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LES SERRES ET LES PÉPINIÈRES




Les pépinières produisent des plants pour les marchés spécialisés dans la vente de plants à repiquer (voir figure 64.5). Les variétés résistantes sont cultivées à l’extérieur et les moins résistantes à l’intérieur, généralement en serre, pour les protéger des basses températures, du rayonnement solaire trop intense ou du vent. Bon nombre de plantes que l’on fait pousser à l’intérieur quand les conditions climatiques sont trop rigoureuses sont ensuite transplantées à l’extérieur quand ces conditions deviennent plus favorables. Les arbres et les arbustes sont les cultures classiques des pépinières, tandis que les fleurs, les légumes et diverses plantes herbacées sont plus généralement des cultures de serre. Les pépinières produisent des plants pour les marchés spécialisés dans la vente de plants à repiquer, et les serres produisent des cultures comme la tomate pour les marchés saisonniers en période de gel.

Les cultures de pépinière sont devenues une filière importante du secteur agricole et continuent de prendre de l’expansion. En Californie, par exemple, où l’on compte plus de 3 000 pépinières commerciales, celles-ci fournissent des produits à forte rentabilité qui occupent le cinquième rang dans l’échelle des revenus agricoles de cet Etat. La main-d’œuvre employée est habituellement originaire du Mexique ou d’autres pays d’Amérique centrale, comme dans nombre d’exploitations agricoles de la côte ouest des Etats-Unis. La plupart des travailleurs ne sont pas des travailleurs migrants et vivent dans des communautés locales avec leur famille (Mines et Martin, 1986). Ce sont, en grande majorité, des hispanophones qui ne parlent que l’espagnol et qui n’ont jamais ou guère fréquenté l’école. Les tâches qui leur sont confiées sont faiblement rémunérées et la main-d’œuvre est souvent excédentaire. On retrouve des situations de ce genre un peu partout dans le monde.


De nombreux travailleurs agricoles considèrent que le travail en pépinière est, par rapport aux autres travaux agricoles, un bon emploi, car ils sont occupés toute l’année, relativement bien payés et généralement assurés contre les accidents du travail et la maladie. Rares sont ceux qui appartiennent à un syndicat; pour la plupart, ils sont employés directement par l’entreprise plutôt que par le biais de sous-traitants.

Le milieu conditionné des serres est propice à la croissance des végétaux, notamment à la culture de plantes rares et d’espèces exotiques, au démarrage des jeunes plants et à des cultures telles que fleurs, tomates et poivrons qui y sont protégées des rigueurs de l’hiver. On peut aussi y faire pousser des cultures tout au long de l’année, quelles que soient les conditions climatiques qui prévalent à l’extérieur. On trouve également des serres en zone tempérée, comme en Ukraine, où la superficie qu’elles occupent est passée de 3 070 ha en 1985 à 3 200 ha en 1990, et a été estimée à 3 400 ha en 1995 (Viten, Krasnyuk et Ilyna, 1994).

La toiture des serres, généralement à deux pans, assure une bonne exposition aux rayons du soleil en hiver, un bon écoulement des eaux de pluie et une bonne protection contre le vent. La charpente est en aluminium, en bois ou en bois et tubes d’acier. Les murs sont faits de matériaux divers tels que contreplaqué, aluminium, bois ou vinyle. En Ukraine, par exemple, plus de 60% des serres sont en parpaing. La toiture peut être en verre ou en plastique; dans certaines régions du monde, la serre est entièrement faite de parois vitrées. Les matières plastiques servant à leur construction sont tantôt rigides, tantôt flexibles, les plastiques rigides étant généralement à base de fibre de verre, d’acrylique et de polycarbonate, et les plastiques flexibles comprenant des matières comme le polyéthylène, le poly(chlorure de vinyle) et le polyester.

Le polycarbonate, matière qui résiste au bris, et les matériaux plastiques souples doivent cependant être remplacés régulièrement. Les toitures peuvent être transparentes ou translucides et ont un triple but: laisser pénétrer la lumière du soleil pour la croissance des plantes, réchauffer l’espace intérieur et protéger les cultures contre les intempéries (neige, pluie, grêle, vent) et les ravageurs (oiseaux, rongeurs et insectes).

