
LES OPÉRATIONS MANUELLES EN AGRICULTURE
Les méthodes et les techniques de production agricole varient d’un pays à l’autre. On distingue:
• l’agriculture industrielle, pratiquée dans les pays industriels des régions occidentales où le climat est tempéré et dans les secteurs spécialisés des pays tropicaux; • l’agriculture issue de la révolution verte dans certaines zones privilégiées des pays tropicaux, surtout dans les plaines irriguées et les deltas d’Asie, d’Amérique latine et d’Afrique du Nord; • l’agriculture de subsistance, pratiquée dans les régions reculées, sur les terres arides, dans les forêts, dans les zones montagneuses, dans les zones semi-arides et sur les terres marécageuses par environ un milliard d’agriculteurs en Asie, 300 millions en Afrique subsaharienne et 100 millions en Amérique latine. L’agriculture de subsistance est pratiquée pour une large part par les femmes, qui produisent près de 80% de la production alimentaire en Afrique subsaharienne, de 50 à 60% en Asie, 46% dans les Caraïbes, 31% en Afrique du Nord et au Moyen-Orient, et 30% en Amérique latine (Dankelman et Davidson, 1988).
Selon les conditions agroclimatiques, on distingue les systèmes de production ci-après:
• les cultures de plein champ ou plantes de grande culture (cultures céréalières, oléagineuses, textiles, sucrières et fourragères), qui sont des cultures pluviales ou irriguées; • les cultures d’altitude ou de semi-altitude (blé, arachide, coton, etc.), qui sont pratiquées sur les terres où l’irrigation est difficile et où les pluies sont peu abondantes; • les cultures inondées (riz), qui sont pratiquées sur des terres labourées recouvertes de 5 à 6 cm d’eau où l’on repique les jeunes plants; • l’horticulture et la floriculture (fruits, légumes, fleurs et plantes d’ornement); • les cultures de plantation ou cultures pérennes (cocotiers, hévéas, café, thé, etc.); • les pâturages , c’est-à-dire toute culture naturelle sans intervention humaine.
Les activités d’une exploitation agricole, l’outillage à main et les engins mécaniques
Dans les pays tropicaux, les activités d’une exploitation agricole se caractérisent par une forte intensité de main-d’œuvre. Le rapport entre la population rurale et les terres arables en Asie est deux fois plus grand qu’en Afrique et trois fois plus grand qu’en Amérique latine. On estime que le travail humain fournit plus de 70% de l’énergie nécessaire aux travaux de production agricole (Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), 1987). Les améliorations apportées aux outils, aux équipements et aux méthodes de travail ont permis de réduire considérablement l’effort humain et la fatigue et, en même temps, d’augmenter la productivité. Pour les cultures de plein champ, les activités peuvent être classées en fonction de l’effort demandé par rapport à la capacité maximale de travail des individus (voir tableau 64.5).
Tableau 64.5 Classification des travaux agricoles
| Intensité des tâches |
Travaux agricoles |
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| Préparation du lit de germination | Semis | Désherbage et travaux d’entretien | Récolte | |||
| Travaux légers | Hersage (deux travailleurs) | Semis et épandage d’engrais à la volée, pose d’épouvantails à moineaux, billonnage | Epandage d’engrais à la volée | Nettoyage des grains, triage, battage (en position accroupie), concassage des grains (aide), vannage (en position assise) | ||
| Travaux plus ou moins pénibles | Cheminement derrière des engins tirés par des animaux, nivellement du sol avec un râteau en bois, hersage (un travailleur), bêchage, débroussaillage | Arrachage manuel des plants (en position accroupie ou fléchie), repiquage des plants (en position fléchie), marche sur sols détrempés | Désherbage manuel à la faucille et à la houe à main (en position accroupie ou fléchie), irrigation, entretien des canaux d’irrigation, application de pesticides avec pulvérisateur à dos, désherbage sur sols engorgés et secs | Opérations de coupe, récolte de paddy, de blé (en position accroupie ou fléchie), arrachage des légumes, vannage manuel (en position assise ou debout), coupe de la canne à sucre, battage à la batteuse à pédales, port de charges (20-35 kg) | ||
| Travaux pénibles | Labourage, travaux d’irrigation (seau à balancier), sarclage des sols secs, construction de petites digues sur sols engorgés, bêchage, hersage avec pulvériseur à disques | Désherbage sur sols secs | Battage, concassage des grains | |||
| Travaux extrêmement pénibles | Construction de petites digues sur sols secs | Semis sur sols détrempés | Battage à la batteuse à pédale, port de charges sur la tête ou à l’aide d’une palanche (60-80 kg) | |||
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La préparation des lits de semences
Un bon lit de semences est un terrain meuble et compact à la fois, exempt de tout autre type de végétation pouvant gêner la croissance des cultures. La préparation du sol (labourage, hersage, etc.) nécessite l’utilisation de divers types d’outils à main, de sous-soleuses (charrues à soc tirées par des animaux) ou d’engins tractés.
