X

Ressources Alimentaires

 

Web Site    

 

 

Généralités


  Aperçu


Il y a douze mille ans, à l’ère néolithique, l’humanité découvrait que les aliments destinés à la consommation humaine, les fourrages et les fibres textiles pouvaient être produits par la culture des plantes, découverte qui permet aujourd’hui de nourrir et d’habiller plus de six milliards d’êtres humains.

Le présent article donne un aperçu général de l’évolution et de la structure du secteur agricole, de l’importance économique des diverses cultures et des principales caractéristiques de la main-d’œuvre dans cette branche où l’on distingue trois grandes catégories d’activités :

- les activités manuelles ;
- les activités mécanisées ;
- les activités faisant appel à la traction animale.

Secteur d’activité marqué par quatre grandes étapes séquentielles, l’agriculture permet de produire des aliments destinés à la consommation humaine, des aliments pour animaux et des fibres textiles; elle n’est toutefois pas sans avoir des conséquences sur la santé des travailleurs et, plus généralement, sur la santé publique et l’environnement.

Des produits de base comme le blé ou le sucre ne servent pas seulement à l’alimentation humaine, leurs sous-produits étant utilisés comme fourrages ou comme fibres. Plusieurs articles du présent chapitre sont consacrés aux méthodes de production, aux risques professionnels et aux mesures préventives spécifiques à chaque type de culture. La production d’aliments pour animaux et de fourrages est traitée au chapitre no 70 susmentionné, «L’élevage».


  L’évolution et la structure du secteur agricole


La révolution néolithique, qui marque le passage de la chasse et de la cueillette à l’agriculture, s’est produite en trois différents points du globe: à l’ouest et au sud-ouest de la mer Caspienne, en Amérique centrale et en Thaïlande, près de la frontière birmane. C’est dans cette dernière région que l’agriculture débuta, vers 9 750 ans avant l’ère chrétienne. On y a en effet retrouvé des graines de pois, de haricots, de concombres et de châtaignes d’eau précédant de quelque 2 000 ans les premiers vestiges d’activité agricole proprement dite découverts dans les deux autres régions. La révolution néolithique et, par conséquent, l’agriculture sont essentiellement fondées sur la récolte de graines végétales, leur réintroduction dans le sol et leur culture jusqu’à la récolte suivante.

Au sud de la mer Caspienne, on cultiva tout d’abord le blé. Au fil de leurs migrations, les agriculteurs qui emportaient avec eux des graines de blé s’aperçurent que d’autres graminées, dont le seigle et l’avoine, étaient également comestibles. En Amérique centrale, où le maïs et le haricot constituaient la base de l’alimentation, on découvrit les propriétés nutritives de la tomate.

L’avènement de l’agriculture s’accompagna d’un cortège de problèmes:

- les mauvaises herbes et les ravageurs (insectes dans les champs, et souris ou rats dans les greniers) devinrent autant de fléaux pour l’agriculture naissante;
- au début, l’agriculture puisait dans le sol toutes les ressources dont elle avait besoin, et il fallait une cinquantaine d’années pour que le sol se régénère naturellement;
- dans certaines régions, les sols dépouillés de leur végétation se désertifiaient. Il y a environ 7 000 ans, les cultivateurs inventèrent l’irrigation pour répondre aux besoins en eau des cultures.

La recherche de solutions à ces problèmes donna naissance à de nouvelles industries: l’introduction des pesticides pour lutter contre les mauvaises herbes, les insectes et les rongeurs; la production d’engrais pour rendre à la terre sa fertilité; la mise au point de réseaux de réservoirs, de canalisations, de canaux et de fossés pour l’irrigation des cultures.

Dans les pays en développement, l’agriculture repose essentiellement sur l’exploitation de terres familiales dont la plupart ont été transmises de génération en génération par voie d’héritage. Elle est aussi le fait de cultivateurs qui représentent la moitié des populations pauvres de la planète, mais qui produisent les quatre cinquièmes de la production alimentaire de ces pays. Par contre, dans les pays développés, les exploitations agricoles se transforment de plus en plus en entreprises commerciales de grande envergure où production, transformation, commercialisation et distribution sont intégrées au sein d’un système que l’on appelle l’industrie agroalimentaire (Loftas, 1995).

