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LES TRAVAUX DE PLANTATION ET DE CULTURE


Le terme plantation désigne communément une exploitation agricole de grande envergure axée sur un mode de production industriel. On trouve ce type d’exploitation essentiellement dans les régions tropicales d’Asie, d’Afrique, d’Amérique centrale et d’Amérique du Sud, mais aussi dans certaines régions subtropicales où le climat et le sol sont particulièrement propices à la production de plantes et de fruits tropicaux.

Les cultures de plantation incluent aussi bien des espèces à cycle court, comme l’ananas et la canne à sucre, que des arbres ou arbustes comme l’hévéa ou le bananier. Sont habituellement considérées comme cultures de plantation les cultures tropicales et subtropicales telles que le thé, le café, le cacao, la noix de coco, la mangue, le sisal et les fruits récoltés sur les diverses espèces de palmiers, mais aussi, lorsque l’exploitation en est réalisée à grande échelle, d’autres cultures comme le riz, le tabac, le coton, le maïs, les agrumes, le ricin, l’arachide, le jute, le chanvre et le bambou. Les cultures de plantation présentent les caractéristiques ci-après:

•   il s’agit de productions tropicales ou subtropicales pour lesquelles il existe un marché d’exportation;
•   elles sont pour la plupart soumises à un processus de transformation initiale dès leur récolte;
•   elles empruntent peu de circuits de commercialisation ou de transformation avant d’atteindre le consommateur;
•   elles exigent pour la plupart d’importants investissements en actifs stables comme des installations pour leur transformation; elles demandent des soins pratiquement toute l’année et sont donc une source d’emploi permanente;
•   comme il s’agit essentiellement de monocultures, leur exploitation permet un certain degré de spécialisation au niveau des techniques employées et de leur gestion.

Etant donné leur grande diversité, les cultures de plantation sont exploitées dans des conditions géographiques, géologiques et climatiques qui diffèrent aussi considérablement les unes des autres, mais presque toutes prospèrent davantage dans les régions où les conditions climatiques et l’environnement sont particulièrement rudes. Par ailleurs, l’étendue des plantations et, dans la plupart des cas, leur isolement géographique ont donné naissance à des peuplements très différents de l’habitat local traditionnel (National Research Council (NRC), 1993).



  Le travail dans les plantations


L’activité principale d’une plantation est la culture d’une ou de deux espèces végétales et comporte les travaux suivants: préparation des sols, plantation proprement dite, culture intercalaire, sarclage, traitement, récolte, transport et stockage des produits. Ces diverses opérations nécessitent un ensemble d’outils et d’engins agricoles ainsi que des produits chimiques. Quand il s’agit d’exploiter des terres vierges, il est tout d’abord nécessaire de procéder au défrichement par abattage des arbres, dessouchage et élimination par le feu du couvert végétal, puis d’entreprendre des travaux de terrassement pour aménager rigoles et fossés d’irrigation. A la culture proprement dite peuvent s’ajouter d’autres activités: élevage, transformation agroalimentaire, entretien et réparation des bâtiments agricoles, de l’outillage et des machines, des routes et des voies ferrées. Il sera éventuellement nécessaire de produire de l’électricité, de creuser des puits, d’entretenir des canaux d’irrigation, de faire tourner des ateliers de mécanique ou de charpenterie et d’acheminer les produits vers les marchés.

Dans le monde entier, les plantations font appel au travail des enfants. Ces enfants travaillent avec leurs parents, formant une équipe rémunérée à la tâche, ou sont affectés à des besognes particulières. Ils sont généralement occupés pendant de longues heures à des travaux pénibles, dans des conditions de sécurité et de santé très précaires, sans bénéficier d’une alimentation et d’un repos suffisants. Ils n’ont en outre guère la possibilité de s’instruire. Ces enfants sont souvent recrutés par l’intermédiaire de sous-traitants; c’est une pratique courante dans le cas des travaux occasionnels ou saisonniers. Ainsi, le patron de la plantation n’est pas en relation directe avec les travailleurs agricoles dont les conditions de travail sont, dans l’ensemble, nettement moins bonnes que celles des travailleurs recrutés sans intermédiaire.

La plupart des travailleurs employés dans les plantations sont payés à la tâche et non à l’heure. Par exemple, ces tâches peuvent être comptabilisées en nombre de rangs de canne à sucre coupés et chargés, en nombre d’hévéas incisés, de rangs désherbés, de boisseaux de sisal coupés, de kilos de thé cueillis ou d’hectares de terres fertilisés. Le temps consacré à ces travaux peut varier en fonction des conditions climatiques ou topographiques, et il n’est pas rare que des familles entières travaillent sans relâche du lever au coucher du soleil. Dans la majorité des pays possédant des plantations, les travailleurs agricoles sont employés, selon les chiffres officiels, plus de 40 heures par semaine. En outre, la plupart d’entre eux se rendent à leur lieu de travail à pied; comme les plantations sont très vastes, ces déplacements exigent de leur part un effort supplémentaire, parfois plusieurs heures de marche par jour (BIT, 1994).



  Les risques et la prévention


Le travail dans les plantations comporte de nombreux risques liés à l’environnement, aux outils et engins utilisés, ainsi qu’à la nature même du travail. L’une des premières mesures à prendre pour améliorer la sécurité et la santé dans les plantations est de nommer un responsable de la sécurité et de mettre en place un comité paritaire de sécurité et de santé. Les responsables de la sécurité auront pour mission de veiller à ce que les bâtiments et l’équipement présentent toujours les garanties voulues de sécurité et à ce que le travail soit effectué selon les règles de sécurité établies. Les comités de sécurité ont l’avantage particulier de réunir la direction et les travailleurs dans une activité commune et de permettre à ces derniers de participer directement à l’amélioration de la sécurité. Ces comités sont notamment chargés d’élaborer les règles de sécurité au travail, d’enquêter sur les accidents et les maladies survenant dans les plantations et de recenser les lieux présentant des risques pour les travailleurs ou leur famille.

Un service médical et un équipement de premiers soins, accompagné d’instructions précises quant à son utilisation, devraient être mis en place. Les médecins devraient avoir reçu une formation leur permettant de dépister les maladies professionnelles, notamment les intoxications dues aux pesticides et les contraintes thermiques. Il conviendrait de mener une enquête sur le terrain pour déterminer les risques professionnels liés aux travaux effectués et d’y faire éventuellement participer des membres du comité de sécurité et de santé et des spécialistes, notamment le responsable de la sécurité, le responsable de la surveillance médicale et des inspecteurs sanitaires, afin de mieux appréhender les facteurs de risques et de faciliter la mise en œuvre de mesures préventives appropriées. Le tableau 64.2 présente les différentes étapes de l’organisation de ce type d’enquête qui devrait permettre d’adopter des mesures préventives à l’égard tant des risques potentiels que des risques ayant déjà été à l’origine d’accidents et de maladies (Partanen, 1996). On trouvera ci-après un aperçu des risques potentiels et des modes de prévention adéquats.


