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Quatre-vingt-quatorze plantes médicinales odonto-stomatologiques d’Algérie


  I. Introduction



La sphère O.R.L est l’une des parties du corps humain la plus sujette aux infections et allergies diverses. Les troubles dont elle fait l’objet, et ce depuis le plus jeune âge, constituent l’une des premières causes de consultation. Rappelons que la carie dentaire représente aujourd’hui le troisième fléau mondial selon l’Organisation Mondiale de la Santé, derrière le cancer et les maladies cardiovasculaires. Le taux élevé de diabétiques dans la population algérienne aggrave les pathologies odonto-stomatologiques, puisque l’hyperglycémie augmente le taux de glucose dans la salive, ce qui induit l’apparition de caries et favorise les maladies parodontales[1]. N’oublions pas non plus que l’halitose (d’origine buccale ou extra-buccale) a une incidence socio-relationnelle importante pour le patient au quotidien. Tout ceci devrait être pris en considération dans une société où «avoir de belles dents, des dents blancheset éclatantes» est assimilé à une hygiène et une qualité de vie synonyme de réussite socio-professionnelle.

Néanmoins, les «herbes aux dents» n’ont pas toujours été nombreuses dans les herboristeries traditionnelles. Le fameux clou de girofle qui figurait déjà dans l’arsenal thérapeutique chinois en tant que masticatoire et antalgique de la douleur dentaire a été repris par toutes les médecines populaires du monde pour le même usage, et demeure encore de nos jours l’indétrônable de la dentisterie ; peu de plantes médicinales ont fait une aussi longue et brillante carrière[2]. Les recherches menées sur son mode d’action sur la pulpe dentaire a conduit jusqu’à la fondation même de l’odontologie moderne[2]. Au niveau des herboristeries et apothicaires d’Algérie, près de 500 drogues y sont vendues et utilisés par la médecine traditionnelle locale, dont une dizaine seulement à usage odontologique parmi lesquels figurent le clou de girofle, le galanga et l’assa-foetida [5][6].

Le domaine de la santé bucco-dentaire reste particulièrement demandeur de nouvelles substances bioactives particulièrement celles ne présentant pas d’effets secondaires notables (résistance, agressivité vis-à-vis de la bonne flore buccale, xérostomie, etc.). Dans ce contexte, beaucoup de plantes médicinales pourraient être de précieux alliés de la santé buccodentaire : certaines seront complémentaires au traitement de fond, d’autres pourraient même être employés au cabinet (diffusion en aérosol, par exemple, d’un mélange judicieux de certaines huiles essentielles qui non seulement remplacerait l’odeur habituelle de l’eugénol par une odeur plus agréable, mais aussi détruirait les germes présents dans l’air). Il serait donc urgent de répertorier ces simples et les mettre à la disposition de nos médecins-stomatologistes et chirurgiens-dentistes, si l’on veut que ces praticiens ne se trouvent pas privés d’une partie des moyens thérapeutiques utiles à leurs professions (prescriptions ou conseils).

Le présent travail est un premier inventaire pharmaco-botanique des plantes médicinales odonto-stomatologiques d’Algérie (espèces spontanées, subspontanées et cultivées), comportant des données sur leur répartition en Algérie, leurs habitats de prédilection, les organes utiles, la période de leur récolte, et leurs indications thérapeutiques.



  II. Matériel et Méthode


Le travail de terrain s’est effectué à travers la prospection des herboristeries et des éventaires des marchés de plusieurs villes du pays (Tlemcen, Oran, et Alger). Dans un premier temps, et pour recenser avec précision les représentants du droguier populaire algérien agissant au niveau de la cavité buccale, nous avons adressé, en mai et juin 2017, le même questionnaire aux différents herboristesà savoir :

  •   Quelles sont les drogues et prescriptions utilisées pour combattre la mauvaise haleine ;
  •   Quelles sont les drogues et prescriptions utilisées comme dentifrice ;
  •   Quelles sont les drogues et prescriptions utilisées dans les cas de douleurs/abcès dentaires ;
  •   Quelles sont les drogues et prescriptions utilisées dans les cas de stomatites ;
  •   Quelles sont les drogues et prescriptions utilisées dans les cas d’aphtes ou de gingivites ;
  •   Quelles sont les drogues et prescriptions utilisées dans les cas d’angines, d’amygdalites ou de glossites ;
  •   Quelles sont les drogues et prescriptions utilisées dans les cas de pharyngites ou de laryngites.


