
LES SYSTÈMES DE PRODUCTION
L’agriculture moderne fait appel à un matériel ultraperformant (tracteurs, machines agricoles, etc.) qui allie vitesse et puissance. Les tracteurs équipés d’engins portés ou tractés ont permis de mécaniser un bon nombre d’opérations agricoles.
Grâce à ces matériels, les cultivateurs peuvent accomplir des travaux agricoles divers en un temps record avec le minimum de travail manuel. L’agrandissement des exploitations, l’expansion des terres mises en culture et l’intensification des systèmes de rotation des cultures ont également permis d’accroître les performances et les rendements. L’emploi généralisé des matériels portés ou tractés rapides est toutefois freiné par deux facteurs principaux: l’existence de pratiques agricoles reposant essentiellement sur l’utilisation de machines et d’outils passifs, et les difficultés de garantir des conditions de travail sûres pour les conducteurs de ces matériels.
La mécanisation, jugée applicable à 70% des travaux liés à la plantation et à la culture des produits agricoles, intervient à toutes les étapes de la production et de la récolte. Cependant, chacune de ces étapes exige le recours à des machines et à des outils différents et se déroule dans des conditions différentes, ce qui influe sur les choix de l’opérateur.
La préparation des sols
La préparation des sols (labourage, hersage, binage, brise-mottes à disques, mise en culture et compactage) est une tâche importante; c’est, au stade préliminaire de la production végétale, l’opération qui requiert le plus de main-d’œuvre (30% environ des opérations de plantation et de culture).
En règle générale, les opérations d’ameublissement de la terre produisent beaucoup de poussières. Leur nature dépend du type de sol, des conditions météorologiques, de la saison et du genre de travail effectué. La concentration de poussières dans la cabine du tracteur varie entre quelques mg/m3 et plusieurs centaines de mg/m3 selon l’étanchéité de la cabine. Les niveaux admissibles de concentrations de poussières et les niveaux admissibles de poussières respirables (5 µm au plus) sont généralement dépassés, respectivement dans 60 à 65% et 60 à 80% des cas (voir figure 64.11). La teneur en silice des poussières varie de 0,5 à 20% (Kundiev, 1983).
Figure 64.11 Exposition des conducteurs de tracteurs à des poussières lors de la mise en culture des sols
Le travail de la terre exige beaucoup d’énergie, particulièrement lors des labours, et mobilise au maximum la puissance des machines; les niveaux de bruit sont donc très élevés à l’endroit où se trouve le conducteur. L’intensité sonore peut atteindre 90 dBA, voire davantage, ce qui présente un risque élevé de troubles de l’audition.
Les vibrations transmises par le siège à l’ensemble du corps peuvent atteindre des intensités élevées; elles dépassent en général les niveaux prescrits par l’Organisation internationale de normalisation (ISO, 1997), en ce qui concerne tant leur intensité que la durée d’exposition.
Comme les travaux de préparation des sols se font essentiellement au printemps et en automne, le microclimat régnant en zone tempérée dans la cabine des engins, même sans climatisation, n’entraîne aucun risque pour la santé, si ce n’est les jours de grande chaleur.
Les semis et l’entretien des cultures
S’assurer que le semoir se déplace en ligne droite et que le tracteur suit les sillons tracés revêt une importance particulière et peut contraindre le conducteur à travailler dans des positions très inconfortables. Depuis son poste de travail celui-ci manque souvent de visibilité, ce qui entraîne une tension nerveuse et émotionnelle qui se traduit par l’apparition rapide de fatigue.
En outre, les opérations manuelles liées en particulier à la préparation et à la manipulation des matériels peuvent nécessiter des efforts physiques importants.
Plus la distribution géographique des variétés de semences est étendue, plus la diversité des conditions météorologiques au moment des semis est grande. Les semis d’hiver, pratiqués dans plusieurs zones climatiques, sont généralement effectués à des températures extérieures comprises entre 3-10 °C et 30-35 °C; ces températures sont comprises entre 0 °C et 15-20 °C dans le cas des semis de printemps. La température intérieure des cabines sans climatisation peut atteindre des valeurs élevées dans les climats chauds ou tempérés.
En zone tempérée, les conditions microclimatiques régnant dans les cabines de tracteurs sont généralement satisfaisantes lors des semis de plantes telles que la betterave, le maïs et le tournesol. La culture proprement dite se pratique aux époques où les températures extérieures sont élevées et l’ensoleillement intense. La température des cabines sans climatisation peut s’élever à 40 °C, voire davantage. Les conducteurs de tracteurs travaillent généralement entre 40 et 70% du temps dans des conditions peu confortables.
Les travaux aratoires entraînent le déplacement de grandes quantités de terre, ce qui produit énormément de poussières dont la concentration maximale dans l’air ambiant ne devrait pas dépasser 10 à 20 mg/m3. Ces poussières sont inorganiques à 90% et contiennent une proportion plus ou moins élevée de silice libre. Pendant les périodes de semis, le bruit et les vibrations émises à l’endroit où le conducteur est assis sont en général un peu moins élevés qu’à l’époque des cultures.