Tableau 64.2 Etude en dix étapes des risques professionnels sur une plantation


       
  1. Définition du problème et de son niveau de priorité  
  2. Recherche des données existantes  
  3. Justification du besoin de recueillir des informations supplémentaires  
  4. Définition des objectifs de l’étude, de sa conception, de la population cible, du temps requis et des méthodes à utiliser  
  5. Définition des tâches, des coûts et du calendrier d’exécution  
  6. Préparation du protocole  
  7. Collecte des données  
  8. Analyse des données et évaluation des risques  
  9. Publication des résultats  
  10. Organisation du suivi  
       

  La fatigue et les risques liés aux conditions climatiques


En raison des longues heures passées à accomplir des tâches pénibles, la fatigue est une source de préoccupation particulière. Les travailleurs fatigués sont généralement moins à même d’évaluer les risques auxquels ils sont exposés; il peut en résulter des accidents à l’origine de blessures ou d’expositions accidentelles. Des pauses obligatoires et une réduction des heures de travail permettront de limiter les risques de fatigue.

Les effets de la fatigue sur l’organisme sont aggravés par la chaleur et l’humidité ambiantes. Par conséquent, on veillera à ce que les travailleurs boivent régulièrement de l’eau et fassent des pauses appropriées.



  Les risques liés à l’outillage et à l’équipement


Les outils mal conçus contraignent souvent les travailleurs à adopter des postures inadaptées, voire dangereuses; de même, les instruments tranchants mal affûtés exigent un effort plus important de leur part. Les postures inclinées ou voûtées et la manipulation de lourdes charges sont très contraignantes pour le dos; travailler les bras levés au-dessus des épaules peut également provoquer des troubles musculo-squelettiques dans la partie supérieure du tronc (voir figure 64.3). On choisira des outils permettant d’adopter une posture correcte et on veillera à leur parfait entretien. Il faudra également réduire les charges à soulever ou prévoir des effectifs supplémentaires pour ce faire.


Certains accidents peuvent résulter de l’utilisation inappropriée d’outils à main tels que machettes, faux, haches et autres instruments tranchants ou pointus, ou encore d’engins mécaniques portables comme les scies à chaîne. Sont aussi à l’origine d’accidents le positionnement inapproprié des échelles et leur mauvais état, de même que l’utilisation de cordes et de chaînes inadaptées. Les utilisateurs devraient avoir reçu des instructions précises sur le maniement et l’entretien de ces outils ou équipements, qui devraient par ailleurs être remplacés s’ils sont endommagés ou en mauvais état.

Les machines qui ne sont pas équipées de dispositifs de protection risquent de provoquer des accidents graves, voire mortels; elles peuvent, par exemple, happer une personne au passage par les vêtements ou par les cheveux. Il importe d’éviter tout risque de contact dangereux avec les pièces en mouvement. On devrait également mettre en place des systèmes de verrouillage et de signalisation de sécurité pour les travaux d’entretien et de réparation.

Les machines et engins agricoles sont aussi des sources de bruit intense entraînant des pertes d’audition chez les travailleurs exposés. On s’assurera donc qu’ils portent en cas de besoin une protection antibruit adéquate et, lors de l’acquisition de nouveaux équipements, on donnera la préférence aux moins bruyants.



  Les accidents liés aux véhicules


Les routes et les pistes desservant les plantations sont souvent étroites et présentent de ce fait des risques de collisions frontales et de renversements sur le bas-côté. On veillera à équiper les véhicules de transport, y compris les camions, les remorques et chariots tirés par des tracteurs ou des animaux, de dispositifs permettant de monter à bord et de descendre en toute sécurité. Si le réseau est constitué de voies à deux sens de circulation, on les élargira à intervalles réguliers pour permettre les dépassements. Les ponts et tronçons surplombant les précipices et ravins devraient être pourvus de parapets solides.

Les tracteurs et beaucoup d’autres véhicules exposent les travailleurs à deux dangers majeurs. L’un est le renversement du véhicule, qui provoque fréquemment la mort du conducteur par écrasement. Les employeurs veilleront à équiper ces véhicules de structures de protection spéciales (cadres, etc.) pour prévenir ce type d’accident. Des ceintures de sécurité devraient être portées lors des déplacements. L’autre danger majeur est celui d’être renversé et écrasé par l’un de ces engins; il conviendrait que les travailleurs se déplaçant à pied se gardent d’emprunter les chemins réservés aux véhicules de transport et que les conducteurs de tracteurs refusent de prendre des passagers à bord à moins que leurs véhicules ne soient équipés de sièges adéquats.



  Les risques liés à l’électricité


L’électrification des plantations est généralement limitée aux opérations de transformation, aux travaux en atelier et à l’éclairage des bâtiments et des champs. L’utilisation imprudente d’installations ou de matériels électriques expose à des commotions, à des brûlures et à des accidents mortels par électrocution. Le risque est accru dans les lieux humides ou lorsque le travailleur a les mains ou les vêtements mouillés. Les installations électriques extérieures ou proches d’une source d’eau devraient être équipées de disjoncteurs. Dans les régions où les orages sont fréquents ou violents, il conviendrait d’installer des paratonnerres sur tous les bâtiments et d’informer les travailleurs quant aux précautions à prendre pour éviter d’être foudroyés et aux endroits où chercher refuge.



  Les risques d’incendie et d’explosion


L’électricité ainsi que la présence de flammes nues ou de cigarettes allumées sont source d’incendie ou d’explosion d’amas de poussières organiques. Les produits inflammables comme le kérosène, l’essence et le gasoil peuvent également provoquer des incendies ou des explosions s’ils ne sont pas manipulés ou entreposés convenablement. Les déchets graisseux ou combustibles présentent aussi un risque d’incendie dans les ateliers. Aucun matériau combustible ne devrait être laissé à proximité de produits inflammables. Des appareils électriques antidéflagrants devraient être utilisés si l’on se trouve à proximité de produits inflammables ou explosifs, et les circuits électriques devraient être munis de fusibles ou de disjoncteurs.