Un bœuf attelé à une charrue peut retourner environ 0,4 ha de sol par jour, et deux bœufs attelés peuvent fournir une puissance équivalant à 0,75 kW environ.
Lorsqu’il utilise des animaux de trait, l’agriculteur surveille leur travail et les guide avec les rênes. Dans la plupart des cas, il marche derrière l’engin tracté ou est assis dessus (par exemple, pulvériseur à disques et fraise rotative). L’opération exige une dépense d’énergie humaine considérable. S’il laboure un champ d’une superficie de 1 ha en creusant des sillons distants de 15 cm, par exemple, l’agriculteur devra parcourir à pied une distance de quelque 67 km. A une vitesse de marche de 1,5 km/h, la dépense énergétique par minute étant de 21 kJ/min, on voit que la dépense énergétique totale sera de 5,6 ´ 104 kJ/ha environ. Si les mancherons de la charrue sont trop longs ou trop courts, le conducteur devra fournir un effort supplémentaire. Gite (1991) et Gite et Yadav (1990) recommandent que la hauteur optimale des mancherons soit comprise entre 64 et 84 cm (une à une fois et demie la hauteur du troisième métacarpien du laboureur).
Des outils à main (bêche, pelle, houe, etc.) sont souvent utilisés pour piocher et ameublir le sol. Pour réduire les efforts demandés par le pelletage, Freivalds (1984) a proposé des taux optimaux de 18 à 21 pelletées par minute, une charge de 5 à 7 kg par pelletée pour 15 à 20 pelletées par minute ou de 8 kg pour 6 à 8 pelletées par minute, avec projection à une distance de 1,2 m et à une hauteur comprise entre 1 et 1,3 m. Un angle de levée de 32°, un long manche, un fer carré pour retourner la terre, un fer arrondi pour piocher et un fer à dos creux pour réduire le poids sont également recommandés.
Nag et Pradhan (1992) parlent de binage lourd et de binage léger, se référant à des études de physiologie et de biomécanique. En règle générale, la méthode de travail et le modèle de houe choisi sont des facteurs déterminants pour l’efficacité du binage (Pradhan et coll., 1986). La façon de heurter la terre avec le fer détermine l’angle de pénétration dans le sol. Pour le binage léger, on estime le nombre de coups de houe à 53 par minute pour une surface binée de 1,34 m2/min, et avec une alternance travail-repos de 10:7. Pour le binage lourd, le nombre de coups de houe est estimé à 21 par minute pour une surface binée de 0,33 m2/min. La forme du fer (rectangulaire, trapézoïdale, triangulaire, circulaire) dépendra de la nature de la tâche et des préférences des utilisateurs locaux. Pour les différents modes de binage, on recommande les valeurs suivantes: poids, 2 kg; angle entre le fer et le manche, 65 à 70 °; longueur du manche, 70 à 75 cm; longueur du fer, 25 à 30 cm; largeur du fer, 22 à 24 cm; diamètre du manche, 3 à 4 cm.
