
LA GESTION DES INCENDIES DE FORÊT ET LES MOYENS DE LUTTE
L’importance des incendies de forêt
Un élément important de la gestion forestière consiste à protéger la ressource elle-même.
Parmi les nombreuses atteintes à la forêt, le feu est souvent le plus dangereux. Ce danger constitue aussi une menace réelle pour la population qui vit à l’intérieur ou à proximité du secteur boisé. Chaque année, des milliers de personnes perdent leur maison dans des incendies dévastateurs et des centaines y laissent leur vie, de même que des dizaines de milliers d’animaux domestiques. Le feu détruit les cultures et entraîne une érosion des sols qui s’avère à long terme encore plus désastreuse que l’accident lui-même. Lorsque de fortes pluies s’abattent sur un sol mis à nu par le feu, elles peuvent provoquer d’énormes coulées de boue ou des glissements de terrain.
On calcule que chaque année le feu détruit:
• entre 10 et 15 millions d’hectares de forêt boréale ou tempérée; • entre 20 et 40 millions d’hectares de forêt tropicale humide; • entre 500 millions et 1 milliard d’hectares de savane, de bois et de forêt claire dans les régions tropicales et subtropicales.
L’être humain est responsable à plus de 90% de ces incendies. Il est donc évident que la gestion forestière doit accorder la plus haute priorité à la prévention des incendies et aux moyens de lutte.
Les facteurs de risque en cas d’incendie forestier
Les facteurs ci-après rendent particulièrement difficile et dangereuse la lutte contre les incendies de forêt:
• la chaleur considérable rayonnée par le feu (les incendies se produisent toujours par temps chaud); • le manque de visibilité (à cause de la fumée et de la poussière); • la difficulté du terrain (le feu suit toujours le vent et se déplace en général dans un sens ascendant); • les problèmes posés par l’approvisionnement des pompiers (en aliments, en eau, en outils et en carburant); • l’obligation fréquente de travailler la nuit (c’est le meilleur moment pour éteindre un incendie); • l’impossibilité de gagner le feu de vitesse par vent violent (le feu se déplace plus vite que tout individu au pas de course); • les changements de direction du vent, qui rendent impossible de prédire avec certitude la propagation de l’incendie; • le stress et la fatigue du personnel, qui lui font commettre des erreurs de jugement graves, dont les conséquences sont souvent mortelles.
La gestion des incendies de forêt
Les activités relevant de la gestion des incendies de forêt s’articulent autour de trois axes auxquels correspondent des objectifs différents:
• prévention (comment empêcher les incendies de se produire); • détection (comment signaler les incendies le plus vite possible); • maîtrise (comment combattre les incendies pour les éteindre).
Les dangers professionnels
En ce qui concerne la prévention des incendies, elle ne présente, dans la plupart des cas, aucun danger.
A l’étape de la détection, les problèmes de sécurité ont trait essentiellement à la conduite des véhicules, sauf bien entendu si l’on utilise un avion. A ce propos, les appareils à voilure fixe sont particulièrement vulnérables aux forts courants ascendants d’air et de gaz chauds. Tous les ans, des dizaines d’équipages se tuent à cause de fautes de pilotage, notamment en montagne.
Quant à l’extinction d’un incendie, c’est-à-dire le travail de lutte proprement dit contre le feu, c’est une tâche très spécialisée. Elle doit être organisée comme une opération militaire parce que la négligence, la désobéissance et d’autres défaillances humaines peuvent non seulement mettre en péril la vie des pompiers eux-mêmes, mais aussi causer la mort de nombreuses autres personnes, ainsi que des dommages matériels considérables. L’organisation d’ensemble doit répondre à une structure claire et garantir une bonne coordination entre le personnel forestier, les services de secours, les pompiers, la police et, pour les grands incendies, les forces armées. Il importe qu’il y ait un seul commandement, centralisé et situé sur les lieux.
L’extinction d’un incendie requiert principalement la mise en place ou l’entretien d’un réseau de coupe-feu. Il s’agit habituellement de bandes de terre ayant une largeur de 10 à 20 m, d’où l’on a éliminé toute végétation et toute matière inflammable. La plupart des accidents survenant dans cette activité sont dus à la manipulation d’outils tranchants.
Les incendies à grande échelle sont évidemment les plus dangereux, mais des problèmes du même genre peuvent se poser avec les brûlages dirigés et contrôlés ou les brûlages localisés, qui consistent à brûler une petite étendue pour réduire les dépôts inflammables sans endommager la végétation. Les mêmes précautions doivent s’appliquer dans tous les cas.
L’intervention précoce
Il est d’autant plus facile et moins dangereux de maîtriser un incendie qu’on le détecte suffisamment tôt, alors qu’il est encore faible. Dans le passé, cette détection se faisait par observation à partir du sol, mais aujourd’hui les appareils à rayons infrarouges et à micro-ondes fixés aux avions permettent de détecter un incendie dès ses débuts. L’information est transmise au sol à un ordinateur qui en effectue le traitement et donne avec précision l’emplacement et la température de l’incendie, même en présence de nuages. Cela permet aux équipes à terre et aux pompiers parachutistes d’attaquer le feu avant qu’il ne se propage sur une grande étendue.
