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L’ÉCORCE ET LA SÈVE




Le terme écorce désigne l’enveloppe protectrice des arbres, arbustes ou arbrisseaux. Certaines plantes herbacées, comme le chanvre, sont aussi cultivées pour leur écorce. L’écorce est composée d’une couche interne et d’une couche externe. Elle se forme au niveau du cambium de la couche interne qui donne naissance au phloème ou tissu conducteur qui transporte les éléments nutritifs des feuilles aux racines et aux autres parties de la plante, ainsi que la sève, des racines au reste de la plante. La fonction essentielle de la couche externe, ou épiderme, est de protéger l’arbre de la chaleur, du vent et des infections. On extrait une grande variété de produits de l’écorce et de la sève, comme le montre le tableau 64.11.


Tableau 64.11 Produits dérivés de l'écorce et de la sève et leurs utilisateurs


  Produits de base Produits (essences) Utilisations  
         
  Résines (écorce interne) Résine de pin, copal, frankincense Myrrhe, résine rouge (palme grimpante) Vernis, gommes-laques, laques Encens, parfums, teintures  
  Oléorésines (aubier) Térébenthine Solvants, diluants, matières premières en parfumerie, désinfectants, pesticides  
  Colophane Traitement des crins des archets d’instruments à cordes, vernis, peintures, cire à cacheter, adhésifs, ciment, savon  
  Benjoin Poudre pour gymnastes  
  Camphre (camphrier-laurier) Parfums, encens, plastiques et films pour l’alimentation, laques, explosifs à base de poudre sans fumée, désinfectants, lotions anti-insectes  
  Latex Caoutchouc Pneumatiques, ballons, joints, préservatifs, gants  
  Gutta-percha Isolants, gaines de câbles souterrains et sous-marins, balles de golf, instruments chirurgicaux, certains adhésifs, chiclé pour chewing-gum  
  Substances médicinales et poisons (écorce) Noisette de sorcière (hamamélis) Lotions  
  Cascara Emétiques  
  Quinine (quinquina) Antipaludéens  
  Cerise Antitussifs  
  If du Pacifique Traitement du cancer de l’ovaire  
  Curare Flèches empoisonnées  
  Caféine (yoco) Soda amazonien  
  Lonchocarpus (cubé) Asphyxiants pour poissons  
  Arômes (écorce) Cannelle (cassier) Amer, muscade et macis, girofle, racine de sassafras Epices, aromates Soda racinette («root beer») (jusqu’à ce qu’on ait établi un lien avec le cancer du foie)  
  Tannins (écorce) Tsuga, chêne, acacia, saule, palétuvier, mimosa, quebracho, sumac, bouleau Teintures végétales pour cuirs durs, transformation des denrées alimentaires, mûrissage des fruits, préparation de boissons (thé, café, vin), colorants d’encres, mordants pour teinture  
  Liège (écorce externe) Liège naturel (chêne-liège), liège reconstitué Flotteurs, bouchons et capsules, joints, feuilles et panneaux en liège, dalles de liège, carreaux acoustiques, semelles intérieures de chaussures  
  Fibres (écorce) Tissu (bouleau, tapa, figuier, hibiscus, mûrier) Canoës, papier, pagnes, jupes, rideaux, tentures, cordes, filets de pêche, sacs, étoffes grossières  
  Baobab (écorce interne) Jute (famille du tilleul, tiliacées) Chapeaux  
  Tille du lin, du chanvre (famille du mûrier, cannabinacées), ramie (famille de l’ortie, urticacées) Toile de jute, grosse toile à sac, toile d’emballage, ficelle, tapis, habillement Cordages, toile de lin  
  Sucres Sirop de sucre d’érable (aubier) Sirops aromatisants  
  Gur (nombreuses espèces de palmiers) Sucre de palme  
  Résidus d’écorce Copeaux, bandelettes de liège Stabilisateurs du sol, paillis (copeaux), revêtements pour sentiers de jardins, panneaux de fibres agglomérées, panneaux de particules, panneaux de fibres durs, cartons, combustibles  
         

 

On exploite les arbres pour les produits que l’on peut tirer de leur écorce et de leur sève dans le cadre de systèmes de cultures ou dans le milieu naturel. Les raisons pour ce choix sont diverses: ainsi, l’écorce des chênes de culture présente certains avantages par rapport aux chênes sauvages qui sont contaminés par le sable et poussent de manière irrégulière. En revanche, la lutte contre la rouille des feuilles des hévéas au Brésil est plus efficace pour les arbres à l’état sauvage, car ils sont plus espacés. Toutefois, dans les endroits où ils ne sont pas attaqués par les champignons, comme en Asie, la culture des hévéas a un rendement plus élevé en plantation.



