
L’ÉQUIPEMENT DE PROTECTION INDIVIDUELLE
Le travail forestier est l’un de ceux qui exigent en permanence le port d’un équipement de protection individuelle. La mécanisation a certes réduit le nombre d’utilisateurs de scies à chaînes, mais il existe encore des tâches, souvent dans des endroits difficiles d’accès, que les gros engins ne peuvent effectuer.
Malheureusement, alors que les scies à chaîne portatives gagnaient en efficacité et en vitesse de coupe, la protection apportée par les vêtements et les chaussures de travail tendait à diminuer. En fait, le supplément de protection exigé a alourdi l’équipement porté par les travailleurs forestiers, ce qui rend leur tâche encore plus pénible, en particulier l’été dans les pays nordiques, et tout au long de l’année dans d’autres. Cet article est centré sur les utilisateurs de scies à chaîne, mais la plupart des travaux forestiers nécessitent en fait une protection. Le tableau 68.9 donne un aperçu des équipements normalement exigés.
Tableau 68.9 Equipement de protection individuelle conseillé pour les travaux forestiers
| Partie du corps à protéger | Pieds | Jambes | Tronc, bras, jambes | Mains | Tête | Yeux | Yeux/visage | Oreilles | |||||
| Equipement normalement approprié | Bottes ou chaussures de sécurité (1) | Pantalon de protection(2) | Vêtements ajustés | Gants | Casque de sécurité | Lunettes | Visière | Oreillettes antibruit(3 ) | |||||
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En cours de préparation ... |
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Source: d’après Bureau international du Travail (BIT), 1998. |
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(1) Avec embout en acier pour les charges moyennes ou lourdes. (2) Pantalon fait d’un matériau ayant un effet de bourrage sur la chaîne de scie; dans les climats chauds ou par temps chaud, on peut porter des guêtres. Les pantalons de sécurité et les guêtres contenant des fibres inflammables pouvant fondre ne devraient pas être portés durant les opérations de lutte contre le feu. (3) Les bouchons auriculaires ne conviennent généralement pas aux travaux forestiers en raison des risques d’infection. (4) En cas de plantation de jeunes plantes avec épines ou de plantes chimiquement traitées. (5) En cas de travail sous un niveau sonore dépassant les 85 dB(A). (6) Bottes à empeigne avant et cou-de-pied renforcés, utilisées lors du maniement de scies à chaîne. (7) Matériau résistant à la déchirure renforçant le dessus du gant de la main gauche. (8) Si, pour élaguer, un travailleur doit grimper à une hauteur supérieure à 3 m, il doit utiliser un dispositif limiteur de chute. (9) En cas de risque de blessures provoquées par des chutes de branches. (10) En cas d’élagage à une hauteur de plus de 2,5 m. (11) L’abattage comprend l’ébranchage et le tronçonnage. (12) En cas d’utilisation d’une scie à main. (13) En cas de débusquage près d’arbres ou de branches instables. (14) Seulement en cas de manipulation de grumes; gants à paume renforcée en cas de manutention de câbles, de colliers chokers ou de câbles métalliques. (15) De couleur très voyante. 16Avec jugulaire. 17Des casques d’escalade sont préférables mais, à défaut, on peut utiliser un casque de sécurité avec jugulaire.
Les mécanismes de protection et l’efficacité des dispositifs de protection individuelle
Les vêtements de protection
Les vêtements destinés à protéger contre les coupures offrent trois formes de protection: 1) le plus souvent, le pantalon et les gants comportent un rembourrage composé de plusieurs couches de fibres à grande résistance à la traction. Quand la lame en mouvement touche les fibres, celles-ci s’étirent et entravent le mouvement de la chaîne; 2) le matériau de rembourrage peut se prendre dans le pignon d’entraînement et la glissière du guide, augmentant ainsi le frottement de la chaîne contre le guide jusqu’à ce qu’elle se bloque; 3) enfin, le tissu peut être fait de telle façon que la chaîne glisse à sa surface et ne puisse l’entamer facilement.
Chaque tâche forestière requiert une protection particulière. Pour les tâches ordinaires, le rembourrage ne protège que le devant du pantalon et le dos des gants. Certaines tâches spéciales (jardinage, chirurgie des arbres, etc.) demandent souvent une protection plus étendue. Le rembourrage couvre alors entièrement les jambes, y compris la partie arrière. Si la scie est tenue au-dessus de la tête, il faut aussi que le haut du corps soit protégé.
On ne doit pas perdre de vue qu’un équipement de protection individuelle n’offre qu’une protection limitée et que la sécurité dépend en réalité des méthodes de travail. Les nouvelles scies à chaîne portatives sont si efficaces que la chaîne peut facilement entailler les meilleurs matériaux de protection à grande vitesse ou sous une forte pression. Un rembourrage réalisé avec les matériaux les plus performants dont on dispose aujourd’hui serait inutilisable pour les travaux forestiers intensifs. Le compromis adopté entre protection et confort résulte d’essais effectués sur le terrain. Fatalement, tout accroissement du confort d’un vêtement a eu pour effet de diminuer le degré de protection.
