
La récolte et transport du bois
LA RÉCOLTE DU BOIS
La récolte du bois désigne l’ensemble des opérations d’abattage et de façonnage des bois dans une forêt ou une plantation, conformément aux exigences de l’utilisateur, puis leur livraison à un consommateur. Autrement dit, il s’agit de couper des arbres, de les débiter en billes, de les débarder et de les transporter sur une longue distance jusqu’à un consommateur ou une usine de transformation. Les expressions exploitation forestière et coupe ou récolte du bois sont souvent synonymes. Le transport sur de grandes distances et la récolte de produits forestiers autres que le bois font l’objet d’articles distincts dans ce chapitre.
Les opérations
Il existe de nombreuses méthodes de récolte du bois, mais elles comportent toutes une même suite d’opérations:
• l’abattage: consiste à sectionner un arbre à sa base et à le faire tomber; • l’écimage et l’ébranchage: consistent à couper la cime inutilisable de l’arbre et les branches; • l’écorçage: consiste à dépouiller le tronc de son écorce; cette opération est souvent accomplie à l’usine de transformation et non sur la coupe dans la forêt; le bois de chauffage n’est pas écorcé; • le débardage: consiste à évacuer les troncs ou les billes jusqu’à un dépôt situé à proximité d’une route forestière, où ils sont triés, empilés et souvent entreposés à titre temporaire, avant d’être transportés vers un lieu éloigné; • le tronçonnage/découpage: consiste à découper le tronc à la longueur demandée par l’utilisateur final; • le cubage: consiste à déterminer la quantité de bois produite, habituellement en fonction du volume (mais aussi selon le poids pour le petit bois; le pesage est la règle pour le bois à pâte et s’effectue à l’usine de transformation); • le tri, l’empilage et l’entreposage temporaire: les billes de bois sont généralement de dimensions et de qualité variables; c’est pourquoi on les classe en différentes catégories selon qu’on peut les utiliser comme bois à pâte, bois de sciage, etc., avant de les empiler pour en faire un chargement complet, qui correspond normalement à la capacité d’un camion; le lieu où s’effectuent ces opérations, en plus du cubage et du chargement, est appelé premier dépôt; • le chargement: consiste à déposer les billes sur l’engin de transport, généralement un camion (grumier), et à fixer le chargement.
Ces opérations ne se déroulent pas obligatoirement dans l’ordre ci-dessus. Selon le type de forêt, le produit recherché et la technologie disponible, il peut être plus avantageux d’accomplir une opération soit plus en amont (c’est-à-dire plus près du lieu de coupe), soit plus en aval (c’est-à-dire au premier dépôt ou même à l’usine de transformation). On distingue habituellement les méthodes de récolte selon que l’exploitation se fait:
• par arbres entiers: les arbres sont transportés jusqu’à la route, au premier dépôt ou à l’usine de transformation avec leur cime et leurs branches; • par bois courts: l’écimage, l’ébranchage et le tronçonnage se font sur le parterre de coupe (les billes ne mesurent généralement pas plus de 4 à 6 m); • par fûts entiers: la cime et les branches sont retirées avant le débardage.
Pour le bois industriel, la récolte se fait le plus souvent par fûts entiers. L’exploitation par bois courts est la norme dans le nord de l’Europe, mais c’est aussi un mode d’exploitation très courant pour le bois de construction de petite taille et le bois de chauffage dans beaucoup d’autres régions du monde. Sa place est appelée à se développer. La récolte d’arbres entiers est la méthode la moins courante en ce qui concerne le bois industriel, n’étant pratiquée que dans un nombre limité de pays (Canada, Fédération de Russie et Etats-Unis). Elle compte au total pour moins de 10% du volume récolté et son importance tend à diminuer.
S’agissant de l’organisation du travail, de la sécurité et des inspections, il est utile de faire la distinction entre trois lieux de travail dans le cadre de la récolte du bois:
1. le lieu d’abattage ou le parterre de coupe; 2. le terrain compris entre le parterre de coupe et la route forestière; 3. le premier dépôt.
Il est également intéressant de savoir si les opérations sont, dans une grande mesure, indépendantes les unes des autres sur le plan de l’espace et du temps ou si elles sont étroitement liées et interdépendantes. C’est cette deuxième situation qui prévaut en général dans les systèmes d’exploitation en continu, où les étapes de la chaîne de collecte sont synchronisées. Tout incident survenant entre l’abattage et le transport perturbe ainsi la chaîne au complet. Un tel système d’exploitation en flux tendu doit être géré rationnellement pour ne pas être une cause de stress et de fatigue excessifs pour le personnel.
Le stade auquel intervient la récolte dans le cycle de vie d’une forêt et le mode d’exploitation influent à la fois sur les techniques mises en œuvre et sur les risques en résultant. L’abattage des arbres a pour but soit d’opérer des éclaircies, soit de pratiquer une coupe définitive. L’éclaircie consiste à supprimer des éléments, en général indésirables, de jeunes peuplements forestiers pour faciliter la croissance et améliorer la qualité des arbres restants. Il s’agit le plus souvent d’une opération sélective, c’est-à-dire que l’enlèvement des arbres ne laisse pas de grands vides. La répartition spatiale qui en résulte se compare à celle que l’on obtient après une coupe d’exploitation sélective, à cela près que les arbres prélevés à ce dernier stade ont atteint leur maturité et sont souvent imposants. Mais, là aussi, seuls quelques arbres sont abattus et la futaie demeure bien fournie. Par conséquent, dans un cas comme dans l’autre, il peut se poser des problèmes d’orientation sur le terrain parce que les arbres restants et la végétation obstruent la vue. En outre, il est parfois très difficile de faire tomber des arbres dont le branchage a tendance à s’accrocher dans celui des sujets voisins. Les chutes de débris du haut de la cime sont alors très fréquentes. L’éclaircie et la coupe sélective se prêtent mal à la mécanisation. Compte tenu de ces difficultés, ces opérations exigent une grande préparation et beaucoup d’habileté pour être accomplies sans danger.