Pendant des siècles, l’agriculture a fourni aux cultivateurs et à leur famille leurs moyens de subsistance, et ce n’est que récemment qu’elle s’est transformée en système de production. Une série de «révolutions» ont permis d’accroître la productivité agricole. La première fut la mécanisation des travaux agricoles, processus au cours duquel la machine se substitua au travail manuel. La deuxième fut la révolution chimique qui apparut au lendemain de la seconde guerre mondiale et permit de lutter efficacement contre les ennemis des cultures; ses effets nocifs n’épargnèrent toutefois pas l’environnement. La troisième, la révolution verte, contribua en Amérique du Nord et en Asie à l’augmentation de la productivité par l’introduction de nouvelles variétés nées des progrès de la génétique.


  L’importance économique


La population de la planète est passée de 2,5 milliards d’habitants en 1950 à 5,6 milliards en 1994, l’Organisation des Nations Unies estimant qu’elle continuera de croître pour atteindre 7,9 milliards d’habitants d’ici à 2025. Cet accroissement démographique continuel s’accompagnera d’une plus forte demande en aliments nutritifs et énergétiques, tant en raison du nombre supplémentaire de bouches à nourrir que des efforts déployés à l’échelle mondiale pour lutter contre la malnutrition (Brown, Lenssen et Kane, 1995). Le tableau 64.1 dresse une liste d’éléments nutritifs et de leurs sources.


Tableau 64.1 Sources de nutriments

  Nutriments

Origine végétale Origine animale
Glucides (sucres et amidon) Fruits, céréales, légumes-racines, légumineuses à grains Miel, lait
Lipides Oléagineux, noix et légumineuses Viande, volaille, beurre clarifié, poisson
Protéines Légumineuses à grains, noix et céréales Viande, poisson, produits laitiers
Sels minéraux Calcium : pois, haricots
Fer : légumes à feuilles alimentaires vert foncé et noix
Calcium: lait, viande, fromage
Fer : viande, poisson, mollusques et crustacés
Vitamines Carotène : carottes, mangues, papayes
Vitamine C : fruits et légumes
Complexe vitaminique B : céréales, légumineuses
Vitamine A : foie, œufs, lait
Complexe vitaminique B : viande, volaille, produits laitiers

Source: Loftas, 1995.

De nos jours, l’agriculture est considérée comme une activité qui procure les moyens de subsistance nécessaires à ceux qui cultivent la terre, ainsi que les aliments de base aux communautés vivant dans les zones de production, et qui permet de tirer des revenus de la vente de ces produits sur les marchés extérieurs. Un aliment de base est un aliment qui fournit une grande partie des éléments nutritifs et énergétiques dont les populations ont besoin, constituant ainsi la part la plus importante de leur alimentation. Si l’on fait exception de la production animale, la plupart des populations se nourrissent d’un ou de deux des aliments de base ci-après: riz, blé, maïs, mil, sorgho, et de racines et tubercules comme la pomme de terre, le manioc, l’igname et le taro. Bien que l’on ait dénombré 50 000 espèces de plantes comestibles dans le monde, 15 espèces principales apportent, à elles seules, 90% de l’énergie alimentaire nécessaire à l’humanité.

Les céréales constituent la catégorie principale de produits sur lesquels compte la population mondiale pour satisfaire ses besoins alimentaires de base. Elles comprennent le blé et le riz — aliments de base principaux — et des céréales secondaires qui sont utilisées dans l’alimentation des animaux. Trois céréales, le riz, le maïs et le blé, constituent la base alimentaire de plus de 4 milliards d’individus, et le riz nourrit pratiquement la moitié de la population mondiale (Loftas, 1995).

Les féculents comme le manioc, la patate douce, la pomme de terre, l’igname, le taro et la banane plantain font également partie des denrées vivrières de base. Les plantes, racines et tubercules constituent en fait la base alimentaire de plus de 1 milliard d’êtres humains dans les pays en développement, le manioc, à lui seul, en nourrissant quelque 500 millions. La production et la consommation de certaines de ces denrées restent essentiellement à un niveau de subsistance.

Parmi les produits de base, on trouve également les légumineuses à graines dont un certain nombre de légumes secs comme les pois cassés, les pois chiches, les haricots et les lentilles, qui sont des produits riches en amidon et en protéines.