L’exploitation d’une serre exige un contrôle des conditions intérieures de température, d’humidité ambiante et d’aération grâce à des systèmes artificiels de chauffage, de ventilation, d’ombrage (jalousies orientables, filets), de refroidissement (blocs de refroidissement, mécanismes d’évaporation), d’humidification et de climatisation (Jones, 1978).

Les personnes travaillant dans des pépinières ou des serres sont exposées à divers risques: produits irritants et urticants, poussières, bruit, chaleur, pesticides, troubles musculo-squelettiques (entorses et foulures), chutes et accidents causés par des véhicules, des machines ou l’électricité. Les risques décrits ci-après se limitent aux aspects ergonomiques du travail en pépinière et à l’utilisation de pesticides dans les serres. Ces risques sont souvent communs aux deux milieux.



  Les pépinières


Les opérations classiques d’une grande pépinière spécialisée dans la vente en gros de plantes en pots à repiquer et de plantes ornementales comportent quatre phases distinctes:

•   Multiplication . On démarre les nouveaux plants dans des milieux spéciaux par l’une des quatre méthodes classiques: bouturage, culture cellulaire, semis et greffage.
•   Repiquage . Les plants sont repiqués dans des pots en plastique à raison de deux ou trois repiquages pendant le premier cycle de croissance. L’opération consiste à placer des pots vides d’une taille supérieure sur un tapis roulant qui les amène sous une trémie où ils sont remplis de terre, puis à y repiquer les plants à la main. Les pots sont ensuite retirés manuellement, placés sur une remorque et transportés au champ.
•   Croissance et entretien . Les plantes sont laissées sur des planches de repiquage aménagées en plein champ jusqu’à maturité. Au cours de cette période et, au fur et à mesure de leur croissance, on procède à des opérations telles que l’arrosage, la taille, la fertilisation, le désherbage, le tuteurage et l’éclaircissage.
•   Expédition . Les plantes arrivées à maturité sont transportées sur l’aire d’expédition, étiquetées, triées selon les commandes et chargées sur des camions. Cette étape comprend parfois le déchargement des camions à leur arrivée dans les divers points de vente.



  Les risques de nature ergonomique



Les travaux en pépinière, tout comme les tâches associées aux autres productions agricoles, sont accompagnés de risques importants parmi lesquels entorses et foulures caractérisées par des taux d’incidence élevés. Selon AgSafe (1992), les élongations et distensions ligamentaires représenteraient 38,9% de tous les accidents déclarés survenant en horticulture, y compris dans les pépinières, chiffre légèrement supérieur à celui qui est donné pour l’ensemble des travaux agricoles. Est également cité le surmenage physique, responsable de 30,2% des accidents déclarés, pourcentage également supérieur à celui qui est rapporté pour l’ensemble du secteur agricole.

Les facteurs de risques contribuant le plus souvent au développement de troubles musculo-squelettiques sont associés à diverses tâches:

Pour la multiplication des plants, le travailleur est debout ou assis à un établi; il vide les paniers remplis de boutures, utilise un sécateur et coupe ces boutures en plusieurs petits fragments. Il se sert de sa main la plus forte pour tenir le sécateur et saisit le matériel végétal à l’aide de son autre main. Après chaque coupe, le sécateur est désinfecté en le plongeant dans une solution contenue dans un flacon placé sur l’établi.

Au cours de cette opération, l’une des mains du travailleur est sollicitée, de manière très répétitive (50 à 60 coupes par minute), dans un mouvement impliquant une flexion modérée du poignet et un déplacement du cubitus. L’autre main tient la bouture, l’oriente pour la coupe et rejette le résidu dans une poubelle. Tout au long de cette opération intervient également une extension modérée du poignet et un déplacement du cubitus.