Nous avons évité d’identifier les plantes à partir de leurs seuls noms vernaculaires, car souvent polyvalents [7]. La totalité des taxons répertoriés, sont en fait des espèces identifiées grâce à la Nouvelle Flore d’Algérie [2]. Pour les désigner nous avons utilisé leurs noms botaniques latins car les seuls fiables et précis. Le système nomenclatural suivi est celui adopté par l'African Plant database [4] considéré jusqu’à cette date comme le référentiel taxonomique algérien. Les indications et modes d’utilisation thérapeutiques ont été soigneusement notés.

Dans un deuxième temps, nous avons établi la validité de ces prescriptions traditionnelles afin de dégager leur éventuel intérêt dans le cadre d’une pharmacopée nationale. Parallèlement, un travail bibliographique s’est attaché à comparer les utilisations traditionnelles des drogues algériennes contre les différentes affections bucco-dentaires telles que mentionnées dans les travaux anciens (notamment le Kechf ar-rumûz de ‘Abderezzaq el Djazaïri [9], médecin et pharmacologue algérois du XVIIe siècle) et de les confronter avec les données de la phytothérapie moderne [5], [9], [10], [11], [12], [13], [14], [15], [16], [17], [18], [19]. Nous avons ensuite cherché parmi les plantes à action odonto-stomatologique utilisée en phytothérapie moderne celles qui poussent ou se cultivent en Algérie..



  III. Résultats et Discussion


Le nombre d’espèces végétales, spontanées ou cultivées en Algérie, à intérêt odontosmatologique, s’élève à 94 (tableau 1, fig.1). Ce chiffre est très important si on le compare par exemple avec les 65 espèces bucco-dentaires répertoriées pour la région méditerranéenne de Provence, au sud de la France [13]. L’originalité de cette flore est marquée par trois espèces endémiques : une endémique algérienne (Thymus algeriensis), une endémique algéro-tunisienne (Origanum glandulosum), et une endémique nord-africaine (Origanum floribundum).

Ces espèces se répartissent, sur le plan taxonomique, de la façon suivante (tableau 1) :

  •   Classe des Ptéridophytes : 1 famille (Equisitaceae), 1 espèce ;
  •   Classe des Gymnospermes : 1 famille (Cupressaceae), 1 espèce ;
  •   Classe des Angiospermes :
          -   Sous-classe des Monocotylédones : 1 famille (Liliaceae), 1 espèce.
          -   Sous-classe des Eu-dicotylédones : 40 familles, 91 espèces.

Les Angiospermes Eu-dicotylédones allouent le maximum (97%) d’espèces à usage bucco-dentaire. La diversité taxonomique de cette flore devient plus évidente lorsqu’on sait qu’elle est distribuée sur 81 genres, et que 79% des familles comportent moins de 3 espèces.

Sur le plan de l’abondance, 87% des espèces sont communes en Algérie, et 13% y sont rares dont une est protégée par la loi (loi n°3-10 du 19 juillet 2003 [20]). Cette protection concerne la cueillette, le transport, l’utilisation, et la mise en vente.