Au cours des semis et de l’entretien des cultures, les travailleurs agricoles sont fréquemment exposés au fumier, aux engrais chimiques et aux pesticides. Si la réglementation sanitaire concernant leur manipulation n’est pas respectée et si les machines ne fonctionnent pas convenablement, la concentration de ces produits nocifs dans l’air ambiant dépasse inévitablement les niveaux admissibles.
La récolte
En règle générale, la récolte s’étale sur une période de 25 à 40 jours, au cours de laquelle les poussières, les conditions microclimatiques et le bruit peuvent présenter certains risques.
La concentration des poussières dans la zone de respiration dépend essentiellement de leur concentration initiale extérieure et de l’étanchéité de la cabine de conduite. Les moissonneuses plus anciennes, qui ne sont pas équipées de cabines, exposent les conducteurs à de fortes concentrations de poussières. La formation de poussières est particulièrement intense au cours de la récolte du maïs, les concentrations pouvant atteindre 60 à 90 mg/m3 dans le cas d’engins sans cabine étanche. Les poussières sont essentiellement composées de particules végétales, de pollen et de spores fongiques qui, pour la plupart, ne sont pas respirables (plus de 10 µm); leur teneur en silice libre est inférieure à 5,5%.
La formation de poussières pendant la récolte des betteraves est plus faible, avec des concentrations maximales à l’intérieur de la cabine ne dépassant pas 30 mg/m3.
Les céréales sont le plus souvent récoltées pendant la saison chaude où la température à l’intérieur de la cabine peut s’élever jusqu’à 36-40 °C et où le rayonnement solaire direct peut atteindre 500 W/m2, voire davantage quand la cabine est équipée d’un vitrage ordinaire. L’utilisation de vitres teintées peut abaisser la température intérieure de 1 à 1,6 °C. Un système de ventilation mécanique d’une capacité de 350 m3/h à l’intérieur de la cabine peut créer une différence de température avec l’extérieur de 5 à 7 °C. Si la moissonneuse-batteuse est équipée de jalousies orientables, la différence de température n’est que de 4 à 6 °C.
Les cultures sur labour sont récoltées à l’automne, époque à laquelle les conditions microclimatiques à l’intérieur de la cabine sont plus favorables.
Dans les pays développés, l’expérience montre qu’il est généralement rentable de cultiver les petites exploitations dans des conditions de mécanisation légère (minitracteurs et autres engins motorisés dont la puissance ne dépasse pas 14 kW, auxquels peuvent être adaptés divers équipements auxiliaires).
L’utilisation de ces engins présente toutefois certains risques pour la santé dus, notamment, à la surcharge de travail saisonnière, à l’emploi d’enfants et de personnes âgées, à l’absence de moyens de protection contre le bruit, aux vibrations transmises au corps entier ou à une partie de celui-ci, à des conditions météorologiques défavorables, aux poussières, aux pesticides et aux gaz d’échappement. L’effort que nécessite le maniement des leviers de commande sur les engins motorisés peut atteindre entre 60 et 80 N.
Certaines tâches sont réalisées à l’aide d’animaux de trait ou manuellement en raison d’un manque d’équipement ou de l’impossibilité d’utiliser des engins motorisés. Le travail manuel exige en général un effort physique considérable; la dépense énergétique pendant les labours, les semis (avec traction animale) ou le fauchage manuel peut atteindre 5 000 à 6 000 cal/jour, voire davantage.
Les accidents survenant au cours de ces tâches manuelles sont fréquents, notamment chez les travailleurs non expérimentés. Il en est de même pour les cas d’irritations causées par les plantes, de piqûres d’insectes, de morsures de serpents et de dermites provoquées par la sève de certaines espèces végétales.
La prévention
L’amélioration des conditions de travail des conducteurs fait désormais partie des objectifs prioritaires des fabricants de tracteurs. Outre les perfectionnements qu’ils apportent à la conception des cabines et cadres de protection, les fabricants essaient à l’heure actuelle de mieux adapter les paramètres techniques des tracteurs aux aptitudes fonctionnelles des conducteurs, en tenant compte des caractéristiques ergonomiques de leur poste de conduite.
Les modifications apportées visent surtout à améliorer la visibilité, à optimiser les systèmes de commandes et l’agencement du tableau de bord et à concevoir des sièges ergonomiques.
S’agissant de la visibilité, on peut, par exemple, élargir le champ de vision de la cabine à l’aide d’un vitrage panoramique, mieux agencer les équipements auxiliaires (notamment le réservoir de carburant), installer des rétroviseurs, etc.
L’optimisation des commandes est, quant à elle, liée aux améliorations qui peuvent être apportées aux mécanismes de transmission. En dehors des systèmes de commande hydraulique ou électrique, il existe à présent un nouveau système de pédales suspendues qui permet un meilleur accès aux commandes et offre un plus grand confort de conduite. On mentionnera également la signalétique (formes, couleurs ou symboles) qui joue un rôle important dans l’identification des organes de commande.