D’autres légumineuses, comme les graines de soja et l’arachide, sont exploitées pour leur huile. On extrait aussi l’huile de cultures oléagineuses comme la noix de coco, la graine de sésame, la graine de coton et les fruits du palmier à huile et de l’olivier, sans oublier la production d’huiles végétales à partir du maïs et du son de riz. Les plantes oléagineuses sont en outre utilisées dans la fabrication de peintures et de détergents (Alexandratos, 1995).

Les petits exploitants produisent en général les mêmes cultures que celles que l’on trouve dans les grandes plantations. Les cultures de plantations, pour la plupart des produits d’exportation, comprennent le caoutchouc naturel, l’huile de palme, le sucre de canne, le coton, le tabac, la banane et les boissons tropicales comme le café, le cacao et le thé. Ces cultures peuvent être destinées à la fois à la consommation locale et à l’exportation, comme c’est le cas pour le café et la canne à sucre (BIT, 1994).

L’agriculture en milieu urbain est une activité à forte intensité de main-d’œuvre; elle est pratiquée sur de petites parcelles tant dans les pays développés que dans les pays en développement. Aux Etats-Unis, par exemple, ce secteur emploie jusqu’à 10% de la population urbaine et sa production représente plus d’un tiers de la valeur marchande des cultures. En revanche, 80% de la population des petites villes de Sibérie et d’Asie sont employés dans le secteur de la production et de la transformation des denrées agricoles. Le producteur urbain utilise parfois aussi ses produits comme monnaie d’échange, notamment pour payer son loyer (PNUD, 1996).


  Les caractéristiques du secteur agricole et de sa main-d’œuvre


En 1994, la population mondiale s’élevait à 5,6 milliards d’habitants dont 2,7 milliards, soit 49%, travaillaient dans le secteur agricole, comme le montre la figure 64.1. La plupart des travailleurs agricoles habitaient dans les régions les plus pauvres du globe ou dans celles dont les économies étaient en état de transition, alors qu’ils étaient moins de 100 millions dans les pays développés où la mécanisation a permis d’accroître la productivité.


Figure 64.1 Importance (en millions d'individus) et pourcentage de la population
travaillant dans le secteur agricole, par région du monde, 1994



Le secteur agricole emploie des hommes et des femmes, des enfants et des personnes âgées dont les rôles respectifs sont bien différenciés. Par exemple, les femmes d’Afrique subsaharienne produisent et vendent 90% des denrées cultivées au niveau local et il leur incombe aussi traditionnellement de cultiver les produits réservés à la consommation familiale (Loftas, 1995).

Partout dans le monde, les enfants sont mis à contribution dès leur plus jeune âge (voir figure 64.2) et travaillent généralement 45 heures par semaine pendant les périodes de récolte. Ils ont de tout temps été utilisés comme main-d’œuvre dans les plantations, mais cet état de choses est aujourd’hui aggravé par la pratique qui consiste à rémunérer les travailleurs agricoles à la tâche, ce qui oblige des familles entières à travailler pour maintenir ou accroître leur revenu.

Les données sur l’emploi dans les plantations montrent que les travailleurs les plus pauvres sont généralement les salariés agricoles qui travaillent dans des exploitations commerciales. Les plantations étant situées dans les régions tropicales et subtropicales de la planète, les conditions de vie et de travail qui y prévalent peuvent aggraver les problèmes de santé liés à la pauvreté (BIT, 1994).

L’agriculture en milieu urbain est une autre filière importante du secteur agricole. On estime à 200 millions le nombre d’agriculteurs qui travaillent à temps partiel — ce qui équivaut à 150 millions de travailleurs à plein temps — dans cette filière de production à des fins commerciales. Si l’on inclut l’agriculture de subsistance en milieu urbain, on arrive à un effectif de 800 millions de travailleurs agricoles (PNUD, 1996).

La figure 64.1 donne la répartition des emplois agricoles dans les différentes régions du monde. Aux Etats-Unis et au Canada, un faible pourcentage de la population est employé dans le secteur agricole et le nombre d’exploitations diminue à mesure qu’augmente celui des fusions des petites ou moyennes entreprises agricoles. En Europe occidentale, l’agriculture se caractérise par de petites exploitations, vestige d’un passé où les propriétés étaient partagées équitablement entre les enfants. Ces exploitations tendent néanmoins à s’agrandir à mesure que les populations quittent les campagnes et abandonnent l’agriculture.
En Europe de l’Est, l’agriculture a longtemps été sous la coupe de l’économie planifiée. Dans l’ex-URSS, les exploitations atteignaient en moyenne plus de 10 000 ha, alors qu’elles ne représentaient que le tiers de cette superficie dans les autres pays de l’Europe de l’Est; néanmoins, des transformations sont en cours dans tous ces pays qui optent progressivement pour une économie de marché.

