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Ressources Naturelles

 

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Le problème de la gestion durable des ressources marines




  1. Les ressources halieutiques sont-elles vraiment inépuisables ?


De tous temps, les ressources aquatiques étaient considérées comme un don de la nature et d’une abondance inépuisable. Le voyageur britannique, T Huxely qui est un éminent scientifique dans le domaine des pêches, fut très clair à ce sujet « les pêcheries de Morue, les pêcheries de Hareng, les pêcheries de Maquereaux et probablement les grandes pêcheries maritimes sont inépuisables, ce qui veut dire que rien que nous faisons affecte sérieusement le nombre de poissons. » (Reveret, 1988). Comme il n’y avait aucune étude scientifique sur l’effet de la pêche sur les stocks, de telles affirmations faisaient légion à l’époque. Ce paradigme était d’autant plus dominant qu’il intégrait des raisonnements scientifiques : « Tout d’abord les océans sont immenses et, puisque les régions exploitées sont de petites tailles et très productives, le réservoir des zones inexploitées et de productivité identique, promet une quantité infinie de poisson, de plus la fécondité des poissons est considérée si grande que les œufs d’une seule femelle pourraient compenser les prises d’une importante pêche. » (Pelquion, 1988).

Depuis presque quatre siècles le principe de libre accès aux ressources halieutiques régissait la pêche, et c’est Hugo Grotius (1609) qui décrivait les ressources marines comme étant inépuisables, donc l’accès à ces ressources doit être libre est inconditionné, et Lamarck écrivait, en 1809 dans son ouvrage philosophie biologique, cité par (Boudouresque, 2002). « Les animaux aquatiques et tout spécialement les animaux marins, sont protégés de la destruction de leur espèce par l’homme, leur multiplication est tellement rapide et leur moyens d’échapper à la poursuite ou aux pièges sont si grands, qu’il est invraisemblable que l’homme soit capable d’exterminer l’une quelconque de ces espèces » Bien que certains auteurs aient contesté ces affirmations, ils n’avaient pas d’écho favorable.

Sous l’effet de la pression anthropique induite par la croissance de la population et de la production par habitant, de nombreuses ressources naturelles deviennent rares et de ce fait passent du statut de « bien libre » à celui de « bien économique » (Boncoeur et Al, 2003)

De ce fait, l’enrichissement des connaissances et le développement dynamique du secteur des pêches qui ont suivi la deuxième guerre mondiale, ont confirmé que les ressources halieutiques, quoique renouvelables, ne sont pas infinies et doivent être convenablement gérées si l’on veut maintenir leur contribution au bien-être nutritionnel, économique et social d’une population mondiale croissante. (FAO, 16 1995).

En 1946, les pays européens organisèrent, à Londres, une conférence sur la surpêche. (Troadec et Al 2003), et depuis le taux de croissance annuel de la production mondiale décline régulièrement de 7 % pour s’annulé au début des années quatre-vingt-dix.

La FAO (1997) a analysé l’évolution des débarquements, depuis la seconde guère mondiale, dans 200 grands ensembles de pêcheries (groupes d’espèces / régions statistiques) responsables des trois-quarts de la production marine.

Ces pêcheries ont été classées en quatre groupes :

•   pêcheries latentes, dans lesquelles les captures sont restées à un niveau faible ;
•   Pêcheries en développement, dans lesquelles les débarquements ont crû de façon régulière ;
•   Pêcheries matures, où la production a oscillé autour d’un maximum historique ;
•   Pêcheries sénescentes, où la production a décliné après une phase de croissance.
•   Les pêcheries matures ou en déclin, négligeables jusqu’au milieu des années soixante, ont atteint les deux tiers du total au milieu des années quatre-vingt.