Les travaux de semis/plantation et l’application d’engrais
Les travaux de semis et de plantation font appel à des instruments tels que plantoirs, semoirs ordinaires ou semoirs à la volée. Ces tâches — semis à la volée, arrachage et repiquage des plants — représentent environ 8% du temps total consacré aux travaux agricoles. On distingue plusieurs types d’opérations:
• l’ensemencement à la volée et l’épandage manuel d’engrais en couverture réalisé à l’aide d’épandeurs manuels qui permettent une répartition uniforme et demandent peu d’efforts physiques; • les semis effectués derrière la charrue, où l’on sème les graines dans les sillons tracés par celle-ci; • les semis en lignes de type continu (drill), où l’on place les graines accompagnées ou non d’engrais dans la terre avec un semoir en ligne. La force nécessaire pour actionner le distributeur (manuel ou appareil sur roues tiré par des animaux) est un élément important du bon fonctionnement du système dont il convient de tenir compte; • les semis en poquets, où l’on place les graines à la main ou à l’aide d’un bâton semoir à raison d’un écartement moyen de 15 ´ 15 cm ou 25 ´ 25 cm. Les travailleurs se plaignent régulièrement d’éraflures aux doigts et de douleurs dans tout le corps dues à une posture de travail courbée ou accroupie; • la plantation : les plants de canne à sucre sont piqués à 30 cm les uns des autres dans des sillons préalablement tracés; les tubercules de pomme de terre sont plantés à plat, puis buttés; • un tiers environ de la production mondiale de riz se fait par repiquage. Cette méthode est aussi pratiquée pour le tabac et certains légumes. En règle générale, les graines en germination sont semées à la volée sur terre inondée. Les plants sont ensuite arrachés et repiqués sur une autre terre inondée, à la main ou à l’aide d’un repiqueur motorisé. Lorsqu’il utilise un repiqueur manuel, le travailleur marche derrière en actionnant une poignée pour saisir et repiquer les plants.
Le repiquage à la main oblige à travailler dans l’eau boueuse jusqu’aux genoux et nécessite environ 85 heures de travail par hectare. La position accroupie typique du repiquage sur terre sèche, une jambe (ou les deux) repliée sous le genou, ne peut être celle de terres inondées et, par conséquent, des rizières où la position inconfortable que les travailleurs doivent adopter et la charge statique qu’ils subissent imposent une activité accrue du système cardio-vasculaire et provoquent des douleurs lombaires (Nag et Dutt, 1980). Les appareils de repiquage manuels donnent de meilleurs rendements (ils sont huit fois plus efficaces que les travailleurs repiquant à la main), mais le maintien de l’appareil en équilibre dans une rizière demande environ deux fois et demie plus d’énergie qu’un repiquage entièrement effectué à la main.
La protection phytosanitaire
Le principe de fonctionnement des épandeurs d’engrais, de pesticides ou d’herbicides et des autres applicateurs de produits chimiques fait appel à la pression ou à la force centrifuge. La pulvérisation à grande échelle s’effectue à l’aide d’atomiseurs équipés de buses à commande hydraulique, qu’il s’agisse d’un équipement manuel ou monté sur tracteur. Les pulvérisateurs à dos sont des versions réduites des pulvérisateurs montés sur engin motorisé (Bull, 1982). Les pulvérisateurs incluent:
• le pulvérisateur dorsal à pression qui comprend un réservoir, une pompe et un tuyau équipé d’une lance et d’une buse; • le pulvérisateur dorsal à levier qui fonctionne au moyen d’un levier actionné manuellement (capacité de 10 à 20 litres); • le pulvérisateur dorsal motorisé qui comprend une bonbonne d’une capacité d’environ 10 litres (pour le produit chimique), équipée d’un moteur à refroidissement par air d’une puissance de 0,75 à 2,2 kW. Le pulvérisateur et son moteur sont montés sur un cadre que l’on porte sur le dos; • le pulvérisateur à commande manuelle ou à commande au pied qui requiert la présence de deux personnes pour actionner la pompe, d’une part, et pulvériser le produit, d’autre part. Le pulvérisateur à levier oscillant est un autre type de pulvérisateur mu en manœuvrant alternativement un levier d’avant en arrière.
Les vibrations des pulvérisateurs dorsaux ont des effets nocifs sur l’organisme lorsque ces appareils sont portés pendant de longues périodes. En outre, leur utilisation entraîne des risques d’exposition cutanée; les jambes sont le siège de 61% de toutes les contaminations de ce type, les mains de 33%, le torse de 3%, la tête de 2% et les bras de 1% (Bonsall, 1985). Ces risques pourront être atténués grâce au port d’un équipement de protection individuelle (gants et bottes) (Forget, 1991, 1992). Le travail est pénible, car le travailleur doit porter toute la charge sur le dos et actionner le levier du pulvérisateur en permanence (20 à 30 fois par minute); de plus, les vêtements protecteurs tiennent très chaud. Le poids et la hauteur du pulvérisateur, la forme du réservoir ou de la bonbonne, le cadre sur lequel l’appareil est monté et la force requise pour actionner la pompe sont des facteurs ergonomiques qu’il importe de prendre en considération.