  La production


Trois grands procédés marquent la production d’écorce et de sève: l’écorçage partiel pour ne retirer que des plaques d’écorce, l’écorçage à blanc et l’écorçage pour extraire les fluides de l’arbre par coupe ou par incision.



  Les plaques


L’écorçage des arbres sur pied est plus facile lorsque la sève coule, ou après injection de vapeur entre le bois et l’écorce. Deux techniques d’écorçage sont décrites ci-dessous, l’une pour le chêne-liège et l’autre pour le cannelier.

On cultive le chêne-liège dans la région occidentale du bassin méditerranéen, le Portugal étant le plus gros producteur. Comme dans le cas d’autres arbres tels que le baobab africain, l’écorce externe du chêne-liège repousse après écorçage. Le liège fait partie de l’écorce externe; il se situe sous la couche la plus externe appelée rhytidome. La couche de liège s’épaissit d’année en année. Après la première levée ou démasclage, un deuxième déliégeage peut avoir lieu au bout de six à dix ans. Le déliégeage consiste à pratiquer deux incisions circulaires et une ou plusieurs incisions verticales en prenant soin de ne pas toucher le cambium. Les déliégeurs se servent d’une hachette biseautée pour détacher les plaques de liège. Celui-ci est ensuite porté à ébullition, gratté et coupé en plaques de dimensions commercialisables.

La culture du cannelier s’est étendue du Sri Lanka à l’Indonésie, à l’Afrique orientale et aux Antilles. On utilise encore une technique ancestrale pour son exploitation (ainsi que pour celle du saule et de la cascara) qui est celle du régime du taillis ou coupe de rajeunissement. Cette technique fut découverte à l’ère néolithique quand on s’aperçut qu’un arbre coupé près du sol rejetait de nouvelles branches autour de la souche et que ces tiges pouvaient être régénérées par une coupe régulière juste au-dessus du sol. Le cannelier peut atteindre 18 m de hauteur, mais on le maintient généralement à 2 m. La tige principale est coupée à l’âge de trois ans et les rejets sont récoltés tous les deux ou trois ans. Après la coupe et le bottelage des drageons, les écorceurs incisent les bords de l’écorce à l’aide d’une lame courbée. Ils détachent ensuite l’écorce et, au bout d’un ou de deux jours, séparent l’écorce interne de l’écorce externe. Celle-ci est raclée à l’aide d’un grattoir et le résidu est jeté. L’écorce interne (portion fibreuse du phloème) est découpée en lamelles de 1 m de long pour donner les bâtonnets de cannelle que nous connaissons.





  Les sous-produits


Le deuxième procédé consiste à écorcer de grosses bûches dans de grands tambours rotatifs, appelés tambours d’écorçage. On utilise les produits de cet écorçage comme combustible, fibre, paillis et tannin. Le tannin est l’un des produits de l’écorce les plus importants; on l’utilise dans l’industrie du cuir et de l’agroalimentaire (voir chapitre no 88, «Le cuir, la fourrure et la chaussure»). Les tannins sont dérivés de l’écorce de nombreuses essences d’arbres par diffusion ou percolation.

Outre le tannin, on récolte aussi l’écorce pour les substances qu’elle contient, comme l’hamamélis et le camphre. L’hamamélis est une lotion extraite par distillation à la vapeur des tiges de l’hamamélis d’Amérique du Nord. Des procédés similaires sont utilisés pour l’extraction du camphre des branches du camphrier.



  Les fluides


Le troisième procédé consiste à récolter la résine et le latex de l’écorce interne, ainsi que des oléorésines et des sirops de la sève. La résine se trouve surtout dans les espèces de pins. Elle suinte des incisions faites sur le tronc pour protéger l’arbre d’une éventuelle infection. Pour récolter cette résine, les travailleurs doivent blesser le tronc en enlevant une fine pellicule d’écorce ou en la perçant.

La plupart des résines épaississent et durcissent quand elles sont exposées à l’air, mais certaines essences produisent des résines liquides que l’on appelle oléorésines, comme la térébenthine des conifères. On la recueille en pratiquant de grandes incisions sur un côté du tronc d’où la térébenthine s’écoule. Sa distillation donne l’essence de térébenthine et un résidu, la colophane ou arcanson.