Ce qui a amené la FAO (1995) à élaborer un code de bonne conduite pour une pêche responsable qui a pour but de « garantir des pratiques responsables en vu d’assurer effectivement la conservation, la gestion et le développement des ressources bio aquatiques dans le respect des écosystèmes et de la biodiversité. »

Jusqu’aux années soixante-dix, l’augmentation de la demande mondiale pouvait être satisfaite par l’extension géographique de la pêche, mais depuis 1974, la proportion des stocks qui offrent des possibilités d’expansion a constamment tendance à baisser – diminution qui se conjugue à une augmentation des stocks surexploités et épuisés – lesquels sont passés d’environ 10 pour cent au milieu des années 70 à près de 25 pour cent dans les premières années 2000. En Algérie l’absence de plan d’aménagement des pêcheries, expose, selon le ministre de la pêche et des ressources halieutiques, « … l’Algérie a des risques de déperdition de ses ressources halieutiques par un usage abusif pour certaines, non rationnel pour d’autres »17.

Le pourcentage des stocks exploités de manière durable à leur niveau maximal ou au-delà de leurs possibilités a beaucoup varié entre les régions pratiquant la pêche. Les renseignements disponibles continuent à confirmer que, malgré des différences locales, le potentiel mondial des pêches de capture marines a été pleinement exploité, de sorte que des plans plus rigoureux s’imposent pour reconstituer les stocks épuisés et empêcher le déclin de ceux qui sont exploités au maximum, ou presque au maximum, de leur potentiel. (FAO, 2004).

En Algérie, la biomasse halieutique en zone côtière est de l’ordre de 500 000 tonnes ce qui donne un stock de pêche évalué à 160 000 tonnes par an. Même si la production nationale n’a jamais atteint ce volume, mais la difficulté d’avoir des données statistiques fiables fait que, l’hypothèse d’une surexploitation de nous ressources halieutiques reste plus que probable. En 2002 déjà on parlait d’une surpêche du poisson bleu (MATE,18 2002)

La difficulté d’avoir des statistiques fiables est un problème commun presque à tous les pays, la non fiabilité des statistiques chinoises a fait que la Fao les donne toujours séparées des statistiques mondiales, « … cependant, divers éléments donne encore à penser que les statistiques de production halieutiques et aquacoles de la Chine seraient trop élevées » (FAO, 2009).

Un problème qui se pose depuis les années 90.
Compte tenu de son importance et de l’incertitude caractérisant ses statistiques de production, la Chine fait l’objet d’un examen distinct, la Chine elle-même a indiqué qu’elle s’employait à réviser à la baisse ses statistiques sur la base des résultats du recensement national de l’agriculture de 2006 qui incluait, pour la première fois des questions liées à la pêche et à l’aquaculture ainsi que des enquêtes concernant la pêche.

En Méditerranée, une étude de la FAO (1995) montre que, durant la période 1993-95.
La production de la pêche s’établit, d’après les estimations officielles, à environ 1 155 200 tonnes tandis que la production officieuse est estimée à environ 1 308 400 tonnes, soit une différence de l’ordre de 13%.

Il n’a malheureusement pas été possible d’établir une comparaison sur la composition des captures.
(FAO, 95). Alban, 2003 a constaté, pour la flottille d’Iroise, que les extrapolations montrent que le tonnage corrigé débarqué par la flottille est, en moyenne, 1.47 fois le tonnage issu des flux déclaratifs.

Selon Ounaci, (2002) la faiblesse quantitative de la production halieutique peut être imputée, en grande partie, à des sous déclarations des quantités réellement débarquées.

Enfin l’article 7.5.1 du code de bonne conduite de la FAO stipule que « l’insuffisance de l’information scientifique appropriée ne devrait pas être une raison pour remettre à plus tard ou de s’abstenir de prendre des mesures de conservation et de gestion ». (FAO, 1995).


  2. Dynamique des populations halieutiques.


Selon la FAO (1995), le manque de fiabilité des données statistiques sur les captures et l’effort de pêche en Méditerranée ainsi que la nature plurispécifiques qui caractérise ses pêcheries, font que, jusqu’à l’heure actuelle, il subsiste de nombreuses inconnues concernant la dynamique des populations de poisson. Certaines connaissances scientifiques demeurent en effet fragmentaires. A cet égard, on peut mentionner les domaines scientifiques suivants : étude de la structure des stocks, étude des interactions pêche/ressource, et étude des interactions ressource/environnement. (FAO, 1995)


  ► 2.1. En absence de pêche.

