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LES ARBRES TROPICAUX ET LES PALMIERS




Bien que l’on ne possède aucune preuve archéologique concluante à ce sujet, les arbres des forêts tropicales que l’on aurait transplantés dans les villages semblent avoir été le premier type de culture humaine. Plus de 200 espèces d’arbres fruitiers ont été recensées dans les régions tropicales humides. De nombreuses espèces ligneuses et de palmiers, telles que les bananiers et les cocotiers, sont cultivées dans de petites exploitations ou des coopératives, ainsi que sur de vastes plantations. Si le dattier est une plante complètement domestiquée, d’autres espèces comme la noix du Brésil poussent encore à l’état sauvage. Il existe, dans le monde, plus de 150 variétés de bananiers et 2 500 espèces de palmiers qui donnent une grande diversité de produits. Le sagoutier nourrit des millions d’individus dans le monde entier. Le cocotier et ses produits sont utilisés de plus de mille manières, et le rônier (ou borasse) et ses produits de plus de 800 façons différentes. Environ 400 000 personnes dépendent du cocotier et de ses produits pour leur subsistance. Le tableau 64.9 donne la liste d’un certain nombre d’arbres, de fruits et de palmiers des zones tropicales et subtropicales, tandis que le tableau 64.10 énumère quelques espèces commerciales de palmiers et d’arbres de la famille des palmiers, ainsi que leurs produits.


Tableau 64.9 Arbres, fruits et produits tropicaux et subtropicaux commerciaux


  Catégories Fruits, arbres et produits  
       
  Fruits tropicaux et semi-tropicaux (sauf agrumes) Figue, banane, sagou, nèfle du Japon, papaye, goyave, mangue, kiwi, datte, chérimole, pomme mexicaine, durian, fruit à pain, cerise du Suriname, litchi, olive, carambole, caroube, cacao, avocat, sapotille  
  Agrumes semi-tropicaux Orange, pamplemousse, citron vert, citron, tangerine, tangelo, calamondin, kumquat, cédrat  
  Noix tropicales Noix de cajou, noix du Brésil, amande, pignon, noix de macadamia  
  Plantes oléagineuses Huile de palme, olive, noix de coco  
  Aliments pour insectes Feuilles de mûrier (pour vers à soie), moelle de sagoutier en décomposition (pour larves)  
  Plantes textiles Kapok, sisal, chanvre, coir (fibre de coco), raphia, fibre de piassava, rônier, caryote brûlant  
  Amidon Sagoutier  
   Gousse de vanille Vanillier  
       

Tableau 64.10 Produits de différentes espèces de palmiers


  Groupes Produits Utilisation  
         
  Noix de coco Pulpe Alimentation, coprah, aliments pour animaux  
  Coprah (pulpe déshydratée) Alimentation, huiles, savon, bougies, huile de cuisine, margarine, cosmétiques, détergents, lait de coco, crèmes, confitures  
 

Eau de coco

Boisson  
  Coques

Combustibles, charbon de bois, bols, cuillers, tasses

 
  Coir (fibre de coco)

Nattes, ficelle, mélange pour empoter, brosses, cordes, cordage

 
 

Feuilles

Confection de toitures de chaume, tissage

 
 

Bois

Matériel de construction

 
  Sève de l’inflorescence Miel de palme, sucre de palme, alcool, arack (eau-de-vie de palme)  
  Datte Fruit Sève Dattes sèches, sucrées Sucre de datte  
  Huile de palme Fruit (huile de pulpe de palme, similaire à l’huile d’olive) Graines (huile de palmiste) Cosmétiques, margarine, assaisonnements, combustibles, lubrifiants Savon, glycérine  
  Rônier Feuilles Papier, abri, tissage, éventails, corbeilles, chapeaux  
  Pétioles et gaines foliaires Nattes, corde, ficelle, balais, brosses  
  Tronc Charpentes, sagou, chou palmiste  
  Fruits et graines Alimentation, pulpe de fruit, amidon, boutons  
  Sève, racines Sucre, vin, alcool, vinaigre, sura (boisson à base de sève), alimentation, diurétiques  
  Sagou (moelle du tronc de diverses espèces) Amidon Aliments pour insectes Tourteaux, gruau, puddings, pain, farine Moelle de sagoutier en décomposition pour larves  
  Chou palmiste (diverses espèces) Bourgeon apical (partie supérieure du tronc) Salades, cœurs de palmier en boîte  
  Raphia Feuilles Tresses, vannerie, ficelles  
  Sucre (diverses espèces) Sève de palme Sucre de palme (gur, caryote brûlant)  
  Cire Feuilles Bougies, rouge à lèvres, cirage, cire pour voiture, encaustique  
  Rotin Tiges Meubles  
  Noix de bétel Fruit (noix) Stimulants (mastication de noix de bétel)  
         

 




  La production


La culture des arbres tropicaux et des palmiers comprend les opérations de multiplication, d’entretien, de récolte et de postrécolte.

