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Présentation de la chasse et du piégeage dans les années quatre-vingt-dix

Source : John N. Trent - Encyclopédie de sécurité et de santé au travail du B.I.T.      Web Site  



  Vue d’ensemble du secteur

La chasse et le piégeage des animaux sauvages sont deux activités humaines dont l’origine remonte à la nuit des temps et qui perdurent sous diverses formes dans le monde. Elles ont toutes deux pour but de capturer et de tuer certaines espèces cibles qui vivent dans des habitats sauvages ou relativement intacts. On chasse toutes sortes d’espèces animales. Le petit gibier, comme le lièvre, le lapin et l’écureuil, est chassé dans le monde entier. Parmi le gros gibier, qui fait souvent l’objet de la convoitise des chasseurs, on signalera les cervidés, les antilopes, les ours et les grands fauves. En ce qui concerne le gibier à plume, les espèces les plus appréciées des chasseurs sont la sauvagine et le faisan. Le piégeage est limité aux animaux à fourrure ayant une valeur marchande ou une utilité pour les trappeurs. Dans les zones tempérées nordiques, le castor, le rat musqué, le vison, le loup, le lynx roux, le lynx et le raton laveur font l’objet d’un piégeage intensif.

La chasse est l’affût et la mise à mort d’animaux sauvages, généralement pour se nourrir, se vêtir ou se divertir. Depuis peu, la chasse est considérée, dans certains cas, comme un moyen de maintenir la continuité d’une culture indigène. C’est notamment ce qui explique la reprise de la chasse de subsistance à la baleine boréale dans le nord de l’Alaska. Les chasseurs utilisent généralement des armes à projectiles telles que le fusil de chasse, la carabine ou l’arc. Les trappeurs sont plus spécialisés et doivent capturer quantité de mammifères à fourrure sans endommager la peau. Le collet et l’assommoir sont employés depuis des millénaires. Pour certaines espèces, le piège à mâchoires (capitonnées ou non) est toujours d’usage courant, mais pour d’autres, on se sert de préférence des pièges mortels de type Conibear.


  L’évolution et la structure de l’activité

Il subsiste dans le monde des sociétés traditionnelles où la chasse demeure une activité de survie individuelle qui n’a pratiquement pas changé depuis l’ère antérieure à l’avènement de l’élevage et de l’agriculture. De nos jours, cependant, la plupart des chasseurs pratiquent la chasse comme un sport; certains chasseurs ou trappeurs professionnels en tirent une partie de leurs revenus, mais rares sont ceux qui exercent cette activité à plein temps. Le commerce lié à la chasse et au piégeage a probablement débuté par le troc de la chair et des peaux excédentaires. Il s’est progressivement transformé en une série d’activités spécialisées, mais interdépendantes telles que le tannage, la préparation des peaux et des fourrures, la confection de vêtements, la production de matériel et d’équipement de chasse, de piégeage et de plein air, auxquelles viennent se greffer également le métier de guide professionnel et la protection de la faune.


  L’importance économique

Ainsi que l’attestent l’évolution de la faune, le sort des peuples indigènes et le caractère de bien des nations aujourd’hui, la quête des fourrures sauvages dans un but commercial a exercé une influence déterminante sur le cours de l’histoire durant les derniers siècles (voir Hinnis, 1973). Une des caractéristiques permanentes du commerce des fourrures est que la demande — et, par conséquent, les prix — peut fluctuer considérablement. Ainsi, du fait de l’évolution de la mode en Europe pendant les premières décennies du XIXe siècle, les chapeaux en feutre, fabriqués à base de fourrure de castor, ont été remplacés par des chapeaux en soie, et ce fut la fin de la belle époque des montagnards des Rocheuses en Amérique du Nord. L’influence d’une telle évolution sur des personnes qui vivent de la récolte de la fourrure peut être brutale et avoir de graves conséquences. Les manifestations publiques organisées contre l’abattage à coups de gourdin des bébés phoques du Groenland dans la région ouest de l’Atlantique Nord, au cours des années soixante-dix, ont eu des conséquences économiques et sociales catastrophiques pour certaines petites localités côtières de la province de Terre-Neuve, au Canada.

Le piégeage et la chasse jouent encore un rôle économique important dans bien des régions rurales. Les dépenses liées à ces activités peuvent atteindre des sommes considérables. En 1991, les chasseurs américains de gros gibier, dont le nombre était évalué à 10,7 millions, ont dépensé 5,1 milliards de dollars E.-U. pour leurs déplacements et leur équipement (US Department of the Interior, Fish and Wildlife Service et US Department of Commerce, Bureau of the Census, 1993).