  Les pesticides


L’emploi de produits agrochimiques toxiques est particulièrement préoccupant, surtout en cas d’application intensive d’herbicides, de fongicides et d’insecticides. On peut être exposé aux dangers que présentent ces produits à de nombreux stades de la production agricole ainsi qu’au cours des opérations de conditionnement, de stockage, de transport, de distribution pour la vente au détail, d’application (manuelle ou par voie aérienne), de recyclage ou d’élimination des déchets. Les risques sont aggravés par l’analphabétisme, un étiquetage insuffisant ou erroné, des récipients qui fuient, l’insuffisance ou l’inexistence d’équipements de protection individuelle adaptés, la modification de la formulation de ces produits, l’ignorance du danger, la non-observation des règles de sécurité ou l’absence de supervision ou de formation technique. Les travailleurs devraient recevoir des instructions relatives à l’utilisation de ces produits et porter un équipement de protection individuelle, règle difficile à imposer sous les tropiques dans la mesure où le port de cet équipement peut accentuer la contrainte thermique (voir figure 64.4). On devrait s’efforcer de trouver et d’utiliser des produits de substitution moins toxiques.



  Les maladies et les traumatismes causés par les animaux


Sur certaines plantations, on a fréquemment recours aux animaux de trait tels que chevaux, ânes, mulets et bœufs pour porter ou tirer de lourdes charges. Il n’est pas rare que ces animaux blessent les travailleurs par ruades, coups de corne ou morsures, et qu’ils leur transmettent des zoonoses telles que le charbon, la brucellose, la rage, la fièvre Q ou la tularémie. On choisira par conséquent des animaux dociles, bien dressés, et l’on se gardera de faire travailler ceux qui sont susceptibles d’avoir un comportement agressif. On emploiera des brides, harnais, selles et autres harnachements appropriés, que l’on entretiendra convenablement et que l’on ajustera correctement sur les animaux. Les animaux malades devraient être traités ou éliminés.

Les plantations abritent parfois des serpents venimeux qui se déplacent sur le sol ou vivent dans les arbres d’où ils peuvent tomber sur les travailleurs. Ceux-ci devraient disposer d’une trousse d’urgence contre les morsures de serpent et avoir accès à des soins d’urgence et au sérum antivenimeux requis. Sur les lieux où l’on trouve des serpents arboricoles, les travailleurs devraient porter des coiffures protectrices faites d’un matériau résistant.



  Les maladies infectieuses


Certaines maladies infectieuses sont transmises aux personnes travaillant dans les plantations par les rats qui pullulent dans les bâtiments, par l’eau consommée sur place ou par les aliments. La consommation d’eau insalubre est responsable de la dysenterie, maladie fréquente dans les plantations. Des installations sanitaires devraient être aménagées et entretenues conformément à la réglementation en vigueur. De même, l’approvisionnement des travailleurs et de leur famille en eau de boisson devrait répondre aux normes établies par les autorités compétentes.



  Les espaces confinés


Dans certains espaces confinés, tels que les silos, l’émanation de gaz toxiques ou le manque d’oxygène peuvent entraîner de graves accidents. On devrait donc veiller à ce que ces espaces soient bien ventilés avant d’y pénétrer ou imposer le port d’un appareil de protection respiratoire approprié.



LES TRAVAILLEURS MIGRANTS ET SAISONNIERS


Les travailleurs migrants et saisonniers représentent, à l’échelle mondiale, une population importante, exposée à la fois aux risques professionnels et sanitaires liés aux travaux agricoles et aux risques inhérents à leur état de pauvreté et d’errance. Aux Etats-Unis, par exemple, bien que l’on n’en connaisse pas le nombre exact, on estime cette population à quelque cinq millions. La proportion de travailleurs agricoles recrutés à titre temporaire y est d’ailleurs en augmentation par rapport à celle des agriculteurs, qui est en voie de régression. Les mouvements migratoires dans le monde entier sont généralement liés au travail et se font le plus souvent des pays les plus pauvres vers les pays les plus riches. Fréquemment affectées aux tâches les plus pénibles et les plus dangereuses, les populations migrantes connaissent des taux de morbidité et d’accidents du travail plus élevés. En outre, vivant dans la pauvreté et ne bénéficiant pas d’une protection légale suffisante, elles risquent d’autant plus de contracter des maladies professionnelles ou autres.

Les études sur les risques d’accidents et les problèmes de santé auxquels ces populations sont exposées sont peu nombreuses. D’une part, en effet, les études spécifiques à la sécurité et à la santé dans l’agriculture sont rares et, d’autre part, ces populations sont difficiles à étudier dans la mesure où elles sont itinérantes, appartiennent à des groupes ethniques, linguistiques ou culturels différents, et sont économiquement pauvres et politiquement exclues.

Aux Etats-Unis, les populations de travailleurs agricoles migrants et saisonniers sont essentiellement constituées d’hommes jeunes d’origine hispanique. On trouve aussi des populations blanches, noires, d’Asie du Sud-Est et d’autres groupes ethniques. Les deux tiers de ces travailleurs, ou presque, sont nés à l’étranger; la plupart ont un faible niveau d’instruction, ne parlent et ne lisent pas l’anglais, et la moitié d’entre eux vit au-dessous du seuil de pauvreté. Les conditions de travail ne sont pas conformes aux normes en vigueur, les salaires sont modiques et les avantages sociaux peu nombreux: moins d’un quart de ces travailleurs bénéficie d’une assurance maladie. Ils sont généralement embauchés environ six mois par an pour accomplir des travaux à forte intensité de main-d’œuvre comme la cueillette des fruits et des noix ou la récolte des légumes.

L’état de santé de cette population est à l’image de ses conditions de travail et de ses faibles revenus. Les travailleurs agricoles souffrent de carences alimentaires, vivent dans des logements médiocres, manquent d’instruction, ont un niveau d’hygiène insuffisant et ont rarement accès aux soins médicaux. De mauvaises conditions de vie dans des logements surpeuplés et une alimentation inadéquate les rendent plus vulnérables aux maladies infectieuses aiguës. Ils consultent moins souvent le médecin que les populations non agricoles et, quand ils se rendent en consultation, c’est la plupart du temps pour le traitement d’une affection aiguë ou d’un traumatisme. En outre, ils n’ont guère accès aux soins préventifs. Les enquêtes effectuées sur ces populations révèlent qu’un nombre important d’individus présentent un état de santé nécessitant des soins médicaux. De même, les soins préventifs, dentaires ou ophtalmologiques, par exemple, sont insuffisants, et la couverture vaccinale est inférieure à la moyenne de la population. Les cas d’anémie, fréquents, sont probablement dus à d’importantes carences nutritives.

