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LA CULTURE DU TABAC




Le tabac (Nicotiana tabacum) est une plante qui contient dans ses feuilles une substance de grande valeur commerciale, la nicotine. Bien que l’on cultive le coton sur de plus grandes étendues, le tabac est la culture non alimentaire la plus répandue dans le monde. On le cultive dans plus de 100 pays et sur tous les continents. On consomme du tabac dans le monde entier sous forme de cigarettes, de cigares, de tabac à chiquer, à fumer et à priser. La consommation annuelle de cigarettes, évaluée à près de 5,6 milliards, absorbe plus de 80% de la production. En 1995, la Chine, les Etats-Unis, le Brésil et l’Inde ont produit plus de 60% de la production mondiale, estimée à 6,8 millions de tonnes.

Les différentes utilisations du tabac par les fabricants sont conditionnées par les propriétés chimiques et physiques des feuilles de tabac sec qui, à leur tour, sont conditionnées par l’interaction de facteurs génétiques, pédologiques, climatiques et culturaux. On cultive ainsi de nombreuses variétés de tabac; certaines d’entre elles ont des utilisations commerciales très diverses. Aux Etats-Unis, le tabac est classé en sept grandes catégories qui comprennent au total 25 types différents de tabac. Les techniques de production changent en fonction des variétés que l’on cultive dans les divers pays, mais l’utilisation d’engrais azotés, la densité des plants, l’époque d’écimage et la hauteur à laquelle le pratiquer, ainsi que l’époque de récolte et de séchage, sont des facteurs qui varient également selon les types de tabac que l’on veut produire et leur utilisation spécifique. La qualité des feuilles dépend toutefois beaucoup des conditions liées à leur environnement.

Les tabacs blonds, les tabacs de type Burley et les tabacs d’Orient sont les principaux types de tabac qui entrent dans la composition des cigarettes fumées dans le monde; ils représentaient respectivement 57%, 11% et 12% de la production mondiale en 1995. Le commerce international de ces types de tabac est très important, les Etats-Unis et le Brésil étant les plus gros exportateurs de tabacs blonds et de tabacs de type Burley, tandis que la Turquie et la Grèce sont les plus gros fournisseurs de tabac d’Orient. La Chine, premier producteur mondial de tabac et de cigarettes, consomme à l’heure actuelle la plus grosse partie de sa production à l’intérieur de ses frontières. En raison d’une demande croissante pour les cigarettes «américaines», les Etats-Unis sont devenus le premier exportateur mondial au début des années quatre-vingt-dix.

La culture du tabac se pratique essentiellement par repiquage; on prépare les plants à partir de graines minuscules (environ 12 000 au gramme) que l’on sème à la main dans des lits de semences soigneusement composés et on les prélève ensuite manuellement pour les besoins du repiquage au champ dès qu’ils ont atteint une hauteur de 15 à 20 cm. Sous les climats tropicaux, les lits de semences sont généralement recouverts de paillis pour préserver l’humidité du sol et protéger les plants des grosses pluies. En zone plus tempérée, ils sont recouverts de bâches en matériau synthétique ou en étamine pour les protéger du givre et du gel jusqu’à l’époque du repiquage. Les lits de semences sont habituellement traités au bromure de méthyle ou au dazomet pour les prémunir contre les principaux ravageurs. Dans certains pays, on utilise également des herbicides en complément d’autres traitements, mais le sarclage est plutôt manuel dans les régions où la main-d’œuvre est abondante et peu onéreuse. Des pesticides sont régulièrement utilisés contre les insectes et maladies foliaires. Aux Etats-Unis et au Canada, les plants de tabac sont préparés essentiellement en serres, qui sont en plastique aux Etats-Unis et en verre au Canada. Les plants poussent d’ordinaire dans de la tourbe horticole ou dans un mélange à base de fumier que l’on stérilise à la vapeur, dans le cas du Canada, avant d’y planter les graines. Aux Etats-Unis, on a plutôt recours à des plateaux de polystyrène où est étalé le mélange qui est généralement traité au bromure de méthyle ou avec une solution chlorée entre les époques de repiquage pour protéger les semis contre les maladies fongiques. Seuls quelques types de pesticides étant toutefois autorisés dans les serres de ce pays, les cultivateurs dépendent essentiellement de méthodes de ventilation, de circulation horizontale de l’air et d’assainissement pour lutter contre la plupart des maladies foliaires.