De nombreux pays asiatiques ont modernisé leurs travaux agricoles et la production de riz est même devenue excédentaire dans certains d’entre eux. Plus de 2 milliards de travailleurs pratiquent l’agriculture dans ces régions et l’accroissement de la production rizicole, par exemple, est en grande partie dû à la culture de variétés à haut rendement.

L’Amérique latine est une vaste région où l’agriculture joue un rôle économique capital. L’exploitation de plus en plus importante des ressources considérables dont elle dispose dans ce domaine se réalise cependant aux dépens des forêts tropicales. Dans d’autres régions, comme le Moyen-Orient et l’Afrique, la production vivrière par habitant accuse un déclin. Au Moyen-Orient, c’est l’approvisionnement en eau qui a toujours constitué un obstacle majeur pour l’agriculture. En Afrique, où la taille des fermes traditionnelles n’excède guère 3 à 5 ha de terres essentiellement cultivées par les femmes, les hommes travaillent à l’extérieur, voire s’expatrient pour accroître leurs revenus. Certains pays encouragent l’expansion des activités des entreprises agricoles.


  Source : Melvin L. Myers



  Les exploitations familiales


Une exploitation familiale est une entreprise et une propriété rurale qui comprend aussi bien les enfants que les membres âgés de la famille. Dans certaines régions du monde, les familles d’agriculteurs vivent dans des villages entourés par leurs terres. L’exploitation est un lieu de relations familiales où l’on élève les enfants et où l’on produit des denrées alimentaires et autres matières premières. Ces exploitations vont de la petite ferme   "où l’on pratique une agriculture de subsistance ou des activités agricoles en même temps que d’autres activités, et où l’on emploie des animaux de trait et un outillage léger"   à la très grande entreprise familiale occupant de nombreux travailleurs agricoles à plein temps. Les types d’exploitations familiales varient suivant les pays, les régions, les cultures, l’histoire, l’économie, la religion et divers autres facteurs. La taille des exploitations et le type des opérations déterminent la somme de travail que devront accomplir les membres de la famille, ainsi que les besoins en main-d’œuvre à plein temps ou à temps partiel. Les activités d’une exploitation classique peuvent comprendre les soins aux animaux, l’évacuation du fumier, le stockage des grains, la conduite d’engins agricoles, la pulvérisation de pesticides, l’entretien des machines, des travaux de construction et bien d’autres tâches.

L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE, 1994) fait état de plusieurs tendances dans le secteur de l’agriculture, notamment:

1. La domination économique croissante des grandes exploitations hautement mécanisées.
2. L’augmentation du nombre de petits agriculteurs ayant à l’extérieur un emploi qui constitue leur principale source de revenus.
3. Le rôle décisionnel des politiques agricoles nationales et internationales et des accords commerciaux.

La concentration des opérations agricoles et la réduction du nombre d’exploitations familiales est un phénomène que l’on observe depuis des dizaines d’années. Certaines forces économiques influent sur le travail et les charges de travail ainsi que sur la sécurité et la santé des membres de l’exploitation familiale. Des changements importants sont intervenus au sein de ces exploitations en conséquence directe de l’action de ces forces, parmi lesquels on citera l’augmentation des charges de travail, le recours accru à la main-d’œuvre extérieure, l’utilisation de nouvelles techniques, la présence d’adolescents livrés à eux-mêmes et la lutte quotidienne pour maintenir la viabilité économique de l’exploitation.

Les enfants proches de l’adolescence contribuent à la productivité de l’exploitation familiale. Les petites et moyennes exploitations comptent généralement sur cette main-d’œuvre, surtout quand les adultes doivent exercer un emploi à l’extérieur, laissant souvent les enfants travailler sans surveillance.