En matière de récolte finale, l’autre solution consiste à éliminer tous les arbres d’une parcelle; c’est ce que l’on appelle une «coupe à blanc». Une coupe à blanc peut se faire sur de petites superficies, de 1 à 5 hectares, ou sur un très grand territoire couvrant plusieurs kilomètres carrés. Les grandes coupes à blanc sont très critiquées dans de nombreux pays à cause de leur incidence sur l’environnement et le paysage. Quelle que soit la pratique suivie, la coupe d’une forêt ancienne et d’une forêt naturelle présente en général plus de risques que la coupe d’une futaie jeune ou d’une plantation forestière parce que les arbres sont hauts et tombent avec une grande force d’inertie. Leurs branches peuvent s’enchevêtrer avec celles d’autres arbres et avec des plantes grimpantes, et entraîner les branches d’arbres voisins dans leur chute. En outre, les arbres sont souvent morts ou pourris de l’intérieur, ce qui n’apparaît parfois que dans les derniers moments de l’abattage, et leur comportement est alors imprévisible. Les arbres pourris peuvent se casser et tomber dans une direction inattendue. A la différence des arbres verts, les individus morts et desséchés tombent rapidement.
Les progrès technologiques
Dans le domaine de l’exploitation forestière, les progrès technologiques ont été très rapides pendant la deuxième moitié du XXe siècle, et la productivité moyenne a fortement augmenté. Il existe aujourd’hui beaucoup de techniques différentes qui cohabitent parfois au sein d’un même pays. Une étude de la situation en Allemagne au milieu des années quatre-vingt, par exemple, recensait près de 40 combinaisons différentes d’équipements et de méthodes (Dummel et Branz, 1986).
Certaines méthodes de récolte sont beaucoup plus avancées que d’autres, mais aucune n’apparaît véritablement supérieure. Le choix dépend habituellement du bois commandé par le client, de l’état de la forêt et du terrain, de considérations environnementales et du coût — facteur souvent décisif. Par ailleurs, certaines techniques ne sont applicables qu’à des arbres de petite ou de moyenne taille et situés sur un terrain relativement plat, c’est-à-dire qui ne comporte aucune pente de plus de 15-20°.
Le coût et l’efficacité d’une méthode de récolte peuvent être extrêmement variables, selon qu’elle est plus ou moins adaptée aux conditions du site et, tout aussi important, selon les qualifications du personnel et le mode d’organisation des opérations. L’emploi d’outils à main et le débardage manuel des grumes, par exemple, se justifient parfaitement sur le plan économique et social dans des pays caractérisés par un chômage élevé, une main-d’œuvre bon marché et des équipements très coûteux, ainsi que pour les petites exploitations. Une mécanisation complète peut permettre d’obtenir une production quotidienne très importante, mais elle exige d’énormes dépenses d’investissement. Dans des conditions favorables, les machines modernes de récolte peuvent produire plus de 200 m3 de bois par journée de huit heures. Par comparaison, un opérateur de scie à chaîne ne produira probablement pas plus de 10% de ce volume. Pour ce qui est de l’investissement, il faut compter environ 500 000 dollars E.-U. pour une abatteuse-tronçonneuse ou un gros téléphérique forestier, contre 1 000 à 2 000 pour une scie à chaîne et 200 pour une bonne scie à débiter.
Les méthodes courantes, l’équipement et les risques
L’abattage et la conversion primaire
Cette étape comprend l’abattage, l’écimage et l’ébranchage, auxquels s’ajoutent éventuellement l’écorçage, le débitage et le cubage. C’est l’une des tâches industrielles les plus dangereuses. On utilise des outils à main et des scies à chaîne ou des machines pour abattre et ébrancher les arbres et pour les découper en billes. Les outils à main comprennent des outils tranchants tels que haches, merlins, serpes et machettes, et différentes sortes de scies telles que passe-partout et scies à archet. Les scies à chaîne sont très répandues dans la plupart des pays. Malgré les efforts et les progrès importants accomplis sur le plan de la réglementation et de la fabrication pour les améliorer, ces scies demeurent l’outil le plus dangereux en foresterie. La majorité des accidents graves et beaucoup de problèmes de santé sont attribuables à leur utilisation.
La première tâche consiste à abattre l’arbre, c’est-à-dire à le couper le plus près possible du sol. Le bas de la tige constitue en général la partie la plus intéressante parce qu’elle fournit un important volume de bois dépourvu de nœuds et d’une texture lisse. Il faut donc que le fût ne soit pas fendu et que l’entaille soit précise pour éviter la torsion des fibres. Il est important de bien diriger la chute, non seulement pour protéger l’arbre et ce qui l’entoure, mais aussi pour protéger les travailleurs et faciliter le débusquage. Quand l’abattage se fait à la main, on pratique une série de coupes particulières dans un ordre déterminé.