Quelle que soit la méthode de repiquage employée, les plants sont régulièrement écimés au niveau du méristème apical pendant plusieurs semaines avant le repiquage, pour des raisons d’uniformité et de survie une fois le repiquage effectué au champ. Cette opération est réalisée mécaniquement dans certains pays développés et manuellement dans les pays où la main-d’œuvre est abondante (voir figure 64.28).

Selon la disponibilité et le coût de la main-d’œuvre et de l’équipement, les plants sont repiqués manuellement ou mécaniquement dans des champs préalablement préparés à cet effet et traités avec une ou plusieurs sortes de pesticides pour protéger la terre des organismes pathogènes et des plantes adventices (voir figure 64.29). Afin de protéger les travailleurs contre les pesticides, ceux-ci sont rarement appliqués pendant les opérations de repiquage, mais il est souvent nécessaire d’utiliser des produits désherbants et certains traitements au cours de la saison de végétation et de la récolte. Dans de nombreux pays, on a recours à des méthodes culturales telles que l’utilisation de variétés tolérantes et la rotation des cultures avec des plantes non hôtes (quand il y a assez de terres) pour réduire la dépendance envers les pesticides. Au Zimbabwe, par exemple, la législation prescrit que les lits de semences, ainsi que les tiges et les racines, doivent être détruits à certaines époques pour réduire l’incidence et la propagation de certains virus transmis par les insectes.

Selon le type de tabac, des apports plus ou moins importants d’engrais sont effectués, le plus souvent manuellement dans les pays en développement. Pour garantir un bon mûrissage et une bonne dessiccation du tabac blond, il faut veiller à ce que l’absorption d’azote diminue rapidement en fin du cycle de croissance; c’est pour cette raison que le fumier d’animaux est rarement employé pour les cultures de ce type et que des quantités d’azote inorganique variant de 35 à 70 kg sont appliquées à l’hectare en fonction des caractéristiques du sol et de la pluviosité. Le tabac de type Burley et la plupart des tabacs à mâcher ou à cigare sont généralement cultivés sur des sols plus fertiles que ceux qui servent à la culture des tabacs blonds, mais les premiers reçoivent trois ou quatre fois plus d’azote pour renforcer certaines caractéristiques intéressantes.

Le tabac est une plante à fleurs dont le méristème central inhibe la croissance des bourgeons auxiliaires (rejets) par action hormonale jusqu’à ce que le méristème commence à fleurir. Pour la plupart des types de tabac, l’élimination des fleurs (écimage) avant la maturation des graines et le contrôle de la croissance des rejets sont des pratiques culturales auxquelles on a recours pour améliorer les rendements en détournant les ressources de la plante vers la production de feuilles. Les fleurs sont ôtées manuellement ou mécaniquement (essentiellement aux Etats-Unis) et, dans la plupart des pays, on retarde la croissance des rejets au moyen de régulateurs de croissance. Aux Etats-Unis, des produits chimiques ciblant spécialement la destruction des rejets sont appliqués mécaniquement sur le tabac blond dont la campagne de récolte est la plus longue de tous les types de tabac du pays. Dans les pays en développement, ces produits sont souvent appliqués manuellement. Toutefois, quelle que soit la méthode d’application et le type de produit utilisé, on obtient rarement les résultats escomptés et il faut alors éliminer les rejets à la main.

Les techniques de récolte varient considérablement en fonction des types de tabac. Les feuilles du tabac blond, celles du tabac d’Orient et celles qui entrent dans la fabrication de la tripe et de la sous-cape des cigares sont les seules qui soient récoltées à mesure qu’elles mûrissent, depuis la base jusqu’au sommet de la plante. Les signes de maturité apparaissent sur les feuilles qui se cloquent et jaunissent à mesure que la chlorophylle se dégrade. Plusieurs feuilles sont cueillies sur chaque plante à chaque passage effectué au long d’une période de six à douze semaines après l’écimage; la cueillette dépend de la pluviométrie, de la température, de la fertilité des sols et de la variété cultivée. La récolte d’autres types de tabac comme le Burley, le Maryland, la tripe et la sous-cape des cigares, ainsi que les tabacs à mâcher séchés au feu, se fait en tiges, autrement dit, en sectionnant la tige de la plante à sa base quand la plupart des feuilles sont jugées mûres. Dans le cas de certaines variétés séchées à l’air, on prélève l’étage foliaire inférieur puis on coupe le reste de la tige. Quel que soit le type de tabac, les opérations de récolte et de préparation des feuilles pour le séchage et la commercialisation sont celles qui demandent le plus de main-d’œuvre (voir figure 64.30). La récolte est essentiellement une opération manuelle, surtout pour la récolte en tiges (voir figure 64.31). La récolte du tabac blond est aujourd’hui hautement mécanisée dans la plupart des pays développés où la main-d’œuvre coûte cher. Aux Etats-Unis, environ la moitié de cette opération se fait à l’aide de machines, ce qui nécessite l’absence quasi totale de mauvaises herbes et de rejets dans les feuilles traitées.