Les chaussures de sécurité
Les chaussures de sécurité en caoutchouc offrent une assez bonne protection contre les entailles causées par une scie à chaîne. Les blessures les plus fréquentes se produisant dans la zone des orteils, une bonne chaussure doit donc comporter une doublure résistante à l’avant et un renfort métallique au-dessus des orteils. La protection ainsi obtenue est excellente. Par temps chaud, le port de bottes en caoutchouc est désagréable, et il convient de les remplacer par des bottes ou des chaussures montantes en cuir, qui doivent impérativement comporter elles aussi un renfort métallique au niveau des orteils. La protection étant alors en général bien inférieure à celle qu’offrent les bottes en caoutchouc, il faut se montrer encore plus vigilant. On optera pour des méthodes de travail qui limitent le plus possible le risque de contact de la chaîne avec les pieds.
La botte doit être de la bonne taille et sa semelle doit être antidérapante pour éviter les glissades et les chutes, accidents très courants. Lorsque le sol est couvert de glace et de neige ou lorsque les travailleurs sont appelés à marcher sur des troncs glissants, il est préférable qu’elle puisse être équipée de crampons.
Le casque de sécurité
Le casque protège contre les chutes de branches et d’arbres, ainsi que contre un rebond éventuel de la scie à chaîne. Il doit être le plus léger possible pour ne pas trop fatiguer le cou. On veillera à ajuster la coiffe pour qu’il tienne bien sur la tête. Sur la plupart des modèles, la coiffe permet aussi un réglage en hauteur. Le casque doit être suffisamment bas sur le front pour que son poids ne crée pas de ballant quand on travaille penché vers le sol. Par temps froid, il est nécessaire d’ajouter une cagoule en tissu ou en fourrure sous le casque. Ces cagoules doivent être spécialement conçues à cette fin. Si la cagoule gêne la mise en place du casque, elle peut diminuer la protection offerte. Les casques utilisés en foresterie comportent une attache permettant de fixer une visière et un serre-tête antibruit. Ce dernier doit être porté directement sur les oreilles, à travers les ouvertures pratiquées à cet effet dans la cagoule. Lorsque les oreillettes sont posées par-dessus la cagoule, le serre-tête antibruit peut en effet perdre quasiment toute efficacité.
Par temps chaud, le casque doit comporter des trous d’aération. Ces orifices devront être d’origine. Des trous dans le casque ne devraient jamais être percés après coup, ce qui en réduirait beaucoup la résistance.
La protection du visage et des yeux
Le casque comporte habituellement un protecteur ou un écran facial, le plus souvent en treillis métallique. Les écrans en plastique se salissent facilement après une durée d’utilisation relativement courte, et leur nettoyage est difficile parce que le plastique résiste mal aux solvants. Le treillis métallique réduit la lumière qui arrive jusqu’aux yeux du travailleur, et les reflets qui se produisent sur les mailles peuvent rendre la vision difficile. Les lunettes étanches portées sous le protecteur facial s’embuent facilement et donnent une vision souvent trop déformée. Il est préférable d’utiliser un masque métallique peint en noir et percé d’ouvertures rectangulaires plutôt que rondes.
Les serre-tête antibruit
Les serre-tête antibruit ne sont efficaces que si les oreillettes serrent bien la tête. C’est pourquoi leur utilisation nécessite quelques précau-tions. Le moindre interstice entre la tête et le bourrelet des oreillettes, notamment celui que peuvent causer des branches de lunettes, en diminue fortement l’efficacité. On doit inspecter fréquemment le bourrelet des oreillettes et le changer s’il est endommagé.
Le choix de l’équipement de protection individuelle
Avant de commencer le travail sur un nouveau chantier, il convient d’évaluer les risques susceptibles d’être rencontrés. Cela comprend notamment l’examen des outils, des méthodes et du milieu de travail, des qualifications des travailleurs et la planification de tous les aspects techniques et organisationnels. Si ces mesures ne permettent pas d’éliminer les risques, on pourra recourir aux équipements de protection individuelle pour accroître la sécurité. Ces équipements ne peuvent jamais constituer le seul moyen de prévention; ils doivent être considérés tout au plus comme une mesure d’appoint. La scie à chaîne doit par exemple être équipée d’un frein de chaîne et le travailleur doit avoir suivi une formation.
Les résultats de l’analyse des risques permettent ensuite de définir les dispositifs de protection à utiliser. Il faut tenir compte des facteurs environnementaux pour limiter la gêne créée par l’équipement. Compte tenu des dangers liés à la manipulation de la scie à chaîne, on déterminera l’étendue de la zone à protéger et le degré de protection. Si les travailleurs ne sont pas des professionnels, ces exigences seront renforcées, mais il ne faudra pas oublier la surcharge qui en résultera lorsqu’il s’agira de fixer les périodes de travail. Une fois les besoins définis en fonction des risques et des tâches à accomplir, le choix se fera parmi les équipements homologués. Les travailleurs devraient avoir la possibilité d’essayer différents modèles et différentes tailles pour choisir la tenue qui leur convient le mieux. Des vêtements inadaptés peuvent être à l’origine de postures et de mouvements préjudiciables et augmenter les risques d’accidents et les problèmes de santé. La figure 68.17 illustre les différentes pièces de l’équipement à adopter.