Les travailleurs qui accomplissent ces tâches spécialisées sont hautement qualifiés et travaillent à plein temps durant toute l’année sans pratiquement jamais changer de poste. Ils se plaignent régulièrement de douleurs et d’engourdissements aux mains, aux poignets et aux bras et, au bout de quelques années, il n’est pas rare d’observer chez eux une forte prévalence du syndrome du canal carpien.

Lors de l’acheminement des plants du tapis roulant à la remorque, le travailleur saisit trois ou quatre pots de 3,8 litres dans chaque main et les place sur la remorque qui se trouve à ses côtés ou derrière lui, répétant cette opération entre treize et vingt fois par minute. Ces gestes répétitifs de préhension et de pincement, effectués dans des positions inconfortables (courbure du tronc, de la région lombaire et des épaules), sont autant de facteurs de risques.

Lors de l’acheminement des plants en pots de la remorque aux planches de repiquage en plein champ, le travailleur empoigne trois ou quatre pots de 3,8 litres dans chaque main, les transporte sur une distance atteignant souvent près d’une vingtaine de mètres et les dépose le long de rangées aménagées à cet effet, répétant cette opération entre trois et cinq fois par minute. Bon nombre de travailleurs sont occupés à ces tâches toute l’année et à temps complet; ils se plaignent de douleurs aux doigts, aux mains et aux membres supérieurs, ainsi que de lombalgies. Etant donné qu’ils sont en général assez jeunes, et bien que l’on ait de fortes présomptions à ce sujet, on ne possède pas encore de preuves formelles quant à la prévalence élevée des lésions lombaires chroniques dans cette population.

Les personnes occupées à la taille des plantes se servent de plusieurs types de sécateurs pour couper les segments morts ou indésirables de la couronne ou des parties latérales des plantes. Elles effectuent ce travail le plus souvent dans une posture debout ou courbée. Le travailleur tient le sécateur de sa main la plus forte et taille les plantes de manière répétitive entre quarante et cinquante coupes par minute. Les doigts de cette même main sont aussi utilisés pour retirer les petites brindilles ou d’autres parties de la plante. De son autre main, le travailleur saisit le pot et le replace, maintenant la bouture dans une prise statique tout au long de l’opération de taille, ce qui entraîne une flexion modérée du poignet et un déplacement du cubitus. Comme il s’agit généralement d’une activité à temps partiel pour la plupart des travailleurs agricoles, les risques qui lui sont associés sont de moindre conséquence et les travailleurs peuvent récupérer rapidement grâce à la diversité des autres tâches qu’ils doivent effectuer. Ils se plaignent toutefois de douleurs aux doigts, aux mains et aux poignets, ainsi que dans les membres supérieurs et dans la région lombaire.

Les plants doivent être régulièrement éclaircis pour pouvoir se développer convenablement; on doit alors saisir et arracher trois ou quatre plantes dans chaque main, les transporter à faible distance et les repiquer dans des rangs aménagés à cet effet, ces mouvements étant répétés trois à cinq fois par minute. A l’instar des travaux de taille, les travaux liés à l’éclaircissage sont des activités que la plupart des travailleurs effectuent à temps partiel, ce qui leur permet de récupérer. On note cependant des douleurs aux doigts et aux mains, ainsi qu’au niveau des membres supérieurs et de la région lombaire.

La plupart des travaux en pépinière exigent une dépense énergétique importante, source de microtraumatismes répétés susceptibles de porter gravement atteinte au système musculo-squelettique. On commence à mettre au point des outils qui permettent aux travailleurs de corriger leur posture et d’économiser leur énergie.



  Les serres



Les activités classiques du travail en serre varient selon les types de cultures: plantes rares et exotiques ou plantes ou semis de grande culture. La production de plantes rares et exotiques est une activité qui exige des soins tout au long de l’année. L’utilisation de la serre, dans le cas des plantes de grande culture, est saisonnière, dictée par le souci de les protéger des aléas climatiques. La culture des semis se fait de la même manière qu’en pépinière, mais les objectifs sont différents, les semis de serre étant en effet destinés au repiquage de printemps après les dernières gelées. Les tâches à accomplir consistent à remplir les pots de terre, planter les graines dans chacun d’eux, arroser, appliquer des engrais, tailler, éclaircir ou démarier, appliquer des fumigants ou des pesticides et transporter les plantes ou les produits à l’extérieur. Les opérations de remplissage des pots et de plantation sont désormais mécanisées; la terre employée peut être un mélange de tourbe, de perlite et de vermiculite.