Il est normal que les cinq principales familles botaniques soient :

  •   les Lamiaceae (15 espèces) riches en huiles essentielles qui donnent le parfum à la plante, et à action anti-inflammatoire efficace contre les inflammations et ulcérations diverses de la cavité buccale[21] [22] ;
  •   les Rosaceae (9 espèces) bien pourvues en tanins galliques à effet astringent et en flavonoïdes à action neurosédative [21] [22] ;
  •   les Asteraceae (8 espèces) connues pour leurs lactones sesquiterpéniques et leurs flavonoïdes conférant à ces espèces un effet anti-inflammatoire, ainsi que leurs saponosides aux propriétés vulnéraires et anti-inflammatoires [21] [22] ;
  •   les Fabaceae (4 espèces) riches en coumarines et saponosides aux propriétés sédatives, vulnéraires et anti-inflammatoires [21] [22] ;
  •   et les Fagaceae (4 espèces) dont l’écorce et surtout les galles (zoocécidies) sont source d’acides galliques qui sont des antiseptiques astringents [21] [22].

Ces familles ne sont pas nécessairement celles qui sont les plus représentées au niveau de la flore du pays qui est dominée par les Asteraceae, Fabaceae, Poaceae, Brassicaceae et Caryophyllaceae [4]. Les familles contribuant le plus à la flore nationale ne sont pas les plus pourvoyeuses en plantes médicinales, car les propriétés thérapeutiques d’une plante sont en relation directe avec les métabolites secondaires bioactives qu’elle peut contenir.

Les plantes médicinales inventoriées se répartissent entre 66% spontanées et 34% cultivées. Il y a cependant celles qui poussent à l’état naturel, mais qui sont aussi cultivées (7%). À noter que si 71% de ces plantes soient disponibles dans les herboristeries et marchés des fruits et légumes du pays, le restant doit se récolter dans la nature.

Les milieux naturels (habitats) où peuvent se récolter les plantes en question se trouvent :

• à 43% dans les champs, cultures, vignobles, et décombres où il faut se méfier des plantes contaminées par les pesticides et les nitrates. Si on ne peut pas se renseigner auprès du propriétaire sur le degré d’intensification agricole, il faut observer attentivement la végétation au sol : l’absence de diversité floristique n’est pas un bon signe ;
• à 26% dans les formations forestières et préforestières (forêts, maquis, garrigues) où le respect de la flore sauvage est nécessaire, et où la récolte ne devra en aucun cas s’apparenter au pillage des ressources naturelles (prélèvements excessifs) ;
• à 18% dans les différents lieux humides (ravins humides, aux bords ou dans les cours d’eau, sources, et suintements) où la méfiance contre certains parasites s’impose (douve du foie, notamment) ;
• à 7% dans les boulevards, avenues et jardins publics où il faut se méfier des différentes formes de pollutions (métaux lourds, borréliose, échinococcoses, leptospirose, toxoplasmose, giardose, etc.) régnantes dans les grandes villes ;
• et à 6% dans les rocailles qui constituent un milieu écologiquement et floristiquement très original à protéger du piétinement et de tout bouleversement.

Les plantes entières ne sont généralement pas utilisées. La fréquence des organes utilisés s’établit ainsi : herba (tiges feuillées et fleuries) représente 27% des effectifs, folium (les feuilles) représente 21% des effectifs, flos (les fleurs) représentent 14% des effectifs, fructus et semen (les fruits et graines) représentent 16% des effectifs, gemma, bulbus, rhizoma, et radix (les bulbes, rhizomes et racines) représentent 13% des effectifs, cortex (fragments d’écorces) à 6% des effectifs, caulis (rameaux) à 2% des effectifs, et gummi (gomme) à 2% des effectifs. Ainsi, il apparaît que ce sont les parties aériennes qui sont les plus utilisées (87%) car souvent les plus riches en principes actifs [21].


Les mois d’été semblent être la période de récolte de la majorité de ces simples (60% des espèces sont concernées), ce qui présente des avantages indéniables : pistes et sentiers de montagnes très praticables, temps sec favorable à la collecte, à la conservation, et au séchage (à la chaleur naturelle qui donne les meilleurs résultats) des sujets récoltés. Ensuite, viennent les mois de printemps (23% des espèces sont concernées), puis ceux d’automne (17% des espèces sont concernées).