La pêche utilise la capacité des espèces marines à retrouver leur abondance d’origine lorsque celle-ci a été temporairement réduite par une mortalité additionnelle. En l’absence de toute activité de pêche, on peut décrire l’évolution d’un stock donné comme suit.

Si on pose : B = la biomasse, et t = le temps.
L’évolution de la biomasse de la ressource dans le temps est fonction des caractéristiques intrinsèques de l’espèce, et des conditions du milieu (la nourriture et l’espace)
La dérivée dB/dt caractérise l’évolution de la biomasse dans le temps, comme on peut utiliser la dérivée logarithmique (model de Verhulst-Pearl).
1/B X dB/dt = α (B) (taux d’accroissement relatif instantané)

Si on pose Bv comme biomasse à l’équilibre (la biomasse de saturation du milieu) ;

B = Bv α (B) = 0 le taux d’accroissement est nul
B < Bv α (B) > 0 le taux d’accroissement est positif
B > Bv α (B) < 0 le taux d’accroissement est négatif

La fonction la plus simple de α (B) répondant aux conditions évoquées est donnée par :
α (B) = H (B-Bv) avec H une constante négative.
1/B X dB/dt = H (B-Bv) donc dB/dt = H B2 –HB Bv.

On pose K= H Bv et on aura dB/dt = HB2-KB
Donc le taux d’accroissement instantané de la biomasse dB/dt, est faible quant il y a peu d’individus mais aussi quant la population « sature » les capacités du milieu, et passe par un maximum pour des valeurs intermédiaires (le maximum est atteint pour B = Bv/2 ). Le rôle de gestionnaire est alors de réguler la capture ou l’effort de façon à maintenir la biomasse dans un domaine proche de celle qui donne le surplus de production maximal. (Laurec et al, 1981. Benoît, 2003).


  ► 2.2. Introduction du facteur pêche.

La pêche est considérée comme une mortalité additionnelle pour la biomasse du stock. D’une manière simple on peut décrire l’évolution de la biomasse d’un stock selon l’équation :

Avec:
B(y +1) = By + G(B) – Y (Forest, 2003)
B(y +1) : La biomasse du stock au début de l’année (y+1)
By : La biomasse du stock au début de l’année y
G(B) : Gain de biomasse au cours de l’année y
Y : Captures de l’année y.

Les captures de l’année (y +1) sont en fonction de celle de l’année y. donc toute ponction excessive une année donnée se traduira l’année suivante par des possibilités de production moindre ou une diminution de la biomasse.
La mortalité par pêche (les captures), est en fonction de l’effort de pêche (f), de la biomasse du stock
(B) et de la capturabilité ou probabilité de capture (q) (fonction de la sélectivité de l’engin de pêche, et de la disponibilité du poisson.)
Pour un effort f∆t, les captures pondérales seront D y
Le rapport ∆y/f∆t est proportionnel à B (biomasse exploitée), la constante de proportionnalité est appelée q (probabilité de capture)
Donc ∆y/f∆t = qB et ∆y/∆t = q.f.b

L’équation différentielle décrivant les variations de la biomasse exploitée devient :

dB/dt = HB2 – KB – q.f.B (modèle de Gordon-Schaeffer) 19avec :
HB2 – KB représente le terme naturel ; q.f.B représente le terme dû à la pêche.
On pose Be = biomasse à l’équilibre on aura : dB/dt = HBe2 -Kbe – qfBe = 0
donc Be (Hbe – k –qf) = 0

Soit Be = 0 (pour un stock exterminé il n’y a pas d’évolution de biomasse). Où HBe – (K + qf) = 0
Donc Be = K/H + q/H X f
Pour un effort de pêche (f) nul on aura Be = BvH/H = Bv (la biomasse à l’équilibre = la biomasse de la saturation du milieu)
Si l’effort de pêche augmente, Be décroît.

De ces équations de base, on déduit qu’à tout effort de pêche correspond un état d’équilibre. (Laurec et al, 1981. Benoît, 2003. Forest, 2003).




 

 

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