La taille peut être mécanisée dans le cas de certaines espèces. L’arrosage peut être effectué soit directement à l’aide d’un tuyau d’arrosage ou par arroseur automatique, soit par un système d’irrigation. On ajoute généralement des éléments nutritifs à l’eau pour fertiliser les cultures et l’on applique le plus souvent les pesticides avec des pulvérisateurs à main. La terre est stérilisée à la vapeur ou au moyen de produits chimiques comme, notamment, le dibromochloropropane (DBCP). Les plantes sont le plus souvent transportées manuellement d’un emplacement à l’autre.



  L’application de pesticides dans les serres



Les maladies qui frappent les plantes et les ravageurs peuvent considérablement gêner l’exploitation des serres, Il est souvent plus facile d’appliquer des mesures de prévention que d’éliminer ces fléaux dont les insectes, les moisissures, les virus, les bactéries et les nématodes constituent les représentants les plus virulents. La lutte contre ces organismes indésirables repose sur l’application de produits chimiques (pesticides) sur les plantes.
Pour des raisons d’efficacité, les méthodes d’application des pesticides en serre sont variables, les plus courantes étant la pulvérisation, la nébulisation, le poudrage, la brumisation, la fumigation, la vaporisation en aérosol et l’utilisation de granulés. La pulvérisation se fait à partir du mélange d’un produit chimique avec de l’eau; versé dans un bac relié à un tuyau et à une buse de pulvérisation, ce mélange est réparti sous pression sur les plantes sous forme de gouttelettes. La nébulisation fait appel à une technique similaire, mais les gouttelettes sont plus fines. Le poudrage se fait généralement en pulvérisant de la poudre qui retombe sur le feuillage des plantes. Les brumisateurs sont dotés de dispositifs chauffants afin de produire de minuscules gouttelettes qui sont alors directement vaporisées sur les plantes. On déclenche la fumigation en provoquant à l’aide d’une étincelle la combustion du produit chimique placé dans un petit récipient ad hoc.

Les générateurs d’aérosols sont des récipients métalliques sous pression munis d’une valve qui, lorsqu’elle est actionnée, permet de propulser les pesticides dans l’air. Enfin, les pesticides en granulés sont placés à même le sol et arrosés, l’arrosage dissolvant le produit et l’acheminant vers les racines de la plante. Les parasites sont éliminés soit par absorption directe du produit, soit par absorption indirecte en se nourrissant des plantes ainsi traitées.

Quelles que soient les méthodes employées, les personnes chargées de leur application sont exposées à certains risques parmi lesquels l’intoxication par voie cutanée ou respiratoire est particulièrement fréquente. Moins commune est l’intoxication par voie digestive, après ingestion de liquides ou de solides contaminés. S’ils ne prennent pas les précautions nécessaires, les travailleurs qui manipulent en serre des produits chimiques ou des plantes traitées s’exposent à ce risque d’intoxication.

La prévention des risques d’intoxication passe par la mise en œuvre de systèmes de ventilation et par le port et l’entretien régulier d’un équipement de protection individuelle (combinaison, gants, masque, bottes, le respect des délais d’attente recommandés avant de pénétrer dans une enceinte où des pesticides ont été appliqués et l’observation rigoureuse du mode d’emploi de ces produits. Il convient toutefois de prendre aussi d’autres précautions: entreposage de tous les pesticides dans un endroit verrouillé et bien ventilé; signalisation spéciale dans tous les endroits où de tels produits ont été mis en œuvre; formation complète des opérateurs aux techniques de manipulation et d’application de ces produits ainsi qu’aux méthodes d’élimination des produits périmés et des récipients vides.


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