Les plantes bucco-dentaires d’Algérie se préparent principalement (68%) sous forme de bain de bouche et par conséquent, ne se conservent pas plus de 24 h.

Concernant les indications, 60% des plantes inventoriées sont indiquées contre les stomatites, 25% sont anti-odontalgiques, 13% agissent contre les halitoses, 6% s’emploient en guise de brosse à dents, et 5% sont sialagogues et agissent contre la xérostomie, sachant qu’une plante n’a pas toujours une action unique.

Une espèce, Delphinium staphysagria ou staphysaigre, présente une certaine toxicité à cause de la présence d’alcaloïdes diterpéniques proches de l’aconitine [22].

L’utilisation thérapeutique qui est faite de ces plantes par la médecine populaire algérienne est en total déséquilibre : environ 87% des espèces n’ont pas des indications de cette nature. On en a pour preuve corollaire l’étymologie des noms vernaculaires (tableau 2) : les plantes ou parties de plantes commençant par «souak» (de l’arabe «saka» et «saouaka» signifiant masser ou frotter les dents ou la gencive notamment) sont au nombre de trois seulement, et ceux commençant par «ôud» ou «arak» (instruments de ce massage) sont aussi au nombre de trois. Les autres noms vernaculaires ne font aucunement allusion à des propriétés bucco-dentaires (tableau 2).

En fait, les indications populaires sont assez floues avec confusion ou absence de distinction entre odontalgie/abcès dentaire/abcès parodontal, gingivite/alvéolyse/parodontite, halitose buccale/halitose extra-buccale, amygdalite/glossite, trachéite/pharyngite/laryngite... le tout englobé sous la rubrique de «drogues contre le mal des dents» ou «drogues contre le mal de gorge».


Liste des 94 plantes médicinales odonto-stomatologiques d’Algérie.

 

  Espèces Répartition Organes utiles Indications thérapeutiques
         
  Noms français      
  Noms vernaculaires Habitats Période de récolte  
         
  EQUISITACEAE      
  Equisetum telmateia Ehrh.

(= Equisetum maximum auct.) Prêle élevée Demb el-Khil

Lieux humides et ombragés Herba, Printemps Poudre de prêle : dentifrice (usage externe), reminéralisante (usage interne).

Bdb : (20-30 g/l)- stomatites, aphtes [12,14,15,16,17]

         
  CUPRESSACEAE      
  Juniperus communis L. subsp.

hemisphaerica (C. Presl.) Nyman (*)

Genévrier commun,

Tamerbout

K., Aurès ; Rocailles des hautes montagnes Fructus Été Ifs : mauvaise haleine, excite les sécrétions salivaires [12,14,15,16]
         
  LILIACEAE      
  Allium cepa L.

Oignon Bçal

Partout, Cultivée Bulbus, Toutes saisons Mastiquer lentement et garder en bouche : gingivites, infections bucco-dentaires [11,12,13,17].
         
  SALICACEAE      
  Populus nigra L.

Peuplier noir Safçaf

K.,O., Aurès ; Bords des oueds Gemma Printemps Ifs : (20 g/l) névralgies bucco-dentaire [11,13,14,15]
         
  BETULACEAE      
  Alnus glutinosa (L.)

Gaertn. Aulne glutineux

Ôud Lehmar

K. ; Bord des eaux Folium-Cortex, Été Bdb : (Folium : 30 g/l, Cortex : 50 g/l) stomatites, gingivite, amygdalite [15,16,17]
         
  FAGACEAE      
  Castanea sativa Mill.

Châtaignier

Qastal

K., Forêts Fructus Automne Minéralisant, antiscorbutique [15,16]
  Quercus ilex subsp.ballota (Desf.) Samp

(= Quercus rotundifolia Lam.)

Chêne vert

Bellout

M.T., Forêts Cortex-Nux gallica Printemps Bdb : (20-40 g/l) amygdalites, gingivites [11,12].
  Quercus faginea Lam.