La méthode classique d’abattage à la scie à chaîne est illustrée à la figure 68.6. Après avoir déterminé le sens de la chute (1) et dégagé la base de l’arbre et les voies d’évacuation, on commence par pratiquer une entaille (2) sur une profondeur d’environ un cinquième ou un quart du diamètre de l’arbre et selon un angle d’environ 45°. Le trait oblique (3) est pratiqué avant le trait horizontal (4) qui doit rencontrer le premier sur une ligne droite faisant un angle de 90° par rapport au sens de la chute. Si la chute risque de provoquer des éclats, comme il est fréquent avec les bois tendres, il convient de terminer l’entaille par de petits coups de scie (5) des deux côtés de l’axe (6). La coupe arrière (7), elle aussi horizontale, doit être pratiquée entre 2,5 et 5 cm plus haut que la base de l’entaille de direction. Si le diamètre de l’arbre est infé-rieur à la longueur du guide-chaîne, la coupe arrière peut être effectuée en un seul mouvement (8). Sinon, on doit donner plusieurs coups de scie (9). C’est cette méthode que l’on utilise habituellement pour les arbres ayant un diamètre de plus de 15 cm à la base. On procède autrement si l’arbre a des branches d’un seul côté, s’il penche ou si son diamètre fait plus de deux fois la longueur de la lame de la scie. Pour des instructions plus détaillées, voir FAO/BIT (1980). Il existe beaucoup d’autres guides pratiques concernant l’utilisation des scies à chaîne.
Figure 68.6 Abattage à la scie à chaîne: ordre des entailles

Par les méthodes classiques, les travailleurs expérimentés peuvent abattre un arbre avec une très grande précision. Les arbres dont les branches sont symétriques ou qui penchent légèrement dans un sens autre que celui souhaité pour la chute peuvent rester debout ou tomber à côté de l’endroit prévu. Dans ce cas, il est nécessaire d’utiliser des outils, par exemple des leviers pour les petits arbres ou des coins enfoncés à la masse pour les gros, afin de déplacer dans le sens désiré le centre de gravité naturel de l’arbre.
Si l’on excepte les très petits arbres, il n’est pas recommandé de se servir d’une hache pour l’abattage et le débitage. Avec une scie à main, le travail est relativement long, ce qui donne le temps de déceler et de rectifier les erreurs. Avec une scie à chaîne, tout va très vite et le bruit de l’engin couvre les signes donnés par l’arbre avant qu’il ne tombe, notamment au moment de la rupture des fibres. Si l’arbre est retenu dans sa chute par les individus voisins, il peut rester encroué; c’est une situation extrêmement dangereuse à laquelle il est impératif de remédier immédiatement et de façon professionnelle. Pour amener à terre un arbre écroué avec efficacité et sans danger, on utilise des tourne-billes et des leviers s’il est petit, et des treuils à main ou montés sur tracteur s’il est gros.
Les risques encourus pendant l’abattage sont les suivants: arbres qui tombent ou qui roulent, chutes ou mouvements brusques de branches, blessures par des outils tranchants, bruit, vibrations et gaz d’échappement émis par les tronçonneuses. Les arbres renversés par le vent (chablis) sont particulièrement dangereux à cause des tensions qui subsistent dans le tronc et dans les racines partiellement endommagées; les arbres encroués sont fréquemment la cause d’accidents graves et mortels. Toute personne affectée à l’abattage doit donc recevoir une formation spécifique. Les outils servant à abattre les arbres et à les dégager doivent être accessibles sur place. Parmi les risques liés au débitage, on peut mentionner la manipulation des outils eux-mêmes, la rupture soudaine du bois ainsi que le roulement inopiné de billons ou de troncs, surtout sur les sols en pente.
Une fois qu’un arbre repose à terre, on procède habituellement à son écimage et à son ébranchage. Le plus souvent, cette opération est effectuée avec des outils à main ou avec des scies à chaîne sur le parterre de coupe. Des haches peuvent très bien faire l’affaire pour l’ébranchage. Si possible, on abat l’arbre en travers d’un tronc qui se trouve déjà au sol. Ce tronc sert ainsi de plan de travail naturel, qui permet de placer l’arbre à une hauteur commode et de l’ébrancher sans avoir à le retourner. Une fois coupées, les branches et la tête sont laissées sur place. Dans le cas d’un grand arbre feuillu, il peut être nécessaire de découper en morceaux la cime ou de la tirer à l’écart pour éviter qu’elle ne gêne le débusquage de la tige jusqu’à la route ou jusqu’au premier dépôt.
L’étape de l’ébranchage présente les dangers ci-après: coupures dues à la manipulation des outils ou des scies à chaîne, risque élevé de rebond de la scie à chaîne (voir figure 68.7), mouvements imprévus des branches encore sous tension, troncs qui roulent, faux pas et chutes, postures inadéquates et tension musculaire si l’on emploie une mauvaise technique de travail.