L’introduction d’opérations télécommandées et l’automatisation croissante du pilotage conduisent à rationaliser les panneaux d’instruments dont les modèles récents comportent de 15 à 20 différents indicateurs, cadrans et voyants lumineux.
Le siège du conducteur devrait être conçu pour garantir une position confortable et faciliter la conduite de l’engin. Les nouveaux modèles de sièges tiennent compte des données anthropométriques; ils sont en outre équipés d’un dossier et d’accoudoirs réglables tant horizontalement que verticalement (voir figure 64.12).
Figure 64.12 Paramètres angulaires relatifs à la posture optimale du conducteur de tracteur
Les précautions à observer pour protéger les conducteurs de tracteurs comprennent les mesures de lutte contre le bruit et les vibrations, la prise en compte des conditions microclimatiques et le contrôle de l’étanchéité de la cabine.
En dehors des aménagements spéciaux apportés aux moteurs pour réduire le bruit à la source, on obtient actuellement d’excellents résultats en recourant à des montages antivibratiles et en isolant la cabine du châssis du tracteur grâce à des amortisseurs et à d’autres modifications visant à absorber le bruit à l’intérieur de la cabine. On peut mettre en place des revêtements absorbants à alvéoles sur les parois de la cabine et recouvrir le sol d’un tapis en caoutchouc ou en porolon. Il est aussi possible de doubler le plafond des cabines d’un panneau dur absorbant portant des perforations et placé à 30 à 50 mm du plafond. Grâce à ces aménagements, l’intensité sonore à l’intérieur de la cabine a pu être ramenée à 80-83 dBA.
Pour abaisser l’intensité des vibrations basse fréquence transmises au conducteur, on a surtout recours à des sièges à suspension. En dépit de leur introduction, il n’a pas été possible de diminuer de plus de 20 à 30% l’intensité des vibrations transmises au corps entier.
Un aplanissement du terrain reste évidemment l’un des moyens les plus efficaces pour réduire les vibrations, mais il est le plus souvent impraticable.
Les conditions microclimatiques régnant dans les cabines peuvent, elles aussi, être considérablement améliorées en équipant les tracteurs de ventilateurs à filtre, de vitres teintées thermo-isolantes, de pare-soleil, de jalousies orientables et de dispositifs spéciaux comme un système de climatisation. Les modèles récents possèdent un système de chauffage branché sur le circuit de refroidissement du moteur et qui utilise l’eau chaude pour réchauffer l’air. Des systèmes combinés de chauffage et de climatisation sont également disponibles sur le marché.
Les problèmes de bruit, de vibrations et d’isolation thermique peuvent être résolus par l’installation de cabines étanches munies de pédales suspendues ou de commandes par câble.
Il est important de pouvoir accéder sans difficulté au moteur du tracteur et aux pièces portées ou tractées pour leur entretien et leur réparation ou pour vérifier leur état de fonctionnement. Certains modèles récents de tracteurs disposent désormais d’un capot entièrement ou partiellement amovible ou d’une cabine inclinable vers l’avant, par exemple.
Les tracteurs du futur seront certainement équipés de systèmes de commande automatique, d’écrans de télévision permettant d’observer les équipements situés hors du champ de vision du conducteur et de systèmes de microclimatisation. Leurs cabines pourront pivoter sur des axes extérieurs et être amenées dans la position voulue.
L’organisation rationnelle du travail et des périodes de repos est très importante dans la prévention de la fatigue et des maladies qui menacent les travailleurs agricoles. Pendant la saison chaude, l’activité devrait être concentrée le matin et en fin d’après-midi, les heures les plus chaudes de la journée étant réservées au repos. Dans le cas de travaux pénibles (transport de charges, binage), il est nécessaire de ménager de courtes pauses à intervalles réguliers. Il convient en outre d’accorder une attention spéciale à l’alimentation des travailleurs, qui devrait être équilibrée et tenir compte de l’énergie requise pour accomplir les diverses tâches. Il faut aussi boire régulièrement quand il fait chaud. De manière générale, les travailleurs boivent non seulement de l’eau, mais aussi des boissons traditionnelles (thé, café, jus de fruits, infusions, bouillons, etc.). Il est très important de mettre à leur disposition des quantités suffisantes de boissons saines de bonne qualité.
Il est tout aussi important que les travailleurs portent des vêtements confortables et un équipement de protection individuelle approprié (masque, casque antibruit, etc.), surtout quand ils sont exposés à des poussières ou à des produits chimiques.
La surveillance médicale des travailleurs agricoles devrait être axée sur la prévention des risques professionnels courants (maladies infectieuses, exposition aux produits chimiques, traumatismes, etc.). L’enseignement des principes de sécurité et de santé est un autre aspect très important de la prévention.
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