  Les caractéristiques de la main-d’œuvre

La chasse professionnelle est devenue rare dans les pays développés (si l’on excepte les guides de métier) et elle se limite généralement à des opérations de tri éliminatoire (chez les prédateurs ou en cas de surpopulation chez les ongulés) et au contingentement des colonies d’animaux nuisibles (les alligators, par exemple). Autrement dit, la chasse est aujourd’hui en grande partie une activité de subsistance ou un divertissement, tandis que le piégeage reste une activité rémunératrice en milieu rural. La plupart des chasseurs et des trappeurs sont des hommes. En 1991, 92% des 14,1 millions de personnes (âgées de 16 ans ou plus) pratiquant la chasse aux Etats-Unis étaient de sexe masculin. La chasse et le piégeage attirent des personnes vigoureuses, de caractère indépendant, qui aiment travailler et vivre à la campagne. Ce sont deux activités traditionnelles pour de nombreuses familles rurales dans lesquelles les parents ou les aînés apprennent aux jeunes à chasser ainsi qu’à préparer la nourriture, les peaux et les vêtements. C’est aussi une activité saisonnière qui apporte un complément alimentaire et qui, dans le cas du piégeage, assure des rentrées d’argent. La connaissance approfondie des habitudes du gibier et l’aptitude à vivre dans la nature sont de précieux atouts. Un moyen de transport efficace vers les zones de chasse et de piégeage est également impératif.


  Les principaux secteurs et procédés

La chasse consiste à repérer et à approcher de près un animal sauvage, puis à le tuer, en appliquant une série de règles officielles et de règles tacites (Ortega y Gasset, 1985). Le déplacement jusqu’à la zone de chasse représente souvent une dépense importante, surtout pour les chasseurs qui viennent des grandes villes. Le transport est également une source majeure de risques professionnels. Les accidents d’automobile, d’avion léger et d’embarcation, comme ceux qui peuvent arriver avec les chevaux, les véhicules tout terrain et les véhicules de transport sur la neige sont autant de dangers potentiels, sans oublier les intempéries et les difficultés du terrain. Il est aussi toujours possible de se perdre en pleine nature. Les chasseurs à la poursuite d’espèces cynégétiques dangereuses comme les ours, les éléphants et les buffles sont constamment sous la menace d’une attaque. Dans les petites cabanes ou les tentes, les incendies, l’intoxication au monoxyde de carbone et les accidents dus à l’utilisation du propane sont des risques omniprésents. Les chasseurs comme les trappeurs risquent à tout moment de se blesser en manipulant des objets tranchants et, dans le cas des chasseurs à l’arc, des flèches à pointe large. Les accidents dus aux armes à feu sont également une cause connue de lésions et de décès chez les chasseurs, malgré des efforts de prévention incessants.

Les trappeurs sont généralement exposés aux mêmes dangers que les chasseurs. En outre, dans les régions circumpolaires, les cas d’engelures et d’hypothermie sont plus fréquents. Les risques de chute dans les lacs et les rivières couverts de glace durant l’hiver sont également très élevés. Certains trappeurs parcourent de longues distances seuls et doivent manipuler leurs pièges avec précaution, dans des conditions souvent pénibles. Une erreur peut entraîner la luxation ou la fracture d’un ou de plusieurs doigts, voire d’un bras. De plus, la morsure d’un animal capturé vivant n’est jamais à exclure. Les attaques de renards atteints de la rage ou d’animaux de grande taille tels que des ours ou des élans pendant la saison des amours sont exceptionnelles, mais non inconnues. L’écorchage et la manipulation de la fourrure exposent les trappeurs à des coupures, voire à des maladies.


