieu pastoral. Les chèvres sont traites pour alimenter les ménages en lait ou pour en offrir, mais il n’est pas vendu (Sahraoui et al., 2019). Outre sa consommation en l’état, il s’apprête bien à la transformation, notamment en fromages (Dj’ben, Bouhazza, Kemmaria,…), selon l’environnement naturel et socioculturel de la région de production avec parfois des procédés très particuliers qui peuvent constituer de véritables atouts pour le développement local (Sahraoui et al., 2019).
Dans la région de Ghardaia, Il existe un circuit de collecte dirigée par le seul transformateur industriel (privé) de la région (ITELV, 2013). Dans la région de Tizi Ouzou, le segment de la collecte est représenté par plus de collecteurs. Ils sont habituellement des collecteurs de lait de vache, mais un jour sur deux, ils collectent du lait de chèvre (Mouhous et al., 2016). La faiblesse des volumes de lait à collecter est la conséquence de l’absence de collecteurs dans certaines régions obligeant les éleveurs à transporter eux-mêmes leurs productions aux unités de transformation ou aux vendeurs de proximité. Les collecteurs sont incités par une subvention à raison de 5 DA / litre collecté.
La production laitière caprine est stimulée dans certaines régions notamment par la transformation fromagère vu les volumes de lait absorbés et sa valeur ajoutée élevée. La région de Kabylie et de Ghardaïa sont celles qui en détiennent la part la plus importante. A Ghardaïa, le fromage local « Kemmaria » est produit soit industriellement soit d’une façon artisanale mais interdit de commercialisation dans ce cas puisque il échappe aux contrôles sanitaires (ITELV, 2013).
La viande caprine commercialisée en Algérie provient des abattages du cheptel national élevés essentiellement dans le cadre des systèmes extensifs. Selon que l'abattage se fait dans des infrastructures aménagées à cet effet ou pas, on distingue deux types d'abattages: les abattages contrôlés et les abattages non contrôlés. Ceux non contrôlés, concernent des abattages clandestins et des abattages lors des fêtes sociales et des cérémonies religieuses (Aid El Adha) (Sadoud, 2009). Il y a très peu de transformation de type industrielle proprement dite au-delà de la viande fraîche issue des abattoirs. Cela serait le résultat des habitudes alimentaires et de l’insuffisance de la production locale.
Fournisseurs d'intrants
Ils sont en amont de la production et sont incontournables pour une amélioration de l'activité de l'élevage. Il y'a sur le terrain une disponibilité de sous-produits agricoles ou industriels ainsi que du fourrage. Les fournisseurs d’aliment de bétail publiques (Office National des Aliments de Bétail (ONAB)) ou privés fournissent essentiellement des aliments concentrés. A cela il faut ajouter les vendeurs de fourrage et des résidus de récolte.
Prestataires de services (services vétérinaires)
Ils sont également incontournables pour la réussite de toute activité d'élevage. Ce maillon permet aux producteurs d'avoir accès aux soins vétérinaires et à l'appui par conseil. Les principales affections rencontrées chez les chèvres sont : abcès divers, parasitisme externe, mammites, arthrites et listériose, diarrhées, pneumonies et avortements (Tefiel et al., 2018). Les rapports des services vétérinaires signalent également la présence de la brucellose, d’affections parasitaires interne et suspecte la présence de la paratuberculose (Tefiel et al., 2016).
Systèmes de commercialisation
La production de l'élevage caprin est essentiellement destinée à l’autoconsommation et la couverture des besoins de la trésorerie familiale contrairement à celle de l’ovin (viande) destinée à la vente à des périodes précises généralement caractérisées par l’augmentation des prix (Ramadan, Aid El Adha) ou celles du bovin (viande et lait). Il existe deux filières pour la vente des produits caprins: la filière courte ou directe avec peu ou pas d'intermédiaires et la filière longue (Sahraoui et al., 2019). Pour un prix de revient de 15 DA (pour les élevages réalisant les prix de revient les plus bas), le lait de chèvre est cédé aux collecteurs à un prix de 62 DA/litre (y compris la subvention de 12 DA/litre) (Mouhous, 2015). Le même prix est maintenu durant toute l’année. Le lait vendu en l’état dans le marché informel est cédé entre 100 et 200 DA, soit 2 à 4 fois celui de la vache (Mouhous et al., 2015 ; Sahraoui et al., 2016). Quant au fromage, il est vendu autour de 1700 DA/kg, et son lieu de prédilection est les centres urbains
Thèse Présentée par : SAHRAOUI Hossem Pour l’obtention du diplôme de DOCTORAT EN SCIENCES Filière : Sciences agronomiques Spécialité : Production animale Thème Performances de la population caprine locale du Nord-Est algérien pour une mise en place d’un schéma de sélection Soutenue publiquement le : 23 / 02 / 2023
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