Lors de l’étape de dessiccation de la plupart des types de tabac, il est nécessaire de contrôler la température et l’humidité dans l’installation de séchage. Le séchage artificiel à l’air chaud exige une structure de séchage extrêmement élaborée, car le contrôle de la température et de l’humidité se fait en fonction d’un programme très strict, la température atteignant plus de 70 °C au cours des dernières étapes du séchage qui s’effectue sur une période de cinq à huit jours. En Amérique du Nord et en Europe occidentale, le séchage à l’air chaud est effectué principalement dans des cuves en métal chauffées au gaz ou au gasoil, équipées d’un dispositif automatique ou semi-automatique de contrôle de la température et de l’humidité. Dans la plupart des pays, les installations de séchage sont contrôlées manuellement; elles sont construites en bois ou en briques et fonctionnent souvent au bois (Brésil) ou au charbon (Zimbabwe) que l’on charge à la main. L’étape initiale, et la plus importante, du processus de séchage à l’air chaud est appelée jaunissement. Au cours de cette étape, la chlorophylle est dégradée et la plupart des hydrates de carbone sont convertis en sucres donnant aux feuilles un arôme caractéristique. Les cellules des feuilles sont ensuite aérolysées avec un air plus sec et plus chaud pour enrayer le processus de perte des sucres. Les matériaux de combustion ne sont pas en contact avec les feuilles. La plupart des autres types de tabac sont séchés à l’air en séchoir sans chaleur, mais en faisant généralement appel à des moyens de ventilation manuelle partielle. Ce processus s’étale sur quatre à huit semaines selon les conditions de l’environnement et le niveau de contrôle de l’humidité à l’intérieur de l’installation. Ce processus, plus long et plus graduel, donne des feuilles dont la teneur en sucre est moins élevée. Le séchage à la fumée est un procédé utilisé dans le cas du tabac à mâcher ou à priser. Il s’agit d’un séchage à l’air dans une structure à l’extérieur de laquelle brûlent de petits feux entretenus avec du bois de chêne ou de caryer pour fumer les feuilles et leur donner l’odeur et le goût du bois, tout en améliorant leurs propriétés de conservation.

La couleur des feuilles de tabac sec, et leur uniformité au sein d’un lot, sont des caractéristiques importantes sur lesquelles les acheteurs se basent pour déterminer l’utilisation ultérieure de ces produits. Les feuilles de couleur indésirable (vertes, noires et marron) sont éliminées du lot manuellement avant leur mise en vente (voir figure 64.32). Dans la plupart des pays, les feuilles de tabac séchées sont séparées en lots homogènes en fonction des variations de couleur, de leurs dimensions et d’autres caractéristiques visuelles (voir figure 64.33). Dans certains pays d’Afrique australe où la main-d’œuvre est abondante et peu onéreuse et où la plus grande partie de la production est exportée, la récolte pourra être triée en 60 lots ou davantage (grades) avant sa mise en vente, comme le montre la figure 64.33. La plupart des types de tabac sont mis en balles pesant entre 50 et 60 kg (100 kg au Zimbabwe) (voir figure 64.34). Aux Etats-Unis, où le tabac blond est conditionné dans de la toile d’emballage en plaques d’environ 100 kg, on étudie la possibilité d’un conditionnement en balles de 200 kg. Dans la plupart des pays, la vente du tabac fait l’objet d’un contrat entre les producteurs de tabac et l’acheteur, contrat aux termes duquel les prix correspondant aux diverses qualités sont fixés d’avance. Dans certains pays grands producteurs, la production annuelle est réglementée ou fait l’objet de négociations entre producteurs de tabac et acheteurs, et le tabac est vendu aux enchères, qu’un prix minimum ait été fixé (Etats-Unis et Canada) ou non (Zimbabwe) pour les diverses qualités. Aux Etats-Unis, les tabacs blonds ou de type Burley qui ne sont pas vendus aux acheteurs commerciaux sont achetés à un prix spécial par les coopératives de producteurs et vendus plus tard à des acheteurs locaux et étrangers. Bien que la commercialisation du tabac se soit considérablement mécanisée dans certains cas, comme au Zimbabwe (voir figure 64.35), nombre d’opérations de déchargement des balles, de présentation de la marchandise pour la vente, de chargement et de transport vers les usines de transformation des acheteurs sont encore réalisées manuellement et font appel à une main-d’œuvre importante.