Les risques

Une exploitation agricole familiale est un environnement de travail dangereux. C’est l’un des rares lieux de travail qui serve également de milieu de vie et de lieu de divertissement à plusieurs générations de membres d’une même famille. Une exploitation de ce type présente de nombreux risques qui peuvent mettre la vie de ses membres en danger. L’indicateur le plus important pour la sécurité et la santé est la charge de travail incombant à chaque membre de la famille, sur les plans tant physique que psychologique et décisionnel. Il peut paraître étonnant que des personnes expérimentées, travaillant avec un matériel et sur des terres qu’elles connaissent bien, soient victimes d’accidents graves alors qu’elles se livrent à des tâches qu’elles accomplissent depuis des années, voire des dizaines d’années.

Des matières dangereuses, dont les pesticides, les engrais, les liquides inflammables, les solvants et autres produits de nettoyage, sont la cause d’affections aiguës et chroniques chez les travailleurs agricoles et les familles d’exploitants. Les tracteurs, les vis à grain et autres engins agricoles ont permis de multiplier les tâches agricoles (y compris dans le secteur de l’élevage) qui peuvent être accomplies par un seul fermier, mais la mécanisation est également à l’origine de graves accidents. Parmi les principaux risques de maladies et d’accidents, on citera les machines et engins agricoles, le renversement des tracteurs, la présence de bestiaux et de véhicules agricoles sur la voie publique, les chutes, les heurts d’objets, les manutentions, les espaces confinés et l’exposition aux produits et émanations toxiques, aux poussières, aux moisissures, aux vibrations et au bruit. Le climat et la topographie des lieux présentent également des risques en certaines circonstances.

L’agriculture est un secteur d’activité où les taux de mortalité et d’accident sont parmi les plus élevés. Les enfants comme les adultes y courent de grands dangers. L’expansion des exploitations familiales, aux fins de maintenir leur rentabilité, va de pair avec une augmentation de la charge de travail des membres de la famille, lesquels s’exposent ainsi à de plus grands risques de fatigue, de stress et d’accidents. C’est aussi dans ce cadre que les enfants aident le plus souvent leurs parents, travaillant sans surveillance. Les pressions incessantes des travaux agricoles peuvent conduire à des dépressions, des démembrements familiaux et des suicides. Il apparaît que les suicides sont plus nombreux chez les propriétaires d’exploitations familiales que chez les autres habitants des zones rurales (Gunderson, 1995). Par ailleurs, les coûts que représentent les maladies et les accidents, que ce soit les coûts directs ou les coûts indirects, sont le plus souvent à la charge des familles.


La prévention

Les programmes conventionnels de sécurité et de santé au travail mettent en général l’accent sur la conception technique du matériel agricole, la formation et les pratiques agricoles rationnelles. Il faut toutefois veiller à confier aux enfants, comme aux personnes âgées, des tâches à leur mesure. De même, on ne devrait pas permettre aux jeunes enfants de se trouver à proximité d’engins agricoles en marche et, surtout, de monter sur des tracteurs ou autres machines. Ils ne devraient pas non plus avoir accès aux bâtiments présentant des dangers liés à l’électricité, à la claustration, à l’entreposage de produits chimiques ou d’engins agricoles (National Committee for Childhood Agricultural Injury Prevention, 1996). Des mises en garde devraient être apposées sur les engins et les produits chimiques afin que les adultes soient informés des dangers potentiels de leur utilisation et prennent les mesures de protection voulues pour eux-mêmes et leur famille. Le recours à des travailleurs extérieurs à l’exploitation permettra de réduire la charge de travail des familles pendant les périodes de pointe; le concours de personnes plus âgées possédant une expérience et des compétences particulières sera lui aussi précieux.

Lorsqu’ils sont autosuffisants, les exploitants pourront vouloir accomplir leurs tâches quels qu’en soient les risques; ils ne se soucieront pas toujours de prendre les précautions qui s’imposent s’ils les jugent susceptibles de diminuer leur productivité. Outre un changement d’attitude et de comportement, l’amélioration de la sécurité et de la santé dans les exploitations agricoles familiales requiert par conséquent la participation active des exploitants et des travailleurs agricoles. Il faut également souligner l’intérêt qui s’attache à la collaboration des agronomes, des fournisseurs de matériel agricole, des assureurs, des banquiers, des médias locaux, des jeunes et des autres membres de la communauté si l’on veut créer et maintenir un haut niveau de sécurité au sein des exploitations et de la collectivité.


  Source : Ted Scharf, David E. Baker et Joyce Salg

|  Algérie mon beau pays   |

 

Top