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Que veut dire cette expression ? 41 à 50


 

 

  41 - Mettre la charrue avant les bœufs


Tirée par des bœufs, la charrue a permis une importante avancée de la productivité agricole au moyen-âge. Mais en le plaçant devant les bovidés, l’outil de travail risque de moins bien fonctionner... Pourquoi dit-on “mettre la charrue avant les bœufs” ? Que signifie cette expression ? Dans quelles circonstances est-elle employée ? Et depuis quand ?

Une charrue est un outil équipé d’un attelage et utilisée pour un travail du sol profond appelé labour. Le labour permet d'ameublir la terre et de la préparer à recevoir le semis. Parallèlement, cette tâche favorise l’enfouissement des résidus des cultures précédentes (ainsi que des mauvaises herbes et du fumier) et elle accélère la minéralisation de la matière organique en faisant augmenter la température du sol. Auparavant, c’est l'araire qui était utilisé mais la charrue s’en différencie par la présence d’un versoir qui rejette la terre d'un seul côté (travail dissymétrique) et retourne ainsi la terre au lieu de simplement la sillonner. Tiré par des bœufs, l’instrument apparaît entre le VIe et le VIIe siècle puis se répand largement en Europe lors de la révolution agricole du Moyen Âge (Xe-XIIIe siècle) où son utilisation a nettement contribué à accroître la productivité agricole. Permettant les grands défrichements, la charrue a participé à la disparition des grandes famines qui ont jalonné cette période de l'histoire occidentale.    



  42 - Être muet comme une carpe


Muet comme une carpe : pourquoi comparer une personne silencieuse à un poisson ? D’où vient cette expression ? Pourquoi avoir choisi le cyprinidé et pas une autre espèce ? Et puis… sommes-nous vraiment sûrs que la carpe est muette ?

La formule “être muet comme une carpe” qualifie une personne qui garde le silence, qui ne prononce pas un mot, ne parle pas, se tait. Selon le contexte, la locution s’applique à celui qui demeure interdit, qui reste impassible, ne répond pas aux questions qu’on lui pose, résiste à un interrogatoire. L’expression peut aussi décrire un individu qui ne divulgue pas le secret lui ayant été confié. Il existe d’autres formules synonymes mais moins courantes ou désuètes telles que “muet comme une tombe”, “muet comme un francolin pris”, “muet comme les pierres” ou encore, “muet comme un sphinx”. À noter que dans beaucoup de langues étrangères (anglais, allemand, espagnol, italien, etc…), la locution trouve son équivalence sous la forme “être muet comme une tombe” ou “comme un poisson”    



  43 - Un ours mal léché


Dans votre entourage, vous avez certainement un ours mal léché, ce genre d’individu un peu bourru, peu accueillant et avare en formules de politesse. Le voisin qui ne dit jamais bonjour, le collègue de travail agacé par votre présence, le vieil oncle râleur aux réunions familiales... vous les avez peut-être même affublés de cette image ursine peu flatteuse !

La locution, telle que nous la connaissons aujourd’hui, désigne une personne « mal dégrossie », peu sociable, voire impolie. Elle remonte au XVIIIe siècle.
Mais un siècle auparavant, l’image de l’ours mal léché existait déjà pour évoquer un enfant mal formé, un homme au physique ingrat.
Les deux significations ont la même source : une légende du XVIIe siècle. Celle-ci raconte que la maman ourse, en léchant ses petits encore informes à la naissance, leur permet de devenir de vrais oursons « finis ».
Ainsi, à l’origine, un ours mal léché était un humain « mal fini » physiquement, puis, au fil du temps, il est devenu une personne rustre, dont l’éducation n’est pas terminée.    



  44 - Avoir une fièvre de cheval


Le cheval est un animal qui fascine depuis toujours, tant dans la mythologie que dans la réalité, notamment par son élégance et le sentiment de liberté qu’il représente. Possédant de grandes et précieuses capacités physiques, il peut cependant, comme tout être vivant, tomber malade et souffrir de fièvre.

Diderot évoquait déjà au XVIe siècle dans son Encyclopédie le fait que la fièvre abat considérablement le cheval. Appliquée à l’homme, l’expression « avoir une fièvre de cheval » s’utilise pour désigner une forte montée en température, avoisinant les 40 °C, quand celle du corps devrait normalement se situer entre 36,2 et 37,7 °C environ. Elle serait en usage en français depuis 1798, d’après le Petit Robert, et relève d’un niveau de langage familier. Nos voisins transalpins ont par ailleurs recours à la même métaphore, ce qui donne l’expression « febbre da cavallo » en italien.    



  45 - Être comme un coq en pâte


Fier, bravache, matinal, flamboyant, bruyant, combattif… comptent parmi les traits distinctifs -supposés ou réels - que l’on prête au coq. Doté d’un caractère bien trempé, l’emblème de la France a inspiré plusieurs expressions du langage populaire. Parmi celles-ci : être comme un coq en pâte.