Figure 68.7 Recul de la scie à chaîne

Quand le travail est mécanisé, on fait tomber l’arbre dans la direction voulue en le retenant avec une flèche montée sur une machine suffisamment lourde et en coupant la tige avec une cisaille, une scie circulaire ou une scie à chaîne intégrée à la flèche. Pour cela, il faut amener la machine près de l’arbre à abattre. On tire ensuite l’arbre dans la bonne direction par des mouvements de la flèche ou de la machine. Les machines les plus couramment utilisées sont les abatteuses-empileuses et les abatteuses-tronçonneuses.
Les abatteuses-empileuses sont généralement des machines montées sur chenilles, mais il en existe aussi sur pneus. La flèche permet d’abattre et de ramasser plusieurs petits arbres, qui sont ensuite déposés le long de la voie de débardage. Certaines machines sont équipées d’une pince portante pour recevoir les tiges. Quand on se sert d’une abatteuse-empileuse, l’écimage et l’ébranchage sont généralement effectués par des moyens mécaniques au premier dépôt.
Si la machine est bien conçue et si l’on respecte les règles de prudence, les risques d’accident sont relativement faibles, sauf lorsque des personnes travaillent avec des scies à chaîne à proximité. Les risques pour la santé sont par contre importants — vibrations, bruit, poussières et fumées — parce que, souvent, la machine de base n’a pas été construite pour la foresterie. Il convient de ne pas utiliser l’abatteuse-empileuse sur une pente exces-sive et la flèche ne doit pas être surchargée, faute de quoi le sens de chute de l’arbre devient incontrôlable.
Les abatteuses-tronçonneuses sont des machines qui intègrent toutes les opérations de l’abattage sauf l’écorçage. Elles possèdent habituellement de six à huit roues, une transmission et une suspension hydrauliques, et une direction par châssis articulé. Leur grue a une portée de 6 à 10 m en charge. On distingue les abatteuses-tronçonneuses simples et les abatteuses-tronçonneuses doubles. Les abatteuses-tronçonneuses simples comportent une seule flèche dont la tête est équipée d’outils pour l’abattage, l’ébranchage, l’écimage et le débitage. On les utilise pour les petits arbres de 40 cm de diamètre ou moins à la base, principalement dans les coupes d’éclaircie, mais de plus en plus aussi pour la coupe d’exploitation. Les abatteuses-tronçonneuses doubles possèdent une tête pour l’abattage et une autre pour la conversion. La deuxième est montée sur la machine et non sur la flèche. Elle peut manipuler des arbres d’un diamètre allant jusqu’à 60 cm au pied. Les abatteuses-tronçonneuses modernes comportent un ordinateur intégré que l’on programme pour calculer le mode de débitage le plus rentable, compte tenu des mesures demandées.
L’abatteuse-tronçonneuse est l’engin le plus couramment employé dans les grosses exploitations du nord de l’Europe, mais elle représente actuellement une part assez petite du volume de bois récolté dans le monde. Elle est toutefois appelée à prendre de l’importance avec le développement des forêts de seconde venue créées par l’humain et des plantations comme source de matière première.
Globalement, la fréquence des accidents pendant l’abattage et le façonnage est plutôt faible, bien que les risques augmentent lorsque des opérateurs de scies à chaîne travaillent à côté des machines. L’entretien des abatteuses-tronçonneuses n’est pas non plus sans danger; les réparations ont toujours lieu quand la charge de travail est importante, de plus en plus pendant la nuit; le personnel est exposé à de nombreux risques: glissades et chutes, mauvaises postures, manipulation de lourdes charges et contact avec des fluides hydrauliques et des huiles chaudes sous pression. Mais les risques les plus courants sont liés à la tension musculaire en position statique et aux tâches répétitives de manœuvre de la machine, ainsi qu’au stress psychologique.
Le débardage
Le débardage consiste à transporter les grumes ou les billes jusqu’au premier dépôt ou jusqu’à la route, où elles sont converties ou empilées par taille. C’est une opération qui peut être extrêmement pénible et dangereuse. Elle a aussi des effets nuisibles sur la forêt et sa régénération, sur les sols et les cours d’eau. Les systèmes de débardage les plus courants sont les suivants:
• par traînage: les grumes ou les billes sont halées sur le sol par des machines, des animaux de trait ou des humains; • par débusqueuse: les grumes ou les billes sont transportées à l’aide d’une machine (également par des humains dans le cas du bois de chauffage); • par câbles: les billes sont transportées du parterre de coupe jusqu’au premier dépôt par un ou plusieurs câbles suspendus; • par voie aérienne: le transport des billes s’effectue par hélicoptère ou par ballon (aérostats).
Le traînage, qui est de loin la méthode la plus employée pour le bois industriel et pour le bois de chauffage, s’effectue habituellement avec des débardeuses à roues spécialement conçues pour la foresterie. Il peut être économiquement intéressant d’utiliser pour cela des tracteurs à chenilles et, plus spécialement, des tracteurs agricoles dans les forêts privées ou pour débusquer dans une plantation les arbres qui ne sont pas très grands, mais des adaptations sont nécessaires pour assurer la production du conducteur et de la machine. Par rapport aux engins forestiers spécialisés, les tracteurs sont moins robustes, moins stables et moins bien protégés. Quelle que soit la machine employée cependant, on retrouve les mêmes risques: retournement de l’engin, chute ou pénétration d’objets, incendie, vibrations transmises au corps entier et bruit. Il est préférable d’utiliser un véhicule à traction intégrale et de veiller à ce que le poids sur les roues directrices soit toujours d’au moins 20% du poids de la machine pendant les opérations, ce qui oblige parfois à lester l’avant. Il peut être nécessaire de prévoir un blindage du moteur et de la transmission. Le moteur doit avoir une puissance minimale de 35 kW pour les bois de petite dimension; pour les billes de taille normale, 50kW suffisent habituellement.