La pauvreté et les autres restrictions auxquelles se heurtent les travailleurs agricoles migrants et saisonniers entraînent de très mauvaises conditions de vie et de travail. Nombreux sont ceux qui ne disposent pas d’installations sanitaires sur leur lieu de travail. Ils sont logés de façon très variable, certains dans des logements sociaux convenables, d’autres dans des baraquements ou campements en piteux état qu’ils occupent tant qu’il y a du travail sur place. Les piètres conditions d’hygiène et la promiscuité régnant dans ces taudis posent généralement de graves problèmes, exposant leurs occupants à des risques accrus de contracter des maladies infectieuses. Ces difficultés sont aggravées chez les travailleurs migrants qui se déplacent en fonction des campagnes agricoles car, à chaque nouveau déplacement, ils perdent la possibilité de bénéficier des services mis en place dans les communautés établies.

Diverses études ont montré que les maladies infectieuses représentent une part importante de la morbidité et de la mortalité dans ces populations. Les maladies parasitaires sont nettement plus nombreuses chez les travailleurs migrants et on constate une augmentation du nombre des décès dus à la tuberculose et à d’autres maladies chroniques des appareils cardio-vasculaire, respiratoire et urinaire. Les lésions traumatiques sont, comme dans le cas des autres travailleurs agricoles, la principale cause de l’accroissement du taux de mortalité.

L’état de santé des enfants des travailleurs agricoles est particulièrement inquiétant. Une certaine carence de services de soins préventifs s’ajoute à la pauvreté, à la malnutrition et à la médiocrité de leurs conditions de vie. Ils sont aussi exposés dès leur plus jeune âge aux risques inhérents aux travaux agricoles, tant à la ferme qu’aux champs. Ce sont les enfants de moins de cinq ans qui sont les plus exposés aux accidents causés par les engins agricoles ou les animaux de ferme. Dès l’âge de dix ans, de nombreux enfants commencent à travailler, surtout durant les périodes (récoltes) où une main-d’œuvre supplémentaire est nécessaire. Ils n’ont pas toujours la force physique ou la capacité de coordination requises par les travaux agricoles; ils n’ont pas non plus une très grande capacité de jugement dans la plupart des situations. En outre, ils courent un danger particulier lors de la mise en œuvre des produits agrochimiques s’ils n’ont pas été prévenus que telle ou telle zone vient d’être traitée ou s’ils ne savent pas lire les mises en garde apposées sur les produits dangereux.

Les travailleurs agricoles risquent davantage de contracter des maladies liées à l’utilisation de pesticides pendant leur travail aux champs, le plus souvent par contact direct avec le produit en cours de pulvérisation, par contact prolongé avec des plantes traitées récemment, ou par les retombées de produits épandus par voie aérienne ou par d’autres techniques. Des délais d’attente avant de pénétrer dans une zone qui vient d’être traitée sont normalement imposés dans certains pays pour éviter le contact direct avec les plantes quand le produit appliqué est encore toxique. Ce type de réglementation n’existe cependant pas dans de nombreuses régions ou n’est pas observé afin d’accélérer les récoltes. Des intoxications collectives par exposition aux pesticides sont encore fréquentes chez les travailleurs agricoles.

Les entorses, élongations et autres traumatismes constituent les principaux risques auxquels les travailleurs agricoles sont exposés sur leurs lieux de travail. La nature répétitive des tâches accomplies augmente ces risques, d’autant que les travailleurs doivent souvent se courber ou s’accroupir. Certains travaux agricoles impliquent le port de lourdes charges, parfois sur une échelle et souvent en équilibre instable, ce qui multiplie les risques d’accidents et de troubles musculo-squelettiques.

Aux Etats-Unis, les accidents mortels les plus fréquents chez les travailleurs agricoles sont causés par les véhicules à moteur. Ces accidents se produisent le plus souvent très tôt ou très tard dans la journée, sur des routes de campagne dangereuses, quand les travailleurs se rendent aux champs ou en reviennent à bord de véhicules dont ils sont les conducteurs ou les passagers. Des collisions peuvent également se produire avec des véhicules et des machines agricoles se déplaçant à faible vitesse.

Le risque d’affection respiratoire chez les travailleurs agricoles est aggravé par l’exposition aux poussières et aux produits chimiques; il varie en fonction des conditions locales et des espèces cultivées. Dans les régions sèches, par exemple, l’exposition aux poussières inorganiques peut provoquer des bronchites chroniques et autres affections pulmonaires.

Les affections cutanées sont très fréquentes chez les travailleurs agricoles. Les causes en sont nombreuses. On peut citer les lésions dues aux objets coupants, à la manipulation de produits chimiques agricoles irritants ou allergisants, au contact avec des plantes et des substances animales allergisantes (sumac vénéneux, gui du chêne), des orties et d’autres plantes urticantes ainsi que les infections provoquées ou aggravées par la chaleur, par le contact prolongé avec l’eau ou par l’exposition au soleil (qui peut provoquer le cancer de la peau).

De nombreuses maladies chroniques sont fréquentes chez les travailleurs agricoles migrants et saisonniers, mais l’on ne dispose que de données limitées sur l’ampleur réelle de ces risques au nombre desquels figurent le cancer, diverses pathologies de la reproduction (notamment les fausses couches, la stérilité et les malformations congénitales) et des troubles neurologiques chroniques. Si ces diverses affections ont effectivement pu être observées chez d’autres populations agricoles ou chez les personnes dont le degré d’exposition aux produits agricoles toxiques est supérieur à la normale, on connaît toutefois mal l’importance des risques qu’elles peuvent présenter pour les travailleurs agricoles.



L’AGRICULTURE EN MILIEU URBAIN


L’agriculture en milieu urbain contribue dans une large mesure à la production alimentaire mondiale, mais elle est surtout pratiquée pour répondre aux besoins quotidiens des consommateurs vivant dans les villes, en exploitant ou en recyclant les ressources naturelles et les résidus urbains pour la culture et l’élevage. Le tableau 64.3 présente les divers systèmes d’exploitation agricole utilisés en milieu urbain. On estime que ces systèmes génèrent des revenus pour quelque 100 millions d’habitants et en nourrissent environ 500 millions. Les produits de cette agriculture sont davantage destinés aux marchés urbains qu’aux marchés nationaux et internationaux. La plupart des exploitations sont de petite taille, mais il existe aussi quelques exploitations agroalimentaires d’importance. L’agriculture en milieu urbain est pratiquée tant par des particuliers cultivant un potager de 20 m2 ou moins que par des petits producteurs cultivant une parcelle de 200 m2, ou par des gros exploitants qui peuvent louer une dizaine d’hectares de terre en zone industrielle (PNUD, 1996).