L’expression “être comme un coq en pâte” (et ses variantes : “heureux comme un coq en pâte“ ; “vivre comme un coq en pâte”) signifie avoir une vie confortable, être à l’abri du besoin et des soucis. Généralement, la formule désigne une personne aisée qui mène une existence douillette, qui a tout à disposition. Se trouvant dans une situation de satiété, “un coq en pâte” est entouré de soins, choyé, dorloté, bien traité. On peut dire de cet heureux individu, évoluant dans le confort et l’abondance, qu’il “se la coule douce”. On trouve des locutions équivalentes - et parfois cocasses    



  46 - Manger de la vache enragée


“Manger de la vache enragée” est une expression familière que l’on emploie peu au quotidien mais que l’on retrouve souvent dans la littérature. Décryptage d’une formule assez récente, dont le sens fait fréquemment l’objet d’une mauvaise interprétation.

Issue du langage populaire, l’expression “manger de la vache enragée“ signifie endurer des privations ; vivre dans la misère, la précarité ; mener une existence difficile, éprouvante ; connaître des difficultés financières ; ne pas gagner sa vie correctement. Exemple : « Après trois ans de vache enragée chez un oncle, il avait eu le bonheur inespéré d'entrer au ministère. » (Émile Zola, Pot-Bouille, 1882). Il existe une locution au sens très approchant - tirer le diable par la queue - pour exprimer le dénuement, le fait de peiner à gagner son pain, à joindre les deux bouts.    



  47 - Être un bouc émissaire


Le bouc émissaire qualifie une personne à qui on reproche une faute qu’elle n’a pas commise. Quelle est l’origine de cette expression ? A-t-elle toujours eu ce sens ? Et pourquoi fait-elle référence au mâle de la chèvre ?

La locution “bouc émissaire” est la combinaison de deux mots : bouc, le mâle de la chèvre, et émissaire, la personne chargée d'une mission que l'on envoie auprès d'une autre. Selon le contexte, l’expression désigne un individu qui se voit attribuer tous les torts, sur qui on fait peser les fautes, la responsabilité d'un échec ou d'une situation malheureuse. En résumé, le bouc émissaire est celui qui paie pour les autres. Parmi les formules au sens équivalent figurent tête de Turc et souffre-douleur.    



  48 - Être connu comme le loup blanc


Le loup, redoutable prédateur, a longtemps suscité la peur. Du chaperon rouge aux trois petits cochons, le canidé a inspiré de nombreux contes pour enfant. Dès le Moyen Âge, sa venue dans un village ne passait pas inaperçue. Si, de surcroît, l’animal était blanc, la rumeur se propageait comme une trainée de poudre. Être connu comme le loup blanc : décryptage d’une expression qui a traversé les siècles.

La formule “être connu comme le loup blanc” signifie être très connu, populaire, célèbre. Il existe une expression synonyme mais moins répandue : “Être connu comme le pont Neuf”. À titre d’exemples, on peut citer Paul-Emile Debraux dans Voyage à Sainte-Pélagie en 1823 : « Je vous attendais, me dit-il ensuite. Quand je dis, je vous attendais, nous vous attendions, car vous êtes ici connu comme le loup blanc, et nous avons lu votre affaire dans les journaux ». Autre illustration avec Arnaud Papin, dans Le rituel des Minotaures en 2012 : « Mais avec le commissaire connu comme le loup blanc dans toute la ville, ça ne manqua pas, une fois sortis de la voiture, une bande de mioches qui jouaient au foot s’interrompit pour leur balancer des “cotcotcodé” ! ».    



  49 - Se faire traiter de noms d'oiseaux


Dinde, bécasse, buse, vautour… Quand des personnes se querellent, qu’elles se “volent dans les plumes”, on entend parfois fuser des noms d'oiseaux. Pourquoi l’expression “se faire traiter de noms d'oiseaux” veut dire se faire injurier ? Quel rapport entre les insultes et ces inoffensifs animaux à plumes ?

Dans le langage familier, un nom d’oiseau est une insulte. Par extension, la locution “donner des noms d’oiseau à quelqu’un” signifie l’insulter, l’injurier voire l'outrager. La formule est un euphémisme car elle exprime la notion d’insulter par le biais de mots plus modérés, un moyen habile de prononcer une vulgarité de façon feutrée. L’expression vise à atténuer l’idée d’injurier en s’enveloppant d’une connotation plus légère et amusante.    



  50 - Myope comme une taupe


Les idiotismes animaliers tendent à amplifier une caractéristique comportementale ou physique d’un animal. Ainsi, l’expression “myope comme une taupe” laisse entendre que le petit mammifère fouisseur a des problèmes de vue. D’où vient cette réputation ? L’animal est-il aveugle ? A-t-il même des yeux ?

Une personne qualifiée de “myope comme une taupe” ne voit presque rien, est quasi aveugle. En guise de synonymes pour désigner un individu souffrant d’une vue très défaillante, on peut aussi employer les termes familiers bigleux ou miro. Pour évoquer une acuité visuelle diminuée, les Anglo-saxons font appel à un autre mammifère dans la formule “aveugle comme une chauve-souris” (blind as a bat).    


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