La débusqueuse à grappin se positionne devant les grumes, en vrac ou déjà empilées, lève la charge par le devant et la traîne jusqu’au premier dépôt. Les débusqueuses à treuils peuvent opérer depuis la voie de débardage. Les chargements sont habituellement assemblés à l’aide de colliers à boucle, de sangles, de chaînes ou de câbles fixés aux billes. Une personne prépare les billes qui sont ensuite accrochées au câble principal par des colliers à boucle, puis hissées sur la débusqueuse par des treuils mécaniques. La plupart des débusqueuses possèdent une arche sur laquelle on peut appuyer l’avant du chargement pour limiter le frottement au sol pendant le traînage. Quand la débusqueuse travaille au treuil, il est capital que les membres de l’équipe puissent bien communiquer au moyen d’émetteurs-récepteurs ou par signaux optiques ou acoustiques. Il importe de s’entendre sur une signalisation claire; tout signal qui n’est pas compris doit être assimilé à un signal «arrêt». La figure 68.8 donne des exemples de signaux à bras, normalisés pour le travail avec des débusqueuses équipées de treuils à moteur.
Figure 68.8 Signaux à bras internationalement recommandés à l'intention des opérateurs
de débusqueuses équipées de treuils à moteur

En règle générale, les débusqueuses ne doivent pas être utilisées sur des pentes supérieures à 15°. Les tracteurs à chenilles peuvent certes débusquer de grands arbres sur des terrains en forte pente, mais ils peuvent sérieusement endommager les sols si on les utilise sans précautions. Pour des raisons écologiques et de sécurité, toute opération de débusquage doit être interrompue lorsque le temps est particulièrement humide.
Le traînage par des animaux de trait est économiquement intéressant pour les billes de petite taille, surtout dans le cas d’opérations d’éclaircie. La distance à parcourir doit être courte (200 m ou moins) et la pente raisonnable. Il importe d’utiliser des harnais qui permettent un effort de traction maximal et, pour limiter le frottement au sol, des dispositifs tels que des pelles de débardage, triqueballes ou engins à patins.
Le traînage manuel est de moins en moins courant dans la foresterie industrielle, mais on continue de le pratiquer pour la collecte du bois de subsistance, notamment le bois de chauffage. On n’y a recours que pour de courtes distances et, en général, sur des terrains en pente, où la pesanteur facilite le déplacement du bois. Malgré les faibles dimensions des billes, le travail demeure très pénible, voire dangereux en cas de forte déclivité. Pour en améliorer l’efficacité et la sécurité, il est possible d’utiliser crochets, leviers et autres outils manuels de levage et de traction. Au lieu de traîner le chargement au sol, dans le cas de billes courtes, on peut, sur les pentes raides, le déplacer sur des glissoires qui sont habituellement en bois, mais qui peuvent aussi être des demi-tubes de polyéthylène.
Les débardeuses sont des machines qui permettent de soulever entièrement du sol un chargement de billes et de le déposer soit sur la plate-forme dont elles sont équipées, soit sur une remorque. Elles comportent habituellement une grue mécanique ou hydraulique pour le chargement ou le déchargement du bois. On les utilise en général avec des machines d’abattage et de conversion. Leur rayon d’action est de deux à quatre fois supérieur à celui des débusqueuses et elles sont particulièrement performantes lorsque les billes ont à peu près la même longueur.
Les accidents liés à l’utilisation de débardeuses sont dans l’ensemble semblables à ceux liés à l’utilisation de tracteurs et autres engins forestiers: retournement, pénétration et chute d’objets, contact avec des lignes électriques ou problèmes d’entretien. Les risques sanitaires tiennent, quant à eux, à l’exposition aux vibrations, au bruit et aux huiles hydrauliques.
Pour le transport de billes courtes, le travail humain est encore assez courant dans certains secteurs industriels (bois à pâte, étais de mine, etc.) et il demeure la règle pour la récolte du bois de chauffage. Les charges transportées dépassent fréquemment toutes les limites recommandées, notamment pour les femmes à qui incombe souvent la corvée de bois. Afin de réduire les risques physiques pour les porteurs, il faudrait enseigner à ceux-ci les techniques permettant d’éviter les efforts dangereux pour leur colonne vertébrale et leur apprendre à utiliser des accessoires tels que des harnais de portage pour mieux répartir la charge.
Les systèmes de débardage par câble-grue sont fondamentalement différents des autres systèmes en ce sens que la machine elle-même ne se déplace pas. Les billes sont transportées sur un chariot qui glisse le long de câbles suspendus. Les câbles sont mus par un treuil. La machine est installée soit sur l’aire du premier dépôt, soit à l’autre extrémité des câbles, souvent sur une butte. Les câbles sont tendus entre deux «mâts» qui peuvent être des arbres ou des pylônes en acier. Il existe de nombreux systèmes de transport par câbles. Les câbles porteurs, ou blondins, comprennent un chariot qui va et vient le long de la ligne centrale; le câble porteur peut être détendu pour permettre le tirage latéral des billes de bois jusqu’au point où elles sont levées pour être acheminées jusqu’au premier dépôt. Si le système est conçu pour que la charge soit totalement suspendue pendant le transport, les dommages causés au sol sont minimes. Comme la machine est fixe, le débardage par câbles peut se faire sur forte pente et en terrain humide. Il s’agit toutefois d’un système beaucoup plus coûteux que le traînage et qui requiert en outre une planification soigneuse et un personnel qualifié.