L’irrigation
L’irrigation est une nécessité pour la culture intensive dans les régions arides et semi-arides. Depuis des temps immémoriaux, de nombreux systèmes ont été inventés pour puiser et transporter l’eau. Les méthodes manuelles sont pénibles. Même si les pompes à eau motorisées sont maintenant d’usage courant, les techniques d’irrigation manuelle (seaux à balancier, mécanismes élévateurs à contrepoids, roues hydrauliques, pompes à chapelet et à godets, pompes à mouvement rectiligne alternatif) sont encore très répandues.
• Les seaux à balancier sont utilisés pour puiser l’eau d’un canal d’irrigation. La capacité du seau est généralement de 4 à 6 litres et la fréquence des opérations d’environ 15 à 20 balancements par minute. Deux opérateurs travaillent à angle droit par rapport au plan de balancement. Le travail, physiquement pénible, impose une posture et des gestes incommodes. • Les mécanismes élévateurs à contrepoids consistent en un seau attaché à l’extrémité d’un levier lui-même fixé sur une perche verticale. Le travailleur exerce une force sur le contrepoids pour actionner le mécanisme. • Les pompes à mouvement rectiligne alternatif (pompes à piston et cylindre) sont actionnées à la main (par un mouvement de va-et-vient) ou au pied (par un mouvement giratoire).
Le désherbage et les travaux d’entretien
Les mauvaises herbes et les plantes adventices sont responsables de pertes importantes, diminuant le rendement et la qualité des cultures, car elles hébergent des ravageurs et font augmenter les coûts d’irrigation. Les pertes de rendement varient entre 10 et 60% des récoltes, selon l’importance et le type de plante adventice en cause. Effectué principalement par les femmes, le désherbage mobilise environ 15% des effectifs employés aux travaux agricoles pendant la période de travail du sol. En règle générale, le désherbage manuel ou à la houe à main exige de 190 à 220 heures de travail par hectare. On utilise aussi la bêche pour des travaux de sarclage et d’entretien.
Quelles que soient les méthodes utilisées (mécaniques, chimiques, biologiques, pratiques agronomiques), le désherbage mécanique (par arrachage des mauvaises herbes) ou manuel (à l’aide d’un instrument à main comme la houe) est toujours efficace tant sur sols secs que sur sols humides (Nag et Dutt, 1979; Gite et Yadav, 1990). Sur les sols secs, les travailleurs s’accroupissent en fléchissant une jambe ou les deux et retirent les plantes adventices à l’aide d’une faucille ou d’une houe à main; sur les terres détrempées, ils adoptent une posture courbée, les genoux plus ou moins fléchis, pour retirer les mauvaises herbes à la main ou à l’aide d’une désherbeuse.
L’utilisation de désherbeuses (croc, râteau, serfouette, etc.) impose un effort physique relativement plus important que le désherbage manuel. Néanmoins, leur efficacité en termes de surface couverte est supérieure à celle des outils à main. La dépense d’énergie nécessaire pour le désherbage manuel représente environ 27% de la capacité de travail, alors que, pour les désherbeuses, elle peut aller jusqu’à 56%. La fatigue est toutefois moindre quand on utilise, par exemple, une houe montée sur roues avec laquelle il suffira de 110 à 140 heures de travail pour couvrir 1 ha. L’appareil consiste en une ou deux roues, une lame, un cadre et un manche. Une force (poussée ou traction) de 50 à 200 N environ sera nécessaire avec une fréquence de 20 à 40 coups par minute. Les spécifications techniques de la houe à roues doivent cependant être normalisées afin d’en améliorer la performance.
La récolte
Pour les cultures de riz et de blé, la récolte représente entre 8 et 10% du nombre total d’heures de travail nécessaires à la production végétale. Malgré la mécanisation rapide de la récolte, celle-ci repose encore largement sur des méthodes manuelles utilisant des outils tels que faucille, faux, etc., et cela pour de nombreuses années encore. Dans plusieurs régions du monde, l’usage de la faux est encore très répandu, même si son maniement requiert davantage d’énergie que la faucille, car elle permet de couvrir une surface plus importante.