Tableau 64.3 Système d'exploitation agricole en milieu urbain


  Systèmes d’exploitation Production Milieu ou technique  
         
  Aquaculture Poissons et coquillages, grenouilles, légumes, algues et fourrage Etangs, rivières, cages, estuaires, stations d’épuration, lagunes, zones humides et marécageuses  
  Horticulture Légumes, fruits, herbes aromatiques, boissons, compost Terrains résidentiels, parcs, chemins de passage, bacs, jardins suspendus, hydroculture, zones humides et marécageuses, serres, cultures à enracinement superficiel, marcottage  
  Floriculture Fleurs, insecticides, plantes d’intérieur Horticulture ornementale, jardins suspendus, bacs, serres, chemins de passage  
  Elevage Lait, œufs, viande, engrais, cuirs et peaux, fourrures Stabulation permanente, parcours, collines, coopératives, enclos, espaces ouverts  
  Agroforesterie Combustibles, fruits et noix, compost, matériaux de construction Arbres en bordure de rues, terrains résidentiels, pentes abruptes, vignes, ceintures vertes, zones humides et marécageuses, vergers, parcs forestiers, haies  
  Mycoculture Champignons, compost Champignonnières, caves  
  Vermiculture Compost, vers pour animaux et aliments pour poissons Cabanes, plateaux  
  Sériciculture Soie Terrains résidentiels, plateaux  
  Apiculture Miel, pollinisation, cire Ruches, chemins de passage  
  Paysagisme, arboriculture Aménagement et entretien paysagistes, ornementation, pelouses, jardins Jardins, parcs, aires de loisir, terrains jouxtant des espaces commerciaux, bordures des routes, équipements pour pelouses et jardins  
  Cultures destinées à la production de boissons Raisins (vin), hibiscus, thé de palme, café, canne à sucre, qat, maté, banane (bière) Pentes abruptes, production de boissons  
         
 

Le paysagisme, branche dérivée de l’architecture, fait maintenant partie de la filière agricole urbaine. On s’adonne à cette activité dans un but ornemental, dans les parcs, les jardins publics ou privés et les propriétés commerciales et industrielles. Elle consiste notamment à entretenir les pelouses, planter et entretenir des espèces annuelles ou vivaces ainsi que des arbustes et diverses essences d’arbres. L’entretien des espaces comme les terrains de golf, les terrains de jeux et les parcs municipaux fait aussi partie des tâches liées au paysagisme (Franck et Brownstone, 1987).



  Aperçu des activités agricoles en milieu urbain


L’agriculture en milieu urbain est considérée comme une méthode garantissant l’équilibre écologique durable des villes et des cités du futur. Privilégiant généralement les cultures maraîchères de cycle court et à forte valeur ajoutée, elle repose sur la polyculture et la gestion intégrée des techniques de production là où l’espace et l’eau font grandement défaut. Ce type d’agriculture tente de tirer parti des espaces tant verticaux qu’horizontaux et se caractérise par le recyclage des déchets. Les facteurs et les étapes de production sont les mêmes que pour l’agriculture classique, hormis l’utilisation faite des déchets animaux ou des résidus de l’activité humaine comme engrais, et des sources d’eau, pour la production végétale. Dans ce modèle presque parfait, les intrants exogènes existent encore, mais il s’agit essentiellement de pesticides (PNUD, 1996).

Dans le cas du paysagisme, c’est l’apparence qui crée le produit puisque l’entretien des pelouses, des arbres, des arbustes et des fleurs est au cœur des activités qui s’y déroulent. En règle générale, le paysagiste achète, chez un pépiniériste ou un horticulteur, les semences et les plants qu’il met en terre et entretient selon un calendrier bien établi. Ces travaux, qui font appel à une main-d’œuvre importante, ont largement recours aux produits chimiques et nécessitent l’emploi d’outils à main et d’engins à moteur conçus spécialement pour les travaux de jardinage et d’horticulture. L’entretien des pelouses fait partie des tâches classiques du paysagiste.



  Les risques et leur prévention


L’agriculture en milieu urbain est généralement une activité pratiquée à petite échelle, à proximité des habitations, exposée à la pollution urbaine et impliquant l’exploitation des déchets. Pour ce qui est des risques liés aux différents types d’exploitation, à l’utilisation des pesticides et au compostage, ils sont similaires à ceux qui sont mentionnés dans d’autres parties du présent volume) (PNUD, 1996).

Dans les pays développés, les exploitations agricoles et les entreprises de paysagisme périurbaines utilisent un outillage et un équipement de jardinage comprenant généralement des petits tracteurs (auxquels sont attelés tondeuses, faucheuses, herses, chargeurs à benne frontale et outils divers) et des véhicules utilitaires semblables aux véhicules tout-terrain. Parmi les autres engins attelés ou portés, on trouve les brise-mottes, chariots, souffleuses (pour feuilles ou neige), coupe-bordures, etc. Les tracteurs de jardinage sont tous équipés d’un moteur, consomment du carburant, comportent des parties mobiles, transportent un conducteur et sont souvent équipés d’engins divers. Ils sont beaucoup plus petits que les tracteurs utilisés pour les besoins de la production agricole classique, mais ils peuvent tout aussi bien se renverser et causer de graves accidents. L’utilisation de carburants pour ces tracteurs et petits véhicules présente, par ailleurs, des risques d’incendie (Deere & Co., 1994).

Les accessoires tractés ou portés comportent eux aussi des risques spécifiques. Il est arrivé que des enfants se trouvant sur un tracteur avec un adulte tombent et soient écrasés sous les roues ou grièvement blessés par les lames des faucheuses. Ces lames présentent deux types de risques: contact direct avec les lames rotatives et projection d’objets entrés en contact avec les lames. Les chargeurs à benne frontale et les lames des faucheuses sont actionnés par un système hydraulique; ils peuvent retomber brusquement quand ils sont laissés en position levée et causer ainsi de graves accidents. Les utilitaires sont des véhicules peu coûteux par rapport aux camions de petit gabarit. Ils peuvent cependant se renverser en terrain escarpé, notamment pendant les manœuvres de braquage, et entrer en collision sur les voies publiques avec d’autres véhicules. Le tableau 64.4 donne quelques conseils de sécurité sur le maniement de certains types d’engins et de matériel de jardinage et d’entretien des pelouses.