L’installation, le fonctionnement ou le démontage d’un système par câbles présentent de nombreux risques d’accidents: chocs; déformation de la cabine; rupture de câbles, de points d’ancrage, de mâts ou d’étais; mouvements imprévus ou incontrôlables de câbles, chariots, colliers à boucle ou chargements; pièces en mouvement causant des écrasements, des abrasions et d’autres blessures. Les risques pour la santé incluent aussi le bruit, les vibrations et les mauvaises postures.
Les systèmes de débardage par voie aérienne permettent de maintenir les billes ou les grumes suspendues en l’air d’un bout à l’autre de l’opération. Les deux moyens actuellement utilisés en théorie sont le ballon (aérostat) et l’hélicoptère, mais seul ce dernier l’est réellement. On trouve sur le marché des hélicoptères pouvant lever jusqu’à 11 tonnes. Le chargement est transporté sous l’hélicoptère au bout d’une élingue de 30 à 100 mètres de longueur, selon la topographie et la hauteur des arbres à survoler. La charge est accrochée par de longs colliers à boucle dont on commande l’ouverture depuis l’hélicoptère une fois arrivé au-dessus du chantier. Pour le transport de grosses billes, on peut utiliser un système de grappin électrique au lieu de colliers à boucle. Un aller et retour prend normalement entre deux et cinq minutes. Le débardage par hélicoptère entraîne des coûts directs très élevés, mais il permet d’accélérer la production et limite ou supprime en outre la nécessité de construire une route, ce qui représente de substantielles économies. De plus, les dommages pour l’environnement sont réduits. Dans la pratique, on n’utilise l’hélicoptère que pour récolter du bois de grande valeur situé dans des régions inaccessibles par d’autres moyens ou dans des circonstances particulières.
Pour que ce mode de transport soit rentable, il faut que la production soit élevée, ce qui suppose un effectif bien plus important qu’avec d’autres systèmes, tant sur l’aire du premier dépôt que sur le lieu d’abattage. En outre, l’utilisation d’un hélicoptère peut poser de graves problèmes de sécurité et notamment causer des accidents mortels si l’on ne prend pas les précautions qui s’imposent et si les équipes sont mal préparées.
Le débitage et le chargement des billes
Quand il a lieu sur l’aire du premier dépôt, le débitage est principalement effectué à la scie à chaîne. Il peut aussi être exécuté par une machine qui coupe le tronc à la bonne longueur après l’avoir ébranché et écimé. Le cubage s’effectue en général à la main au moyen d’un mètre à ruban. Pour trier et empiler les billes, on se sert actuellement d’une machine, débusqueuse ou grue forestière, qui permet de les déplacer et de les lever avec sa lame ou son grappin. Des travailleurs aident souvent à l’opération avec des outils à main, tels que des leviers. Le chargement du bois de chauffage ou de billes peu volumineuses sur les camions se fait habituellement à la main ou à l’aide d’un petit treuil. La manutention manuelle de grandes billes est une opération très pénible et dangereuse; de façon générale, on préfère utiliser une grue à grappin ou à flèche articulée. Dans certains pays, les camions grumiers sont équipés d’un dispositif de chargement. Le bois est retenu sur le camion par des ranchers et des câbles solidement tendus.
Le chargement manuel du bois implique un effort physique intense. Que le travail soit manuel ou mécanisé, il existe un risque pour les travailleurs d’être heurtés par des billes ou des machines en mouvement. Le chargement mécanisé présente, quant à lui, les risques spécifiques ci-après: bruit, poussières, vibrations, effort mental soutenu, manœuvres répétées, retournement d’engins, pénétration ou chute d’objets, contact avec des huiles hydrauliques.
Les normes et les réglementations
Actuellement, la plupart des normes de sécurité internationales applicables au matériel de foresterie sont des normes à caractère général; c’est le cas de la norme ISO sur la protection contre le retournement des engins (Organisation internationale de normalisation (ISO), 1994), par exemple. Mais l’ISO a aussi entrepris d’élaborer des normes spécialisées (voir dans ce chapitre l’article «Les règles, les lois, les réglementations et les codes régissant les pratiques forestières»).
Les scies à chaîne font partie des quelques équipements forestiers pour lesquels il existe des règles de sécurité internationales spécifiques. Diverses normes de l’ISO leur sont consacrées; elles ont été complétées et intégrées en 1994 dans la norme européenne EN 608 (Comité européen de normalisation (CEN), 1994), qui concerne le matériel agricole et forestier et, plus précisément, la sécurité des scies à chaîne portatives. Cette norme énonce des dispositions détaillées sur la conception des machines. Elle stipule aussi que les fabricants sont tenus de fournir des instructions et des renseignements complets sur tous les aspects de l’entretien courant et sur les précautions à prendre. Cela comprend le port de vêtements de sécurité et l’utilisation d’un équipement de protection individuelle ainsi que la nécessité d’une formation. Toutes les scies vendues dans l’Union européenne (UE) doivent porter une étiquette de mise en garde renvoyant au mode d’emploi. La norme énumère les éléments à inclure dans le mode d’emploi.