La popularité de la faucille vient de sa simplicité de fabrication et d’utilisation. L’outil est constitué d’une lame courbe au tranchant lisse ou dentelé, fixée à une poignée de bois. Les modèles de faucilles varient d’une région à l’autre. L’effort demandé dépend du modèle utilisé. La surface couverte à la faucille va de 110 à 165 m2/h, requérant entre 60 et 90 heures de travail par hectare. La posture inconfortable qu’imposent les travaux à la faucille peut conduire à des complications cliniques au niveau du dos et des articulations. La récolte en position inclinée a l’avantage d’accroître la mobilité, que ce soit en terrain sec ou détrempé, et la cadence de travail est d’environ 16% supérieure à celle atteinte en position accroupie; l’énergie dépensée en position inclinée est cependant supérieure de 18% à celle requise par la position accroupie (Nag et coll., 1988).
Les accidents liés à la récolte, comme les lacérations et les coupures, sont fréquents dans les rizières et les champs de blé ou de canne à sucre. Les outils à main sont essentiellement conçus pour les droitiers, mais sont souvent utilisés par des gauchers qui ne savent pas quelles peuvent en être les implications au niveau de la sécurité. Les facteurs importants dans une faucille sont la géométrie et l’indentation de la lame ainsi que la forme et la taille de la poignée. Selon les résultats d’une étude ergonomique, on recommande les valeurs ci-après: poids, 200 g; longueur totale, 33 cm; longueur de la poignée, 11 cm; diamètre de la poignée, 3 cm; rayon de courbure de la lame, 15 cm; concavité de la lame, 5 cm. Pour une lame dentelée: pas des dents, 0,2 cm; angle des dents, 60°; rapport entre la longueur de l’arc de la lame et la corde sous-jacente, 1,2. Le travail s’effectuant souvent dans des conditions climatiques extrêmes, les problèmes de sécurité et de santé sont des questions à ne pas négliger dans les exploitations en milieu tropical. La fatigue cardio-respiratoire s’accumule après de longues heures de travail. Les conditions climatiques extrêmes et les troubles imputables à la chaleur aggravent les contraintes imposées aux travailleurs et diminuent leur capacité de travail.
Parmi les machines de récolte, on trouve les faucheuses, les récolteuses-hacheuses, les ramasseuses-presses, etc. On utilise également des moissonneuses mécaniques ou à traction animale pour les cultures de plein champ. Les moissonneuses-batteuses (automotrices ou tirées par un tracteur) sont très utiles pour la culture intensive et en cas de pénurie de main-d’œuvre.
La récolte du sorgho est effectuée en coupant l’épi puis la plante, ou l’inverse. Le coton est récolté en trois ou cinq cueillettes à la main, à mesure que les capsules mûrissent. La récolte des pommes de terre et des betteraves à sucre s’effectue manuellement ou à l’aide d’une récolteuse excavatrice à traction animale ou mécanique. Dans le cas de l’arachide, l’arrachage de la plante se fait manuellement ou mécaniquement, les coques étant ensuite séparées de leurs tiges.
Le battage
Le battage est une opération qui consiste à séparer les grains des épis. Pour le riz, les méthodes séculaires de battage consistent à piétiner les panicules, à les battre sur une planche ou à les faire fouler par des animaux. Le battage est classé dans la catégorie des tâches moyennement pénibles (Nag et Dutt, 1980). Dans le battage manuel, les travailleurs séparent de 1,6 à 1,8 kg de grains et de 1,8 à 2,1 kg de paille par minute pour les gerbes de taille moyenne.
Les batteuses mécaniques assurent le battage et le vannage simultanément. Les batteuses à pédale (actionnées par oscillation ou rotation) permettent des rendements de 2,3 à 2,6 kg de paddy et de 3,1 à 3,6 kg de paille par minute. L’entraînement par pédale est plus fatigant que celui par manivelle, car il entraîne une tension musculaire intense. Grâce à des améliorations ergonomiques de la pédale, il est possible de réduire quelque peu cette tension en permettant au travailleur d’alterner position assise et position debout et de faire des mouvements de jambes plus rythmés. La batteuse à pédale atteint une puissance de battage optimale lorsque la charge placée sur le tambour est de 8 kg environ.