La multiplication de ces cultures peut faire intervenir des techniques de reproduction sexuée ou asexuée. La production fruitière se fait uniquement par reproduction sexuée; le stade de la pollinisation est critique. Le dattier étant un arbre dioïque, le pollen des plantes mâles doit être dispersé sur les plantes femelles. La pollinisation se fait généralement à la main ou mécaniquement. Manuelle, elle est réalisée par des travailleurs qui grimpent dans l’arbre en pratiquant des entailles sur le tronc, ou qui y montent en utilisant des échelles pour placer de petites branches de régimes mâles au centre de chaque régime femelle. Mécanique, elle se fait à l’aide d’un pulvérisateur suffisamment puissant pour projeter le pollen sur les grappes à fertiliser. Outre ces techniques de multiplication, on utilise aussi des techniques de reproduction sexuée pour produire des graines qui sont ensuite plantées, donnant ainsi de nouveaux plants. Parmi les méthodes de reproduction asexuée, il faut citer le bouturage à partir de plants arrivés à maturité.

L’entretien des cultures se fait à la main ou à l’aide d’engins mécaniques. La production bananière est essentiellement manuelle, mais elle peut aussi être mécanisée sur les terrains plats où l’on peut faire circuler de gros tracteurs. On utilise des pelleteuses mécaniques pour creuser des canaux de drainage. L’apport d’engrais se fait suivant un calendrier mensuel; les pesticides sont appliqués soit à l’aide de pulvérisateurs à rampe, soit par épandage aérien. Les plants sont soutenus par des tiges de bambou pour les protéger en cas d’orage. Les bananiers donnent des fruits au bout de deux ans.

La récolte se fait essentiellement à la main, plus rarement à la machine. Les récolteurs de bananes coupent les régimes, appelés mains, à l’aide d’un couteau emmanché à une longue perche et les recueillent sur l’épaule; un second travailleur attache un fil de nylon au régime et à un câble suspendu qui transporte le régime vers un tracteur ou une remorque. L’incision des inflorescences du cocotier pour en recueillir la sève est une opération qui demande aux travailleurs de passer d’un arbre à l’autre sur des cordes suspendues à des hauteurs très élevées. Les travailleurs grimpent également dans les cocotiers pour cueillir les noix à la main ou à l’aide d’un coupe-coupe fixé sur une longue tige de bambou. Dans les régions du sud-ouest du Pacifique, on se contente de ramasser les noix de coco mûres tombées d’elles-mêmes. Les dattes mûrissent à l’automne; les travailleurs montent sur les arbres à deux ou trois reprises à cette période et coupent les régimes qui présentent une maturité convenable. Les anciens procédés de récolte à la machette ont été remplacés par un système avec perche et crochet, mais la machette continue à être utilisée dans la récolte de nombreuses cultures (les feuilles de sisal, par exemple).

Les opérations postculturales varient selon les cultures et les produits que l’on en tire. Les travailleurs des bananeraies, dont la plupart sont des femmes et des enfants, lavent les bananes après la récolte, les enveloppent dans du polyéthylène et les emballent dans des caisses en carton ondulé avant de les expédier. Les feuilles de sisal sont séchées, liées en gerbes et acheminées à l’usine de transformation. Les fruits du kapok sont d’abord séchés au champ pour faciliter l’ouverture de la coquille qui sera cassée à l’aide d’un maillet ou d’une tige de métal. On sépare ensuite les fibres en secouant simplement les coques pour en faire sortir les graines; mises dans des sacs de jute, les fibres sont soumises à une opération de battage pour les rendre plus souples, puis compactées en balles. Les dattes sont réhydratées et mises à mûrir par des moyens artificiels après avoir été récoltées. Elles sont ensuite exposées à l’air chaud (100 à 110 °C) pour glacer l’épiderme du fruit avant pasteurisation et emballage.

