
LE BAMBOU ET LE ROTIN
Le terme bambou désigne une plante de la famille des graminacées et s’applique à plus de mille espèces différentes dont quelques-unes seulement sont cultivées dans des plantations commerciales (bambouseraies) ou en pépinière. Le bambou est un arbrisseau à tige ligneuse, qui peut aller du buisson à tiges de 1 cm de diamètre aux très grandes essences subtropicales qui atteignent 30 m de haut et dont les tiges mesurent 30 cm de diamètre. Certaines essences poussent à un rythme prodigieux, jusqu’à 16 cm par jour. Les bambous fleurissent rarement (lorsqu’ils fleurissent, la floraison peut se produire à intervalles de 120 ans), mais on peut les cultiver en plantant simplement leurs tiges. La plupart des espèces de bambous viennent d’Asie où elles poussent à l’état sauvage dans les régions tropicales et subtropicales. Certaines espèces ont été exportées dans les régions tempérées où elles ont besoin d’être irriguées et nécessitent un entretien particulier pendant l’hiver.
Certaines espèces sont utilisées comme légumes, en saumure ou en conserve. Le bambou est aussi employé comme médicament oral en cas d’empoisonnement, car il contient de l’acide silicique qui absorbe le poison contenu dans l’estomac (cet acide est aussi produit synthétiquement).
Grâce à leurs propriétés ligneuses, les tiges de bambou ont bien d’autres usages. On s’en sert notamment dans la construction d’habitations, les tiges entières servant de piliers ou de montants, et les tiges fendues ou lattes plus fines (entrecroisées pour former un treillis) servant de murs, de cloisons ou de toitures. On utilise aussi le bambou dans la construction de bateaux ou de mâts de bateaux, de radeaux et dans la fabrication de clôtures, meubles, récipients et produits artisanaux tels que parasols et cannes. Parmi les autres utilisations possibles, on peut citer des tuyaux pour canaliser l’eau, des essieux de brouettes, des cannes à pêche, des échafaudages, des persiennes, des cordages, des râteaux, des balais et des armes (arcs et flèches). En outre, la pulpe du bambou est employée pour confectionner un papier de très haute qualité. Le bambou est également cultivé en pépinière; on le trouve dans des jardins comme plante d’ornement et il sert aussi à l’aménagement de brise-vent et de haies (Recht et Wetterwald, 1992).
On confond parfois rotin et bambou, quoique la distinction botanique soit très nette, le rotin étant une variété de palmier. Le jonc d’Inde (Calamus rotang) ou rotin pousse librement dans les régions tropicales et subtropicales, en particulier en Asie du Sud-Est. Il sert à fabriquer des meubles (des sièges, notamment), des paniers et d’autres produits artisanaux. C’est un matériau très apprécié pour son aspect et sa souplesse. En fabrication, il est souvent nécessaire de fendre les rameaux.
La culture
La culture du bambou comprend les étapes de multiplication, de plantation, d’irrigation, de taille et de récolte. Les bambous sont propagés de deux manières, par semis ou en plantant directement des morceaux du rhizome (la tige souterraine). Certaines bambouseraies dépendent de la propagation naturelle des graines. Comme le bambou fleurit rarement et que les graines ne sont utilisables que pendant quelques semaines, la plupart des opérations de multiplication consistent à démarier une plante volumineuse comportant rhizome et tiges. On utilise pour cette opération des outils tels que pelle, couteau, hache ou scie.
Les opérations de plantation et de replantation consistent à creuser un trou dans lequel on place la plante et à remettre de la terre autour des rhizomes et des tiges. Il faut une dizaine d’années pour obtenir une bambouseraie exploitable. La culture de bambous dans leur habitat naturel ne pose pas de problème d’irrigation, car il pleut fréquemment, mais dans les régions plus sèches, il faut recourir à des moyens d’irrigation artificielle. Le bambou a besoin de beaucoup d’engrais, de l’azote en particulier. On utilise pour cela des déjections d’animaux et des engrais commerciaux. La silice (SiO2) est un engrais aussi important que l’azote pour le bambou. A l’état sauvage, les bambous contiennent suffisamment de silice par le recyclage naturel des feuilles tombées à terre. Dans les pépinières commerciales, on laisse les feuilles tombées autour des bambous et l’on ajoute parfois des minéraux riches en silice, comme de la bentonite. Les vieilles tiges de bambou sont taillées pour faire de la place à la nouvelle poussée végétative. Dans les bambouseraies d’Asie, les tiges mortes sont fendues pour faciliter leur décomposition et viennent s’ajouter à l’humus.
Le bambou est récolté pour les produits alimentaires que l’on peut en tirer, tels que les pousses de bambous, ou pour son bois ou sa pulpe. On récolte les tiges au bout de trois ou cinq ans après la plantation, à un moment où elles ne sont ni trop dures ni trop tendres. Elles sont coupées au couteau ou à la hache, puis chauffées pour les courber ou fendues à l’aide d’un couteau et d’un maillet en fonction de l’usage qui leur est réservé.
Le rotin est habituellement récolté sur des plantes sauvages, souvent dans des régions montagneuses incultes. Les tiges de la plante sont coupées près des racines, sorties des fourrés et séchées au soleil. Après effeuillage et écorçage, elles sont expédiées à l’usine de traitement.
Les risques et leur prévention
Les risques auxquels les travailleurs sont exposés dans les bambouseraies comprennent les morsures de serpents venimeux, la possibilité de trébucher sur les souches de bambous et les coupures qui peuvent entraîner des risques de tétanos. En outre, les déjections des oiseaux et des poulets qui vivent sur les plantations peuvent être contaminées par Histoplasma capsulatum (Storch et coll., 1980). Des coupures sont possibles lors des manipulations, en particulier quand on fend les tiges. Celles-ci présentent à leurs extrémités des arêtes acérées sur lesquelles on peut se couper ou se piquer. Par ailleurs, les cas d’hyperkératose palmaire ou digitale ne sont pas rares chez les travailleurs qui fabriquent des caisses en bambou. L’exposition aux pesticides présente aussi des risques. Il faut se munir d’une trousse de soins d’urgence en cas de morsure de serpent et faire traiter la victime par un médecin. On devrait prévenir le tétanos par la vaccination et ses rappels.
Les couteaux et les scies devraient être convenablement entretenus et utilisés avec précaution. Si l’on travaille en présence de déjections d’oiseaux, on devrait mener les opérations sous la pluie pour éviter l’exposition à la poussière ou porter un équipement de protection respiratoire.
La récolte du rotin comporte les risques inhérents aux lieux où ces plantes poussent, c’est-à-dire dans les forêts éloignées où vivent serpents et insectes venimeux. L’écorce du rotin est garnie d’épines qui peuvent lacérer la peau. Les travailleurs peuvent aussi se couper et devraient donc porter des gants pour manipuler les tiges. Il en est de même pour les travailleurs de l’industrie de transformation du rotin qui risquent d’être atteints d’hyperkératose palmaire et digitale, probablement en raison de la rugosité du matériau.
| Algérie mon beau pays | |