L’outillage et l’équipement
Le personnel de lutte contre le feu, qu’il s’agisse de travailleurs forestiers, de volontaires civils, d’employés de l’Etat ou de militaires détachés doit respecter de nombreuses règles de sécurité. La toute première est: ne jamais s’engager dans un incendie sans avoir avec soi son outil de coupe . Il arrive en effet que la seule façon d’échapper au feu soit d’utiliser cet outil pour éliminer l’un des éléments de l’incendie défini par le «triangle du feu», à la figure 68.13. La qualité de cet outil est donc vitale; en bref, si l’outil se rompt, le pompier peut perdre la vie dans l’incendie. Les autres éléments du matériel de sécurité d’un pompier sont décrits à la figure 68.14.
Figure 68.13 Le traingle de feu

Figure 68.14 Equipement de sécurité dans la lutte contre les feux de forêt

L’extinction du feu sur le terrain
L’aménagement des coupe-feu pendant l’incendie proprement dit présente un risque particulier parce que l’on doit travailler vite pour enrayer l’avance du feu, dans des conditions rendues plus dangereuses encore par une mauvaise visibilité et par les retournements du vent. Lorsqu’il s’agit de combattre des incendies produisant beaucoup de fumée (comme les incendies de tourbière), il faut tenir compte des enseignements d’un cas survenu en Finlande en 1995, ayant eu des conséquences graves, à savoir:
• quand la fumée est épaisse, n’envoyer au feu que des personnes expérimentées et en très bonne condition physique; • doter chaque personne d’un émetteur-récepteur qui permette de recevoir des instructions d’un avion de surveillance; • n’envoyer sur le terrain que des personnes munies d’un appareil de protection respiratoire ou d’un masque à gaz.
Lorsque le feu menace des habitations, il peut être nécessaire d’évacuer leurs occupants. Cette situation est propice aux voleurs et aux vandales, et il faut alors mettre en place une surveillance efficace par la police.
La tâche la plus dangereuse de toutes est celle qui consiste à établir un contre-feu, c’est-à-dire à tracer rapidement au travers des arbres et des buissons un chemin parallèle à la ligne de l’incendie et à y mettre le feu à un moment précis afin de produire un fort appel d’air en direction de l’incendie, de sorte que les deux rideaux de flammes se rencontrent. Le courant d’air produit par l’incendie s’explique par le fait que ce dernier absorbe tout l’oxygène environnant pour avancer. Mais cette méthode présente manifestement un risque: si le moment a été mal choisi, toute l’équipe se trouvera entourée d’une épaisse fumée et d’une chaleur insupportable, dans un air privé d’oxygène. L’établissement des contre-feux doit donc être confié uniquement aux personnes les plus expérimentées, qui doivent penser à aménager des voies d’évacuation de part et d’autre du feu. La pratique des contre-feux devrait toujours faire l’objet d’exercices avant la saison des incendies. Le personnel devrait entre autres apprendre à se servir de torches, les allumettes ne permettant pas d’allumer le feu assez rapidement.
En dernier recours, s’il ne peut évacuer à temps les lieux, le pompier peut se protéger en enlevant toute matière inflammable dans un cercle de 5 m de diamètre, puis creuser une fosse au milieu, se recouvrir de terre et se protéger la tête de son casque ou de sa veste après les avoir abondamment mouillés. Souvent, dans ces cas, il ne subsiste plus d’oxygène respirable qu’à 1 ou 2 cm du sol.
Le bombardement d’eau par avion
Le recours à l’avion pour combattre les incendies n’est pas nouveau (l’aviation et les risques qu’elle présente sont décrits ailleurs dans l’Encyclopédie ). Cependant, dans un incendie de forêt, certaines activités liées à l’usage des avions sont très dangereuses pour le personnel au sol. Le premier facteur de risque a trait à l’application correcte des règles de signalisation s’adressant aux avions, lesquelles doivent être bien apprises pendant la formation.
Le deuxième facteur est le marquage des secteurs où l’avion doit aller faire le plein d’eau. Pour que cette opération présente le moins de danger possible, le parcours devrait être balisé au moyen de bouées afin que le pilote ne soit pas contraint d’effectuer l’opération au jugé.
Le troisième facteur est la nécessité de maintenir un contact radio permanent entre l’avion et le sol lorsque le pilote se prépare à larguer l’eau. La masse d’eau transportée par les petits hélicoptères, dont le volume des réservoirs varie de 500 à 800 litres, n’est pas spécialement dangereuse. Par contre, de gros hélicoptères comme le MI-6 en transportent 2 500 litres, tandis que l’avion C-120 peut emporter 8 000 litres et que l’IL-76 peut larguer 42 000 litres en une fois. L’impact d’une telle masse d’eau sur du personnel serait mortel.
La formation et l’organisation
Il est indispensable d’organiser des exercices communs avec tous les pompiers, les habitants des villages et les travailleurs forestiers avant la saison des incendies. C’est le meilleur moyen de garantir l’efficacité et la sécurité de la lutte contre le feu. De même, toutes les tâches correspondant aux différents échelons de commandement doivent également faire l’objet d’exercices préalables sur le terrain.
Le chef des pompiers et les chefs d’équipe devraient être choisis parmi les personnes qui connaissent le mieux la situation locale, les pouvoirs publics et le secteur privé. Il est manifestement contre-indiqué de désigner des personnes situées trop haut dans l’échelle hiérarchique (elles connaissent mal la région) ou trop bas (elles manquent souvent d’autorité).
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