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Que veut dire cette expression ? 31 à 40


 

 

  31 - Un froid de canard


Quand l'hiver est bien installé, que les températures sont au plus bas, il nous arrive d’utiliser une expression familière très courante : “Il fait un froid de canard !”. Mais pour quelles raisons le palmipède est associé à une froidure extrême ?

La formule “un froid de canard” s’emploie pour désigner un froid intense, rigoureux, très vif. Plusieurslocutions – d’usage actuel ou ancien - revêtent la même signification. Parmi celles-ci on peut citer “un froid de loup”, “un froid de tous les diables”, “un froid de gueux”, “un froid à pierre fendre“, un froid polaire” ou encore “un froid sibérien”. Pour la petite histoire, certains pays associent les températures glaciales à d’autres créatures que le palmipède. Ainsi, en brésilien, en hongrois et en italien, on dit “un froid de chien”, en allemand “un froid de cochon”, en hollandais “un froid d'ours”. Aux États-Unis, « il fait froid comme le téton d'une sorcière » (cold as a witch's tit) et en Grande-Bretagne, « il fait un temps de singe en laiton » (brass monkey weather).    



  32 - Se jeter dans la gueule du loup


C’est généralement un loup hurlant à la pleine lune ou dévoreur de grand-mère que l’on rencontre généralement dans les fictions. Depuis l’Antiquité, le canidé suscite à la fois peur et fascination. La symbolique qui lui est associée a nourri légendes et expressions telles que “se jeter dans la gueule du loup“. Que signifie cette locution ? Dans quel contexte l’employer ? Quelle est son origine et son explication ?

La locution “se jeter dans la gueule du loup” signifie s’exposer à un danger certain mais que l’on pourrait éviter ; à un péril que la raison devrait inciter à fuir. Se jeter dans la gueule du loup c’est engager une démarche imprudente, une action irréfléchie qui place une personne dans une situation périlleuse qui va lui attirer des ennuis. Selon le contexte, la formule exprime le fait de tomber dans un piège ; de se livrer aux mains de ses ennemis ; de prendre une initiative risquée et souvent inutile. Exemple : « Si on court chez les flics après ce qui s'est passé cette nuit, on se jette dans la gueule du loup. » (Didier Cohen et Gérard Carré, Qui vous parle de mourir ? 1982). Il existe des expressions au sens très proche telles que : “se jeter dans la souricière” ; “tenter le diable” ou encore, “jouer avec le feu”. Dans d’autres langues, on rencontre des variantes comme “rentrer dans l'antre du lion” en Allemand (sich in die Höhle des Löwen begeben) et en Anglais (walk into the lion's den).    



  33 - Se fourrer dans un sale guêpier


Il y a guêpier et guêpier. Si se fourrer dans un nid de guêpes n’arrive quasiment jamais au cours d’une vie, se retrouver dans le pétrin ne relève pas de l’exceptionnel. “Se fourrer dans un sale guêpier” : d’où vient cette expression ? Depuis quand l’utilise-t-on ? Pourquoi une guêpe et pas un autre animal ? Décryptage d’une formule qui ne manque pas de piquant !

Comme de nombreux mots de la langue française, le terme guêpier revêt 2 significations :

•   Dans son sens littéral, le guêpier est un nid construit par les guêpes en vue d’élever leurs larves. Le mot désigne aussi l'essaim, c'est-à-dire la colonie de guêpes qui partagent le même gîte. Choisissant une zone abritée et facile d’accès, les hyménoptères bâtissent leur guêpier dans les murs, sous les gouttières, sous les combles ou dans un garage. Pour construire leur habitation, les insectes prennent des copeaux de bois et les transforment en pâte avec leur salive afin de constituer des murs caractéristiques en papier mâché. Exemple d’utilisation dans le sens zoologique du terme : « Le cheval du drogman ayant mis le pied dans un guêpier, les guêpes se jetèrent sur lui. »(Chateaubriand, Itinéraires de Paris à Jérusalem, 1811) ;
•   Dans son sens figuré, un guêpier qualifie d’abord un lieu bruyant, plein d'agitation. Tout ce monde […] collabore et babille dans cette Babel, chacun dans sa langue […]. Partout ailleurs, c'eût été un affreux guêpier de bas-bleus (Charles-Augustin Sainte-Beuve, Nouveaux lundis, 1862). Cet usage ayant vieilli, guêpier désigne aujourd’hui un endroit dangereux. Au nombre des synonymes, on peut citer : bourbier, pétrin, piège, traquenard, guet-apens.    