Figure 68.17 Localisation des lésions corporelles et épquipements de protection individuelle
recommandé pour les travaux forestiers, Pays-Bas, 1989

La détermination des conditions d’utilisation
Tous les travailleurs doivent recevoir des instructions appropriées sur l’utilisation de l’équipement de protection individuelle. On doit leur décrire comment fonctionne la protection pour qu’ils sachent eux-mêmes inspecter et évaluer quotidiennement l’état de l’équipement, leur expliquer clairement les conséquences de sa non-utilisation et leur fournir également tout renseignement requis en matière de nettoyage et de réparation.
L’équipement de protection employé en foresterie, comme on l’a dit, peut représenter un supplément de poids relativement important pour les travailleurs. ce qui doit être pris en compte quand on détermine les périodes de travail et de repos.
Le port d’un équipement de protection individuelle donne souvent un faux sentiment de sécurité. Les chefs d’équipe doivent donc s’assurer que les travailleurs ne prennent pas de ce fait davantage de risques et qu’ils connaissent bien les limites de la protection que leur confère leur tenue.
L’entretien et la réparation
Un équipement de protection qui n’est pas entretenu et réparé correctement peut perdre de son efficacité.
La coque du casque doit être nettoyée à l’aide d’un détergent doux. Il est difficile d’enlever la résine sans utiliser de solvant, mais les solvants sont à éviter car ils peuvent endommager le casque. Il faut impérativement suivre les instructions du fabricant et mettre au rebut le casque si l’on ne peut le nettoyer. Pour le travail en forêt, on choisira les matériaux qui résistent le mieux aux solvants.
D’autres facteurs environnementaux peuvent avoir des effets sur les matériaux entrant dans la fabrication du casque. Les matières plastiques sont sensibles aux rayons ultraviolets du soleil, qui rendent la coque cassante, surtout par temps froid; le vieillissement rend le casque plus fragile et diminue le degré de protection. Les signes de vieillissement, qui ne sont pas toujours évidents, se manifestent par de fines craquelures et par une perte de brillant. La coque peut aussi émettre des bruits de craquement quand on la soumet à une torsion légère. Le casque doit faire l’objet d’une inspection visuelle détaillée au moins tous les six mois.
Lorsqu’une chaîne de scie est entrée en contact avec le pantalon, la protection peut se trouver fortement réduite, ou devenir nulle. Si des fibres du matériau de rembourrage ont été arrachées, il faut remplacer le pantalon. Si seul le tissu extérieur est endommagé, on le réparera soigneusement en veillant à ne pas coudre à travers le matériau de rembourrage. Le degré de protection dépendant en général des fibres résistantes du rembourrage, si celles-ci sont prisonnières sous les points de couture à la suite d’une réparation, elles n’assureront plus la protection prévue.
Pour le nettoyage, il est impératif de suivre les instructions du fabricant. On s’est aperçu que certaines méthodes de nettoyage peuvent réduire à néant la protection. Les vêtements du travailleur forestier étant difficiles à nettoyer, il importe de les choisir dans des matériaux qui résistent aux lavages les plus intensifs.
L’étiquetage des équipements de protection homologués
La conception et la qualité de fabrication des équipements de protection individuelle doivent satisfaire à des normes élevées. Dans la zone économique européenne, ces équipements doivent subir des essais avant d’être mis sur le marché. Les conditions à remplir en matière de sécurité et de santé sont énoncées dans la directive 89/656 (Commission économique européenne (CEE), 1989). Pour les rendre plus claires, l’Union européenne (UE) a élaboré des normes harmonisées. Elles ne sont pas obligatoires, mais tous les équipements qui s’en réclament sont réputés conformes à la directive 89/656. L’Organisation internationale de normalisation (ISO) et le Comité européen de normalisation (CEN) travaillent de concert à ces normes en s’inspirant de l’Accord de Vienne. Techniquement, les normes de l’UE et celles de l’ISO sont donc en partie identiques.
Les équipements sont essayés dans des centres officiels qui délivrent un certificat lorsque les conditions sont remplies. Ensuite, le fabricant peut apposer sur son produit le label «CE» indiquant qu’un contrôle de conformité a eu lieu. Dans d’autres pays, après une procédure analogue, la marque d’homologation nationale est apposée sur le produit.
Le dépliant qui accompagne le produit joue un rôle essentiel car il renseigne l’utilisateur sur son mode d’emploi, sur le degré de protection qu’il offre et sur la façon de le nettoyer, de le laver et de le réparer.
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