Les machines forestières, comme on l’a vu, sont moins bien couvertes par les normes internationales et il n’existe souvent pas non plus de réglementation nationale précise en matière de sécurité. Ces machines peuvent aussi présenter de sérieuses insuffisances sur le plan ergonomique qui jouent un rôle essentiel dans l’apparition de graves problèmes de santé chez les travailleurs. Ou bien il peut arriver que les machines conviennent à une population de travailleurs particulière, mais qu’elles soient moins adaptées dans tel ou tel pays d’importation parce que les travailleurs n’ont pas la même taille, que les pratiques de communication sont différentes, etc. Dans les cas les plus graves, il arrive que l’on supprime des dispositifs de sécurité et de protection essentiels pour réduire le prix des machines à l’exportation.
Afin de guider les organismes chargés des essais et les responsables de l’acquisition des machines, on a dressé dans plusieurs pays des listes de contrôles ergonomiques spécifiques. Ces listes portent habituellement sur les caractéristiques ci-après:
• points d’accès et de sortie, par exemple, marches, échelles et portes; • dimensions de la cabine et emplacement des commandes; • siège, accoudoirs, dossiers et repose-pieds du poste de conduite; • champ de vision pour l’exécution des principales opérations; • interface homme-machine: nature et disposition des indicateurs et des commandes relatifs au fonctionnement de la machine; • environnement physique: vibrations, bruit, gaz, facteurs climatiques; • sécurité: retournement d’engins, pénétration d’objets, incendies, etc.; • entretien.
On trouvera des exemples précis de listes de contrôle chez Golsse (1994) ainsi que chez Apud et Valdés (1995). Le recueil de directives pratiques du Bureau international du Travail (BIT, 1998) contient, outre une liste des normes internationales en vigueur, des recommandations relatives aux machines et équipements.
Le présent article s'inspire abondamment de deux publications: Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), 1996; et Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture et Bureau international du Travail (FAO/BIT), 1980. Il ne donne qu'un aperçu de la question traitée, sur laquelle il existe beaucoup d'autres documents de référence. Pour plus de détails sur les mesures de prévention, voir Bureau international du Travail (BIT), 1998.
LE TRANSPORT DU BOIS
Le transport du bois est l’étape comprise entre le chantier de récolte et la scierie. Cette opération est un élément important des coûts: dans l’hémisphère nord, elle représente entre 40 et 60% du coût d’achat total du bois à la scierie (non comprise la valeur des bois sur pied), et cette proportion est encore plus élevée dans les pays tropicaux. Les principaux facteurs qui influent sur le transport du bois sont les suivants: l’importance de l’exploitation, la situation géographique de la forêt et de l’usine, ainsi que la distance qui les sépare, l’assortiment de bois pour lequel la scierie est conçue, et les modes de transport disponibles et appropriés. S’agissant de l’assortiment de bois, on distingue principalement les arbres entiers avec leurs branches, les troncs entiers ébranchés, les billes longues (de 10 à 16 m), les billes courtes (de 2 à 6 m), les copeaux et les bûchettes. De nombreuses scieries peuvent traiter différents assortiments de bois; quelques-unes n’acceptent qu’un type particulier, par exemple les billes courtes livrées par la route. Le transport peut être effectué par camion, train ou bateau, par flottage ou, selon le parcours et la distance, par une combinaison de ces moyens. Le transport par camion, cependant, est le plus répandu.
Dans bien des cas, le transport du bois, notamment par la route, est une phase intégrante de l’opération de récolte, de sorte que tout problème survenant à ce niveau risque de bloquer le processus tout entier. Les contraintes de temps peuvent alors être invoquées pour justifier des dépassements d’horaires et des compromis en ce qui concerne les règles d’exploitation, qui sont susceptibles de mettre en péril la sécurité des travailleurs.
La récolte et le transport sont fréquemment sous-traités. Or, lorsque interviennent de nombreux entrepreneurs et sous-traitants, la question peut se poser de savoir qui est chargé d’assurer la sécurité et de protéger la santé de tel ou tel travailleur.
La manutention et le chargement du bois
Quand les circonstances le permettent, le bois peut être chargé directement à bord des camions sur le lieu d’abattage, ce qui permet d’économiser l’étape du débardage en forêt. Quand les distances sont courtes, on peut se servir d’engins forestiers (par exemple, un tracteur agricole muni d’une remorque ou d’une semi-remorque) pour transporter le bois directement jusqu’à la scierie. Habituellement, toutefois, le bois est d’abord acheminé jusqu’au chantier de façonnage avant d’être transporté sur de longues distances.
Dans les pays en développement et dans les exploitations peu mécanisées, le chargement s’effectue souvent à la main. Les pièces de petite taille sont levées, tandis que les grosses sont roulées à l’aide de rampes (voir figure 68.9). On peut employer pour ces opérations des outils manuels simples tels que crochets, leviers, sapis, et poulies, ou bien des animaux de trait.