Progressivement introduites dans les zones où s’est développée la révolution verte, les batteuses mécaniques sont des machines dotées d’un moteur d’entraînement, d’une unité d’alimentation, d’une unité de battage, d’une unité de vannage et d’une sortie pour le grain. On utilise aussi des moissonneuses-batteuses automotrices.
Des cas d’accidents mortels ont été signalés lors d’opérations de battage effectuées au moyen de batteuses et de faucheuses-hacheuses à moteur. Le taux des accidents, qualifiés de moyennement graves à graves, est de 13,1 pour 1 000 batteuses (Mohan et Patel, 1992). Les mains et les pieds peuvent être pris dans le rotor de la machine. L’emplacement de la trémie d’alimentation contraint le travailleur à adopter une posture inconfortable; la courroie d’entraînement de la batteuse est également une cause fréquente d’accidents. Dans le cas des hacheuses, des accidents peuvent survenir lors du déversement du fourrage sur les couteaux en mouvement. Des enfants sont parfois blessés en jouant avec ces engins.
La station debout sur des plates-formes instables est souvent de règle dans ce type de travail; en cas de secousse ou de perte d’équilibre, le poids du torse peut entraîner les mains vers le tambour ou les couteaux. Les batteuses doivent donc être conçues de manière que la trémie d’alimentation se trouve à la hauteur des coudes et que le travailleur puisse se tenir debout en position stable. On peut améliorer les hacheuses en adoptant les mesures ci-après: (Mohan et Patel, 1992):
• installer une barre de protection à l’entrée de la trémie au-dessus des rouleaux d’alimentation; • monter une goupille de sûreté permettant le verrouillage du volant quand la machine est à l’arrêt; • placer des carters de protection sur les rouages et au droit des lames pour éviter que les travailleurs ne soient happés au passage.
Pour le battage des arachides, la méthode conventionnelle consiste à tenir la plante d’une main et à la frapper contre une barre ou une grille. Pour le battage du maïs, on utilise une décortiqueuse à cylindres qui permet d’atteindre un débit de 25 kg/h. Les décortiqueuses rotatives manuelles permettent de plus gros débits (environ 50 à 120 kg/h). La longueur de la manivelle, la force requise pour l’actionner et la vitesse de l’opération sont des caractéristiques importantes de ce type de machine.
Le vannage
Le vannage est un procédé de séparation des grains et de la paille par ventilation, à l’aide d’un tarare manuel, à pédale ou à moteur. Dans le cas du tararage manuel, le contenu est lancé en l’air et le grain et la paille se séparent par inertie. Les vanneuses mécaniques à pédale ou à main ne peuvent en général être actionnées qu’au prix d’un effort physique considérable.
Les autres opérations suivant la récolte incluent le nettoyage et le calibrage des graines, le décorticage, l’égrenage, l’épluchage, le découpage, l’extraction des fibres, etc. On utilise pour ces opérations divers types d’instruments manuels (éplucheuses de pommes de terre, déchiqueteuse, décortiqueuse de noix de coco). Le décorticage est le procédé par lequel les coques sont brisées et les graines extraites (arachide, ricin). Les décortiqueuses manuelles donnent des débits très faibles (environ 2 kg d’arachides décortiquées par heure de travail). Les travailleurs se plaignent fréquemment d’inconfort, car ils sont assis ou accroupis la plupart du temps. Les décortiqueuses oscillantes ou rotatives ont des débits d’environ 40 à 60 kg/h. D’autres opérations de décorticage complet consistent à débarrasser les graines de leurs pellicules pailleuses, les glumelles (paddy, graines de soja). Les décortiqueuses de riz sont par tradition des instruments manuels (à pédale ou à manivelle); elles sont très répandues en Asie. La force maximale que l’on peut exercer sur les pédales ou les manivelles de ces engins est un facteur important dans le choix des machines (taille et autres caractéristiques). Actuellement, les machines à moteur pour le traitement du riz sont aussi utilisées pour le décorticage. Dans le cas de certaines graines, comme le pois cajan, dont les glumelles sont très solidaires du grain, le décorticage s’effectue avec des machines de dépanouillage ou à écaler spéciales.