Chêne zen

Zen

M.T., Forêts Cortex-Nux gallica Printemps Bdb : (20-40 g/l) amygdalites, gingivites [8,12,13]
  Quercus coccifera L.

Chêne kermès

Kerrouch

M.T., Forêts Cortex-Nux gallica Printemps Bdb : (20-40 g/l) amygdalites, gingivites [11,12]
         
  POLYGONACEAE      
  Polygonum hydropiper L. (**)

Persicaire âcre

Felfel el-Ma

K., A., Lieux humides Herba-Folium Été Bdb : aphtes, névralgies dentaires, angines, pharyngites [15,16,17]
         

 

 

  JUGLANDACEAE      
  Juglans regia L.

 Noyer commun El-Djouza, Souak (écorce)

M.T., Cultivée Folium- Cortex-Pericarpium Automne Bdb : (Folium : 50 g/l, ) aphtes, saignement des gencives. Mâcher la brou encore verte pour calmer les maux de dents [6,10,12,13,14,16]
         
  ULMACEAE      
  Ulmus campestris L.

 Ormeau

N'chem

O., A., K., Aurès, Bord des eaux et ornemental Cortex Printemps Bdb : (20 g/l) stomatites, laryngites [15,16]
         

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  RANUNCULACEAE      
  Nigella sativa L.

Nigelle

Sanoudj

M.T., Cultivée Semen Été Dct de 20 g/l mélangée au vinaigre en bdb : névralgies dentaires [7,13,14]
  Delphinium staphisagria L

Staphysaigre

Habbet Erras, 'Achacha'

M.T., Forêts Semen Mai-juin 2 graines mises en contact avec la zone douloureuse : odontalgies [13]
         
  LAURACEAE      
  Laurus nobilis L.

Laurier sauce

Errand

M.T., Spontanée et cultivée Folium Printemps Antiviral et antifongique efficace. Bdb : (20 g/l) aphtes, gingivites, stomatites. Mâchonner les feuilles vertes prévoit les caries dentaires [11,12,13].
         

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  ROSACEAE      
  Agrimonia eupatoria L.

Aigremoine

Terfag

M.T., Forêts Herba-Folium Été Bdb : (30 g/l) alvéolyse, aphtes, gingivite, stomatite, cicatrisante [12,14,15,16,17]
  Crataegus monogyna Jacq.

Aubépine

Bou Mekherri

M.T., Forêts Flos-Fructus Printemps Bdb : (20 g/l) affections buccales [15,16,17]
         
         
         
         

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  FABACEAE      
  Anthyllis vulneraria L.

Vulnéraire (anthyllide) '

Arq Safir

M.T., Forêts, pâturages Flos Mars-Juin Bdb : (50 g/l) stomatite, gingivite, amygdalite [16]
  Glycyrrhiza glabra L.

Réglisse

Arq sus

M.T., Cultivée, subspontanée Radix Septembre-Octobre Dct : (50 g/l) enrouement de la gorge, gingivite, pharyngite. Les rhizomes séchés servent de brosse à dents [11,13,14,17,18]
         
         
         
         

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  Espèces : (*) espèce rare selon Quézel et Santa (1962-1963), (**) espèce protégée par la loi algérienne (Journal officiel n°3 du 18/01/2012) ; ( !) espèce présentant un certain risque de toxicité ; E.A, endémique algérienne ; E.A.T, endémique algéro-tunisienne ; E.N.A, endémique nord-africaine.
   
  Répartition : M.T, toute la frange méditerranéenne ; K., région Kabyle ; A., région de l’Algérois ; O., région de l’Oranie ; C., région du Constantinois ; H.P., Hauts Plateaux steppiques ; A.S, Atlas saharien ; S., Sahara.
   