  34 - Vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué


Monnayer un bien que l’on ne possède pas encore mais que l’on est convaincu d’acquérir, tel est le sens littéral de l’expression “vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué”. Au sens figuré, la locution peut se résumer par la formule “crier victoire avant d’avoir gagné”. Popularisé au XVIIe siècle par Jean de la Fontaine, le proverbe se révèle bien plus ancien. De l’Antiquité à la cour du roi Louis XI, histoire d’une expression qui a voyagé dans le temps !

La locution verbale “vendre la peau de l'ours avant de l'avoir tué” s’emploie quand une personne se flatte trop tôt d'un succès ; quand elle se félicite d'un résultat avant de l’avoir obtenu ; fait usage d'une chose qu'elle ne possède pas encore ; jouit d’un bien avant d’en disposer ; se vante d’un exploit avant d'avoir atteint le but ; se réjouit prématurément d'une réussite ; considère comme acquis un avantage incertain ; s'avance inconsidérément sur un gain aléatoire

L’expression s’emploie généralement sous la forme négative en guise de conseil. “Il ne faut pas vendre la peau de l’ours avant de l’avoir tué” vise à prévenir quelqu'un de ne pas considérer comme acquise une chose qu’il n’a pas encore en sa possession. Le proverbe “ne crie point victoire avant d'avoir gagné et sa variante ”il ne faut pas chanter le triomphe avant la victoire” revêtent un sens similaire. Par extension, les formules suivantes s’imprègnent du même esprit : “ne pas mettre la charrue avant les bœufs” ; “ne pas présager de l’avenir” ou encore, “ne pas brûler les étapes”.    



  35 - Avoir des yeux de merlan frit


La locution “avoir des yeux de merlan frit” est généralement utilisée dans un contexte romantique, pour décrire une personne au regard énamouré. De quelle époque date cette expression ? Quel rapport avec le merlan ? Pourquoi ce poisson et pas un autre ? Et pour quelle raison est-il frit ? Tout sur une formule pêchée dans le langage argotique

Il faut savoir que la définition de l’expression “avoir des yeux de merlan frit” a évolué au fil des siècles. Explications :

•   Jadis, la formule désignait une personne affichant un regard révulsé, stupéfié, étonné ; un individu dont les yeux grands ouverts, exorbités, ne laissent apparaître que le fond blanc de l’œil. Voici 2 Exemples d’utilisation avec ce sens désormais vieilli : « Un marin chauve, aux yeux de merlan frit et aux lèvres proéminentes, l’accompagnait ; c’était l’argousin, le chef de la chiourme chargé de la garde des galériens. » (Alessandro Barbero, Les Yeux de Venise, 2016) ; « Le Dr Chamart a une commotion, enseveli sous les décombres. Ah ! il n'est pas brillant ! Le ferait-il au chiqué ? Il reste comme un gros tas, affalé au fond d'un boyau, avec des yeux de merlan frit… » (Les carnets de l'aspirant Laby, Médecin des tranchées, 1914-1919) ;
•   De nos jours, l’expression s’emploie surtout dans un contexte amoureux pour décrire une personne qui adresse un regard ridicule, niais, hébété, extatique, benêt à son (sa) bien-aimé(e) ; qui fait des yeux langoureux, mielleux, énamourés, chavirés. En voici une illustration : « Tu penses qu'il ne crève pas les yeux, ton béguin pour ce pâlot d'étudiant empêtré dans son sourire ? Je parie que ça est même la blague de la maison. Tu penses si Mlle Laviolette, qui est la charité même... Oh ! tu peux nier tant que tu voudras, j'ai assez l'expérience des femmes, alleï ! Toi et tes yeux de merlan frit, quand tu le regardes ! » (Robert Choquette, Les Velder, 1941).    



  36 - Avoir des fourmis dans les jambes


Qui n’a jamais ressenti de désagréables picotements dans son corps ? Ni éprouvé une ardente envie de partir ? Avoir des fourmis dans les jambes : que faire en présence de ces symptômes ? Se rendre chez son médecin ou dans une agence de voyage ? Décryptage d’une expression à double emploi.