Les dimensions de la poignée et la force requise pour l’actionner ont, pour les outils à main et les machines actionnées manuellement, d’importantes caractéristiques dont il convient de tenir compte. Dans le cas des cisailles, c’est la force exercée à deux mains qui est déterminante. Bien que la plupart des accidents liés à l’utilisation d’outils à main soient considérés comme des accidents mineurs, ils sont souvent accompagnés de séquelles douloureuses et invalidantes, car les lésions ne sont pas toujours soignées à temps. Les modifications apportées à la conception de l’outillage à main devraient se limiter à celles que les artisans du village peuvent facilement réaliser. Quant aux engins mécanisés, ils appellent une attention particulière. Les chaussures de sécurité et les gants de protection disponibles dans le commerce sont bien trop coûteux et ne sont pas adaptés aux besoins des cultivateurs des régions tropicales.
La manutention manuelle des charges
La plupart des activités agricoles sont des activités manuelles (soulever, déposer, tirer, pousser ou porter de lourdes charges) qui peuvent être à l’origine d’atteintes du système musculo-squelettique, de chutes, de lésions de la colonne vertébrale, etc. Le nombre et la gravité des traumatismes pouvant résulter d’une chute augmentent considérablement dès lors que la chute intervient d’une hauteur supérieure à 2 m par rapport au sol, à moins qu’elle ne soit amortie si la victime tombe sur du terrain meuble, du foin, de la paille ou du sable.
Dans les régions rurales, il n’est pas rare de voir des personnes porter tous les jours des charges de 50 à 100 kg sur des trajets de plusieurs kilomètres (Sen et Nag, 1975). Dans certains pays, les femmes et les enfants doivent parcourir de longues distances pour aller chercher de l’eau en grandes quantités. Pour alléger le plus possible ces tâches, le récipient est posé sur la tête, la hanche, le dos ou les épaules. Ces méthodes de portage sont souvent associées à des problèmes biomécaniques et à des lésions de la colonne vertébrale (Dufaut, 1988). Des tentatives ont été faites pour améliorer les systèmes de portage sur l’épaule et les modèles de brouette, etc. Il faut savoir aussi que le transport à l’aide d’un joug transversal ou d’un matériel spécialement adapté pour le port sur la tête est plus efficace que l’usage d’un joug frontal. Le nomogramme de la figure 64.23 permet d’évaluer les charges maximales que l’on peut porter en fonction de la vitesse de marche et de la demande en oxygène. Basé sur un modèle statistique de régression multiple, il considère la demande en oxygène (variable indépendante), la charge portée et la vitesse de marche (variables dépendantes). Deux variables doivent être connues pour permettre de trouver la troisième. Ainsi, pour une demande en oxygène de 1,0 litre/min (équivalant à environ 50% de la capacité de travail maximale) et un rythme de marche de 30 m/min, la charge maximale sera d’environ 65 kg.
Figure 64.23 Nomogramme pour le calcul de la charge maximale portée sur la tête ou à l'aide d'une palanche
en fonction de la vitesse de marche et de la demande en oxygène
Compte tenu de la diversité de leurs activités, les conditions de travail des populations agricoles peuvent être considérablement améliorées par des mesures d’ordre organisationnel telles que la conception d’outils et d’engins mieux adaptés, l’élaboration de nouvelles méthodes de travail, l’installation de dispositifs de protection sur les machines, l’optimisation de la protection des travailleurs dans leur milieu de travail, etc. (Christiani, Durvasula et Myers, 1990). Des recherches ergonomiques approfondies sur les méthodes et pratiques agricoles, les outils et l’équipement en général devraient favoriser l’acquisition de connaissances susceptibles d’améliorer la sécurité, la santé et la productivité de milliards de travailleurs agricoles. L’agriculture demeure le secteur d’activité économique le plus important au monde. Il devrait être possible de transformer l’image, souvent primitive, de cette activité millénaire en une image dynamique, notamment dans le cas de l’agriculture tropicale pratiquée par des populations à très faibles revenus. Dans ce contexte, les travailleurs ruraux pourraient être amenés à suivre une formation méthodique sur les risques de leur métier en même temps que des procédures de sécurité seraient élaborées pour les en préserver.
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