  Les techniques cynégétiques

► Les armes à feu
Les armes à feu sont l’équipement de base de pratiquement tous les chasseurs. Les fusils de chasse et les carabines modernes sont les plus en vogue, mais la chasse à l’arme de poing ou aux armes primitives à chargement par la bouche est devenue plus fréquente dans certains pays développés depuis le début des années soixante-dix. Toutes ces armes sont essentiellement des plates-formes de lancement et de pointage d’un seul projectile (une balle ) ou, dans le cas des fusils de chasse, d’une gerbe de petits projectiles à courte portée (appelés plombs ). La portée utile dépend du type d’arme à feu utilisé et de l’habileté du chasseur. Elle peut aller de quelques mètres à plusieurs centaines de mètres dans la plupart des conditions. Les balles de fusil peuvent encore causer des dégâts ou des blessures à plusieurs milliers de mètres.
La majeure partie des accidents de chasse dus aux armes à feu surviennent lorsque l’arme se décharge accidentellement ou lorsque la victime n’a pas été vue par le tireur. Les fabricants actuels d’armes à feu utilisées pour la chasse et le piégeage sont parvenus, à quelques exceptions près, à produire un équipement techniquement sûr et fiable, à des prix concurrentiels. De très gros efforts ont été faits pour améliorer le dispositif de sécurité des armes afin d’éviter les décharges accidentelles, mais la prudence dans l’utilisation des armes à feu est toujours de rigueur. Les armuriers, les pouvoirs publics et les groupes privés tels que les clubs de chasse se sont tous efforcés d’accroître la sécurité des armes à feu et la protection des chasseurs en mettant surtout l’accent sur l’entreposage, l’utilisation et la manipulation sans danger des armes à feu.
Selon la définition adoptée par l’Association internationale de formation des chasseurs (International Hunter Education Association (IHEA)), est considéré comme un accident de chasse «tout événement attribué directement ou indirectement à une arme à feu ou à un arc, qui entraîne des blessures ou le décès d’une ou de plusieurs personnes à la suite d’actes d’une autre personne pendant la chasse» (IHEA, 1995). En 1995, 17 millions de personnes se sont fait délivrer un permis de chasse aux Etats-Unis (Alaska non compris); la même année, 107 décès et 1 094 blessures causés par des accidents de chasse ont été déclarés à l’IHEA. Le type d’accident le plus courant est celui où la victime n’a pas été vue par le tireur. On a constaté que le port de vêtements de couleur orange vif ou orange chasseur réduit le nombre d’accidents de ce genre dans les Etats où il est obligatoire. Le port systématique de vêtements de couleur orange vif est recommandé par l’IHEA. Il est actuellement obligatoire dans 40 Etats, mais dans certains d’entre eux, ce règlement ne s’applique qu’aux terres domaniales ou à la chasse au gros gibier. D’après les données de l’IHEA, les accidents où le chasseur se blesse lui-même viennent en deuxième position (31% du total en 1995).
Les pouvoirs publics encouragent la sécurité à la chasse et dans le maniement des armes à feu par divers moyens. Dans certains pays européens, les chasseurs doivent passer un examen écrit ou prouver leur compétence dans la chasse de telle ou telle espèce. Aux Etats-Unis, l’éducation des chasseurs, à laquelle on accorde une très grande importance, relève des Etats. Pour être autorisé à chasser, il est obligatoire, dans tout le pays, d’être porteur d’une carte attestant que l’on a suivi une formation. Un minimum de dix heures d’instruction est exigé. La formation porte notamment sur les responsabilités du chasseur, la préservation de la faune, les armes à feu, la déontologie cynégétique, les types de chasse, la survie et les soins d’urgence.

► Autres techniques
Au cours des dernières décennies, la performance des arcs composites a mis la chasse à l’arc à la portée de millions de chasseurs sportifs. Ces arcs sont munis d’un système de poulies et de câbles qui réduisent considérablement la force et l’entraînement nécessaires pour chasser avec les arcs classiques. Les chasseurs à l’arc utilisent des flèches dont les extrémités sont tranchantes comme une lame de rasoir. Les deux types d’accidents courants dans la pratique de ce genre de chasse sont les coupures dues aux pointes de flèche et les chutes sur des pointes de flèche non protégées. Pour obtenir de bons résultats à la chasse à l’arc, une connaissance approfondie de la faune et des techniques d’affût est indispensable. Il faut généralement être au maximum à 30 mètres de l’animal pour avoir des chances de l’atteindre.


  Les techniques de piégeage

La production mondiale de fourrure sauvage vient principalement de deux régions: l’Amérique du Nord et l’ex-Union soviétique. Les trappeurs exploitent généralement un parcours de piégeage ou une série d’endroits où sont posés un ou plusieurs dispositifs destinés à retenir ou à tuer l’espèce visée sans endommager la fourrure. Les collets et les pièges (y compris les boîtes, les pièges à mâchoires et les pièges moins cruels qui étouffent l’animal) sont les plus courants. Les parcours de piégeage peuvent se limiter à quelques pièges placés à proximité du lit d’un cours d’eau, à l’arrière d’une habitation, ou s’étendre sur plusieurs centaines de kilomètres de pistes parsemées de centaines de pièges. L’Alaska Trappers Manual (Alaska Trappers Association (ATA), 1991) est un ouvrage qui décrit les techniques de piégeage utilisées à l’heure actuelle dans cette région.