  Conseils de sécurité relatifs à l'emploi d'enfins à moteur pour pelouses et jardins



Tracteurs (microtracteurs)

Eviter les situations où le tracteur pourrait se renverser:

•   Eviter de conduire le tracteur sur des terrains trop accidentés, trop glissants ou trop pentus; faire attention à la présence de pierres, de fondrières et autres dangers analogues
•   Sur terrain pentu, conduire le véhicule dans le sens de la pente, jamais en biais
•   Ralentir, braquer avec précaution pour ne pas renverser le véhicule ou perdre sa maîtrise ou le contrôle des freins
•   Respecter les charges maximales; équilibrer les charges; consulter le manuel de l’opérateur

Ne jamais embarquer de passagers, à moins qu’un siège additionnel n’ait été prévu

Laisser les systèmes de verrouillage enclenchés; ils permettent de désaccoupler les engins auxiliaires et l’arbre moteur tant que le conducteur n’a pas rejoint son siège, ou au moment du démarrage


Tondeuses à gazon à lame horizontale (montées sur tracteur ou accompagnées)

Laisser les systèmes de verrouillage enclenchés

Utiliser des couteaux et des protecteurs adaptés

Maintenir les couteaux et les protecteurs en place et en bon état de fonctionnement

Porter des chaussures fermées pour éviter de glisser et pour se protéger contre d’éventuels accidents

Ne permettre à personne de poser les mains ou les pieds près du plateau ou du bac de ramassage de la tondeuse quand celle-ci est en marche; couper le contact de l’engin à proximité d’enfants

Couper le contact de la tondeuse quand elle n’est pas utilisée

Pour éviter tout accident causé par des objets projetés par la machine:

•   Dégager le terrain à tondre
•   Maintenir les protecteurs, le plateau, le bac ou le sac de ramassage en place
•   Couper le contact de l’engin à l’approche d’une personne

Dévisser les bougies pour empêcher le démarrage de la tondeuse lors des travaux d’entretien ou de réparation

Pour éviter tout incendie, ne pas renverser de carburant sur des surfaces chaudes et ne pas manipuler de carburant à proximité d’étincelles ou de flammes; ne laisser aucune trace de carburant ou de lubrifiant ni d’autres déchets près des surfaces chaudes


Chargeurs à benne frontale (attachés à l’avant d’un tracteur)

Eviter toute surcharge

Abaisser la benne en position de recul sur des talus ou des terrains pentus

Regarder le parcours plutôt que la benne

Actionner la commande hydraulique du chargeur uniquement une fois assis

Utiliser le chargeur uniquement pour les matériaux prévus

Abaisser la benne sur le sol avant de quitter l’engin


Véhicules utilitaires (semblables aux véhicules tout-terrain) conçus pour tous les types de terrain

Eviter les situations où le véhicule pourrait se renverser:


•   S’entraîner sur terrain plat avant de rouler sur des terrains accidentés
•   Ne pas rouler trop vite; ralentir avant de braquer (particulièrement sur les terrains pentus)
•   Réduire la vitesse sur les terrains pentus ou accidentés
•   Faire attention à la présence de fondrières, de pierres et autres dangers cachés

Ne jamais embarquer de passagers, à moins qu’un siège approprié n’ait été prévu

Répartir correctement les charges (pas trop haut, pas trop à l’arrière) pour éviter que le véhicule ne bascule

S’éloigner du bord des rampes de chargement au moment du chargement ou du déchargement

Lester la cargaison lors du remorquage pour permettre une meilleure traction

Eviter de circuler sur les voies publiques

Ne jamais permettre aux enfants de conduire ces engins

Le port d’un casque est recommandé



LES SERRES ET LES PÉPINIÈRES


Les pépinières produisent des plants pour les marchés spécialisés dans la vente de plants à repiquer (voir figure 64.5). Les variétés résistantes sont cultivées à l’extérieur et les moins résistantes à l’intérieur, généralement en serre, pour les protéger des basses températures, du rayonnement solaire trop intense ou du vent. Bon nombre de plantes que l’on fait pousser à l’intérieur quand les conditions climatiques sont trop rigoureuses sont ensuite transplantées à l’extérieur quand ces conditions deviennent plus favorables. Les arbres et les arbustes sont les cultures classiques des pépinières, tandis que les fleurs, les légumes et diverses plantes herbacées sont plus généralement des cultures de serre. Les pépinières produisent des plants pour les marchés spécialisés dans la vente de plants à repiquer, et les serres produisent des cultures comme la tomate pour les marchés saisonniers en période de gel.

Figure 64.5 Repiquage de jeunes plants de café dans une cafétière en Côte d'Ivoire Figure 64.5

Les cultures de pépinière sont devenues une filière importante du secteur agricole et continuent de prendre de l’expansion. En Californie, par exemple, où l’on compte plus de 3 000 pépinières commerciales, celles-ci fournissent des produits à forte rentabilité qui occupent le cinquième rang dans l’échelle des revenus agricoles de cet Etat. La main-d’œuvre employée est habituellement originaire du Mexique ou d’autres pays d’Amérique centrale, comme dans nombre d’exploitations agricoles de la côte ouest des Etats-Unis. La plupart des travailleurs ne sont pas des travailleurs migrants et vivent dans des communautés locales avec leur famille (Mines et Martin, 1986). Ce sont, en grande majorité, des hispanophones qui ne parlent que l’espagnol et qui n’ont jamais ou guère fréquenté l’école. Les tâches qui leur sont confiées sont faiblement rémunérées et la main-d’œuvre est souvent excédentaire. On retrouve des situations de ce genre un peu partout dans le monde.

De nombreux travailleurs agricoles considèrent que le travail en pépinière est, par rapport aux autres travaux agricoles, un bon emploi, car ils sont occupés toute l’année, relativement bien payés et généralement assurés contre les accidents du travail et la maladie. Rares sont ceux qui appartiennent à un syndicat; pour la plupart, ils sont employés directement par l’entreprise plutôt que par le biais de sous-traitants.

Le milieu conditionné des serres est propice à la croissance des végétaux, notamment à la culture de plantes rares et d’espèces exotiques, au démarrage des jeunes plants et à des cultures telles que fleurs, tomates et poivrons qui y sont protégées des rigueurs de l’hiver. On peut aussi y faire pousser des cultures tout au long de l’année, quelles que soient les conditions climatiques qui prévalent à l’extérieur. On trouve également des serres en zone tempérée, comme en Ukraine, où la superficie qu’elles occupent est passée de 3 070 ha en 1985 à 3 200 ha en 1990, et a été estimée à 3 400 ha en 1995 (Viten, Krasnyuk et Ilyna, 1994).