Dans les dictionnaires de la langue française, la première définition donnée à l’expression “avoir des fourmis dans les jambes” est le fait de ressentir des fourmillements dans les membres inférieurs ; des sortes de picotements déplaisants.    



  37 - Être fait comme un rat


Considéré de tous temps comme un nuisible, le rat n’a jamais été le meilleur ami de l’homme, bien au contraire. Le rat des champs se nourrit des récoltes et le rat des villes d’immondices. Dans les deux cas, le rongeur est synonyme de nuisance et de saleté. Il n’est guère surprenant dès lors que la plupart des expressions faisant référence au petit mammifère revêtent une connotation péjorative. La locution “être fait comme un rat” en est une parfaite illustration.

La formule “être fait comme un rat” véhicule la notion de piège, d'emprisonnement, de capture. Un individu “fait comme un rat”, est mis dans l'impossibilité de fuir ; il se retrouve dans une situation inextricable, n’a pas de solution pour s’en extraire ; il est pris dans un endroit sans issue, sans échappatoire. Selon le contexte, l’expression peut signifier être fait prisonnier, être arrêté, interpellé, pris, ou encore, être dupé ou perdant.    



  38 - Monter sur ses grands chevaux


Quand une personne défend sa façon de penser en s’emportant, on dit qu’elle monte sur ses grands chevaux. Les origines de cette expression nous transportent vers le moyen-âge, au temps des chevaliers et de leurs fidèles montures.

Un individu qui monte sur ses grands chevaux réagit à une parole ou à un comportement de manière excessive, elle hausse le ton subitement, s’emporte, se met en colère, sort de ses gonds, réagit de façon hautaine voire agressive. Selon le contexte de son utilisation, la formule signifie que la personne répond à une situation en prenant de grands airs ; qu’elle exprime vigoureusement son opinion ou ses valeurs ; qu’elle défend son point de vue avec véhémence ou s'énerve au nom de grands principes.    



  39 - S’entendre comme chien et chat


Depuis la nuit des temps, minou et toutou entretiennent des relations houleuses. Au XVIe siècle, cette mésentente a donné naissance à une expression française désormais rentrée dans le langage courant : “s’entendre comme chien et chat”. Récit d’une longue histoire d’inimitié.

La comparaison “s’entendre comme chien et chat” qualifie deux personnes qui sont en conflit permanent ; qui se cherchent constamment des noises ; qui ne s’accordent sur rien. Selon le contexte dans lequel elle est employée, l’expression désigne des individus qui se querellent à n’importe quel sujet ; qui se disputent sans cesse ; qui se chamaillent pour un oui ou pour un non. En résumé, “s’entendre comme chien et chat” signifie tout simplement “ne pas s’entendre”. La figure de style consistant à exprimer le contraire de ce que l'on veut dire, à user d’ironie, s’appelle une antiphrase. À noter que “comme chien et chat” peut aussi s’utiliser avec les verbes être, s’accorder, s’aimer, vivre…. Cette formule très imagée est reprise dans de très nombreuses langues comme l’Anglais (like cats and dogs) ; l’Espagnol (como perros y gatos) ou encore l’Italien (come cane e gatto).    



  40 - Prendre le taureau par les cornes


Il nous arrive tous, un jour ou l’autre, de devoir prendre le taureau par les cornes, de relever un défi difficile mais pas impossible. D’où vient cette locution ? Pourquoi évoque-t-elle le bovidé et pas un autre animal ? Peut-on prendre l’expression au pied de la lettre ?

La formule “prendre le taureau par les cornes” signifie faire face à un problème sans chercher à l'éviter ; s’attaquer à une difficulté avec détermination ; vouloir parvenir à ses fins coûte que coûte, en franchissant chaque obstacle rencontré. Selon le contexte dans lequel l’expression est employée, il peut aussi s’agir de mettre tout en œuvre (une organisation, une stratégie) pour obtenir le résultat souhaité. La locution "prendre le taureau par les cornes" implique de déployer toute son énergie pour atteindre un objectif ; d’affronter les épreuves et non les fuir, de les saisir à bras le corps ; de réaliser un projet sans ménager ses efforts. Il est intéressant de constater que de nombreuses langues se sont emparées de la même expression, mot pour mot : l’Allemand (den Stier bei den Hörnern fassen) ; l’Anglais (take the bull by the horns) ; l’Espagnol (coger el toro por los cuernos) ou encore l’Italien (prendere il toro per le corna).    


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