Toute sève laiteuse exsudée par les plantes est appelée latex qui, dans le cas des hévéas, se forme dans l’écorce interne. La récolte du latex se fait par saignée de l’écorce de l’hévéa en pratiquant des incisions circulaires dans le tronc tout en évitant d’endommager le cambium. Le latex est recueilli dans une tasse (voir chapitre no 80, «L’industrie du caoutchouc»). Pour empêcher que le latex ne durcisse, on le coagule ou on lui ajoute un fixatif, l’hydroxyde d’ammonium. En Amazonie, la coagulation se fait par des fumées acides ou par des applications d’acide formique. Le caoutchouc brut est ensuite expédié dans les usines de traitement.

Au début du printemps, dans les climats froids des Etats-Unis, du Canada et de Finlande, on procède à l’extraction du sirop d’érable. Dès que la sève commence à suinter, on fixe des gouttières dans des trous pratiqués dans le tronc par lesquels la sève s’écoule dans un seau ou dans un système de canalisation en plastique relié à une citerne. Cette sève est portée à ébullition pour la réduire à 1/40e de son volume initial et produire le sirop d’érable. Une procédure d’osmose inversée peut être utilisée pour enlever l’eau restante avant de procéder à l’évaporation. Le sirop concentré est ensuite refroidi et mis en bouteille.



  Les risques et leur prévention


Les risques associés à la production d’écorce et de sève pour leur transformation sont généralement l’exposition aux éléments naturels, les accidents, l’exposition aux pesticides, les allergies et les dermites. Les risques naturels comprennent les morsures de serpents et les piqûres d’insectes, ainsi que le risque d’infection lorsque des maladies transmises par certains vecteurs ou par l’eau deviennent endémiques. La lutte contre les moustiques, les mesures d’assainissement et l’approvisionnement en eau potable jouent un rôle préventif important.

Les opérations d’écorçage, d’incision et de saignée comportent des risques de coupures qui devraient, le cas échéant, être traitées immédiatement pour prévenir l’infection. Il existe aussi des risques lors des opérations d’abattage, mais la mécanisation a permis de les réduire. Les sources de chaleur auxquelles on a recours pour «fumer» les hévéas et pour faire évaporer les huiles essentielles, les résines et la sève exposent à d’éventuelles brûlures. Le sirop d’érable brûlant risque d’ébouillanter les travailleurs. Parmi les autres risques liés à ces activités, on mentionnera les accidents occasionnés par les animaux de trait, les véhicules et outils divers, sans oublier les accidents corporels auxquels on s’expose lors du levage des grumes ou des conteneurs. L’écorçage mécanique expose les travailleurs à des risques d’accidents graves, ainsi qu’à des troubles de l’audition. Il convient de prendre toutes les mesures de prévention utiles et de suivre les consignes de sécurité. On veillera également à porter un équipement de protection individuelle.

Dans les plantations d’hévéas, l’exposition aux pesticides, notamment à l’arsénite de sodium, présente des risques qui peuvent être évités en suivant les recommandations des fabricants relatives aux opérations de stockage, de manipulation des formules et de pulvérisation.

Des protéines allergisantes présentes dans la sève du caoutchouc naturel sont tenues responsables de l’allergie au latex (Makinen-Kiljunen et coll., 1992). Certaines substances qu’on retrouve dans la résine et la sève de pin peuvent occasionner des réactions allergiques chez les personnes présentant une sensibilisation au baume du Pérou, à la colophane ou à la térébenthine. Les résines, les terpènes et les huiles essentielles peuvent également provoquer des dermites allergiques de contact chez les travailleurs qui manipulent du bois non traité. On évitera tout contact direct de la peau avec le latex, la sève et la résine en suivant les consignes en la matière et en portant des vêtements de protection.

La pneumonie par hypersensibilité aux poussières organiques, également connue sous le nom du poumon des écorceurs d’érable, résulte de l’exposition aux spores de Cryptostroma corticale , moisissure noire qui se développe sous l’écorce au cours de l’écorçage des grumes d’érable stockées. De même, la pneumonie progressive est souvent associée au contact avec le bois de séquoia ou de chêne-liège. La prévention consiste à éliminer les opérations de sciage, à humidifier le bois au cours de l’écorçage avec un détergent et à bien ventiler l’aire d’écorçage.





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