La toiture des serres, généralement à deux pans, assure une bonne exposition aux rayons du soleil en hiver, un bon écoulement des eaux de pluie et une bonne protection contre le vent. La charpente est en aluminium, en bois ou en bois et tubes d’acier. Les murs sont faits de matériaux divers tels que contreplaqué, aluminium, bois ou vinyle. En Ukraine, par exemple, plus de 60% des serres sont en parpaing. La toiture peut être en verre ou en plastique; dans certaines régions du monde, la serre est entièrement faite de parois vitrées. Les matières plastiques servant à leur construction sont tantôt rigides, tantôt flexibles, les plastiques rigides étant généralement à base de fibre de verre, d’acrylique et de polycarbonate, et les plastiques flexibles comprenant des matières comme le polyéthylène, le poly(chlorure de vinyle) et le polyester. Le polycarbonate, matière qui résiste au bris, et les matériaux plastiques souples doivent cependant être remplacés régulièrement. Les toitures peuvent être transparentes ou translucides et ont un triple but: laisser pénétrer la lumière du soleil pour la croissance des plantes, réchauffer l’espace intérieur et protéger les cultures contre les intempéries (neige, pluie, grêle, vent) et les ravageurs (oiseaux, rongeurs et insectes).

L’exploitation d’une serre exige un contrôle des conditions intérieures de température, d’humidité ambiante et d’aération grâce à des systèmes artificiels de chauffage, de ventilation, d’ombrage (jalousies orientables, filets), de refroidissement (blocs de refroidissement, mécanismes d’évaporation), d’humidification et de climatisation (Jones, 1978).

Les personnes travaillant dans des pépinières ou des serres sont exposées à divers risques: produits irritants et urticants, poussières, bruit, chaleur, pesticides, troubles musculo-squelettiques (entorses et foulures), chutes et accidents causés par des véhicules, des machines ou l’électricité. Les risques décrits ci-après se limitent aux aspects ergonomiques du travail en pépinière et à l’utilisation de pesticides dans les serres. Ces risques sont souvent communs aux deux milieux.



  Les pépinières


Les opérations classiques d’une grande pépinière spécialisée dans la vente en gros de plantes en pots à repiquer et de plantes ornementales comportent quatre phases distinctes:

•   Multiplication . On démarre les nouveaux plants dans des milieux spéciaux par l’une des quatre méthodes classiques: bouturage, culture cellulaire, semis et greffage.
•   Repiquage . Les plants sont repiqués dans des pots en plastique à raison de deux ou trois repiquages pendant le premier cycle de croissance. L’opération consiste à placer des pots vides d’une taille supérieure sur un tapis roulant qui les amène sous une trémie où ils sont remplis de terre, puis à y repiquer les plants à la main. Les pots sont ensuite retirés manuellement, placés sur une remorque et transportés au champ.
•   Croissance et entretien . Les plantes sont laissées sur des planches de repiquage aménagées en plein champ jusqu’à maturité. Au cours de cette période et, au fur et à mesure de leur croissance, on procède à des opérations telles que l’arrosage, la taille, la fertilisation, le désherbage, le tuteurage et l’éclaircissage.
•   Expédition . Les plantes arrivées à maturité sont transportées sur l’aire d’expédition, étiquetées, triées selon les commandes et chargées sur des camions. Cette étape comprend parfois le déchargement des camions à leur arrivée dans les divers points de vente.



  Les risques de nature ergonomique


Les travaux en pépinière, tout comme les tâches associées aux autres productions agricoles, sont accompagnés de risques importants parmi lesquels entorses et foulures caractérisées par des taux d’incidence élevés. Selon AgSafe (1992), les élongations et distensions ligamentaires représenteraient 38,9% de tous les accidents déclarés survenant en horticulture, y compris dans les pépinières, chiffre légèrement supérieur à celui qui est donné pour l’ensemble des travaux agricoles. Est également cité le surmenage physique, responsable de 30,2% des accidents déclarés, pourcentage également supérieur à celui qui est rapporté pour l’ensemble du secteur agricole.

Les facteurs de risques contribuant le plus souvent au développement de troubles musculo-squelettiques sont associés à diverses tâches:

Pour la multiplication des plants, le travailleur est debout ou assis à un établi; il vide les paniers remplis de boutures, utilise un sécateur et coupe ces boutures en plusieurs petits fragments. Il se sert de sa main la plus forte pour tenir le sécateur et saisit le matériel végétal à l’aide de son autre main. Après chaque coupe, le sécateur est désinfecté en le plongeant dans une solution contenue dans un flacon placé sur l’établi.

Au cours de cette opération, l’une des mains du travailleur est sollicitée, de manière très répétitive (50 à 60 coupes par minute), dans un mouvement impliquant une flexion modérée du poignet et un déplacement du cubitus. L’autre main tient la bouture, l’oriente pour la coupe et rejette le résidu dans une poubelle. Tout au long de cette opération intervient également une extension modérée du poignet et un déplacement du cubitus.

Les travailleurs qui accomplissent ces tâches spécialisées sont hautement qualifiés et travaillent à plein temps durant toute l’année sans pratiquement jamais changer de poste. Ils se plaignent régulièrement de douleurs et d’engourdissements aux mains, aux poignets et aux bras et, au bout de quelques années, il n’est pas rare d’observer chez eux une forte prévalence du syndrome du canal carpien.

Lors de l’acheminement des plants du tapis roulant à la remorque, le travailleur saisit trois ou quatre pots de 3,8 litres dans chaque main et les place sur la remorque qui se trouve à ses côtés ou derrière lui, répétant cette opération entre treize et vingt fois par minute. Ces gestes répétitifs de préhension et de pincement, effectués dans des positions inconfortables (courbure du tronc, de la région lombaire et des épaules), sont autant de facteurs de risques.

Lors de l’acheminement des plants en pots de la remorque aux planches de repiquage en plein champ, le travailleur empoigne trois ou quatre pots de 3,8 litres dans chaque main, les transporte sur une distance atteignant souvent près d’une vingtaine de mètres et les dépose le long de rangées aménagées à cet effet, répétant cette opération entre trois et cinq fois par minute. Bon nombre de travailleurs sont occupés à ces tâches toute l’année et à temps complet; ils se plaignent de douleurs aux doigts, aux mains et aux membres supérieurs, ainsi que de lombalgies. Etant donné qu’ils sont en général assez jeunes, et bien que l’on ait de fortes présomptions à ce sujet, on ne possède pas encore de preuves formelles quant à la prévalence élevée des lésions lombaires chroniques dans cette population.