Figure 68.9 Chargement manuel (avec et sans rampe)

Dans la plupart des cas, cependant, l’opération est mécanisée et s’effectue avec une chargeuse à flèche pivotante, à flèche articulée ou frontale. Les chargeuses à flèches peuvent être montées sur un châssis à roues ou à chenilles, ou sur un camion; elles sont habituellement munies de grappins. Les chargeuses frontales comportent généralement une fourche ou un grappin et elles sont montées sur un châssis à chenilles ou sur un tracteur articulé à quatre roues motrices. Lorsque l’opération est semi-mécanisée, les billes peuvent être levées ou roulées jusqu’à la rampe de chargement au moyen de câbles par différents types de tracteurs et de treuils (voir figure 68.10). Dans ce cas, il faut des travailleurs au sol pour attacher et détacher les câbles, guider la charge, etc., à l’aide de crochets, de leviers et d’autres outils manuels. Lorsque le bois est transformé en copeaux, la déchiqueteuse charge en général les copeaux directement sur le camion, la remorque ou la semi-remorque par soufflage.
Figure 68.10 Chargement mécanisé et semi-mécanisé

Les opérations au premier dépôt
Le premier dépôt est un endroit encombré et bruyant où beaucoup d’opérations se déroulent en même temps. Selon le système de récolte employé, ces opérations comprennent le chargement et le déchargement, l’ébranchage, l’écorçage, le tronçonnage, l’empilage, le tri, l’entreposage et le déchiquetage. Souvent, plusieurs grosses machines se déplacent et fonctionnent simultanément tandis que le débitage avec des scies à chaîne se poursuit à proximité. Pendant et après les périodes de pluie, de neige et de gel, les billes de bois peuvent être extrêmement glissantes et le sol, très boueux, est propice aux chutes. Le chantier est parfois jonché de débris et il peut devenir très poussiéreux par temps sec. Les piles de bois atteignent plusieurs mètres de hauteur et leur stabilité n’est pas toujours garantie. Pour toutes ces raisons, le premier dépôt est l’un des lieux de travail les plus dangereux de l’exploitation forestière.
Le transport routier
Le transport du bois par la route est effectué au moyen de véhicules dont la taille dépend des dimensions du bois, des conditions routières, des règles de circulation et des moyens disponibles pour acheter ou louer l’équipement. Dans les pays tropicaux, on emploie souvent des camions à deux ou trois essieux ayant une charge utile de 5 ou 6 tonnes. En Scandinavie, le grumier type est un véhicule à quatre essieux qui tire une remorque à trois essieux — ou inversement — et dont la charge utile varie de 20 à 22 tonnes. Sur certaines routes privées de l’Amérique du Nord, on peut rencontrer des trains routiers d’un poids total de 100 à 130 tonnes, voire davantage.
Le transport par voie d’eau
L’utilisation des voies d’eau pour le transport du bois est une pratique qui tend en général à se perdre au profit de la route, mais elle demeure très courante au Canada, aux Etats-Unis, en Finlande et en Russie, dans l’hémisphère Nord ainsi que dans les bassins de l’Amazone, du Paraguay et du Paraná en Amérique latine, sur beaucoup de fleuves et de lacs de l’Afrique occidentale et dans la plupart des pays de l’Asie du Sud-Est.
Dans les mangroves et les forêts maremmes, le bois est habituellement transporté par voie d’eau depuis le lieu même de la coupe; dans les autres cas, les billes doivent être transportées jusqu’au plan d’eau, en général par camion. On se sert du courant pour acheminer des billes de bois une à une ou par lots. On les attache en radeaux, qui sont tirés ou poussés sur des rivières, des lacs et le long des côtes, ou on les charge sur des bateaux ou des barges de grandeur variable. Le transport par cargo joue un grand rôle dans le commerce international du bois.
Le transport ferroviaire
En Amérique du Nord et sous les tropiques, le transport ferroviaire, comme le transport par voie d’eau, cède du terrain à la route. Cependant, il reste très courant dans des pays tels que le Canada, la Chine, la Finlande, et la Russie, où l’on trouve un bon réseau ferré qui comporte des points de débarquement intermédiaires adéquats. Pour certaines opérations de grande envergure, il arrive que l’on utilise des voies ferrées temporaires à faible écartement. Le bois peut être acheminé dans des wagons standards ou dans des wagons spécialement conçus à cette fin. Certaines gares sont équipées de grandes grues fixes pour le chargement et le déchargement des marchandises mais, en règle générale, ces opérations se font par les méthodes décrites plus haut.
Conclusion
Le chargement et le déchargement, opérations qui sont parfois répétées plusieurs fois entre la forêt d’origine et la destination finale, sont souvent particulièrement dangereux dans le secteur du bois. Même lorsqu’elles sont entièrement mécanisées, on peut avoir besoin de la participation de personnel à pied pour manipuler divers outils manuels, avec les risques que cela comporte. Certaines grandes exploitations et entreprises, reconnaissant le danger de ce travail, entretiennent correctement leur matériel et fournissent à leurs employés des équipements de protection individuelle tels que chaussures, gants, casque, lunettes et casque antibruit. Toutefois, même dans ce cas, il est nécessaire de disposer d’un encadrement bien formé et vigilant pour veiller à ce que les problèmes de sécurité ne soient pas négligés. La sécurité laisse en effet souvent à désirer dans les petites entreprises, notamment dans les pays en développement (voir, par exemple, figure 68.11, qui montre des travailleurs en train de charger des troncs sans aucune protection au Nigéria).
Figure 68.11 Chargement de bois au Nigéria par du personnel non protégé

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