  Organes utiles : herba, tige feuillée et fleurie ; folium, feuilles ; flos, fleurs ; fructus, fruits ; pericarpium, péricarpe ; semen, graines ; bulbus, bulbe ; rhizoma, rhizome ; gemma, bourgeon ; radix, racine ; cortex, écorce.
   
  Indications thérapeutiques : Bdb, bain de bouche ; Ifs, infusion ; Dct, décoction ; H.E : huiles essentielles.
   

 

 


  IV. Conclusions


La flore médicinale bucco-dentaire, spontanée et/ou cultivée en Algérie, est à la fois riche (94 espèces), originale (3 espèces endémiques), et diversifiée (réparties sur 3 Classes, 43 familles, et 81 genres). La plupart de ces espèces (73%) permettent par leurs effets de préparer des drogues astringentes (adstringentia) et/ou anti-inflammatoires (antiphlogistica), se prenant surtout en bain de bouche (pendant 3 minutes, 3 fois par jour, après les repas et avant le brossage des dents, et sur une durée ne dépassant pas une semaine). Il est remarquable qu’environ 87% des plantes inventoriées n’aient pas d’indication odonto-stomatologique dans la médecine populaire algérienne.


Tous ces simples ont une place importante et un rôle à jouer dans le traitement et la prévention des pathologies de la sphère buccale : 60% des plantes inventoriées sont indiquées contre les stomatites, 25% sont anti-odontalgiques, 13% agissent contre les halitoses, 6% s’emploient en guise de brosse à dents (bien que ne permettant pas d’atteindre toutes les surfaces de la dentition), et 5% sont sialagogues. Nous ne manquerons pas de faire cette constatation : les plantes efficaces contre les stomatites, le sont généralement aussi contre les vaginites. On pourrait bien envisager une utilisation plus rationnelle de ces simples sous une forme galénique rassemblant les substances pharmacologiquement actives.

Nous avons volontairement passé sous silence les plantes à tige fistuleuse pouvant fournir des pailles de boissons à la fois naturelles (Melilotus spp, Mentha spp, etc.), écologiques car biodégradables, et hygiéniques puisque évitant aux dents d’entrer directement en contact avec les liquides acides comme les jus, ou sucrés comme le thé. Ces pailles peuvent être en plus naturellement aromatiques.

Même si une grande partie de ces produits végétaux inventoriés, à indication curative ou préventive, échappent encore à la dispensation par les pharmaciens, le médecin-stomatologiste et le chirurgien-dentiste n’ont le droit ni de les ignorer, ni de les négliger vu le «plus» qu’ils peuvent apporter à la thérapeutique et à l’hygiène. D’ailleurs, la pratique phytothérapeutique est de nos jours de plus en plus recherchée par les patients ayant une meilleure culture médicale et hygiéno-diététique, et souvent adeptes de médecine douce. L’Organisation Mondiale de la Santé (O.M.S) encourage de son côté depuis 1978 [24], l’intensification de la recherche scientifique sur les pratiques traditionnelles impliquant les plantes médicinales.

L’introduction de ces espèces végétales dans l’usage pharmaceutique, cosmétique et alimentaire après une sélection et un dosage rigoureux, s’inscrit tout aussi dans la valorisation durable de la phytodiversité nationale soit directement à travers la cueillette contrôlée (respect d’un cahier des charges strict) dans les milieux naturels (pour les espèces les plus abondantes), soit indirectement par le biais de la culture biologique, sans pesticides ni engrais azotés (particulièrement pour les 11 espèces rares), suivant les volumes requis par la pharmacopée et la rentabilité économique. Cette démarche s’inscrit pleinement dans la politique du Schéma National d’Aménagement du Territoire qui préconise le renforcement des connaissances sur la flore locale pour une valorisation efficace et durable de nos ressources phytogénétiques [25].


  Source KAZI TANI Choukry, DALI YAHIA Kamel - Département de Pharmacie, Faculté de Médecine, Université Abou Bekr Belkaïd, B.P. 123, 13000 Tlemcen (Algérie)


 

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