Les personnes occupées à la taille des plantes se servent de plusieurs types de sécateurs pour couper les segments morts ou indésirables de la couronne ou des parties latérales des plantes. Elles effectuent ce travail le plus souvent dans une posture debout ou courbée. Le travailleur tient le sécateur de sa main la plus forte et taille les plantes de manière répétitive entre quarante et cinquante coupes par minute. Les doigts de cette même main sont aussi utilisés pour retirer les petites brindilles ou d’autres parties de la plante. De son autre main, le travailleur saisit le pot et le replace, maintenant la bouture dans une prise statique tout au long de l’opération de taille, ce qui entraîne une flexion modérée du poignet et un déplacement du cubitus. Comme il s’agit généralement d’une activité à temps partiel pour la plupart des travailleurs agricoles, les risques qui lui sont associés sont de moindre conséquence et les travailleurs peuvent récupérer rapidement grâce à la diversité des autres tâches qu’ils doivent effectuer. Ils se plaignent toutefois de douleurs aux doigts, aux mains et aux poignets, ainsi que dans les membres supérieurs et dans la région lombaire.

Les plants doivent être régulièrement éclaircis pour pouvoir se développer convenablement; on doit alors saisir et arracher trois ou quatre plantes dans chaque main, les transporter à faible distance et les repiquer dans des rangs aménagés à cet effet, ces mouvements étant répétés trois à cinq fois par minute. A l’instar des travaux de taille, les travaux liés à l’éclaircissage sont des activités que la plupart des travailleurs effectuent à temps partiel, ce qui leur permet de récupérer. On note cependant des douleurs aux doigts et aux mains, ainsi qu’au niveau des membres supérieurs et de la région lombaire.

La plupart des travaux en pépinière exigent une dépense énergétique importante, source de microtraumatismes répétés susceptibles de porter gravement atteinte au système musculo-squelettique. On commence à mettre au point des outils qui permettent aux travailleurs de corriger leur posture et d’économiser leur énergie.



  Les serres


Les activités classiques du travail en serre varient selon les types de cultures: plantes rares et exotiques ou plantes ou semis de grande culture. La production de plantes rares et exotiques est une activité qui exige des soins tout au long de l’année. L’utilisation de la serre, dans le cas des plantes de grande culture, est saisonnière, dictée par le souci de les protéger des aléas climatiques. La culture des semis se fait de la même manière qu’en pépinière, mais les objectifs sont différents, les semis de serre étant en effet destinés au repiquage de printemps après les dernières gelées. Les tâches à accomplir consistent à remplir les pots de terre, planter les graines dans chacun d’eux, arroser, appliquer des engrais, tailler, éclaircir ou démarier (voir figure 64.6), appliquer des fumigants ou des pesticides et transporter les plantes ou les produits à l’extérieur. Les opérations de remplissage des pots et de plantation sont désormais mécanisées; la terre employée peut être un mélange de tourbe, de perlite et de vermiculite. La taille peut être mécanisée dans le cas de certaines espèces. L’arrosage peut être effectué soit directement à l’aide d’un tuyau d’arrosage ou par arroseur automatique, soit par un système d’irrigation. On ajoute généralement des éléments nutritifs à l’eau pour fertiliser les cultures et l’on applique le plus souvent les pesticides avec des pulvérisateurs à main. La terre est stérilisée à la vapeur ou au moyen de produits chimiques comme, notamment, le dibromochloropropane (DBCP). Les plantes sont le plus souvent transportées manuellement d’un emplacement à l’autre.


Figure 64.6 Ecimage mécanique de plants de tabac dans une serre en Caroline du Nord Figure 64.6

  L’application de pesticides dans les serres


Les maladies qui frappent les plantes et les ravageurs peuvent considérablement gêner l’exploitation des serres, Il est souvent plus facile d’appliquer des mesures de prévention que d’éliminer ces fléaux dont les insectes, les moisissures, les virus, les bactéries et les nématodes constituent les représentants les plus virulents. La lutte contre ces organismes indésirables repose sur l’application de produits chimiques (pesticides) sur les plantes.

Pour des raisons d’efficacité, les méthodes d’application des pesticides en serre sont variables, les plus courantes étant la pulvérisation, la nébulisation, le poudrage, la brumisation, la fumigation, la vaporisation en aérosol et l’utilisation de granulés. La pulvérisation se fait à partir du mélange d’un produit chimique avec de l’eau; versé dans un bac relié à un tuyau et à une buse de pulvérisation, ce mélange est réparti sous pression sur les plantes sous forme de gouttelettes. La nébulisation fait appel à une technique similaire, mais les gouttelettes sont plus fines. Le poudrage se fait généralement en pulvérisant de la poudre qui retombe sur le feuillage des plantes. Les brumisateurs sont dotés de dispositifs chauffants afin de produire de minuscules gouttelettes qui sont alors directement vaporisées sur les plantes. On déclenche la fumigation en provoquant à l’aide d’une étincelle la combustion du produit chimique placé dans un petit récipient ad hoc.

Les générateurs d’aérosols sont des récipients métalliques sous pression munis d’une valve qui, lorsqu’elle est actionnée, permet de propulser les pesticides dans l’air. Enfin, les pesticides en granulés sont placés à même le sol et arrosés, l’arrosage dissolvant le produit et l’acheminant vers les racines de la plante. Les parasites sont éliminés soit par absorption directe du produit, soit par absorption indirecte en se nourrissant des plantes ainsi traitées.

Quelles que soient les méthodes employées, les personnes chargées de leur application sont exposées à certains risques parmi lesquels l’intoxication par voie cutanée ou respiratoire est particulièrement fréquente. Moins commune est l’intoxication par voie digestive, après ingestion de liquides ou de solides contaminés. S’ils ne prennent pas les précautions nécessaires, les travailleurs qui manipulent en serre des produits chimiques ou des plantes traitées s’exposent à ce risque d’intoxication.

La prévention des risques d’intoxication passe par la mise en œuvre de systèmes de ventilation et par le port et l’entretien régulier d’un équipement de protection individuelle (combinaison, gants, masque, bottes; voir figure 64.7), le respect des délais d’attente recommandés avant de pénétrer dans une enceinte où des pesticides ont été appliqués et l’observation rigoureuse du mode d’emploi de ces produits. Il convient toutefois de prendre aussi d’autres précautions: entreposage de tous les pesticides dans un endroit verrouillé et bien ventilé; signalisation spéciale dans tous les endroits où de tels produits ont été mis en œuvre; formation complète des opérateurs aux techniques de manipulation et d’application de ces produits ainsi qu’aux méthodes d’élimination des produits périmés et des récipients vides.


Figure 64.7 Travailleur portant un équipement complet de protection lors de l'application de pesticides en serre Figure 64.7

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