► Les techniques de traitement des peaux
D’une manière générale, les trappeurs dépouillent leurs prises et vendent les peaux séchées à un acheteur de fourrures ou directement à une maison de vente aux enchères. Les peaux sont finalement vendues à un pelletier ou à un mégissier qui les prépare ou les tanne, après quoi elles sont transformées en vêtements. Les prix des fourrures sont très variables. La valeur d’une peau dépend de sa taille, de la teinte souhaitée, de la qualité de la fourrure, de l’absence de défauts et du marché. Les trappeurs expérimentés doivent capturer des animaux à fourrure et préparer les peaux pour la vente d’une façon qui rende cette opération suffisamment rentable. Pour une étude détaillée sur l’industrie de la fourrure des animaux sauvages, voir Novak et coll. (1987).


  Les problèmes d’environnement et de santé publique

Depuis la seconde guerre mondiale, les progrès techniques ont amélioré le sort des chasseurs et des trappeurs à maints égards, tout au moins dans les pays développés. Ils ont réduit leur isolement et rendu leur travail moins exténuant, tout en diminuant la malnutrition occasionnelle. L’amélioration des méthodes de navigation, de recherche et de sauvetage a généralement accru la sécurité dans ces professions. Les chasseurs autochtones de morses et de baleines de l’Alaska, par exemple, reviennent désormais presque toujours indemnes de la chasse.

Au XXe siècle, deux facteurs importants ont sérieusement remis en cause l’avenir de ces filières, à savoir la nécessité de protéger les écosystèmes et les questions éthiques soulevées par l’interaction des chasseurs et des trappeurs avec les animaux sauvages. La recherche et la réglementation sont généralement les moyens privilégiés par les pouvoirs publics pour tenter de résoudre le très vieux problème de l’exploitation de la faune par l’humain. La gestion de la faune est devenue une discipline scientifique vers le milieu du XXe siècle et elle a évolué pour faire place à la biologie de gestion des espèces, qui vise à préserver l’équilibre des écosystèmes et la diversité génétique.

En ce qui concerne les Etats-Unis, la destruction des habitats et l’exploitation commerciale du début du XXe siècle avaient contribué à l’épuisement des ressources ichtyques et cynégétiques. En 1937, les chasseurs, les trappeurs et les défenseurs de la nature sont parvenus à faire adopter une loi (US Federal Aid in Wildlife Restoration Act), qui impose une taxe de 10 à 11% sur la vente des fusils de chasse, des pistolets, des carabines, des munitions et du matériel de tir à l’arc. Le produit de cette taxe s’ajoute aux recettes de la vente des permis, plaques et timbres de chasse et de piégeage.

Depuis la fin des années trente, le gouvernement fédéral a investi des millions de dollars dans la recherche sur la faune, sa conservation, sa gestion et l’éducation des chasseurs. Un des effets positifs de ces efforts est que les espèces fauniques d’Amérique du Nord exploitées activement par les chasseurs et les trappeurs sont désormais généralement capables de supporter une chasse de subsistance. L’expérience de l’aide fédérale montre que, lorsqu’on est disposé à financer les frais de recherche et de gestion de la faune, l’avenir des espèces concernées est relativement assuré. Ce n’est malheureusement pas le cas pour la plupart des écosystèmes et des espèces sauvages du monde. En ce début du nouveau siècle, la perturbation des habitats et l’extinction de certaines espèces sont de véritables problèmes.

L’autre obstacle persistant est la controverse qui entoure les droits des animaux. La chasse et le piégeage, surtout à des fins récréatives ou sans rapport avec la subsistance, sont-ils des activités socialement acceptables en ce début du XXIe siècle qui sera marqué par la croissance de la population et la diminution des ressources? Ce débat de société s’est intensifié depuis quelques décennies. L’un de ses aspects positifs est que les chasseurs et les trappeurs ont dû mieux exposer leur position et respecter des normes très strictes. Certaines activités que le grand public juge cruelles, comme l’abattage à coups de gourdin des bébés phoques du Groenland, au large des côtes de Terre-Neuve, ont été interdites — ce qui a entraîné en l’occurrence des coûts sociaux et économiques énormes pour les Terre-Neuviens dont c’était le mode de vie depuis des générations. La menace d’interdiction des Communautés européennes sur l’importation de fourrures d’animaux capturés au moyen de pièges à mâchoires a intensifié la recherche de méthodes efficaces plus humaines pour la capture de certains animaux à fourrure. Cette menace met cependant en péril un mode de vie de subsistance traditionnel en Amérique du Nord (pour plus de détails, voir Herscovici, 1985.)