L’endosperme charnu de la noix de coco, l’albumen, est commercialisé après dessiccation sous le nom de coprah ; l’enveloppe fibreuse du fruit, appelée coir est, elle aussi, commercialisée. L’opération de défibrage des noix pour obtenir le coir consiste à frapper les noix et à en extraire les fibres à l’aide de pointes plantées fermement dans le sol. Une fois défibrée, la coque du fruit est fendue en deux à la hache et mise à sécher soit au soleil, soit au four ou au séchoir à air chaud. Après le séchage, on extrait de la coque le coprah qui servira à produire l’huile de coco, des résidus d’extraction, c’est-à-dire le tourteau de coprah ou poonac , et le coco râpé déshydraté. On procède également au rouissage du coir en le faisant tremper dans l’eau pendant trois à quatre semaines, après quoi on passe au décorticage, à la décoloration et à la transformation.



  Les risques et leur prévention


Les risques que présente la production des fruits tropicaux et des palmiers comprennent ceux d’accidents corporels, l’exposition aux éléments naturels et aux pesticides, les troubles respiratoires et les affections cutanées. Les arbres tropicaux sont souvent très hauts comme le bananier des sages qui atteint jusqu’à 5 m, le kapokier, 15 m, le cocotier, entre 20 et 30 m, le dattier, 30 m et le palmier à huile, 12 m. Les chutes de personnes ou d’objets représentent les accidents les plus sérieux; des baudriers de sécurité et des casques de protection devraient être portés au travail. La culture de variétés naines peut contribuer à atténuer ces risques de chute. Il y a lieu de mentionner aussi les risques de chute en grimpant aux kapokiers dont les branches se cassent et les petites blessures qu’on peut s’infliger aux mains en cassant les coques.

Des accidents peuvent survenir lors du transport des récoltes sur les camions ou remorques tirées par les tracteurs, ou lorsque les travailleurs grimpent aux arbres où ils risquent de se couper ou de s’érafler les mains avec les épines des feuilles de dattiers, les fruits des palmiers à huile et les feuilles de sisal. Les entorses lors de chutes dans des fossés ou des fondrières sont aussi à craindre, ainsi que les blessures, souvent graves, que peuvent occasionner les machettes et autres outils tranchants. Les travailleurs, essentiellement des femmes, portent souvent des charges très lourdes. Les tracteurs devraient être équipés de cabines. Il conviendrait que les conducteurs soient formés au maniement des machines agricoles et à la conduite rationnelle des engins et qu’ils soient sensibilisés à la nécessité d’observer les consignes de sécurité. La récolte des fruits de palmiers nécessite le port de gants de protection couvrant également les bras et l’utilisation de crochets. La mécanisation des opérations de sarclage et d’entretien permet de réduire le risque d’entorses dues à des chutes dans des trous ou des fossés. On devrait, en outre, veiller à soulever correctement les charges pesantes, à demander de l’aide en cas de besoin et à ménager des pauses régulières.

Parmi les risques naturels, on citera la présence de serpents qui posent un problème particulier lors des campagnes d’éclaircie des forêts et dans les plantations d’établissement récent, ainsi que les insectes et les maladies telles que le paludisme, l’ankylostomiase, l’anémie et les maladies entériques. Les opérations de rouissage exposent les travailleurs à des parasites et à des infections cutanées. La lutte contre les moustiques, les mesures d’assainissement et la fourniture d’eau potable constituent des mesures importantes contre ces risques.

L’intoxication par les pesticides est l’un des risques associés à la production d’arbres tropicaux où l’on utilise ces produits en grandes quantités. Les palmiers sont peu attaqués par les ravageurs et ceux qui présentent un problème n’affectent les arbres qu’à des époques données du cycle de croissance et peuvent donc être facilement identifiés et éliminés. La lutte intégrée contre les ravageurs et l’observation des consignes de sécurité lors de l’épandage des pesticides font partie des mesures de protection essentielles dans ce secteur d’activité.

Des études médicales ont révélé des cas d’asthme bronchique chez les producteurs de dattes, en rapport probablement avec une sensibilisation au pollen. On a également observé des cas de dermite avec peau sèche et d’onychie (infection de l’ongle). Les travailleurs devraient porter un appareil de protection respiratoire pendant la pollinisation, ainsi que des gants, et devraient se laver les mains fréquemment pour se protéger la peau quand ils sont au contact des palmiers dattiers et de leurs fruits.





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