  Les risques et leur prévention


Les besoins en main-d’œuvre manuelle pour produire et commercialiser le tabac varient considérablement d’une région du monde à l’autre en fonction du niveau de mécanisation des opérations de plantation, de récolte et de commercialisation. Le travail manuel entraîne des risques tels que des troubles musculo-squelettiques occasionnés lors d’activités comme le repiquage, l’application de produits chimiques pour détruire les rejets, la récolte, le triage des feuilles de tabac sec en diverses qualités et le soulèvement des balles. Ces problèmes peuvent être évités en formant les travailleurs aux techniques de levage des charges et en leur fournissant des outils bien étudiés. Les travailleurs peuvent également se couper et contracter le tétanos; pour minimiser ces risques, il faut leur fournir des couteaux bien conçus et bien aiguisés et leur apprendre à s’en servir correctement.

La mécanisation des opérations peut atténuer ces risques, mais elle présente elle-même certains dangers, dont les accidents liés au transport des marchandises. Là aussi, l’amélioration des cabines et des cadres de protection sur les tracteurs, l’aménagement de boucliers et de protecteurs sur les machines ainsi qu’une formation adéquate des travailleurs seront autant de mesures de prévention.

L’épandage de pesticides et de fongicides comporte des risques d’exposition aux produits chimiques. Aux Etats-Unis, l’Agence de protection de l’environnement (Environmental Protection Agency (EPA)) exige des producteurs de tabac qu’ils protègent les travailleurs des risques liés aux pesticides en prenant diverses mesures, à savoir: 1) qu’ils les forment à l’utilisation rationnelle des pesticides, notamment des pesticides qu’ils utilisent sur leurs propres exploitations; 2) qu’ils leur fournissent un équipement et des vêtements de protection individuelle, qu’ils veillent à la bonne utilisation et au bon entretien de ce matériel et s’assurent que les travailleurs respectent les délais d’attente prescrits avant de pénétrer dans les champs traités; et 3) qu’ils aménagent des sites de décontamination et prévoient des soins d’urgence en cas d’exposition. On devrait également remplacer les pesticides dangereux par des produits moins nocifs chaque fois que la chose est possible.

Les travailleurs dans les champs de tabac, surtout ceux qui n’en ont pas l’habitude, souffrent parfois de nausées ou de vertiges peu après avoir été en contact direct avec le tabac vert au cours des récoltes, peut-être en raison de la nicotine ou d’autres substances absorbées par la peau. Aux Etats-Unis, cette réaction que l’on appelle «la maladie du tabac vert» touche un petit pourcentage de travailleurs; les symptômes surviennent la plupart du temps lorsque des individus sensibles à ce type de réactions sont occupés à la récolte du tabac humide et que leurs vêtements ou leur peau sont pratiquement toujours en contact avec le tabac vert. Cette réaction est temporaire et ne présente pas de danger si ce n’est une sensation de malaise pendant quelques heures après l’exposition. On recommande aux travailleurs qui y sont sensibles de réduire le temps pendant lequel ils sont exposés au tabac vert durant la récolte ou à l’occasion d’autres tâches nécessitant un contact prolongé avec ce produit, notamment de ne travailler qu’avec des feuilles sèches ou, si elles sont humides, de porter des vêtements imperméables légers et des gants imperméables. On leur recommande en outre de porter des pantalons longs, des chemises à manches longues et, si possible, des gants, même si le tabac est sec, par mesure de précaution. On leur recommande enfin de quitter le champ et de se laver immédiatement si des symptômes apparaissent.

Des affections cutanées peuvent survenir chez les travailleurs qui manipulent les feuilles de tabac engrangées. Il arrive aussi que des personnes travaillant dans les entrepôts de stockage, particulièrement les nouvelles recrues, souffrent de conjonctivite ou de laryngite.

Parmi les mesures de prévention possibles, on mentionnera les mesures sanitaires (accès aux douches et autres installations), les soins d’urgence et la formation.





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